CORPS ET SEXUALITE 

Mgr Cottanceau            Alors que le CESEC vient de donner un avis favorable au projet de loi du Pays relatif à la contraception et à la contraception d’urgence (cf. « La Dépêche » du 08 Mars 2021), projet autorisant sans l’accord des parents l’accès aux contraceptifs pour les jeunes filles mineures, le moment semble opportun pour enrichir et orienter la réflexion sur le sens du corps et de la sexualité, afin de pouvoir aider nos jeunes garçons et filles à mieux saisir les enjeux de la dimension sexuée de l’être humain.

            Nous pourrions commencer par adresser un grand merci au Seigneur pour notre corps, un corps sexué, et qui nous invite à porter du fruit. En effet, notre corps est un cadeau que nous avons reçu. Chacun et chacune de nous est présent dans le monde au moyen de son corps. Si nous n’avions pas de corps, nous ne serions pas là ! Avec ce corps, nous pouvons marcher, manger, chanter, prier, aimer, danser, regarder un film, jouer de la musique, parler à des amis, étreindre, embrasser… La question à se poser est de savoir ce que nous faisons de ce corps, comment nous le considérons. Est-ce que j’en prends soin ? Est-ce que je le néglige par manque d’hygiène de vie ? Est-ce que je le soumets sans réserve à mes pulsions, mes instincts ? … et comment je vois, comment je considère le corps de l’autre qui me fait face ? Nous pouvons nous demander également quelle image du corps la société nous renvoie. Le corps n’a-t-il de valeur que dans sa beauté, son côté, voire son utilisation « sexy », sa force physique ? L’image du « corps idéal » ne pousse t’elle pas à faire du corps un objet qu’on idolâtre ? A quelques jours de la « journée de la femme », demandons-nous comment est considéré le corps de la femme dans les publicités !

            La Bible nous rappelle que Dieu marqua de son empreinte l’Homme et la Femme. L’Eglise ne rejette donc pas le corps, bien au contraire, elle lui témoigne le plus grand respect. Elle proclame sa foi en la résurrection de la chair ! Par le corps est rendu visible ce qui est invisible. Et au cœur de notre Foi demeure cette affirmation que Dieu s’est fait chair, qu’il a pris un corps semblable au notre ! Jésus n’a eu de cesse de guérir les corps meurtris, blessés, handicapés. C’est grâce à notre corps que nous faisons le signe de croix, que nous nous agenouillons. C’est bien sur notre corps qu’est versée l’eau du baptême, sur notre front qu’est faite l’onction de la confirmation ou du sacrement des malades… C’est au moyen du corps que nous aimons.

            Ce corps est sexué. La sexualité est une réalité qui irrigue notre corps, toute notre vie, et ne se limite pas à l’activité génitale. Elle impacte plusieurs aspects de la façon dont nous vivons notre relation à l’autre et à son corps : aspect spirituel, émotionnel, physique, social, culturel… et tous nos efforts pour communiquer, tous nos gestes de tendresse, et même nos combats pour gérer nos attirances, nos passions et nos désirs ! En donnant à l’Homme et à la Femme son Esprit, le Seigneur les invite à accueillir et à vivre cette sexualité comme une énergie d’amour et de don de soi.  La sexualité est en chacun de nous un feu dévorant qui nous pousse à nous tourner vers les autres, mais que nous avons parfois du mal à contrôler !

Reste à savoir comment nous pouvons aider nos jeunes à mieux découvrir et comprendre la dignité de leur corps et à gérer cette sexualité dans le respect d’eux-mêmes et de leurs relations, sans brûler les étapes, en restant fidèles à l’image et à la ressemblance de Dieu. Notre corps n’est-il pas le temple de l’Esprit Saint ? (cf 1 Co 6, 19)

  † Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU