SOCIETE ET JUSTICE

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  • Le 18/06/2020

Mgr CottanceauLes événements judiciaires qui ces jours-ci agitent notre Fenua nous donnent une bonne occasion de réfléchir à notre façon de considérer la vie en société. N’en sommes-nous pas les acteurs ? Chacun et chacune de nous est appelé par nature à s’intégrer et à collaborer avec nos semblables pour devenir capables de communion avec eux. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique nous rappelle au n°1880 que : « une société est un ensemble de personnes liées de façon organique par un principe d’unité qui dépasse chacune d’elles ».

Cette vie communautaire est une caractéristique naturelle qui distingue l’Homme du reste des créatures terrestres. Nous savons cependant par expérience que l’Homme abrite en lui des germes d’individualisme, de fermeture, de non-respect de l’autre. Aussi est-il opportun de rappeler que « toute société, digne de ce nom, peut s’estimer dans la vérité quand chacun de ses membres, grâce à sa capacité de connaître le bien, le poursuit pour lui-même et pour les autres. C’est par amour pour leur propre bien et pour celui des autres que les Hommes se réunissent en groupes stables, en ayant comme fin de parvenir à un bien commun » (Conseil Pontifical « Justice et Paix – Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise § 150). Poursuivre ce bien commun relève de la responsabilité non seulement des individus, mais aussi de l’Etat, car dans la recherche du bien commun se trouve la raison d’être de toute autorité politique.

« A la société civile dont il est l’expression, l’Etat doit en effet garantir la cohésion, l’unité et l’organisation, de sorte que le bien commun puisse être poursuivi avec la contribution de tous les citoyens… d’où la nécessité d’institutions politiques dont la finalité est de rendre accessibles aux personnes les biens nécessaires – matériels, culturels, moraux, spirituels – pour conduire une vie vraiment humaine… » (Conseil Pontifical… § 168) Une telle recherche du bien commun ne sera possible de façon efficace aux yeux de l’Eglise que si les valeurs sociales participant de la dignité de la personne humaine sont prises en compte. Parmi ces valeurs, la vérité : « Vivre dans la vérité revêt une signification spéciale dans les rapports sociaux : la vie en commun entre les êtres humains au sein d’une communauté est, en effet, ordonnée, féconde et correspond à leur dignité de personnes lorsqu’elle se fonde sur la vérité. Plus les personnes et les groupes sociaux s’efforcent de résoudre les problèmes sociaux selon la vérité, plus ils s’éloignent de l’arbitraire et se conforment aux exigences objectives de la moralité. » (Conseil Pontifical… § 198)

Parmi ces valeurs également, la liberté. L’Eglise dans son « Catéchisme de l’Eglise Catholique » au § 1738 nous rappelle que « le droit à l’exercice de la liberté est une exigence inséparable de la personne humaine ». Cependant il ne faut pas restreindre le sens de la liberté en la considérant dans une perspective purement individualiste et en la réduisant à un exercice arbitraire et incontrôlé de l’autonomie personnelle. « La liberté n’existe vraiment que là où des liens réciproques, réglés par la vérité et la justice, unissent les personnes » (Conseil Pontifical… § 199)

Parmi ces valeurs, figure également la justice, définie ainsi dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique au § 1807 : « Elle consiste dans la constante et ferme volonté de donner à Dieu et au prochain ce qui lui est dû ». Le projet de Dieu dans sa création est que tous les humains puissent vivre en paix. Ce projet doit se réaliser dans l'Histoire de l'humanité. Comme Dieu se sert des mots pour se révéler, il se sert de l’histoire pour agir et poursuivre son œuvre. Et dans cette histoire, la justice a une place fondamentale. Elle n’est pas simplement une valeur morale, elle est la part de Dieu dans la vie des Hommes, la marque de la présence de Dieu dans leur histoire. De ce fait, la justice se prolonge dans l’attitude déterminée par la volonté de reconnaître l’autre comme une personne et de l’aimer comme le Christ Jésus nous le demande. « Si la justice est de soi propre à « arbitrer » entre les hommes… l’amour au contraire, et seulement lui est capable de rendre l’Homme à lui-même. On ne peut pas régler les rapports humains par la seule mesure de la justice » (Conseil Pontifical § 582)

+ Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU