« Eh bien ! moi, je vous dis… »

Ces semaines-ci, les évangiles du dimanche reproduisent le célèbre « Sermon sur la Montagne » en saint Matthieu. Les fameuses « antithèses » de Jésus sont au cœur du texte évangélique du dimanche qui vient : « On vous a dit que… Eh bien ! moi, je vous dis… » (Mt 5, 17-37).

Dans la langue, le « on » est un pronom personnel indéfini et désigne des individus dont le nombre et le genre sont inconnus. Terrible « on » à vrai dire ! À cause de lui, combien d’histoires, de commérages, de supputations douteuses voire de calomnies se propagent. Les réseaux sociaux fourmillent de ce « on » si confortable et pratique qui fait paravent !

Un chemin de conversion consisterait sans doute dans ses prises de paroles à assumer ses propres opinions et à faire usage du « je ». Mais cela implique un vrai courage, ce qui semble bien difficile à beaucoup d’entre nous : « Eh bien ! moi, je vous dis… ».

Dans la bouche de Jésus, le « on » ne renvoie pas tant aux prescriptions de la Loi de Moïse qu’aux opinions très diverses des « maîtres » de son époque. Parmi eux, il y a les scribes et les pharisiens vis-à-vis desquels Jésus se prononce sèchement : « Si votre justice ne dépasse pas celles des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux. »

Les scribes et les pharisiens avaient tendance à se cacher derrière des interprétations et des affirmations qu’ils faisaient passer pour vraies en les recouvrant d’une autorité divine. En réalité, ils liaient les gens par de pesants fardeaux. Et Jésus a fait remarquer qu’ils n’étaient pas toujours capables de porter ces fardeaux eux-mêmes.

En outre, leur manière d’envisager la relation à Dieu était proche d’une logique de rétribution, c’est-à-dire du « donnant-donnant » ou du « permis-défendu » : « si tu fais cela, alors Dieu te récompensera », et inversement ; avec des enchainements malheureux du style « si Dieu ne te donne pas cela (le bonheur, la richesse, la santé…), c’est que tu n’as pas agi comme il faudrait ».

À l’inverse, Jésus a révélé au monde un visage de Dieu bien différent : « je suis doux et humble de cœur ». Toute la puissance de ce « je » réside dans sa légitimité comme Messie et Seigneur, Fils unique du Père et donateur de l’Esprit. Et cet usage du « je » - comme s’il pouvait parler à la place de Dieu – lui sera reproché durement. À vrai dire, il en mourra. Jésus pourtant ne s’est pas caché ni derrière un texte ni derrière un savoir (ou un clavier comme cela se fait de nos jours).

+ Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU