J’AVAIS FAIM…

Mgr CottanceauLe temps de Carême nous invite à l’aumône, une action qui ne trouve son sens qu’en lien étroit avec la charité quand elle est vécue, selon les mots du Pape François dans sa lettre pour le Carême 2021, « à la manière du Christ, dans l’attention et la compassion à l’égard de chacun », devenant ainsi «la plus haute expression de notre foi et de notre espérance… ». Et le Saint Père de poursuivre : « La charité se réjouit de voir grandir l’autre. C’est la raison pour laquelle elle souffre quand l’autre est en souffrance : seul, malade, sans abri, méprisé, dans le besoin… La charité est l’élan du cœur qui nous fait sortir de nous-mêmes et qui crée le lien du partage et de la communion ».

            L’idée d’aumône est très ancienne et figure déjà dans l’Ancien Testament. Dans toute la Bible, l’aumône est un geste de bonté de l’Homme pour son frère, et donc une imitation des gestes de Dieu qui, le premier, a fait preuve de bonté envers l’Homme. En effet, tout ce que possède l’Homme lui a été prêté par le créateur de l’Univers à qui appartient la terre et tout ce qu’elle contient. Par l’aumône, on assure simplement une répartition plus équitable des dons de Dieu à l’humanité. L’acte de charité non seulement vient en aide aux nécessiteux, mais apporte également un bienfait spirituel à celui qui donne : « Le mendiant fait plus pour le maître de maison que le maître de maison pour le mendiant » dit un texte Juif. Mais il ne faudrait pas croire que l’aumône s’inspire uniquement de motifs intéressés. Souvent la charité est estimée comme une vertu suprême : « La charité est égale à toutes les autres prescriptions réunies ». « Quiconque pratique la charité et la justice agit comme s’il remplissait le monde entier de bonté et d’amour ».

            L’aumône ne doit pas consister tout juste à donner un secours. Il faut prendre en considération la condition de celui qui le reçoit. Le devoir de charité ne se limite pas à donner, il faut aussi avoir de la considération pour celui à qui l’on donne : « Si quelqu’un donnait à son prochain toutes les bonnes choses du monde mais avec un air maussade, cela lui serait compté comme s’il n’avait rien donné du tout, mais celui qui reçoit aimablement son prochain, même s’il ne lui donnait rien, cela lui sera compté comme s’il lui avait donné toutes les bonnes choses du monde ». « Si tu n’as rien à donner au pauvre, réconforte-le par tes paroles. Dis-lui : « mon âme vient à toi parce que je n’ai rien à te donner ».

            Jésus dans ses paroles sur l’aumône reprend en partie ce que disait déjà l’Ancien Testament : il la compte avec le jeûne et la prière comme l’un des trois piliers de la vie religieuse. Il en souligne le caractère désintéressé et discret, sans attente de récompense en retour, et sans mesure. Mais Jésus va plus loin dans le sens de cette démarche de partage et de solidarité. En effet, à travers nos frères dans le besoin, c’est Jésus lui-même à qui l’on vient en aide : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger … Chaque fois que vous l’aurez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’aurez fait ! » (Mt 25, 31-46) Donner aux pauvres, c’est imiter le Christ lui-même qui, «de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour vous, afin de vous enrichir de sa pauvreté » (2 Co 8, 9). Enfin, l’aumône ne peut être faite de façon Chrétienne que par référence à l’amour de Dieu manifesté dans la passion et la mort de Jésus Christ. Là est le fondement de la charité, c’est que tous, même et surtout les pauvres sont aimés du Christ qui a donné sa vie.

            Dans l’Eglise, l’aumône est une nécessité pour quiconque veut mettre en œuvre l’amour de Dieu : « Comment l’amour de Dieu demeurerait-il en celui qui ferme ses entrailles devant son frère nécessiteux ? » (1 Jn 3, 17) ; « Si un frère ou une sœur sont nus, s’ils manquent de leur nourriture quotidienne, et que l’un d’entre vous leur dise : « Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous », sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il ? » (Jc 2, 15).

Pratiquer l’aumône selon l’esprit de charité, c’est donc prendre soin de ceux qui se trouvent dans des conditions de souffrance, de solitude ou d’angoisse à cause de la pandémie de la Covid-19, recommande le Saint-Père, invitant à offrir « avec notre aumône un message de confiance », et « à faire sentir à l’autre que Dieu l’aime comme son propre enfant… Le peu, quand il est partagé avec amour, ne s’épuise jamais mais devient une réserve de vie et de bonheur. Ainsi en est-il de notre aumône, modeste ou grande, que nous offrons dans la joie et dans la simplicité », a ajouté le Pape.

Puisse cet esprit de don et de partage illuminer et guider notre chemin de Carême vers Pâques !

† Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU