LE PRIX DE LA VIE

  • Par
  • Le 04/06/2020

Mgr CottanceauDepuis une semaine, plusieurs villes des Etats Unis sont en proie à des manifestations violentes suite à la mort de Georges Floyd, un afro-américain, après son arrestation musclée par un policier de Minneapolis. Les médias relaient depuis ce jour les mouvements de colère et d’indignation qui secouent plusieurs villes des Etats Unis ainsi que d’autres pays. Ce qui se passe aux USA est symptomatique de la présence d’un virus plus dangereux que le Covid 19, un virus qui se répand partout, le virus du manque de respect de la vie humaine. Si la pandémie que nous combattons a fait surgir dans beaucoup d’endroits de magnifiques gestes de solidarité, de compassion, d’entr’aide de la part des personnels soignants, des organismes de charité, des anonymes soucieux de venir en aide à ceux et celles qui en avaient le plus besoin, et qui, tous, combattaient pour la sauvegarde de la vie, force est de constater que dans le même temps, d’autres ont choisi la violence, la destruction et la mort pour s’imposer à ceux qui ne demandaient qu’à vivre en paix, en cette période où vivre était déjà difficile.

Ce non-respect de la vie se manifeste entre autres dans les massacres de villageois comme au Mozambique, par des fanatiques islamistes : « Ces jihadistes sèment la terreur parmi la population, brûlant les villages, s’attaquant aux civils le long des routes et dans les transports. Un bilan officiel fait état d’environ 900 morts et de 200 000 personnes déplacées » (Vatican News 02/06/2020), ou au Nigeria, par le groupe Boko Haram : « De nombreux enlèvements et crimes –viols, assassinats, décapitations, incendies de villages- sont commis : il y a quelques semaines encore à Kaduna, dans le Nord du pays, quatre séminaristes se faisaient enlever ». (Vatican News 02/06/2020) Relevant également du non-respect de la vie, les violences faites aux femmes, et les violences conjugales qui, depuis le début de la pandémie, ont augmenté de 30% en Métropole. Dialogue absent, usage de la force, négation de la dignité de l’autre…Comment alors pourrait se développer la Vie dans ces conditions ? Et ne parlons pas des atteintes à la vie consécutives au non-respect de la nature, des plantes et des animaux ! Serait-il possible que nous, les Humains, ayons oublié à ce point le respect dû à la vie, la nôtre et celle des autres ? Son prix serait-il donc tellement dévalué qu’elle ne vaut même plus les 30 pièces d’argent versées à Judas pour prix de sa trahison ? (Mt 26, 15).

Le problème n’est hélas pas nouveau ! Souvenons-nous que dès les premiers chapitres du livre de la Genèse (Gn 4), la première chose que fait l’Homme lorsqu’il commence son aventure après avoir été écarté du jardin d’Eden, c’est un meurtre. Caïn tue son frère Abel, dont le nom signifie « buée, fumée » chose de si peu d’importance qu’un souffle suffit à la faire disparaître ! Mais en tuant son frère, en utilisant la violence, Caïn devient incapable de produire la vie. Marqué par la mort, il porte la mort en lui, il produit la mort, au point qu’il a peur d’être tué à son tour et doit s’enfuir.

Notre vocation d’hommes ou de femmes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu n’est pas de tuer l’autre mais de le rencontrer. Et même si nous ne manions ni le couteau, ni la mitraillette ni l’explosif, l’histoire de Caïn est un peu la nôtre tant il est vrai que nous avons tous nos « Abel », ceux dont nous envions la situation, les dons, les privilèges, les talents, la beauté, la richesse, ceux dont nous sommes envieux, ceux que nous considérons comme une menace insupportable ou comme des concurrents plus favorisés que nous … ceux que, en pensée, nous aimerions voir disparaître. Le commandement de Dieu est pourtant clair : « Tu ne tueras pas ! ». Le Christ Jésus va encore plus loin : « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : tu ne commettras pas de meurtre…Moi, je vous dis : tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement… » (Mt 5, 21-22).

Ainsi, il ne nous reste, pour échapper au pouvoir de la mort et pour ouvrir un chemin d’avenir et de vie que le commandement de l’amour. Si cette perspective nous semble utopique ou irréalisable, n’hésitons pas à nous tourner vers le Dieu de Jésus Christ, le Dieu de l’espérance. Il provoque en nous la capacité de croire et d’espérer. Tournons-nous vers le Christ : « En lui était la vie, et la vie était la lumière des Hommes… » (Jn 1, 4)

+ Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU