VIOLENCE

Mgr Cottanceau           Les événements tragiques survenus au Sri Lanka ce Dimanche de Pâques où des attentats dans des églises et des hôtels ont fait 359 morts et plus de 500 blessés ont de quoi nous révolter et nous interroger… Et nous serions tentés de reprendre à notre compte ces paroles du psaume 13, 3 : « Jusques à quand, Seigneur, mon ennemi sera-t-il le plus fort ? » La violence et son cortège de souffrance et de mort continue ses ravages… Pourtant, face à cette situation, les Chrétiens redisent cette béatitude : « Heureux les artisans de paix ». Ils relisent ces récits d’apparition du Ressuscité qui, s’adressant à ses disciples, les salue en ces termes : « La paix soit avec vous ! » Et la prière du Notre Père que nous récitons si souvent se termine par cette demande : « Délivre nous du mal ! ».

            L’Histoire et les Evangiles nous révèlent cependant que cette violence ne date pas d’aujourd’hui, et que Jésus lui-même eut à faire avec elle. Il faut bien admettre que la venue du Royaume proclamé par Jésus suscita la violence de la part des autorités de son peuple. Quand l’ordre qui règne fait obstacle au Royaume de Dieu, quand l’annonce du Royaume remet en cause le pouvoir des chefs du peuple, quand l’ordre établi se trouve remis en question, la violence légale se met en place sous le prétexte de sauver la loi. Mais Jésus ne subit pas passivement cette situation. Il chasse les vendeurs du Temple, il se présente comme le maître du Sabbat, il bouscule les conventions sur la pureté légale, il ne condamne pas la femme adultère, il mange avec les publicains et les pécheurs… Ainsi, Jésus met en place une valeur supérieure à la loi des Juifs, la réalité du Royaume de Dieu. Il va même jusqu’à traiter les tenants de l’ordre établi d’hypocrites et de sépulcres blanchis ! Il apparait ainsi à leurs yeux comme un trouble-fête violent, un révolutionnaire détournant le peuple du chemin tracé par les « anciens ». Ce faisant, il restaure les vraies valeurs du Royaume étouffées par l’ordre en place. L’Evangile est révolution dans la mesure où il demande justice et charité sans lesquelles le Royaume ne saurait advenir. Un auteur disait : « L’Evangile est de la dynamite, n’en faites pas de la tisane ! »

            Oui, Jésus est violent, il est venu apporter le feu sur la terre (Lc 12, 49), son message vient diviser les familles (Mt 10, 35). Pourtant, il refuse d’utiliser la violence pour prendre le pouvoir, il commande d’aimer ses ennemis, de pardonner. Il ne veut pas transformer magiquement les pierres en pain ni dominer par la force, il refuse d’être un politicien révolutionnaire. Il va même plus loin en demandant à ses disciples de ne pas résister aux méchants » (Mt 5, 39). Il invite à servir et se présente comme « doux et humble de cœur » (Mt 11, 29). Après avoir versé à Gethsémani de la sueur de sang, il refuse le combat que ses compagnons engageaient pour le défendre par la violence en sortant l’épée (Lv 22, 50).

            Alors, faut-il se résigner ? Faut-il accepter cette violence sans réagir ? Jésus nous met en garde : « Tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée » (Mt 26, 52). Nous voici donc invités à utiliser la « violence de l’amour ». Le royaume ne s’établit pas par la brutalité ou la vengeance mais par cette force divine qui triompha de la mort en ressuscitant Jésus. Quand Jésus bat en retraite devant la méchanceté de ses ennemis, il s’en remet à Dieu. Quand il pardonne à ceux qui le crucifient injustement, quand il demande à son disciple de « tendre l’autre joue », Jésus ne se contente pas d’un abandon passif entre les mains de Dieu. Face au violent, il met en œuvre la violence de l’amour !

+ Mgr Jean Pierre COTTANCEAU