Pko 02.08.2020

Eglise cath papeete 1

Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°35/2020

Dimanche 2 août 2020 – 18ème Dimanche du Temps ordinaire – Année A

Humeurs

Claude a entamé son dernier voyage

Claude est décédé cet après-midi à l’hôpital du Taaone. C’était l’un de nos plus vieux sans-abris… 77 ans… mais pas de nos plus ancien dans la rue !

Claude avait quitté la Polynésie aux alentours de ses 20 ans pour vivre au Pays Bas. Il y a un fils dont il nous parlait lors de ses passages au presbytère. Il y a une dizaine d’années les aléas de la vie l’ont ramené dans son pays, Tahiti. Sa famille a bien essayé de l’accueillir chez elle… mais il tenait à sa liberté…

Claude longtemps a dormi dans une vieille voiture du côté de Vaininiore, jusqu’au jour où l’on a retiré cette voiture… il s’est donc installé quelques pas plus loin, devant la porte d’un snack… pas toujours très protégé du vent, de la pluie, du froid… mais il était libre !

Dans la journée, on le voyait déambuler dans les rues de Papeete, toujours prêt à un brin de causette avec qui voulait bien prendre un peu de temps pour s’arrêter. On était surpris de sa culture de sa connaissance du monde…

Les mardis et jeudis, il attendait le Truck de la Miséricorde… heureux autant de recevoir un petit repas que de pouvoir échanger quelques mots… « Oh, c’est un plaisir de vous voir… »… « Je vous attendait… » Réalité plus vraie encore durant le confinement !

Ces derniers temps il souffrait… il avait été consulter à l’hôpital… nous devions lui apporter quelques médicaments hier au soir… mais il s’en est allé sans nous prévenir ! On avait commencé à parler de rejoindre un lieu d’Accueil… la Vie en a décidé autrement !

Hier au soir, nous sommes passé comme d’habitude devant son « spot »… Claude ne nous attendait pas, il faudra nous y habituer !

Au revoir Claude… heureux de t’avoir connu…

À Dieu

**************

Le vieux lapin

Ce vieux, poilu comme un lapin
Qui s'en va mendiant son pain,
Clopin-clopant, clopant-clopin,

Où va-t-il ? D'où vient-il ? Qu'importe !
Suivant le hasard qui l'emporte
Il chemine de porte en porte.

Un pied nu, l'autre sans soulier,
Sur son bâton de cornouiller
Il fait plus de pas qu'un roulier.

Il dévore en rêvant les lieues
Sur les routes à longues queues
Qui vont vers les collines bleues,

Là-bas, là-bas, dans ce lointain
Qui recule chaque matin
Et qui le soir n'est pas atteint.

Il semble sans halte ni trêve
Poursuivre un impossible rêve,
Toujours, toujours, tant qu'il en crève.

Alors, sur le bord du chemin,
Meurt, sans qu'on lui presse la main,
Cet affamé de lendemain.

Étendu sur le dos dans l'herbe,
Il regarde le ciel superbe
Avec ses étoiles en gerbe.

Ah ! là-haut, c'est peut-être là
Que son espérance exila
Le but qui toujours recula !

Ah ! là-haut, c'est peut-être l'arche
Vers laquelle ce patriarche
Guidait son éternelle marche !

[Pièce à dire de Jean RICHEPIN]

Solidarité

« Les SDF délogés autour de la Cathédrale »

NON ! Père Christophe n’a pas demandé l’évacuation des sans-abris !!!

« Si l’on interroge bien les hommes, en posant bien les questions, ils découvrent d’eux-mêmes la vérité sur chaque chose » (platon)

Un reportage de TNTV du 24 juillet a laissé entendre que c’est à la demande de Père Christophe que les SDF ont été évacués des alentours de la Cathédrale… Ces propos ont surpris, à juste titre, beaucoup de personnes, dont l’intéressé lui-même ! Précisions et corrections sont donc nécessaires… « Qui fait la vérité, vient à la lumière et se libère » (Jn 3,21 et 8,32)

1° Lorsque l’on évacue face aux caméras ceux que l’on a installé en catimini !!!

« Le Père Christophe a demandé l’évacuation des sans domicile fixe qui s’étaient installés autour de la Cathédrale de Papeete. Ils ne respectaient plus celui qui leur donne à manger tous les matins ». C’est ainsi que le présentateur du journal télévisé a présenté le sujet. Où a-t-il puisé son information ? Pas de nous… il est vrai que les sans-abris nous ont rapporté que certains agents municipaux leur ont explicitement dit : « Allez voir Père, c'est lui qui a demandé cette expulsion ! »

Un petit rappel historique de la situation… Fin mars alors que le confinement est mis en place, en pleine campagne municipale et à grand renfort médiatique, la commune de Papeete et ses partenaires organisent le confinement des sans-abris. Deux mois plus tard, le dimanche 24 mai, en catimini, loin des feux des médias, cette fois-ci, le dernier centre de confinement est fermé. L’association, partenaire de la commune, se charge de vider les lieux… on embarque les sans-abris dans le minibus et on vient les déposer derrière la Cathédrale !!!

Nous ne manquons pas, dès le lendemain d’exprimer notre étonnement à la municipalité : « Hier, dimanche 24 mai, les "enfants de Monsieur le Maire" qui étaient encore à la salle Maco Nena (Bambridge) ont été remis à la rue. Il s'agit essentiellement de ceux qui sont accompagnés de chiens… ce qui a pour conséquence que la population canine a fortement augmenté autour de la Cathédrale… et force est de constater qu'ils ne sont pas attachés… bien que, je suppose, vous ayez mis à profit le temps du confinement pour les sensibiliser à la question ! En conséquence, je voudrais par ce courriel [vous] informer que je me décharge de toute responsabilité au sujet de cette situation. Considérant que c'est la commune et le Pays qui les ont pris en charge durant ces deux derniers mois, et qui les ont remis à la rue sans nous prévenir, il vous appartient d'en assurer le suivi ».

Mieux, dans les premières semaines de cette installation, qu’elle ne fut pas notre surprise de voir un minibus venir chercher l’un ou l’autre sans-abri avec son sac de linge sale pour l’emmener au centre d’hébergement pour le laver et une heure plus tard, le même minibus ramener la même personne avec son linge propre et mouillé… à charge pour lui de le faire sécher derrière la Cathédrale !!!

En tous les cas, aucune réaction à notre courrier du 25 mai jusqu’à ce mardi 20 juillet, où les autorités municipales ont sollicité une entrevue au presbytère de la Cathédrale pour parler de la situation : « Nous avons remarqué depuis quelques semaines une très forte affluence de SDF autour de la Cathédrale ». Vous m’en direz tant !!! Sollicitation à laquelle nous avons répondu favorablement : « Il n'y a aucun souci pour vous rencontrer… » tout en précisant : « … Cela dit, les personnes qui sont derrière la Cathédrale relèvent de votre compétence… il s'agit en effet des personnes que vous avez hébergé dans les lieux de confinement et que l'association xxx, en concertation avec vous je suppose, a déposé le dimanche 24 mai à l'endroit même où ils sont ».

C’est durant cette rencontre de jeudi 24 juillet, que « l’évacuation » a été déclenchée. Initiative de la commune de Papeete de déloger ceux-là même qu’elle avait déposés-là deux mois plutôt !

Alors, effectivement la situation devenait délicate pour la simple raison que nous ne sommes pas intervenus durant ces deux mois, comme nous le faisions régulièrement avant le confinement ! Mais en aucun cas, nous n’avons formulé une demande d’évacuation et encore moins parce que les sans-abris ne « respectaient plus celui qui leur donne à manger tous les matins ».

Qu’il ait été nécessaire d’intervenir, est incontestable ! Mais comment peut-on déposer des personnes sans-abris en plein centre-ville sans à aucun moment venir les rencontrer durant deux mois pour évoquer la situation, et du jour au lendemain les éjecter en laissant croire que « celui qui leur donne à manger tous les matins » est l’initiateur de la décision !!!

Le seul manque de respect que nous déplorons c’est celui des autorités qui ont pris cette initiative et qui ne l’assument pas tout en essayant de nous opposer aux sans-abris !

Le seul tort que nous ayons eu, est celui d’avoir cru en la sincérité de cette rencontre avec les autorités de la commune… « Le Corbeau honteux et confus jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus » (Jean de la Fontaine).

Non, nous n’avons pas demandé l’évacuation des sdf !!!

2° Des chiffres originaux !

Deuxième précision. À la fin de ce reportage, on peut entendre : « Selon le dernier recensement, sur les 500 SDF comptabilisés entre Faa’a et Arue, 200 d’entre eux ont réussi à sortir de la rue » !!!

L’on ne peut qu’être étonné de ces chiffres… le maire lui-même, tout en s’emmêlant un peu les pinceaux dans les chiffres, lors du débat des municipales, le 28 juin dernier, dans l’émission Mata Ara disait : « Et si l’on n’avait pas confiné les SDF, qui se serait occupé des SDF ? Eh bien nous nous sommes occupés des SDF ! On a confiné pour être exact 170 SDF : 70 à Ateivi, 40 à Bambridge et 30 à Gauguin ». [ndlr : 70+40+30=140 !]

De notre côté, les bénévoles de l’Accueil Te Vai-ete ont accompagné, durant cette même période, environ 160 personnes sans-abris, non confinés. Soit un total de 300 personnes environ !

Quid des 200 sans-abris sortis de la rue !!! Peut-être comptabilise-t-on parmi eux les 11 décédés dans nos rues l’an dernier ? Si effectivement une trentaine sont logés au Mahana Lodge, et une quinzaine dans un fare amuiraa au tombeau du Roi, cela risque fort de prendre fin le 15 août prochain !

Conclusion

Les personnes sans-abris ne sont pas une préoccupation en soi mais juste… un véritable souci d’humanité… mais juste un sujet politique abordé en fonction des enjeux du moment !!!

Ici encore l’adage se confirme : « Les promesses des politiques n’engagent que ceux qui les écoute ! »

« Personne n’est plus détesté que celui qui dit la vérité » (Platon)

Laissez-moi vous dire…

Regarde mon frère, ma sœur !

En ces temps difficiles marqués par des incertitudes, certaines personnes sont inquiètes et même parfois désespérées. Je vous propose une prière attribuée à Saint François d’Assise qui ouvre des perspectives plus optimistes en invitant chacune et chacun à aiguiser son regard à l’exemple du Christ.

Je sais, mon frère,

      que tu as bien des raisons de désespérer,

mais je voudrais te crier

      qu’il y a aussi des milliers de raisons d’espérer !

Ne laisse pas gagner ton cœur

      par les marées noires des mauvaises nouvelles.

Pour changer le monde, change d’abord ton regard.

Moi, Frère François, ton petit serviteur,

      je te prie et te supplie :

      regarde le monde avec les yeux du Christ Jésus.

Lui, Notre Seigneur et notre Frère,

      sut voir les moindres gestes,

      tel celui de l’obole d’une pauvre veuve et s’en émerveiller.

Mon Frère, essaie de « voir »

comment le Royaume de l’Amour émerge lentement,

      à travers mille petits gestes répétés,

      de courage, de tendresse, de défi,

qui disent « non » sans bruit et sans médaille

      à la logique de l’argent, de la haine et de l’indifférence.

Regarde bien,

tu seras surpris de découvrir

      tous ces hommes et toutes ces femmes

qui inventent, jour après jour,

      de nouvelles manières de vivre, de partager, d’espérer,

et qui manifestent que le Royaume de Dieu

      est à la portée de la main.

Regarde et vois

      tous ces hommes et toutes ces femmes qui,

au lieu de crier que Dieu est aveugle, lui prêtent leurs yeux ;

au lieu de crier que Dieu est manchot, lui prêtent leurs mains ;

au lieu de crier que Dieu est muet, lui prêtent leurs voix.

entends l’appel de Celui qui pleure

      parce que l’Amour n’est pas aimé.

Laisse-toi soulever par la force cachée

      de notre haut et bon seigneur.

Car le monde actuel a besoin de retrouver ce “regard du cœur”

      et de cueillir ces fleurs de l’espérance,

      pour mieux respirer et pour mieux vivre.

[Prière attribuée à Saint François d'Assise, 1220]

Dominique SOUPÉ

© Cathédrale de Papeete – 2020

Regard sur l’actualité…

Regard sur la paroisse

Dans un document approuvé par le Pape François en date du 27 Juin 2020, la Congrégation pour le Clergé entend répondre à la nécessité d’orienter dans un sens missionnaire le renouvellement en cours des structures ecclésiales. « Les paroisses ne doivent pas seulement penser à se protéger elles-mêmes, mais elles doivent pouvoir regarder au-delà de leurs propres frontières pour annoncer l’Evangile ». Parmi les nombreux aspects de la réalité paroissiale abordés, ce document intitulé « La conversion pastorale de la communauté paroissiale au service de la mission évangélisatrice de l’Église » nous rappelle aux § 6 et 7 l’origine et le rôle de la structure paroissiale :

« La paroisse possède une longue histoire et a eu dès le départ un rôle fondamental dans la vie des chrétiens, dans la croissance de l’Église et dans son activité pastorale ; on peut déjà en entrevoir une première intuition dans les écrits de saint Paul. Quelques textes pauliniens, en effet, révèlent la constitution de petites communautés qui, comme églises domestiques, sont simplement désignées par l’Apôtre avec le mot ʺmaisonʺ (cf. par exemple, Rm 16,3-5 ; 1Co 16,19-20 ; Ph 4,22). Avec ces ʺmaisonsʺ, on peut découvrir la naissance des premières paroisses… Depuis son apparition, la paroisse se présente donc comme réponse à une exigence pastorale précise, rendre l’Évangile proche du Peuple, par l’annonce de la foi et la célébration des sacrements. L’étymologie du terme lui-même permet de comprendre le sens de l’institution : la paroisse est une maison au milieu des maisons et répond à la logique de l’Incarnation du Christ Jésus, vivant et agissant dans la communauté humaine. Visiblement représentée par l’édifice du culte, elle est ainsi le signe de la présence permanente du Seigneur Ressuscité au milieu de son Peuple ».

Poursuivant sa réflexion, le document insiste sur la nécessité, dans le cadre de la nouvelle évangélisation, d’une remise en cause du visage d’Église que font naître nos comportements et nos pratiques missionnaires : « Pour promouvoir le caractère central de la présence missionnaire de la communauté chrétienne dans le monde, il est important de repenser non seulement une nouvelle expérience paroissiale, mais aussi, à l’intérieur de la paroisse, le ministère et la mission des prêtres qui, avec les laïcs, doivent être ʺsel de la terre et lumière du mondeʺ (cf. Mt 5,13-14), ʺlampe sur le lampadaireʺ (cf. Mc 4,21), en présentant le visage d’une communauté évangélisatrice capable d’une authentique lecture des signes des temps, qui donne un témoignage cohérent de vie évangélique ». (§13).

Cette remise en cause doit permettre de redécouvrir à nouveaux frais ce qui fait l’authenticité de nos paroisses et de notre Église. « Au-delà des lieux et des raisons d’appartenance, la communauté paroissiale est le contexte humain où se réalise l’œuvre évangélisatrice de l’Église, où se célèbrent les sacrements et où se vit la charité, dans un dynamisme missionnaire qui - en plus d’être un élément essentiel de l’action pastorale - devient un critère pour vérifier son authenticité. A notre époque qui est parfois caractérisée par des situations de marginalisation et de solitude, la communauté paroissiale est appelée à être un signe vivant de la proximité du Christ par le moyen d’un réseau de relations fraternelles, tournée vers les nouvelles formes de pauvreté… Vu ce qui vient d’être dit, il importe de repérer des perspectives qui permettent de renouveler les structures paroissiales ʺtraditionnellesʺ à la lumière de la mission. Voilà le cœur de la conversion pastorale désirée, qui doit toucher l’annonce de la Parole de Dieu, la vie sacramentelle et le témoignage de la charité, en un mot les lieux essentiels dans lesquels la paroisse grandit et ses conforme au Mystère auquel elle croit. » (§ 19 et 20).

Voici donc un trop bref aperçu de la feuille de route qui pourra aider chaque paroisse, chaque membre à mettre en œuvre cette « conversion pastorale » à laquelle tous sommes invités. Nul doute que nous aurons l’occasion d’en reparler.

+ Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete – 2020

Hommage

Joseph MOINGT, le jésuite qui ne pouvait s’empêcher de vivre

Le théologien Joseph Moingt est décédé mardi 28 juillet. L'an dernier, alors qu'il venait de publier – à 103 ans ! – un nouveau livre, L'Esprit du christianisme (Temps présent), Jean-Pierre Denis l'avait longuement interviewé. Nous republions le récit de cette rencontre entre ce chercheur de Dieu et l'ancien directeur de la rédaction de La Vie.

Drôle d'hiver ! En décembre, le général Joffre est nommé commandant en chef des armées françaises. Aristide Briand vient de prendre la présidence du Conseil. Deux mois auparavant, un corps expéditionnaire franco-britannique a débarqué à Salonique pour soutenir les troupes serbes en difficulté. Évidemment, nul ne saisit l'importance que revêt la naissance d'Édith Piaf, celles d'Ingrid Bergman et de Frank Sinatra, d'Orson Welles ou de Roland Barthes. À part ses heureux parents, M. et Mme Moingt, qui s'intéresse à ce petit Joseph, venu au monde ce 19 novembre 1915 à Salbris (Loir-et-Cher), au cœur des forêts de Sologne ?

La Première Guerre mondiale s'est achevée, il y a 100 ans. Entre Aristide (Briand) et Édouard (Philippe), près de 90 chefs de gouvernement se sont succédé. Édith Piaf a quitté cette vallée de larmes en 1963. Roland Barthes est devenu un mythe en 1980. Quant à Joseph Moingt, il existe toujours, je l'ai rencontré. Lorsqu'il me reçoit, à quelques jours de Noël, dans la « jésuitière » parisienne de la rue de Grenelle, le fringant quoique frêle jeune homme semble se porter à merveille, malgré une légère toux. Il avance vers moi du pas assuré de celui qui n'a pas besoin de canne et n'a nulle intention de se laisser marcher sur les mots.

Depuis le printemps, il a triomphé de deux AVC et vient de s'offrir un nouvel ordinateur. Pour la forme, il peste un peu, parce qu'il ne sait plus sur quelle touche appuyer pour faire les italiques et les majuscules. Mais son goût inentamé pour la vie impressionne. D'où le tire-t-il ? « L'impulsion vient de ma foi, et sans doute aussi du sentiment que le christianisme n'est pas compris dans sa source même, qui est l'Évangile et la mort de Jésus », me dit-il.

Et, de toute manière, à quoi bon se fatiguer à mourir, au fond, alors qu'ici et maintenant, « notre vie éternelle est déjà commencée » ? Pour Moingt en effet, « la vie de l'Esprit, qui est la vie même de Dieu, est donnée à Jésus et elle nous est donnée à nous, aujourd'hui, de par le baptême, mais surtout de par l'amour dont nous vivons ».

« Le refus de la soumission »

Moingt est un sur-vivant, un plus-que-coriace, un aguerri. Il y a bien longtemps de cela, disons 70 ans, il a traversé une première et dure épreuve. Six ans de détention dans un stalag. Cette histoire ancienne, d'ailleurs, nous intéresserait. Mais le passé ne l'attire guère. « Le lecteur a compris que je déteste mon enfance et tout ce qui en survit », disait Jean-Paul Sartre, que Moingt m'avoue avoir peu lu, préférant découvrir la sociologie française, celle d'Émile Durkheim et de Marcel Mauss, ou alors la philosophie d'Henri Bergson et celle de Martin Heidegger. Que l'on ne compte donc pas sur le théologien pour s'épancher.

Il n'évoquera pas même ces camps de Souabe et de Pologne où, durant le second conflit mondial, il a vécu sa captivité comme sous-officier. Du bout des lèvres, il consent à se souvenir qu'il y a mûri « l'ouverture aux gens qui étaient là, pas tous des intellectuels » et « une attitude de refus de la soumission, au fait accompli de la défaite et de l'occupant », qui peut tremper le caractère d'un futur rebelle. Mais ce sera tout.

« J'y pense le moins possible », m'explique-t-il, avant de couper court à toute effusion mémorielle. « Je suis rentré de captivité en me disant qu'il ne fallait pas revenir sur le passé. À la Libération, il fallait faire face au présent. J'ai rayé le passé de ma vie. Je n'y pense pas davantage aujourd'hui. Je ne regarde jamais en arrière. Il faut vivre. »

Plus minimaliste que baroque

La théologie de Moingt, devenue de plus en plus progressiste au fils des ans, est admirée par un cercle fervent de chrétiens de gauche ou de personnes « en recherche », comme on dit dans le jargon ecclésial. Le reste de l'Église préfère l'ignorer. Bien que l'auteur, au cours de notre entretien, s'en défende, son christianisme, qui va à l'Écriture seule, ressemble plus au protestantisme libéral qu'au catholicisme, et plus à l'art minimaliste né aux États-Unis qu'au baroque jésuite des églises de Bavière. Moingt pourrait faire une sorte de grand aîné des « déconstructeurs » français, le père adoptif d'un Jacques Derrida ou d'un Jean-Luc Nancy.

« Il passe les dogmes à la moulinette », expliquait non sans agacement le journaliste Jean Mercier, qui l'avait rencontré à l'occasion de la parution chez Gallimard de l'un des deux volumes de son monumental Croire au Dieu qui vient – un entretien orageux dont le vieux professeur, sans doute peu habitué à être contesté, se souvient encore. Joseph Moingt, notait Jean Mercier avec justesse, poursuit « son Graal personnel  : une foi totalement nue, dépourvue de toute béquille, libérée des mythes dont, selon lui, l'Église catholique a fait ses dogmes ».

Retour aux sources et au travail

Quand il me reçoit, quatre ans après Jean Mercier, Moingt n'a nullement l'intention de faiblir. Pour lui, ni le péché originel ni la résurrection de la chair ne font sens, et seul un christianisme originel, « apostolique », serait authentique. Ce qui balaye à peu près toute la tradition chrétienne, à commencer par saint Augustin, et ne conserve que deux môles : les Évangiles « galiléens » (Mathieu, Marc, Luc) et les deux grands penseurs originels, Jean et Paul.

« Longtemps, du fait de ma position de jésuite, je n'ai pas songé à distinguer l'enseignement de Jésus et celui de l'Église, moins encore à les opposer. C'est ce que je fais maintenant. Ma fidélité va désormais à l'Évangile. Avant de vouloir développer une pensée critique, mon souci est celui du témoignage. Ce que je remets en cause, ce n'est pas la foi de mon père, de ma mère, de mon curé, de mes premiers éducateurs, mais une certaine manière de l'exprimer philosophiquement, à partir du thomisme remis à la mode par Léon XIII et devenu l'école à penser de l'Église catholique. Je veux, en quelque sorte, faire remonter mon témoignage à Jésus, en deçà de l'enseignement de l'Église catholique, et en deçà de la tradition chrétienne. »

Ce retour aux sources, affirme-t-il, est donc guidé non par le doute, mais par la foi. « La foi, c'est l'inspiration qui vient en nous de l'Esprit saint. Elle est cette participation à la vie de Dieu, qui nous unit les uns aux autres. Elle est l'amour dont Dieu nous aime, qui est l'amour dont nous aimons nos parents, nos amis, et nos ennemis aussi. » C'est elle, souligne-t-il, qui le pousse à rechercher toujours et encore « le souci de la vérité, qui ne se réduit pas à des affirmations juridiques et officielles » : « Je suis mû par le désir d'exprimer la vraie foi, la vraie tradition évangélique. Pour moi, être jésuite, c'est avant tout parcourir le monde en annonçant l'Évangile. Saint Ignace nous a donné la vocation des Apôtres. »

Son dossier à la Congrégation pour la doctrine de la foi fut amplement instruit. Mais le jésuite aurait été protégé de toute sanction canonique par le soutien de son ordre et par la volonté du cardinal Ratzinger. « Ce qui ne me surprend pas de lui », a-t-il l'élégance de reconnaître, avant de rappeler non sans malice que les premiers écrits du futur Benoît XVI étaient jugés fort progressistes.

Comme Georges Hourdin, le fondateur de La Vie, Moingt est devenu révolutionnaire sur ses vieux jours, non pas au moment du Concile ou de Mai-68, mais bien plus tard, après un cursus classique de professeur à Fourvière (Lyon), puis à l'Institut catholique de Paris, où il dirigea notamment la très confidentielle revue savante Recherches de science religieuse.

À l'écoute du monde

C'est d'ailleurs après sa retraite de professeur de philosophie qu'il a commencé une autre vie, celle d'auteur. Vers ses 100 ans, le jésuite s'est consacré à la rédaction de cet Esprit du christianisme qui vient de paraître aux éditions Temps présent. À cet âge, pensera-t-on, on peut cesser les spéculations abstraites et commencer à regarder la mort en face. Croire au Dieu qui vient semblait un convenable adieu, une somme préparant le sommeil éternel, un au-revoir au lecteur et à l'ici-bas. Mais à la Pentecôte 2016, cet homme qui croit en l'Esprit s'est remis au travail. Les premières pages de son Esprit du christianisme, qui relatent cette remise en route intellectuelle, sont magnifiques.

On y rencontre un homme jamais las de chercher son chemin. Une intelligence qui pense en marchant, ou plutôt en écrivant. Un écrivain qui cherche ses mots comme on ouvre encore la porte qui cache la porte, pour partir à la recherche de la vie, à l'écoute du monde. Citons donc un peu longuement cet incipit écrit par quelqu'un pour qui rien ne finit jamais mais tout commence, y compris le christianisme : « Pure joie, par ce matin froid et lumineux, de rouvrir mon ordinateur et d'inscrire en tête d'une page vierge le titre d'un nouveau livre, alors que le précédent (...) se terminait par un Adieu au lecteur, qui résonne dans ma mémoire comme un adieu à l'écriture. L'âge que j'avais atteint justifiait amplement le sens que je donnais effectivement à cet adieu. Mais je ne pouvais m'empêcher de vivre, et comment vivre sans écrire ? » Lignes intimes, d'une candeur et d'une fraîcheur superbes.

Derrière l'apparente simplicité du propos, on sent le travail d'une volonté forte, inentamée, qui cherche à se tenir debout quand tout vacille, qui s'interroge alors qu'elle rencontre ses propres limites et les limites qu'impose la vie. « Où trouver l'élan et le goût de commencer chaque matin une nouvelle journée sans y être pressé par la hâte de reprendre le travail inachevé la veille, et par quoi occuper les veilles nocturnes sinon en ruminant les problèmes en cours de traitement ? Je ne cessais donc de rôder autour du chantier fermé par cet adieu, à la recherche d'un motif valable pour le rouvrir, et je ne manquais pas de soulever des questions que je ne me souvenais pas d'avoir abordées ou dont la solution avait peut-être besoin d'être nuancée, ou tranchée, au contraire avec plus de fermeté. »

Vivre malgré le vertige du silence

Ce trésor existentiel ne peut que toucher au cœur tout lecteur, tout homme, toute femme, tout adolescent ou tout vieillard confronté un jour à la douloureuse difficulté de savoir « où trouver l'élan et le goût de commencer chaque matin une nouvelle journée ». Joseph Moingt plonge sous la surface de la page blanche, il y puise le courage de vivre malgré le vertige du silence, ou l'intimidante évidence du déjà-dit. À chacun, pense-t-on en le lisant, de trouver sa page blanche. C'est la question de toute vie.

Mais, alors, à quand le prochain livre ? Moingt ne trouve pas du tout ma question saugrenue, et après tout reconnaissons qu'il n'a atteint ni l'âge de feue Jeanne Calment (122 ans, 5 mois et 14 jours, record imbattu, quoique contesté) ni celui de sœur André (bientôt 115 ans), actuelle doyenne des Français et doyenne mondiale des religieux.

« Je vais voir ce que je peux attendre de moi ! J'ai hâte de reprendre un travail à peu près sérieux. Si Dieu me donne vie, l'espace de vie que je demande c'est, disons, deux ans pour faire un nouveau livre. Si je peux écrire, je continuerai donc. Je voudrais encore creuser, ramener le Salut à l'amour fraternel des hommes les uns pour les autres. Je voudrais aller au plus universel, comme Jésus y est allé par sa mort ! Si j'ai le loisir d'écrire encore, ce sera pour montrer que l'amour et le Salut sont identiques. Le Salut, c'est l'amour. L'amour, c'est le Salut. »

Mais la mort, quand même ? Y pense-t-il ? Attend-il quelque chose ? « J'attends d'être éclairé sur Dieu. J'attends de voir Dieu, d'être en Dieu. D'être moi-même devenu Esprit, Esprit de Dieu et Esprit de Jésus qui fait son chemin par l'amour qu'il nous inspire. » On sent que, le jour venu, le professeur Moingt ne sera pas mécontent d'interroger l'élève Dieu. Lequel des deux devra s'expliquer ? Ne préjugeons pas.

© La Vie – 2020

Congrégation pour le clergé

La conversion pastorale de la communauté paroissiale au service de la mission évangélisatrice de l’Église (1)

Dans l'Église, il y a de la place pour tous et chacun peut trouver sa place, en respectant la vocation de chacun : c'est là le sens de l'Instruction « La conversion pastorale de la communauté paroissiale au service de la mission évangélisatrice de l’Église », rédigée par la congrégation pour le Clergé. Le document ne contient aucune nouvelle législation, mais propose des moyens de mieux appliquer la législation actuelle, de manière à favoriser la coresponsabilité des baptisés et à promouvoir une pastorale de proximité et de coopération entre les paroisses.

Introduction

1. La réflexion ecclésiologique du Concile Vatican II et les importants changements sociaux-culturels des dernières décennies ont amené diverses Églises particulières à réorganiser la manière de confier la charge pastorale des communautés paroissiales. Cela a permis de lancer des expériences nouvelles, qui mettent en valeur la dimension de la communion et qui mettent en œuvre, sous la conduite des pasteurs, une synthèse harmonieuse de charismes et de vocations au service de l’annonce de l’Évangile, qui corresponde mieux aux exigences actuelles de l’évangélisation.

Au début de son ministère, le Pape François a rappelé l’importance de la « créativité », qui signifie « chercher des voies nouvelles », c’est-à-dire « chercher le moyen d’annoncer l’Évangile » ; sur ce point, a conclu le Saint Père, « l’Église, et aussi le Code de Droit Canonique, nous offre tant et tant de possibilités et de libertés pour chercher ces choses ».

2. Les situations décrites par cette Instruction représentent une occasion précieuse de conversion pastorale comprise dans son sens missionnaire. Elles constituent en effet une invitation aux communautés paroissiales à sortir d’elles-mêmes, en offrant des outils pour une réforme, également structurelle, qui tend à promouvoir un style de communion et de collaboration, de rencontre et de proximité, de miséricorde et de sollicitude en vue de l’annonce de l’Évangile.

I. La conversion pastorale

3. La conversion pastorale est un des thèmes fondamentaux de la “nouvelle étape de l’évangélisation” que l’Église est appelée aujourd’hui à promouvoir, afin que les communautés chrétiennes soient toujours plus des centres qui favorisent la rencontre avec le Christ.

Dans cet esprit, le Saint Père a suggéré : « Si quelque chose doit saintement nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus-Christ, sans une communauté de foi qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie. Plus que la peur de se tromper j’espère que nous anime la peur de nous renfermer dans les structures qui nous donnent une fausse protection, dans les normes qui nous transforment en juges implacables, dans les habitudes où nous nous sentons tranquilles, alors que, dehors, il y a une multitude affamée, et Jésus nous répète sans arrêt : “Donnez-leur vous-mêmes à manger” (Mc 6, 37) ».

4. Poussée par cette sainte inquiétude, l’Église « fidèle à sa propre tradition et tout à la fois consciente de l'universalité de sa mission, peut entrer en communion avec les diverses formes de culture ; d'où l'enrichissement qui en résulte pour elle-même et pour les différentes cultures ». De fait, la rencontre féconde et créatrice entre l’Évangile et la culture amène à un véritable progrès : d’une part la Parole de Dieu s’incarne dans l’histoire des hommes en la renouvelant ; d’autre part, « l'Église peut être enrichie, et elle l'est effectivement, par le développement de la vie sociale », ce qui lui permet de mieux saisir la mission que le Christ lui a confiée, afin de mieux l’expliciter dans le temps où elle vit.

5. L’Église annonce que le Verbe « s’est fait chair et a habité parmi nous » (Jn 1,14). Cette Parole de Dieu, qui aime demeurer parmi les hommes, dans son inépuisable richesse, a été accueillie dans le monde entier par des peuples divers, dont elle a promu les plus nobles aspirations, parmi lesquelles, le désir de Dieu, le dignité de la vie de chaque personne, l’égalité entre les hommes et le respect des différences dans l’unique famille humaine, le dialogue comme moyen de participation, la soif de paix, l’accueil comme expression de fraternité et de solidarité, la protection responsable de la création.

Il est par conséquent impensable qu’une telle nouveauté, dont la diffusion jusqu’aux confins de la terre n’est pas encore achevée, s’affaiblisse ou, pire, s’épuise. Pour que la Parole poursuive sa route, il faut que les communautés chrétiennes fassent un choix clairement missionnaire, « capable de transformer toute chose, afin que les habitudes, les styles, les horaires, le langage et toute structure ecclésiale devienne un canal adéquat pour l’évangélisation du monde actuel, plus que pour l’auto-préservation ».

II. La paroisse dans le contexte actuel

6. Une telle conversion missionnaire qui, bien sûr, conduit également à une réforme des structures, touche de manière particulière la paroisse, comme communauté convoquée autour de la Table de la Parole et de l’Eucharistie.

La paroisse possède une longue histoire et a eu dès le départ un rôle fondamental dans la vie des chrétiens, dans la croissance de l’Église et dans son activité pastorale ; on peut déjà en entrevoir une première intuition dans les écrits de saint Paul. Quelques textes pauliniens, en effet, révèlent la constitution de petites communautés qui, comme églises domestiques, sont simplement désignées par l’Apôtre avec le mot “maison” (cf., par exemple, Rm 16,3-5 ; 1Co 16,19-20 ; Ph 4,22). Avec ces “maisons”, on peut découvrir la naissance des premières “paroisses”.

7. Depuis son apparition, la paroisse se présente donc comme réponse à une exigence pastorale précise, rendre l’Évangile proche du Peuple, par l’annonce de la foi et la célébration des sacrements. L’étymologie du terme lui-même permet de comprendre le sens de l’institution : la paroisse est une maison au milieu des maisons et répond à la logique de l’Incarnation du Christ Jésus, vivant et agissant dans la communauté humaine. Visiblement représentée par l’édifice du culte, elle est ainsi le signe de la présence permanente du Seigneur Ressuscité au milieu de son Peuple.

8. Cependant, la configuration territoriale de la paroisse est appelée aujourd’hui à tenir compte d’une caractéristique particulière du monde actuel où la mobilité accrue et la culture digitale ont repoussé les frontières de l’existence. De fait, d’une part, la vie des personnes, qui se déroule plutôt dans “un village global et pluriel”, correspond de moins en moins à un contexte défini et immuable ; d’autre part, la culture digitale a modifié de manière irréversible la perception de l’espace, tout comme le langage et le comportement des personnes, spécialement des jeunes générations.

Il est par ailleurs facile d’imaginer que le développement constant de la technologie modifiera en conséquence le mode de pensée et la compréhension que l’homme aura de lui-même et de la vie sociale. La rapidité des changements, le rapprochement des modèles culturels, la facilité des déplacements et la rapidité des communications, sont en train de transformer la perception de l’espace et du temps.

9. Comme communauté vivante de croyants, la paroisse s’insère dans ce contexte où le lien avec le territoire tend à être de moins en moins perçu, où les lieux d’appartenance deviennent multiples, où les relations interpersonnelles risquent de se diluer dans le monde virtuel, sans engagement ni responsabilité des personnes à l’égard de leur propre contexte relationnel.

10. On perçoit aujourd’hui que de tels changements culturels et l’évolution du rapport au territoire promeuvent dans l’Église, grâce à la présence de l’Esprit Saint, un nouveau discernement communautaire, « qui consiste à regarder la réalité avec les yeux de Dieu, dans l’optique de l’unité et de la communion ». Il est donc urgent d’entrainer tout le Peuple de Dieu à accueillir l’invitation de l’Esprit pour mettre en œuvre des processus de “rajeunissement” du visage de l’Église.

III. L’importance de la paroisse aujourd’hui

11. A la lumière d’un tel discernement, la paroisse est appelée à saisir les signes des temps pour adapter le service qu’elle doit rendre aux exigences des fidèles et aux changements historiques. Il faut renouveler un dynamisme qui permette, à la lumière des textes du Concile Vatican II et du Magistère successif, de redécouvrir la vocation de chaque baptisé à être disciple de Jésus et missionnaire de l’Évangile.

12. Les Pères conciliaires, en effet, écrivaient avec clairvoyance : « Le soin des âmes doit être pénétré d'esprit missionnaire »[12]. En continuité avec un tel enseignement, saint Jean-Paul II a précisé : « La paroisse doit être perfectionnée et intégrée dans beaucoup d’autres formes, mais elle reste toujours un organisme indispensable de première importance dans les structures visibles de l’Église » pour « faire de l’évangélisation le pivot de toute action pastorale, en tant qu’exigence prioritaire, prééminente et privilégiée »[13]. Benoît XVI a ensuite enseigné que « la paroisse est un phare qui fait rayonner la lumière de la foi et qui vient ainsi à la rencontre des désirs les plus profonds et vrais du cœur de l'homme, donnant une signification et de l'espérance à la vie des personnes et des familles ». Enfin, le Pape François rappelle que « à travers toutes ses activités, la paroisse encourage et forme ses membres pour qu’ils soient des agents de l’évangélisation »[15].

13. Pour promouvoir le caractère central de la présence missionnaire de la communauté chrétienne dans le monde[16], il est important de repenser non seulement une nouvelle expérience paroissiale, mais aussi, à l’intérieur de la paroisse, le ministère et la mission des prêtres qui, avec les laïcs, doivent être “sel et lumière du monde” (cf. Mt 5, 13-14), “lampe sur le lampadaire” (cf. Mc 4,21), en présentant le visage d’une communauté évangélisatrice capable d’une authentique lecture des signes des temps, qui donne un témoignage cohérent de vie évangélique.

14. Précisément à partir de la considération des signes des temps, il est également nécessaire, à l’écoute de l’Esprit Saint, de créer de nouveaux signes : n’étant plus comme autrefois le lieu normal du rassemblement et de la sociabilité, la paroisse est appelée à trouver d’autres modalités de proximité par rapport aux activités habituelles. Une telle tâche ne constitue pas un poids qu’il faudrait subir, mais un défi à accueillir avec enthousiasme.

15. Les disciples du Seigneur, à la suite de leur Maître et à l’école des Saints et des pasteurs, ont appris, parfois par des expériences douloureuses, à savoir attendre les temps et les modes de Dieu, à renouveler leur certitude qu’Il est toujours présent jusqu’à la fin des temps, et que l’Esprit Saint – cœur qui diffuse la vie de l’Église – rassemble les fils de Dieu dispersés dans le monde. C’est pourquoi la communauté chrétienne ne doit pas avoir peur de lancer des processus et de les accompagner dans un territoire où cohabitent des cultures diverses, dans la certitude confiante que, pour les disciples du Christ, « il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur ».

IV. La mission, critère pour le renouveau

16. Dans les transformations qu’elle met en œuvre, il arrive que la paroisse n’arrive pas, malgré son investissement généreux, à correspondre de manière adéquate aux multiples attentes des fidèles, en particulier quand on considère les nombreuses formes de communauté. Il est vrai qu’une des caractéristiques de la paroisse est son enracinement là où les personnes vivent quotidiennement. Mais, spécialement aujourd’hui, le territoire n’est plus seulement un espace géographique délimité, mais un contexte où chacun vit sa propre vie, faite de relations, de service réciproque et de traditions anciennes. C’est dans ce “territoire existentiel” que l’Église doit relever son défi au milieu de la communauté. Semble donc révolue une pastorale qui maintiendrait son champ d’action uniquement à l’intérieur des limites territoriales de la paroisse, alors que bien souvent les paroissiens eux-mêmes ne comprennent plus cette modalité, davantage marquée par la nostalgie du passé qu’inspirée par l’audace qui envisage l’avenir. D’autre part, il est bon de préciser que, sur le plan canonique, le principe territorial reste pleinement en vigueur quand il est requis par le droit.

17. En outre, la simple répétition d’activités qui n’ont aucune incidence sur la vie des personnes concrètes, n’est qu’une tentative stérile de survivance, souvent reçue dans l’indifférence générale. Si elle ne vit pas du dynamisme spirituel propre à l’évangélisation, mais propose des expériences désormais privées de saveur évangélique et de mordant missionnaire, ou seulement destinées à des petits groupes, la paroisse court le risque de devenir autoréférentielle et de se scléroser.

18. Le renouveau de l’évangélisation requière de nouvelles attentions et des propositions diversifiées, afin que la Parole de Dieu et la vie sacramentelle puissent rejoindre tout le monde, selon une manière qui soit cohérente avec l’état de vie de chacun. En effet, l’appartenance ecclésiale fait aujourd’hui de plus en plus abstraction des lieux de naissance et de croissance des membres, et s’oriente plutôt vers une communauté d’adoption, où les fidèles font, de fait, une expérience plus large du Peuple de Dieu, d’un corps qui s’articule selon de nombreux membres, où chacun opère pour le bien de tout l’organisme (cf. 1 Co 12, 12-27).

19. Au-delà des lieux et des raisons d’appartenance, la communauté paroissiale est le contexte humain où se réalise l’œuvre évangélisatrice de l’Église, où se célèbrent les sacrements et où se vit la charité, dans un dynamisme missionnaire qui – en plus d’être un élément intrinsèque de l’action pastorale – devient un critère pour vérifier son authenticité. A notre époque qui est parfois caractérisée par des situations de marginalisation et de solitude, la communauté paroissiale est appelée à être un signe vivant de la proximité du Christ par le moyen d’un réseau de relations fraternelles, tournée vers les nouvelles formes de pauvreté.

20. Vu ce qui vient d’être dit, il importe de repérer des perspectives qui permettent de renouveler les structures paroissiales “traditionnelles” à la lumière de la mission. Voilà le cœur de la conversion pastorale désirée, qui doit toucher l’annonce de la Parole de Dieu, la vie sacramentelle et le témoignage de la charité, en un mot les lieux essentiels dans lesquels la paroisse grandit et se conforme au Mystère auquel elle croit.

