JOURNEE DES LEPREUX

 Mgr Cottanceau  Ce Dimanche nous est proposé comme journée d’attention particulière pour les malades de la lèpre, une maladie qui continue ses ravages, bien que la médecine nous donne aujourd’hui le moyen de la guérir. La lèpre existe toujours dans de nombreux pays en développement. Non seulement elle sévit toujours dans les pays du Sud mais la courbe de détection annuelle de nouveaux cas dans la majorité de ces pays ne baisse pas spectaculairement, depuis ces 20 dernières années. Jusqu’en 2003, le nombre de nouveaux cas mondiaux annuels était de l’ordre de 700 000. Depuis, cette courbe descend, mais il faut préciser que cette diminution correspond surtout à une baisse importante des cas détectés en Inde, pays le plus endémique au monde. Dans la plupart des autres pays d’Asie, ainsi qu’en Afrique et en Amérique latine, on ne constate pas de diminution significative du nombre des nouveaux cas annuels.

Cette maladie est associée dans notre Fenua à l’ancienne léproseries de Reao et à celle de Orofara. Elle est associée également à un homme, le Père Damien de Veuster, religieux des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, connu également sous le nom de Damien de Molokaï – Molokaï, une île des Hawaii où étaient parqués les lépreux depuis les années 1850. En 1873, volontaire pour visiter ces malheureux pratiquement abandonnés à leur triste sort, le P. Damien décida de leur consacrer sa vie en restant parmi eux. Il mourut de la lèpre à Molokaï en 1889 et fut canonisé par le Pape Benoit XVI en 2009.

            La lèpre, comme bien d’autres situations de souffrance et d’exclusion pourrait provoquer en nous une réaction de « paralysie » et de fatalisme : qu’est-ce que nous pouvons faire ? On n’y peut rien… Ecoutons alors les paroles prononcées par le Cardinal Danneels en la cathédrale St Jean du Latran le lundi 12 octobre 2009 en action de grâce pour la canonisation du Père Damien :

« Si le Père Damien était parmi nous aujourd’hui, que nous dirait-il ? Je ne le sais pas trop. Mais il est cinq paroles que lui Damien n’a jamais prononcées : cinq mots qui ne sont pas de Damien. Lesquels ?

1) Damien jamais n’a eu peur ... Nous disons : je n’ose pas … je ne vais quand même pas prendre ce risque ... Non ça va trop loin … cela Damien ne l’a pas dit !

2) Damien n’a pas dit non plus en voyant le champ de Molokaï : il y a quand même peu de chance de succès … à quoi bon y semer, le sol est trop dur … cela Damien ne l’a pas dit !

3) Damien n’a pas dit : personne ne peut guérir de la lèpre : allons donc voir ailleurs, c’est peine perdue : une cause impensable … cela Damien ne l’a pas dit !

4) Damien n’a pas dit : qui suis-je moi pour une telle mission : avec mes fautes, mes péchés … je n’en suis pas capable … non cela Damien ne l’a pas dit !

5) Damien n’a pas non plus voulu seulement faire du bien aux autres êtres humains. Comme on dit aujourd’hui : faites du bien OK mais surtout ne pas parler de Dieu : là-dessus motus et bouche cousue. Il ne s’agit pas pour Damien d’une pure philanthropie. De quel droit se taire … de quel droit avoir peur de parler de Dieu même si certains disent que ce n’est pas « politically correct ».

Damien nous dit : Vous avez beaucoup trop peur ! Vous manquez de courage ! … Il nous enseigne à croire à l’impossible, à ne pas nous résoudre à notre manque de temps, à refuser les « à quoi bon » et oser les « pourquoi pas ? », il nous pousse à ne jamais nous taire au sujet de Dieu ».

            Bien des lèpres continuent de faire souffrir aujourd’hui et tout près de nous. Saurons-nous au nom de notre foi en Dieu et en l’Homme accueillir l’invitation de St Damien et de tous ceux qui, à sa suite, catholiques ou non, luttent pour rétablir la dignité de la personne humaine partout où elle se trouve défigurée ?

+ Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU