VOICI QUE NOUS MONTONS A JERUSALEM…

Mgr CottanceauDepuis ce Mercredi 17 Février, Mercredi des cendres, nous voici entrés en Carême. Le message du Pape François pour cette période de jeûne et de prière, intitulé « Voici que nous montons à Jérusalem… » (Mt 20, 18) nous rappelle que ce temps de préparation à la grande fête de Pâques est un temps pour renouveler notre foi, notre espérance et notre charité. Grâce à ce temps de conversion qui mène à la célébration du mystère de Pâques, précise le Saint Père, « nous renouvelons notre foi, nous puisons "l’eau vive" de l’espérance et nous recevons le cœur ouvert l’amour de Dieu qui fait de nous des frères et des sœurs dans le Christ… L’itinéraire du Carême, comme l’itinéraire chrétien, est déjà entièrement placé sous la lumière de la résurrection, qui inspire les sentiments, les attitudes ainsi que les choix de ceux qui veulent suivre le Christ », a-t-il ajouté, considérant le jeûne, la prière et l’aumône comme « conditions et expressions de notre conversion ». Arrêtons-nous aujourd’hui sur le jeûne.

Le jeûne nous introduit dans une expérience de manque, de pauvreté consentie. Nous partageons un peu l’expérience de ceux qui sont privés de tout, et nous partageons cette pauvreté qui conduit, selon les mots du Pape François, « dans la simplicité du cœur, à redécouvrir le don de Dieu et à comprendre notre réalité de créatures à son image ». En faisant l’expérience d’une pauvreté consentie, nous devenons donc « pauvres avec les pauvres ».

            Jeûner consiste par ailleurs « à libérer notre existence de tout ce qui l’encombre, même de ce trop-plein d’informations, vraies ou fausses, et de produits de consommation pour ouvrir la porte de notre cœur à celui qui vient jusqu’à nous, pauvre de tout mais « plein de grâce et de vérité » (Jn 1, 14) : le Fils du Dieu Sauveur», a poursuivi le Saint Père.

Si aujourd’hui, la pratique du jeûne est peu prisée, et pas toujours bien comprise c’est que son sens et son utilité spirituelle ne sont guère perçus ! Pourtant dans beaucoup de religions, le jeûne revêt une place importante, et pas seulement dans le Christianisme. La Bible sur laquelle repose l’attitude de l’Eglise rejoint sur ce point les autres courants religieux. Mais elle précise le sens du jeûne et en règle la pratique. Avec la prière et l’aumône, le jeûne est un des actes essentiels par lequel le croyant traduit devant Dieu son humilité, son espérance et son amour. L’Homme est à la fois âme et corps, chair et esprit. Il serait donc incomplet d’imaginer une religion purement spirituelle, dans les nuages. L’âme a besoin des actes et des attitudes du corps. Le jeûne accompagné de prière est une façon de traduire l’humilité devant Dieu. Jeûner équivaut à humilier son âme. Il ne s’agit pas d’exploit ascétique, ni de trouver par là un état d’exaltation psychologique ou religieuse comme on le trouve parfois dans d’autres religions. Il s’agit par la pratique du jeûne de s’établir avec foi dans une attitude d’humilité pour accueillir l’action de Dieu et se mettre en sa présence.

            A la suite des prophètes, Jésus vient dénoncer les risques qui peuvent déformer le sens profond du jeûne :

= Risque de formalisme, ou d’hypocrisie quand on jeûne pour être vu des hommes : " Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite, pour que les hommes voient bien qu'ils jeûnent » (Mt 6, 16)

= Risque de jeûner sans amour : « Pourquoi avons-nous jeûné sans que tu le voies ? … C’est …que vous jeûnez pour vous livrer aux querelles et aux disputes, pour frapper du poing méchamment… Est-ce là le jeûne qui me plaît, le jour où l’Homme se mortifie ?... N’est-ce pas plutôt ceci, le jeûne que je préfère : défaire les chaînes injustes, délier les liens du joug, renvoyer libres les opprimés et briser tous les jougs ? N’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé, héberger chez toi les pauvres sans abri, si tu vois un homme nu, le vêtir, ne pas te dérober devant celui qui est ta propre chair ? » (Is 58, 4-7)

Ainsi, pour plaire à Dieu et nous rapprocher de lui, le jeûne doit-il être uni à l’amour du prochain. Il ne peut donc être séparé de l’aumône ni de la prière. Si l’amour est absent, le jeûne est vain ! L’Eglise nous invite à jeûner de nourriture et nous abstenir de viande les vendredis de Carême ; c’est ensuite à chacun de voir sur quoi portera son jeûne pendant tout le Carême, de quoi il décide de se priver par amour de Dieu pour libérer son cœur et se préparer à accueillir la Bonne Nouvelle de Pâques !

            A tous, bonne route et par ce temps de Carême, bonne préparation à la joie de Pâques !

      † Mgr Jean-Pierre