21. Quand on parcourt les Actes des Apôtres, on se rend compte de l’action primordiale de la Parole Dieu, comme puissance intérieure qui réalise la conversion des cœurs. Elle est l’aliment qui nourrit les disciples du Seigneur et les rend témoins de l’Évangile dans les différentes situations de la vie. L’Écriture possède une force prophétique qui la rend toujours vivante. Il importe donc que la paroisse éduque à la lecture et à la méditation de la Parole de Dieu au moyen de propositions diversifiées d’annonce, qui prenne des formes de communication limpides et compréhensibles pour présenter le Seigneur Jésus selon le témoignage toujours nouveau du Kérygme.

22. La célébration du mystère eucharistique, ensuite, est « source et somment de toute la vie chrétienne », et donc moment essentiel pour la constitution de la communauté paroissiale. En elle l’Église prend conscience de la signification de son propre nom : convocation du Peuple de Dieu qui loue, supplie, intercède et rend grâce. Quand elle célèbre l’Eucharistie, la communauté chrétienne accueille la présence vivante du Seigneur crucifié et ressuscité, et reçoit l’annonce de tout son mystère de salut.

23. L’Église perçoit par-là la nécessité de redécouvrir l’initiation chrétienne qui fait naître à une vie nouvelle, en tant qu’insérée dans le mystère de la vie même de Dieu. Il s’agit d’un cheminement qui ne connaît pas d’interruption. Il n’est pas seulement lié à des célébrations ou à des événements. Ce qui le détermine en premier lieu, ce n’est pas le devoir d’accomplir un “rite de passage”, mais uniquement la perspective de la suite permanente du Christ. Sous cette lumière, il peut être utile de mettre en place des itinéraires mystagogiques qui touchent réellement l’existence. La catéchèse elle-même devra se présenter comme une annonce continuelle du Mystère du Christ, afin de faire croître dans le cœur des baptisés la stature du Christ (cf. Ep 4,13), grâce à une rencontre personnelle avec le Seigneur de la vie.

Comme l’a rappelé le Pape François, il importe d’« attirer l’attention sur deux falsifications de la sainteté qui pourraient nous faire dévier du chemin : le gnosticisme et le pélagianisme. Ce sont deux hérésies apparues au cours des premiers siècles du christianisme mais qui sont encore d’une préoccupante actualité ». Le gnosticisme consiste en une foi abstraite, purement intellectuelle, faite de connaissances qui restent éloignées de la vie, tandis que le pélagianisme amène l’homme à compter sur ses seules forces, sans tenir compte de l’action de l’Esprit.

24. Dans le mystérieux entrelacement de l’agir de Dieu et de celui de l’homme, l’Évangile est proclamé par des hommes et des femmes dont la vie, tissée de relations interpersonnelles qui suscitent confiance et espérance, garantit la crédibilité de ce qu’ils annoncent. A notre époque, souvent marquée par l’indifférence, l’enfermement de l’individu sur soi-même et le rejet de l’autre, la redécouverte de la fraternité est fondamentale, vu que l’évangélisation est étroitement liée à la qualité des relations humaines. Aussi la communauté chrétienne fait sienne la parole de Jésus qui pousse à « prendre le large » (Lc 5,4), confiante que l’invitation du Maître à jeter les filets fonde en soi la certitude d’une “pêche abondante”.

25. La “culture de la rencontre”, qui met la personne au centre de tout, promeut le dialogue, la solidarité et l’ouverture à chacun. Il est donc nécessaire que la paroisse soit le “lieu” qui donne le désir d’être ensemble et fait grandir les relations personnelles durables. Chacun peut ainsi découvrir ce que signifie “faire partie” et “être aimé”.

26. La communauté paroissiale est appelée à développer un authentique “art de la proximité”. Si celui-ci est bien enraciné, la  paroisse devient réellement le lieu où est surmontée la solitude qui blesse la vie de tant de personnes, le « sanctuaire où les assoiffés viennent boire pour continuer à marcher, le centre d’un constant envoi missionnaire ».

V. “Communauté de communautés” : la paroisse intégrante, évangélisatrice et attentive aux pauvres

27. Le sujet de l’action missionnaire et évangélisatrice de l’Église est toujours le Peuple de Dieu dans son ensemble. De fait, il apparaît dans le Code de Droit Canonique que la paroisse ne se définit pas comme un édifice ou un ensemble de structures mais comme une communauté précise de fidèles, dont le curé est le pasteur propre. À ce propos, le Pape François a rappelé que «la paroisse est présence ecclésiale sur le territoire, lieu de l’écoute de la Parole, de la croissance de la vie chrétienne, du dialogue, de l’annonce, de la charité généreuse, de l’adoration et de la célébration », et il a dit qu’elle « est communauté de communautés ».

28. Le diverses composantes qui constituent la paroisse sont appelées à la communion et à l’unité. C’est dans la mesure où chacun reconnaît sa propre complémentarité et la met au service de la communauté, que, d’une part se réalise pleinement le ministère du curé et des prêtres qui collaborent avec lui comme pasteurs, et que d’autre part se manifeste la spécificité des différents charismes des diacres, des consacrés et des laïcs. Ainsi chacun agit pour la construction de l’unique corps (cf. 1 Co 12,12).

29. La paroisse est donc une communauté convoquée par l’Esprit Saint pour annoncer la Parole de Dieu et faire renaître de nouveaux enfants à la fontaine baptismale ; rassemblée par son pasteur, elle célèbre le mémorial de la passion, de la mort et de la résurrection du Seigneur, et témoigne sa foi dans la charité en vivant dans un état permanent de mission, afin que le message salvifique qui donne la vie ne vienne à manquer à personne.

A ce sujet, le Pape François s’est ainsi exprimé : « La paroisse n’est pas une structure caduque ; précisément parce qu’elle a une grande plasticité, elle peut prendre des formes très diverses qui demandent la docilité et la créativité missionnaire du pasteur et de la communauté. Même si, certainement, elle n’est pas l’unique institution évangélisatrice, si elle est capable de se réformer et de s’adapter constamment, elle continuera à être “l’Église elle-même qui vit au milieu des maisons de ses fils et de ses filles”. Cela suppose que réellement elle soit en contact avec les familles et avec la vie du peuple et ne devienne pas une structure prolixe séparée des gens, ou un groupe d’élus qui se regardent eux-mêmes. […] Mais nous devons reconnaître que l’appel à la révision et au renouveau des paroisses n’a pas encore donné de fruits suffisants pour qu’elles soient encore plus proches des gens, qu’elles soient des lieux de communion vivante et de participation, et qu’elles s’orientent complètement vers la mission ».

30. On ne peut pas exclure de la paroisse le “style spirituel et ecclésial des sanctuaires” – qui sont d’authentiques “avant-postes missionnaires” – caractérisé par l’accueil, la vie de prière et de silence qui renouvelle l’esprit, ainsi que par la célébration du sacrement de la réconciliation et par l’attention aux pauvres. Les pèlerinages que les communautés paroissiales réalisent dans les divers sanctuaires constituent de précieux moyens pour grandir dans la communion fraternelle et, de retour à la maison, faire en sorte que les lieux de vie quotidienne soient plus ouverts et hospitaliers.

