L’HOMME ET LA PLUIE

A l’heure où notre pays vient d’être frappé par de violents épisodes météorologiques jetant un certain nombre de familles hors de leurs maisons, détruisant habitations, ponts et routes, la question revient de savoir comment éviter que pareil désastre se reproduise. Comme si l’Homme pouvait interdire à la pluie de tomber ! Ecoutons ce passage de l’Ancien Testament où Dieu invitant Job à l’humilité s’adresse à lui en ces termes : « 25 Qui perce un canal pour l'averse, fraie la route aux roulements du tonnerre,  26 pour faire pleuvoir sur une terre sans hommes, sur un désert que nul n'habite…    28 La pluie a-t-elle un père, ou qui engendre les gouttes de rosée?  29 De quel ventre sort la glace, et le givre des cieux, qui l'enfante,  30 quand les eaux se durcissent comme pierre et que devient compacte la surface de l'abîme?...  33 Connais-tu les lois des Cieux, appliques-tu leur charte sur terre?  34 Ta voix s'élève-t-elle jusqu'aux nuées et la masse des eaux t'obéit-elle?  35 Sur ton ordre, les éclairs partent-ils, en te disant : "Nous voici?"…  37 Qui dénombre les nuages avec compétence et incline les outres des cieux,  38 tandis que la poussière s'agglomère et que collent ensemble les mottes de terre? » (Job 38)

Rendons à Dieu et aux lois de la nature ce qui leur revient. Mais rendons également à l’Homme ce qui lui revient. Le texte de la Genèse évoquant la création du monde nous révèle que Dieu confia aux Humains le soin de dominer la terre et de la soumettre, le soin de poursuivre son œuvre créatrice. Dans le livre du Siracide, nous trouvons ces paroles : « Les Humains ont reçu du Seigneur l’usage des cinq sens ; il leur a donné en partage un sixième sens, l’intelligence… Aux Humains il a donné du jugement, une langue, des yeux, des oreilles et un cœur pour réfléchir. Il les a remplis de savoir et d’intelligence… » (Si 17, 5-7) Si l’Homme ne peut empêcher la pluie de tomber, il peut en limiter les désastreuses conséquences, d’abord par son savoir et son intelligence à percer les secrets de la nature pour en limiter les aspects destructeurs. Autre moyen que nous avons vu à l’œuvre ces derniers jours : les nombreux actes de solidarité, de dévouement, de don de soi, la mobilisation des services de secours, des responsables du pays, depuis les maires jusqu’aux plus hautes autorités, des confessions religieuses et autres organisations d’entraide.  De cet épisode, dramatique pour beaucoup, ont surgi la solidarité et l’entraide… Ainsi, de tout mal peut en sortir un bien.

Puissent les événements de ce dernier week-end nous rappeler à l’humilité face à la nature, pour la respecter et la sauvegarder. Comme le dit un proverbe : « Dieu pardonne toujours, les Hommes parfois, la nature jamais ! ». Puissent ces événements nous ouvrir davantage à la souffrance et au désarroi de ceux qui ont tout perdu, non pour les plaindre mais pour nous faire proches d’eux et les secourir en actes. Puissent enfin ces événements nous aider à comprendre que, habitant tous la même terre, nous sommes solidaires dans une même responsabilité, poursuivre l’achèvement de cette création que Dieu a commencée dans la lumière au matin du monde !

+ Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU