Pko 05.02.2017

Eglise cath papeete 1Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°06/2017

Dimanche 5 février 2017 – 5ème Dimanche du Temps ordinaire – Année A

Humeurs…

Le courage de la parole !

Nous ne pouvons que saluer l’audace et le courage du colonel Caudrelier à l’occasion de la cérémonie œcuménique pour la Sainte Geneviève, patronne des gendarmes vendredi dernier à la paroisse du Sacré-Cœur. Des mots attendus depuis longtemps par ceux qui côtoient régulièrement le terrain… que ni nos hommes politiques, bien trop soucieux de leur réélection, ni les têtes pensantes dans les bureaux climatisés ne peuvent tenir… réalité bien trop loin de leur réalité !

Contraste entre la langue de bois utilisée habituellement et ces propos si vrais : « Non, la Polynésie française n'est pas un havre de paix. Non, la typologie de la délinquance ne se limite pas à des faits bénins qui justifieraient une certaine tolérance des autorités ou une indifférence de la population. »

Comme lui, nous ne pouvons que constater les dégâts du paka véritable « produit d’appel » : « Le pakalolo, prétendue drogue douce que certaines élites voudraient légaliser, causent des dégâts irrémédiables parmi la jeunesse, jusqu'aux plus jeunes enfants. Les effets de ce produit sur une personnalité en construction sont désastreux, ils favorisent l'échec scolaire et la marginalisation. Pire, considéré comme un produit de subsistance, le pakalolo est en réalité un produit d'appel qui génère des fonds souvent réinvestis dans une drogue bien plus dangereuse, l'ice importé des USA ». Après deux générations, nous constatons l’explosion des personnes atteintes de troubles psychiatriques graves : bipolaires, schizophrènes…

Les propos du colonel ne sont ni exagérés, ni déplacés… Ils sont réalistes et vrais, n’en déplaise aux bonimenteurs qui voudraient nous faire croire que « Tout va très bien Madame la Marquise… »

La banalisation… Hier un jeune qui était il y a quelque temps en « surcharge pondérale » me fait remarquer, tout heureux, qu’il a perdu du poids… Je lui dis : « Avec quoi… de l’ice ? » Il me répond oui mais ça y est j’ai arrêté… je voulais juste perdre du poids !… nous pourrions remplir des pages de ce genre d’« anecdote » qui n’ont rien d’anecdotique !

Pour autant, il ne faut pas tomber dans le pessimisme… mais simplement avoir le courage de prendre le problème à bras le corps… C’est un état d’urgence qui doit être mis en place… sans stigmatisation de telle ou telle catégorie de personnes… mais une véritable volonté de lutter ensemble pour sauver la génération qui vient. Oser le langage vrai… mais peut-être pas facile pour ceux qui sont eux-mêmes consommateurs !

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Vous pourrez lire l’intégralité de l’intervention du Colonel Caudrelier dans notre prochain P.K.0

Chronique de la roue qui tourne

La présence

« Qu’importe le temps, qu’importe le vent, mieux vaut ton absence que ton indifférence. » Serge Gainsbourg.

Qu’est-ce qu’être présent pour l’autre ? N’est-ce qu’un acte de présence sans autre obligation, comme une case à cocher ? La présence se borne-t-elle à la présence physique à laquelle on pense systématiquement ?

Aujourd’hui, nous ne sommes pas moins entourés qu’au siècle dernier. Bien au contraire, la population mondiale ne cesse d’augmenter. Alors, pourquoi nous sentons nous si seuls aujourd’hui… avec plus de 7 milliards de « voisins » ? Et c’est bien là un fléau de la société d’aujourd’hui.

Mais nous pouvons être là sans pour autant être avec les autres. Nous avons acquis l’art d’être présents tout en étant ailleurs, d’être connectés à tout pour n’être nulle part, être amis avec des milliers de personnes sans en connaître aucune. Préoccupés par mille et une choses, nous ne savons plus « être présents » pour les autres.

En fait, la présence prend forme que si elle se concrétise par une rencontre. Elle s’accompagne toujours d’un souci de l’autre. Elle n’est que si elle répond à une attente et aux besoins de l’autre. Car c’est bien là qu’elle trouve sa force. Sans cela, la présence ne vaut rien. Sans cela, elle est insignifiante et passe inaperçue ou, pire, elle devient pesante, au point que l’absence soit un soulagement.

Nous devons réapprendre à « être avec », à « être présents pour » quelqu’un. Là, un minimum d’interactions est exigé. Là, la présence physique a besoin de conscience pour être réelle. Pour être présent auprès de quelqu’un, il faut tout d’abord un peu d’empathie ou, du moins, le souci de l’autre. Prendre conscience qu’un autre est à côté de vous et qu’il a besoin de vous. Voilà la condition sine qua non d’une vraie présence. Savoir être attentif à ses besoins. Savoir être familier de ses peurs et de ses soucis. Savoir être tant une source de bonheur qu’un soutien sans faille dans l’épreuve.

Christian Bobin disait : « L'intelligence est la force, solitaire, d'extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi - vers l'autre là-bas, comme nous égaré dans le noir. » Et, bien souvent, cette poignée de lumière est notre simple présence, un présent que tout le monde peut offrir !

La chaise masquée

© Nathalie SH – P.K.0 – 2017

Vie consacrée et Présentation du Seigneur au temple

En marge de l’actualité du mercredi 1er février 2017

La semaine est marquée par la fête de la Présentation du Seigneur au Temple, le 2 février. Outre que la fête commémore le moment où Marie et Joseph consacrent l’enfant Jésus à Dieu comme le prescrit la loi de Moïse, ce jour est aussi celui qui a été choisi par le pape Jean-Paul II depuis 1997 pour célébrer la journée de la vie consacrée.

La simultanéité des deux célébrations ne tient pas du hasard. La présentation de Jésus au Temple annonce sa propre consécration au Père et le don de sa propre vie jusqu’à la Croix par amour pour les hommes. Toute personne consacrée est bouleversée par ce don du Christ au point de tout laisser pour vivre à sa suite.

Ce style de vie est un témoignage qui dépasse les personnes consacrées elles-mêmes. À travers elles, les valeurs du Royaume se diffusent dans le monde : générosité, détachement, esprit de sacrifie, capacité à donner la priorité aux autres, etc. Ce faisant, elles peuvent réveiller un monde endormi et montrer une manière différente de faire des choses, d’agir, de vivre.

Mais à ce que « quelques-uns » choisissent de vivre, tous sont appelés et en possèdent les capacités et les charismes nécessaires. Ayons à l’esprit qu’obéir à la volonté de Dieu, respecter la dignité de chaque personne, consacrer les fruits de son travail au service de la mission, tous les chrétiens y sont consacrés par le baptême !

Le contexte actuel révèle toutefois un essoufflement sur le plan des vocations. Dans un discours prononcé le 28 janvier dernier à l’adresse du monde religieux, le pape François a évoqué les grandes fragilités actuelles de la vie consacrée : « La culture du provisoire, (…) le consumérisme, (…) la routine, la fatigue, le poids de la gestion des structures, les divisions internes, la recherche du pouvoir, une manière mondaine de gouverner les institutions, un service de l’autorité qui parfois devient un autoritarisme ou d’autres fois un laisser-faire ».

Le pape termine son discours en relevant l’importance de la vie fraternelle en communauté, de la vie de prière, de la fréquentation des sacrements et d’un témoignage de vie authentique. Aux jeunes qui sont en recherche, c’est la « joie de l’Évangile » qu’il s’agit avant tout de partager. Toute vocation tire sa force et sa durabilité du « regard fixé sur le Seigneur ».

Depuis ses origines, notre diocèse s’est enrichi de la vie consacrée. Et ce style de vie continue encore aujourd’hui d’alimenter notre Église locale de ses dons et charismes à travers nombre d’hommes et de femmes. Nous tenons ici à les remercier pour leur engagement et à les encourager !

+ Mgr Jean Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2017

La parole aux sans paroles – 69

Portrait d’un homme de la rue - Ryan

Tout simplement livré à lui-même, Ryan enchaîne les mauvais choix et les mauvaises expériences. Mais, force est de constater que ce n’est que la résultante d’un lourd passé : un enfant dédaigné, rejeté, balloté… une enfance sans racines. Ryan aurait pu retrouver le droit chemin après un séjour en prison mais personne ne l’attendait à sa sortie, parents et famille ont disparu. Dans la rue, difficile de résister à ses vieux démons, difficile de tourner la page. Pourtant, il faudrait peu pour sortir Ryan de ce cercle infernal.

D’où viens-tu ?

« Des îles Sous-Le-Vent, de Raiatea, de Huahine, de Tahaa, de Bora. J’ai une maison un peu partout ! (Rires) »

Avec qui as-tu grandi ?

« Mes grands-parents et des familles d’accueil. »

Et tes parents ?

« Je ne les connais pas vraiment. »

Pourquoi ?

« Parce que je n’ai pas grandi avec eux. »

Raconte-nous.

« Comment te dire ? Je suis l’aîné d’une fratrie. J’avais un faux jumeau, une sœur jumelle qui est morte à la naissance, et j’ai deux autres frères. Quand j’ai eu 5 ans, on nous a retirés de notre famille pour nous mettre en famille d’accueil. Mes deux frères étaient sur Vairao et moi sur Moorea. Et vers 10, 11 ans, on m’a mis dans un foyer, ici, à Tahiti. J’y suis resté pas mal d’années. »

Et aujourd’hui ?

« Je vis dans la rue ! (Rires) »

Où est ta famille ? Où sont tes parents ? Tes grands-parents ?

« Je ne sais même pas où ils sont et qui ils sont. Ils ont disparu ! Depuis que je suis sorti de prison, il n’y avait plus personne. C’est pour ça que je suis dans la rue aujourd’hui. En plus de ça, je ne peux même pas rentrer aux îles Sous-Le-Vent, j’ai mon contrôle judiciaire jusqu’en 2020. Si tu veux, je pourrais y aller mais je devrais revenir pour chaque convocation. Ce n’est pas évident ! »

Pourquoi as-tu été arrêté ?

« Pour trafic de drogue, agression ! Je suis rentré à Nuutania en 2010, jusqu’en 2015. Et en 2015, j’y suis encore retourné et je suis sorti là, en septembre de cette année. »

Pourquoi cette fois-ci ?

« Pour trafic de drogue encore. Je sais que c’est mal mais c’est ça ma vie, j’aime ça. Au moins là, tu gagnes de l’argent facilement. »

Que retiens-tu de ton séjour en prison ?

« C’est fatiguant ! Là-bas, j’étais heureux et malheureux. J’y ai appris de bonnes choses, comme des mauvaises choses. »

Quelles bonnes choses ?

« J’ai appris le respect, l’entraide entre détenus, à communiquer. C’était vraiment bien. »

Et là, après deux séjours en prison, tu ne veux pas changer de vie ?

« Bien sûr que si, mais ce n’est pas aussi facile que ça ! »

Tu ne veux pas un travail ?

« Dis-moi, qui ne veut pas de travail ? Mais il n’y en a pas ! »

Et ton école ?

« J’ai passé mon BAC électro-tech et j’ai suivi des cours à l’université. »

Et comment tu vois ta vie dans 20 ans ?

« Je ne sais pas parce que je vis au jour le jour. Tu sais, dans la rue, on ne peut rien prévoir. On ne sait pas de quoi on vivra tout à l’heure ou demain. »

Mais tu es jeune, tu pourrais réussir à faire quelque chose de ta vie.

« Ce n’est pas possible sans la drogue. Quand je regarde, il n’y aura jamais de travail pour moi. »

Avec ton BAC, tu peux travailler chez EDT ?

« Non parce que j’ai fait de la taule. »

Honnêtement, si tu trouves un travail, tu arrêteras la drogue ?

« C’est sûr ! J’arrêterai de faire le con. »

Tu es inscrit au moins au SEFI ?

« Oui. »

Et alors ?

« Ils m’ont envoyé faire un bilan, je suis passé devant une psychologue. On a beaucoup parlé et, là, j’attends la réponse. J’attends de savoir si ma demande de formation de remise à niveau sera acceptée. »

En ce moment, où dors-tu ?

« À la Cathédrale. »

Et comment tu fais pour tes besoins au quotidien ?

« J’ai de l’argent sur mon compte, c’est quand j’ai travaillé en prison. Sinon, j’accepte tous les petits boulots mais c’est souvent au noir. Ça me fait de l’argent de poche. »

Le plus dur dans la rue ?

« C’est quand il pleut ! À part ça, rien n’est dur dehors. »

Un dernier message ?

« Merci Seigneur ! »

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2017

L’espérance chrétienne doit vaincre la peur de la mort

Audience générale du mercredi 1er février 2017

Dans le cadre de l’audience générale de ce mercredi 1er février 2017, le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèses sur l’espérance. Après une série d'interventions consacrées à l'espérance dans l'Ancien Testament, il s'est cette fois penché sur le Nouveau Testament, à la lumière de l'évènement pascal, en s’appuyant sur la Première Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens. Le Saint-Père a rappelé que face à la mort les chrétiens ne doivent pas succomber à la tentation de la peur, mais au contraire avoir conscience qu’il s’agit d’un passage vers la rencontre du Seigneur.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans les dernières catéchèses, nous avons commencé notre parcours sur le thème de l’espérance, en relisant dans cette perspective quelques pages de l’Ancien Testament. Nous voulons maintenant mettre en lumière la portée extraordinaire que cette vertu assume dans le Nouveau Testament, quand elle rencontre la nouveauté représentée par Jésus-Christ et par l’événement pascal : l’espérance chrétienne. Nous, chrétiens, nous sommes des femmes et des hommes d’espérance.

C’est ce qui émerge clairement dès le premier texte qui a été écrit, à savoir la première lettre de saint Paul aux Thessaloniciens. Dans le passage que nous avons écouté, on peut percevoir toute la fraîcheur et la beauté de la première annonce chrétienne. La communauté de Thessalonique est jeune, fondée depuis peu ; et pourtant, malgré les difficultés et les nombreuses épreuves, elle est enracinée dans la foi et célèbre avec enthousiasme et avec joie la résurrection du Seigneur Jésus. L’apôtre se réjouit alors de tout cœur avec tous, dans la mesure où ceux qui renaissent dans la Pâque deviennent vraiment « des fils de la lumière et des fils du jour » (5,5), en vertu de leur pleine communion avec le Christ.

Quand Paul l’écrit, la communauté de Thessalonique vient d’être fondée et seulement quelques années la séparent de la Pâque du Christ. C’est pourquoi l’apôtre cherche à faire comprendre tous les effets et les conséquences que cet événement unique et décisif, c’est-à-dire la résurrection du Seigneur, comporte pour l’histoire et pour la vie de chacun. En particulier, la difficulté de la communauté n’était pas tant de reconnaître la résurrection de Jésus, tout le monde y croyait, mais de croire dans la résurrection des morts. Oui, Jésus est ressuscité, mais la difficulté était de croire que les morts ressuscitent. En ce sens, cette lettre se révèle d’autant plus actuelle. Chaque fois que nous nous trouvons face à notre mort, ou à celle d’une personne chère, nous sentons que notre foi est mise à l’épreuve. Tous nos doutes émergent, toute notre fragilité et nous nous demandons : « Mais y aura-t-il vraiment une vie après la mort ? Pourrai-je encore voir et embrasser à nouveau les personnes que j’ai aimées ? » Cette question, une dame me l’a posée il y a quelques jours lors d’une audience, exprimant un doute : « Retrouverai-je les miens ? » Nous aussi, dans le contexte actuel, nous avons besoin d’aller à la racine et aux fondements de notre foi, afin de prendre conscience de ce que Dieu a fait pour nous dans le Christ Jésus et ce que signifie notre mort. Nous avons tous un peu de peur devant cette incertitude de la mort. Il me vient à l’esprit un petit vieux, un monsieur âgé, courageux, qui disait : « Je n’ai pas peur de la mort. J’ai un peu peur de la voir venir ». Il avait peur de cela.

Face aux craintes et aux perplexités de la communauté, Paul invite à garder « l’espérance du salut » ferme sur notre tête comme un casque, surtout dans les épreuves et les moments plus difficiles de notre vie. C’est un casque. Voilà ce qu’est l’espérance chrétienne. Quand on parle d’espérance, nous pouvons être tentés de la comprendre selon l’acception commune du terme, c’est-à-dire en nous référant à quelque chose de beau que nous désirons mais qui peut ou non se réaliser. Nous espérons que cela se produira, c’est comme un désir. On dit par exemple : « J’espère qu’il fera beau demain » mais nous savons que le lendemain il peut faire mauvais temps… L’espérance chrétienne n’est pas comme cela. L’espérance chrétienne est l’attente de quelquechose qui a déjà été réalisé ; il y a la porte, là, et j’espère arriver à la porte. Que dois-je faire ? Marcher vers la porte ! Je suis certain que j’arriverai à la porte. C’est cela, l’espérance chrétienne : avoir la certitude que je suis en chemin vers quelque chose qui est, et non quelque chose que j’aimerais qu’il y ait. Voilà l’espérance chrétienne. L’espérance chrétienne est l’attente d’une chose qui a déjà été réalisée et qui se réalisera de manière sûre pour chacun de nous. Y compris notre résurrection et celle de nos proches défunts, par conséquent, ce n’est pas une chose qui pourra arriver ou non, mais c’est une réalité certaine, dans la mesure où elle est enracinée dans l’événement de la résurrection du Christ. Espérer signifie donc apprendre à vivre dans l’attente. Apprendre à vivre dans l’attente et trouver la vie. Quand une femme se rend compte qu’elle est enceinte, tous les jours elle apprend à vivre dans l’attente de voir le regard de ce petit enfant qui va venir. Ainsi nous aussi nous devons vivre et apprendre de ces attentes humaines et vivre dans l’attente de regarder le Seigneur, de rencontrer le Seigneur. Ce n’est pas facile, mais cela s’apprend : vivre dans l’attente. Espérer signifie et implique un cœur humble, un cœur pauvre. Seul un pauvre sait attendre. Celui qui est plein de lui-même et de ses biens ne sait mettre sa confiance en personne d’autre sinon en lui-même.

Saint Paul écrit encore : Il [Jésus] est « mort pour nous afin de nous faire vivre avec lui, que nous soyons en train de veiller ou de dormir » (1 Ts 5,10). Ces paroles sont toujours un motif de grande consolation et de paix. Nous sommes donc appelés à prier aussi pour les personnes aimées qui nous ont quittés pour qu’elles vivent dans le Christ et soient en pleine communion avec nous. Il y a une expression de saint Paul, toujours adressées aux Thessaloniciens, qui me touche beaucoup le cœur. Elle me remplit de la sécurité de l’espérance. Il dit ceci : « Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur ». C’est beau : tout passe mais, après la mort, nous serons pour toujours avec le Seigneur. C’est la certitude totale de l’espérance, celle qui, bien longtemps avant, faisait s’exclamer Job : « Mais je sais, moi, que mon rédempteur est vivant […] Je le verrai, moi en personne » (Jb 19,25.27) et mes yeux le contempleront. Et ainsi nous serons pour toujours avec le Seigneur. Croyez-vous cela ? Je vous demande : croyez-vous cela ? Pour avoir un peu de force, je vous invite à le dire trois fois avec moi : « Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur ». Et là, avec le Seigneur, nous nous rencontrerons

© Libreria Editrice Vaticana - 2017

Tous les enfants doivent être protégés de la traite dans ses différentes formes

L’Osservatore Romano en italien du 3 janvier 2017 se fait l’écho du message de Mgr Jacques Blaquart pour la Journée de prière et de réflexion 2017 contre la traite des êtres humains, le 8 février prochain. Instituée par le pape François en 2015, le jour de la fête de sainte Joséphine Bakhita, la Journée mondiale de prière et de réflexion contre la traite des êtres humains a lieu en effet chaque 8 février. Évêque d’Orléans et président du Conseil pour la solidarité de la Conférence des évêques de France, Mgr Blaquart invite à se mobiliser pour cette cause.

Depuis le début de son pontificat en mars 2013, le Pape François n’a eu de cesse de nous interpeller sur un fléau méconnu : « La traite des êtres humains, un crime contre l’humanité ».  En 2015, il fait du 8 février, jour de la Sainte Joséphine Bakhita (une Soudanaise esclave à 9 ans et devenue religieuse en Italie – 1869-1947), la première Journée mondiale de réflexion et de prière sur la traite des êtres humains afin de faire prendre conscience d’un phénomène global qui dépasse la responsabilité de tel ou tel État. Au-delà de déclarations, le pape pose des actes afin que les chrétiens, la société civile et les institutions se rencontrent pour devenir forces de changement. Ainsi il a soutenu la création du Groupe Sainte Marthe associant Eglises et Polices des différents continents pour lutter contre la traite des personnes.

La Traite, une réalité mal identifiée

En France, la définition de la traite – comme sa réalité sur notre sol – est très mal identifiée. On pense souvent qu’il s’agit d’un phénomène d’un autre temps ou existant loin de chez nous, sur d’autres continents. La traite des êtres humains est le fait de recruter, héberger ou déplacer une personne d’un endroit à un autre, dans le même pays, ou dans un autre dans le but de l’exploiter pour en retirer un bénéfice. La victime est le plus souvent trompée, enlevée, vendue, contrainte par des violences physiques, morales et psychologiques. Les formes d’exploitation subies varient : travail forcé, exploitation sexuelle, esclavage domestique, mariage forcé, obligation de mendier, contrainte à voler et commettre d’autres délits, trafics d’organe, enfants soldats… et de nouvelles formes apparaissent avec l’évolution du terrorisme.

Les exploiteurs savent tirer profit de la mondialisation et profiter des fragilités liées au contexte économique, social, géopolitique ou encore climatique. Les crises, les conflits, les catastrophes naturelles et les déplacements de populations volontaires ou forcés qu’ils engendrent, alimentent les rangs des victimes avérées ou potentielles. Parmi elles, on compte beaucoup d’enfants. Dans la nécessité de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles, de nombreux migrants deviennent des proies faciles pour les exploiteurs et les réseaux. Leur situation de clandestinité les prédispose à se fondre dans une économie souterraine. De plus, bien souvent ils ignorent que, même sans papiers, ils ont des droits.

En France, des organisations chrétiennes sont mobilisées contre la traite

En 2007, le Secours Catholique – Caritas France a créé, en France, le Collectif « Ensemble contre la traite des êtres humains » après avoir soutenu pendant plusieurs années des partenaires qui accompagnaient des victimes de traite et leurs familles en Europe centrale et orientale et en Asie. En 2016, ce Collectif rassemble 25 associations dont un certain nombre d’organisations chrétiennes : Justice et Paix, la Cimade, l’Action Catholique des femmes, l’Armée du salut, Aux Captifs la libération, le Comité Protestant évangélique pour la Dignité humaine, la congrégation Notre Dame de Charité du bon Pasteur, la Fédération de l’entraide protestante, les Champs de Booz, le Secours Catholique-Caritas France. Les associations agissent à différents niveaux : accompagnement des victimes, prévention des publics à risque, formation des professionnels, mise en réseaux au niveau national et international, sensibilisation du grand public… Leur expertise et leur diversité renforcent le poids du Collectif dans son travail de plaidoyer. Le Collectif travaille sans cesse à ce que les législations françaises et internationales évoluent et s’appliquent réellement pour lutter efficacement contre ce phénomène.

TOUS les enfants doivent être protégés de la traite dans ses différentes formes

À l’occasion de la Journée mondiale du migrant et du réfugié du 15 janvier 2017, le Pape appelle tout particulièrement à être attentif aux « mineurs migrants et sans voix », et à « l’exploitation perpétrée par des gens sans scrupules aux dépens de nombreux enfants contraints à la prostitution ou pris dans le circuit de la pornographie, asservis dans le travail des mineurs ou enrôlés comme soldats, avec le risque de se retrouver seuls et abandonnés. »

Récemment, en France, le démantèlement du bidonville de Calais est venu mettre en évidence les réalités dégradées des conditions d’accueil et de vie des mineurs non accompagnés. Les associations du Collectif « Ensemble contre la traite des êtres humains » sont choquées par le caractère dérogatoire à la protection de l’enfance du dispositif de centres d’accueil et d’orientation (CAOMI) sur l’ensemble du territoire français, pour 1700 mineurs privés temporairement ou définitivement de la protection de leur famille. Le Collectif rappelle que les mineurs isolés, non accompagnés, non protégés, sont vulnérables aux situations d’exploitation et de traite.

Le Secours Catholique et les associations du Collectif qu’il coordonne insistent sur la nécessité d’un accès pour tous les mineurs sur le sol français aux dispositifs du droit commun (hébergement, scolarisation, santé…). Il reste vigilant sur les conditions de la levée du dispositif d’urgence dérogatoire (CAOMI) pour rejoindre au plus vite le droit commun et la même protection sociale que tout enfant en France. Il est également préoccupé par le manque de capacité de repérage et d’identification des faits d’exploitation qui pourraient toucher des mineurs, risque amplifié par la dispersion des jeunes dans les différents centres d’accueil et d’orientation. Le Comité des droits de l’enfant de l’ONU a d’ailleurs souligné, début 2016, que la situation des enfants en France est en deçà de ce qui était attendu de la cinquième puissance mondiale. C’est par la protection que nous pourrons garantir la santé et le bien-être de chaque enfant conformément aux engagements pris par la France dans le cadre de la ratification de la Convention des droits de l’enfant.

Plaider pour une lutte efficace contre la traite

Le Collectif réitère ses demandes au gouvernement français d’une vraie politique publique pour lutter contre la traite des moins de 18 ans comme des adultes. Il préconise : des moyens concrets conséquents répondant aux besoins de repérage, d’identification, de prise en charge (logement, alimentation, santé, scolarisation ou formation professionnelle, accompagnement juridique), de protection des victimes de toutes les formes de traite ; la reconnaissance du statut de victime à tout mineur victime de traite en dehors de toute démarche pénale ; – l’application de la loi selon laquelle un-e mineur-e en situation de prostitution est un-e enfant en danger, qui doit être protégé-e ; l’accompagnement de ces mineurs lors de leur passage dans l’âge adulte. Il insiste sur : le rattachement de la mission interministérielle contre la traite des êtres humains au Premier Ministre ; la sensibilisation du grand public notamment en décrétant la lutte contre la traite Grande Cause nationale ; la formation des policiers, gendarmes, magistrats, avocats, enseignants, éducateurs, travailleurs sociaux et médecins pour mieux identifier les victimes ; la participation effective des associations à l’élaboration du plan national de lutte contre la traite des êtres humains. À l’heure où un nouveau plan d’action national contre la traite doit être écrit en France, le Collectif rappelle l’urgence d’y insérer des moyens financiers pour prévenir et lutter contre la traite.

Mgr Jacques Blaquart, évêque d’Orléans

Président du Conseil pour la solidarité

© Zenit - 2017

Comment Dieu traite les pauvres dans la Bible (2)

Pour le pape François « Vivre la charité, c’est porter les fardeaux des plus faibles et des plus pauvres. » Son insistance à évoquer ce thème nous invite nous-mêmes à renouveler notre regard sur les pauvres. Il faudra à l’Académie faire l’effort de ne pas s’enfermer dans un discours théorique sur la pauvreté, mais bien envisager de regarder les pauvres, de les écouter, de les comprendre, de les aider ou de les secourir. Voici la Conférence de Mgr Emmanuel Laffont, évêque de Cayenne à l’Académie d’Éducation et d’Études Sociales.

Dans le premier Livre de Samuel au chapitre 8, lorsque Samuel est sommé par le peuple de lui donner un roi, il se retourne vers Dieu parce que lui n’y tient pas. Il lui dit : « C’est Toi, le roi ! ». Et Dieu lui répond : « Donne-leur ce qu’ils demandent mais préviens-les. Il prendra vos fils et vos filles pour en faire ses serviteurs… Il prendra vos champs pour les donner à ses officiers… » (cf. 1 Samuel 8,11-18).

La disparité sociale est née en même temps que l’établissement du royaume, initié d’abord au nord avec Saül, puis uni nord et sud avec David et divisé en deux après la mort de Salomon.

Et donc effectivement l’établissement de la monarchie a signifié une société qui n’était plus une société d’égalité, mais une société où les gens travaillaient pour la ville, les paysans pour les fonctionnaires, les officiers et la cour du roi. Et ils se trouvaient dépossédés d’une bonne partie de leurs biens. Vous avez un exemple significatif de cette histoire au Premier Livre des Rois, au chapitre 21 à travers l’histoire de Nabot et de sa vigne.

C’est dans ce contexte-là qu’est né le grand mouvement prophétique. La période d’or du prophétisme en Israël, c’est la période des royaumes. C’est pendant la monarchie que se sont levés les grands prophètes : Natan (avec David) et Élie et Élisée puis Isaïe, Michée, et plus tard Nahum et Sophonie, Jérémie et Ézéchiel.

Les prophètes, au nom de Dieu, demandaient que la justice soit rétablie. Ils ne s’adressaient pas aux pauvres pour leur dire de se syndiquer (ce n’était pas dans l’air du temps, ils ne connaissaient pas le mot) ils s’adressaient au pouvoir central pour lui dire : « Vous ne respectez pas l’Alliance de Dieu en opprimant le pauvre qui est parmi vous, en prenant ses champs, en faussant vos balances » etc. etc.

Isaïe 1, 5-10 ; 10-20 résume bien les oracles majeurs des prophètes, J’aurais pu prendre le Livre d’Amos dans son entier, par exemple son chapitre 4 ; j’aurais pu les prendre tous.

Mais prenons simplement au chapitre 1 d’Isaïe : « Vous, les chefs du peuple, vous ne valez pas mieux que les chefs corrompus et la population de Sodome et Gomorrhe. Écoutez donc la parole du Seigneur. Ouvrez vos oreilles à l’enseignement de notre Dieu : à quoi me servent vos nombreux sacrifices ? Vous brûlez entièrement des moutons pour moi, vous m’offrez la graisse des veaux. J’en ai assez de tout cela. Le sang des taureaux, des agneaux et des boucs, je n’en veux plus. Quand vous vous présentez devant moi vous occupez inutilement les cours de mon temps. Est-ce que je vous ai demandé cela ? Arrêtez de m’apporter des offrandes qui ne servent à rien. La fumée, je l’ai en horreur ! Vous fêtez la nouvelle lune et le sabbat, vous organisez des grands rassemblements et en même temps vous commettez le mal. Je ne peux plus supporter cela. Je déteste vos fêtes de nouvelle lune et vos cérémonies. Elle ne servent à rien. Elles sont un poids pour moi. Je suis fatigué de les supporter. Quand vous étendez les mains pour prier je détourne mon regard. Même si vous faites beaucoup de prières, je n’écoute pas. Vos mains sont couvertes de sang. Éloignez de mes yeux vos actions mauvaises, arrêtez de faire le mal, apprenez à faire le bien. Cherchez à respecter le droit. Ramenez dans le bon chemin celui qui écrase les autres par l’injustice. Défendez les droits des orphelins, prenez en main la cause des veuves. Alors nous pourrons discuter. »

Ces prophètes étaient la voix de Dieu, la conscience de Dieu, les veilleurs au nom de Dieu pour avertir les responsables qui s’engraissaient au lieu de servir leur peuple.

Et cela va parcourir toute l’Écriture. Je pourrais citer tellement de textes… Mais vous avez lu la Bible.

Ainsi marquée par l’injustice, la vie des royaumes s’est achevée dans le désastre. C’est ce que j’essaie d’expliquer dans mon livre Jérémie reviens ! ils sont devenus fous : une société construite sur l’injustice n’a plus d’unité et ne peut plus faire face aux défis qui sont les siens.

Une société unie par un même idéal, où chacun se sent solidaire des autres est une société qui peut faire face à des Goliath. Mais une société où chacun tire son épingle du jeu en laissant l’autre pourrir de misère… C’est une société qui n’a pas d’unité, qui n’a pas la vigueur morale pour faire face aux défis auxquels elle est confrontée.

C’est exactement l’analyse de Jérémie lorsqu’il explique que ce peuple qui vient du nord et s’appelle Babylone ne fera qu’une bouchée de vous parce que, comme vous avez abandonné l’Alliance de Dieu, que vous ne respectez pas le bien et vous commettez le mal, vous n’aurez pas la capacité de tenir tête à ce peuple qui vous entoure.

Et il annonce l’exil. Il le fait à contre-cœur. Il est lui-même totalement désolé d’avoir à dire ce message. Il ne se sent pas la capacité de le garder pour lui mais il en pleure tellement que ses pleurs ont pris le nom de “jérémiades”. Il est lui-même marqué profondément par le message, l’avertissement qu’il doit donner.

Ce qui est vrai, c’est que le peuple emmené en exil, c’est l’élite !

Je suis en train de parcourir l’histoire du peuple de Dieu avec des bottes de sept lieues. Je vous ai fait parcourir un millénaire en quelques minutes.

Le peuple en exil à Babylone a vécu une conversion spirituelle étonnante. Je crois pouvoir dire que le quart de l’Ancien Testament, a été écrit pendant l’exil, en cette courte période de temps qui va de 587 à 538 avant Jésus-Christ, tellement l’expérience de l’échec a provoqué un approfondissement remarquable de la foi. L’exil a d’abord été vécu comme si Dieu était moins fort que le dieu des Babyloniens. Cependant des prophètes comme Jérémie et Ézéchiel ont permis de relire cette expérience comme le résultat de l’infidélité du peuple envers l’Alliance – s’il s’est retrouvé en exil, ce n’est pas parce que le dieu des Babyloniens était le plus fort, c’est parce qu’il avait perdu la force qui ne réside que dans l’unité et la fidélité à l’Alliance avec Dieu.

Cette révision de vie, si j’ose dire, a permis une conversion profonde. Et en même temps le peuple de Dieu, désormais appelé le peuple juif, a fait une expérience nouvelle, celle de vivre sa fidélité à Dieu non pas en autarcie, mais au milieu d’un peuple non-croyant. C’est-à-dire que l’image du salut s’est progressivement déplacé d’une idée d’un salut collectif de tout le peuple à un salut individuel de personnes fidèles à Dieu au milieu d’un monde qui ne l’est pas.

Et le peuple juif a fait alors l’expérience d’un autre type de pauvreté, qu’on peut appeler la pauvreté spirituelle de celui qui est humble devant son Dieu, qui attend son salut de Dieu au milieu d’une société ou d’un univers qui ne s’intéresse pas à ce Dieu.

Un des psaumes les plus étonnants à cet égard, c’est le Psaume 73 où le psalmiste dit : « Un pas de plus et je faisais un faux pas tellement j’étais angoissé de voir l’arrogance des riches tellement gras que même on ne peut pas voir leurs yeux à travers leur graisse et qui disent : où est Dieu, il ne voit pas ce que l’on fait. Et j’allais perdre pied ».

« J’allais perdre pied ». Et c’est seulement en reprenant toutes les grâces qu’il avait reçues de Dieu depuis son enfance qu’il s’est repris : « Si je ne m’attache pas à toi, à qui m’attacherai-je ? »

Ce déplacement n’est pas un reniement du précédent, mais bien plus un approfondissement bienfaisant.

Cela ne veut pas dire qu’à partir de l’exil on ne va plus s’intéresser aux problèmes de justice sociale et de la répartition des biens pour que les pauvres aient de quoi vivre. Mais on considérera que la pauvreté matérielle n’est pas la seule, que la pauvreté spirituelle est aussi une condition du salut et du bonheur sur cette terre.

Au cours de la période qui suit l’Exil, les prophètes vont quasiment disparaître, pour une raison très simple, c’est que le prophétisme s’attachait à pointer du doigt les responsables du peuple. Quand il n’y a plus de responsable puisque le peuple est en fait dominé par des étrangers, les Perses, les prophètes n’ont plus grand chose à dire. Les Prêtres et les Sages vont prendre cette place. Les Sages, à travers leurs enseignements de sagesse que l’on retrouve dans ces textes de la fin de la période biblique avant Jésus-Christ, apprennent aux personnes comment vivre dans la sainteté de Dieu et être fidèle à l’Alliance, personnellement, sans attendre que tout le peuple soit d’accord avec lui ou avec elle.

La période post-exilique permit une évolution vers une perception plus personnelle de l’attachement à Dieu et de la fidélité à l’alliance avec Dieu. C’est alors qu’apparait Jésus-Christ.

Le Christ est né pauvre et petit. Il est venu pour proclamer le Royaume, la venue du Salut, d’un Dieu qui sauve. Le pape saint Jean-Paul II dans sa lettre encyclique sur la mission, Redemptoris missio, consacre le chapitre 2 au royaume de Dieu dont il décrit la proclamation et l’instauration comme l’objet même de la mission du Christ

[à suivre]

© A.E.S. -2015

Commentaire des lectures du dimanche

Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde

Tout de suite après les Béatitudes, Jésus invite ses disciples à être « le sel de la terre » et « la lumière du monde ». À première vue, ces expressions nous surprennent. Les Béatitudes avaient insisté sur les dispositions intérieures des disciples : pauvre en esprit, doux et humble de cœur, chercheurs de justice, hommes et femmes de miséricorde, artisans de paix. Et maintenant, Jésus les invite à prendre conscience de leur responsabilité face au monde et à afficher leurs couleurs.

« Vous êtes le sel de la terre », image expressive, susceptible de plusieurs sens complémentaires. Au temps de Jésus, le sel servait à fertiliser la terre, comme un engrais, pour que les récoltes soient meilleures. Il était aussi utilisé pour la conservation des aliments. Mais le rôle principal du sel est de donner du goût : sans sel, tout est fade.

Le Christ nous invite donc à donner du goût à notre vie et apporter un peu de chaleur, de fraternité et d’amour là où nous sommes. Il ne suffit pas de prier et de ne pas faire de mal pour répondre à l’invitation du Christ, il faut « faire la volonté de son Père ».

En plus d’ajouter de la saveur à la vie, la mission du peuple de Dieu est aussi de faire briller un peu de lumière dans notre monde, symbolisée par la chandelle que nous avons reçue à notre baptême.

Sans lumière, il n’y a pas de couleur, pas de beauté, pas de vie. Jésus vivait dans une société préscientifique qui ignorait beaucoup de choses, mais il était plus proche que nous de la nature. Nous savons aujourd’hui que la lumière est une source essentielle à la vie.

« Il faut que votre lumière brille ». Jésus veut que les chrétiens soient des fils et des filles de lumière dans un monde souvent rempli d’obscurité. « Une ville située sur une montagne ne peut être cachée ».

Tenir notre flamme allumée devient donc une conquête journalière. Si elle s’éteint, nous pouvons la rallumer à la flamme du Christ, symbolisé dans nos églises par le cierge pascal.

Notre foi sert donc à donner de la saveur à la vie et apporte un peu de lumière et de chaleur aux ténèbres autour de nous. Nous avons besoin de ces deux éléments essentiels car « l'homme ne vit pas seulement de pain »... (Mt 4, 4).

Si le chrétien n'est plus du sel pour un monde souvent fade et sans saveur, s’il n’est pas une petite lumière pour éclairer les ténèbres, il ne sert à rien. Le chrétien « caméléon », qui adopte toutes les modes et toutes les mentalités de l’heure, qui prend la couleur de son milieu de vie, n'a plus aucune utilité.

À ceux et celles qui s'affadissent, aux chrétiens qui deviennent incolore, inodore, sans saveur, Jésus dit : « Si vous voulez donner du goût et de la lumière à votre monde, vous devez être un peu différents de lui ».

Un autre point important de l’évangile d’aujourd’hui : le Christ nous invite à agir ainsi non pas pour notre gloire personnelle mais pour la gloire de Dieu : « Votre lumière doit briller devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux. » Ce n'est ni la gloire de la communauté, ni celle de l'Église qu'il nous faut rechercher, mais toujours et uniquement la gloire de Dieu.

Le Christ nous invite à reconnaître ce que nous sommes : la saveur et la lumière du Royaume, et à agir en conséquence. Il nous faut éviter de devenir des chrétiens insignifiants : « Tu n’es ni chaud ni froid. Si seulement tu étais chaud ou froid. Mais parce que tu es tiède, je te vomirai de ma bouche » (Ap 3, 15‑16).

Aujourd’hui, les communautés chrétiennes se retrouvent dans une situation de minorité, voire de marginalisation : petit troupeau au milieu d’un monde laïque, ou d’un monde se réclamant d'autres religions. L'heure n'est plus au triomphalisme, qui a fait trop de mal pour qu'on en garde la nostalgie, mais au service : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ».

Le Christ ne nous demande pas de changer le monde, mais de lui donner un peu de saveur, un peu de chaleur et de lumière.

© Cursillo - 2017