31. Dans cette perspective, on comprend que le sanctuaire puisse posséder les caractéristiques et les services que, analogiquement, la paroisse elle-même doit avoir, et qu’il représente pour beaucoup de fidèles le but de leur quête intérieure ainsi que le lieu où l’on rencontre le visage du Christ miséricordieux et une Église accueillante.

Dans les sanctuaires, ils peuvent redécouvrir “l’onction reçue du Saint” (1 Jn 2,20), c’est-à-dire leur consécration baptismale. Dans ces lieux, on apprend à célébrer avec ferveur, dans la liturgie, le mystère de la présence de Dieu au milieu de son peuple, la beauté de la mission évangélisatrice de chaque baptisé, l’appel à concrétiser la charité dans les lieux de vie.

32. “Sanctuaire” ouvert à tous, la paroisse, qui doit aussi rejoindre chacun sans exception, rappelle que les pauvres et les exclus doivent toujours avoir une place privilégiée dans le cœur de l’Église. Benoît XVI l’a affirmé : « Les pauvres sont les destinataires privilégiés de l’Évangile ». À son tour, le Pape François a écrit que « la nouvelle évangélisation est une invitation à reconnaître la force salvifique de leurs existences, et à les mettre au centre du cheminement de l’Église. Nous sommes appelés à découvrir le Christ en eux, à prêter notre voix à leurs causes, mais aussi à être leurs amis, à les écouter, à les comprendre et à accueillir la mystérieuse sagesse que Dieu veut nous communiquer à travers eux ».

33. La communauté paroissiale est bien souvent le premier lieu où les pauvres font une rencontre humaine et personnelle avec le visage de l’Église. Il appartient en particulier aux prêtres, aux diacres et aux consacrés de ressentir de la compassion pour la “chair blessée” des frères, de les visiter quand ils sont malades, de soutenir les personnes et les familles sans emploi, d’ouvrir la porte à tous ceux qui sont dans le besoin. Le regard tourné vers les derniers, la communauté paroissiale évangélise et se laisse évangéliser par les pauvres. Elle assume ainsi l’engagement social, lié à l’annonce, dans toutes ses dimensions, sans oublier la “règle suprême” de la charité sur laquelle nous serons jugés.

© Libreria Editrice Vaticana – 2020

Commentaire

Chers frères et sœurs, bonjour !

En ce dimanche, l’Évangile nous présente le miracle de la multiplication des pains et des poissons (Mt 14,13-21). Jésus l’accomplit le long du lac de Galilée, dans un lieu isolé où il s’était retiré avec ses disciples après avoir appris la mort de Jean-Baptiste. Mais beaucoup de personnes les suivirent et les rejoignirent ; et Jésus, les voyant, en eut pitié et guérit les malades jusqu’au soir. Alors, les disciples, préoccupés par l’heure tardive, lui suggérèrent de renvoyer la foule afin qu’elle puisse aller dans les villages acheter à manger. Mais Jésus répondit tranquillement : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt 14,16) ; et, après avoir fait apporter cinq pains et deux poissons, il les bénit, et commença à les rompre et à les donner aux disciples, qui les distribuaient aux gens. Tous mangèrent et furent rassasiés, et il en resta même !

Dans cet événement, nous pouvons saisir trois messages. Le premier est la compassion. Face à la foule qui le poursuit et — pour ainsi dire — « ne le laisse pas en paix », Jésus ne réagit pas avec irritation, il ne dit pas : « Ces gens me dérangent ». Non, non. Mais il réagit avec un sentiment de compassion, parce qu’il sait qu’ils ne le cherchent pas par curiosité, mais par besoin. Mais attention : la compassion — ce que ressent Jésus — ne signifie pas simplement avoir pitié ; c’est plus que cela ! Cela signifie com-patir, c’est-à-dire s’identifier avec la souffrance des autres, au point de l’assumer. Jésus est comme cela : il souffre avec nous, il souffre pour nous, il souffre pour nous. Et le signe de cette compassion sont les nombreuses guérisons qu’il a accomplies. Jésus nous enseigne à placer les nécessités des pauvres avant les nôtres. Nos exigences, bien que légitimes, ne seront jamais aussi urgentes que celles des pauvres, qui n’ont pas le nécessaire pour vivre. Nous parlons souvent des pauvres. Mais quand nous parlons des pauvres, sentons-nous que cet homme, cette femme, ces enfants n’ont pas le nécessaire pour vivre ? Qu’ils n’ont pas à manger, ils n’ont pas de quoi se vêtir, ils n’ont pas la possibilité d’acheter des médicaments... Que les enfants n’ont pas non plus la possibilité d’aller à l’école. C’est pourquoi nos exigences ne seront jamais aussi urgentes que celles des pauvres qui n’ont pas le nécessaire pour vivre.

Le deuxième message est le partage. Le premier est la compassion, ce que sentait Jésus, le deuxième le partage. Il est utile de comparer la réaction des disciples, face aux gens qui sont fatigués et qui ont faim, avec celle de Jésus. Elles sont différentes. Les disciples pensent qu’il est préférable de les renvoyer, afin qu’ils puissent aller se procurer de la nourriture. Jésus en revanche dit : donnez-leur vous-mêmes à manger. Deux réactions différentes, qui reflètent deux logiques opposées : les disciples raisonnent selon le monde, dans lequel chacun doit penser à soi ; ils raisonnent comme s’ils disaient : « Débrouillez-vous seuls ». Jésus raisonne selon la logique de Dieu, qui est celle du partage. Combien de fois nous tournons-nous de l’autre côté pour ne pas voir nos frères dans le besoin ! Et regarder de l’autre côté est une façon éduquée de dire, avec des gants blancs, « débrouillez-vous seuls ». Et cela n’appartient pas à Jésus, cela est de l’égoïsme. S’il avait renvoyé les foules, beaucoup de personnes n’auraient pas eu à manger. Au contraire, ces quelques pains et poissons, partagés et bénis par Dieu, suffisent pour tous. Et attention ! Ce n’est pas de la magie, c’est un « signe » : un signe qui invite à avoir foi en Dieu, le Père de la providence, qui ne nous fait pas manquer « notre pain quotidien », si nous savons le partager en frères.

Compassion, partage. Et le troisième message : le prodige des pains annonce l’Eucharistie. On le voit dans le geste de Jésus qui « bénit » (v.19) avant de rompre les pains et de les distribuer aux gens. C’est le même geste que Jésus accomplira lors de la Cène, lorsqu’il instituera le mémorial perpétuel de son Sacrifice rédempteur. Dans l’Eucharistie, Jésus ne donne pas un pain, mais le pain de vie éternel, il se donne Lui-même, en s’offrant au Père par amour pour nous. Mais nous devons aller à l’Eucharistie avec ces sentiments de Jésus, c’est-à-dire la compassion et la volonté de partager. Qui va à l’Eucharistie sans avoir de compassion pour les personnes dans le besoin et sans partager, n’est pas en accord avec Jésus.

Compassion, partage, Eucharistie. Tel est le chemin que nous indique Jésus dans cet Évangile. Un chemin qui nous conduit à affronter de façon fraternelle les besoins de ce monde, mais qui nous conduit au-delà de ce monde, parce qu’il part de Dieu le Père et revient à Lui. Que la Vierge Marie, Mère de la divine Providence, nous accompagne sur ce chemin.

© Libreria Editrice Vaticana – 2017