Pko 07.05.2017

Eglise cath papeete 1Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°26/2017

Dimanche 7 mai 2017 – 4ème Dimanche de Pâques – Année A

Humeurs…

Accueil Te Vai-ete - Hommage

Double hommage… pour Madeleine Mirakian bénévole durant de longues années à l’Accueil, décédée au cours de la semaine Pascale et Vaea, SDF de 40 ans décédée ce mardi…

Madeleine a servi à l’Accueil durant plus de 10 ans jusqu’à sa retraite professionnelle. Une dame au grand cœur… Un jour,  avec ses camarades de classe du Lycée La Mennais, son fils cadet était venu servir un repas aux SDF… Madeleine - curieuse ou inquiète ? - l’a suivi discrètement et c’est garé en face… elle fût émue au point d’en pleurer toute la journée. Puis durant plusieurs semaines, elle revint seule sans jamais oser franchir le pas et descendre de sa voiture pour rejoindre les bénévoles… enfin elle se décida à venir nous voir au bureau pour nous demander si elle pouvait se joindre à la petite équipe… C’est ainsi que durant plus de 8 ans elle vint chaque matin servir ses frères et sœurs de la rue… C’est après les fêtes de Pâques auxquelles elle participa malgré la douleur due à la maladie qui l’a emporté qu’elle s’est endormie… « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire » (Mt 25, 34-35).

Vaea nous a quitté mardi… jeune femme d’à peine 40 ans, maman au grand cœur… toujours respectueuse. Lorsqu’elle venait au presbytère pour demander une couverture, un vêtement… jamais elle ne cherchait à profiter… elle ne demandait que le strict nécessaire. Dans nos maraudes du mardi soir, nous la rencontrions pas toujours « très fraiche »… Mais qui suis-je pour porter un quelconque jugement ? Une jeune femme, une maman au cœur blessée qui avait besoin d’être écouté, d’être reconnue dans sa bonté et sa générosité… qui nous demandait simplement de la regarder au-delà des apparences… « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre… Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ?… Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. » (Jn 8, 7.11)

Que Dieu vous bénisse et vous accueille dans son Royaume… Qu’il nous donne la grâce d’aimer comme vous avez aimé !

Chronique de la roue qui tourne

Aimez-vous !

« Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. » Évangile selon St Jean 13, 34

Cette petite phrase de l’évangile, nous l’avons si souvent entendue dans les homélies qu’elle est devenue commune. Notre volonté, trop fugace pour une quelconque concrétisation, elle reste un vœu pieu. C’est le genre de phrase qui entre par une oreille et ressort presque immédiatement.

En vérité, cette exhortation, pourtant si belle, nous dérange car elle nous impose de revoir notre relation avec l’autre. Force est de constater que, pour toute relation avec l’autre, nous exigeons souvent un minimum de réciprocité et de mérite. L’autre doit gagner notre « considération ». L’autre doit être digne de notre « égard » pour lui. Et c’est là que le bât blesse. Nous sommes bien loin de l’amour du Christ lors de Sa passion, un amour qui n’a jamais désespéré de l’homme, un amour qui n’a jamais faibli, même lors de Ses atroces souffrances et Sa mort ignominieuse. Bien évidemment, nous ne pourrons jamais prétendre à un amour aussi parfait. Mais pourrions-nous nous défendre d’avoir, au moins, essayé ? D’avoir tout fait pour prendre exemple sur cet amour… même si un tel sacrifice échappe totalement à notre raison… et à notre concept d’amour ?

Or, nous avons perdu cet élan d’amour. Nous n’avons plus cet amour qui ne désespère jamais. Nous n’avons plus cet amour qui se donne sans contrepartie. Nous n’avons plus cet amour qui relève l’autre de sa misère. Nous n’avons plus cet amour qui n’attarde pas sur les erreurs. Nous n’avons plus cet amour qui crée tout. Nous n’avons plus cet amour qui peut tout. Nous n’avons plus cet amour qui subvient à tout. Nous n’avons plus cet amour qui grandit tout. Nous n’avons plus cet amour qui survit à tout. Pourtant, si on savait ! L’homme n’est que le prolongement de cet amour ! Cet amour est l’essence même de l’humanité !

Mais, aujourd’hui, nous passons notre temps à juger et à condamner.  Si, à mon avis, juger est une façon de garder à l’esprit la notion du bien et du mal et de s’améliorer – pour un peu que nos examens de conscience montrent la même rigueur – c’est ce que nous faisons de ce « jugement » qui est déterminant. Face à l’erreur, condamner serait « naturel » mais aider l’autre à changer serait chrétien. Voir l’autre dans l’erreur n’est pas mal en soi… si, fort de ce constat, nous lui tendons la main pour l’aider. Voilà, le sens de l’exhortation du Christ ! C’est ça aimer comme le Christ ! (Re)trouvons l’envie d’aimer… comme lui !

La chaise masquée

© Nathalie SH – P.K.0 – 2017

Confirmation

En marge de l’actualité du mercredi 3 mai 2017

Voici venu pour nombre de communautés chrétiennes le temps des Confirmations pour les jeunes (de 14 à 15 ans en général), mais également pour certains adultes ayant rejoint plus tardivement l’Église Catholique. À ceux et celles qui préparent cette démarche de foi, il est demandé de rédiger une lettre dans laquelle ils se présentent et expriment leurs projets de vie et leur désir d’être confirmés, en expliquant les raisons qui les motivent. Ces lettres sont adressées à l’évêque qui, après lecture, répond à chacun et chacune.

Ce qui est frappant dans les lettres des jeunes est de constater la place qu’ils accordent à la famille. Elle est perçue comme un lieu de première importance qui leur permet de se sentir aimés et protégés et donc de grandir humainement et affectivement. Elle inclut les parents, mais également les frères et sœurs, et parfois l’un ou l’autre grands-parents ou oncle ou tante. Cet attachement se retrouve dans le désir maintes fois exprimé de la part des jeunes de fonder plus tard leur propre famille. Mais dans le même temps, ces jeunes sont réalistes et mesurent les difficultés qu’ils rencontrent parfois dans leurs relations avec leurs parents : difficultés de communication, relations parfois orageuses, incompréhension… C’est pourtant là, dans leurs familles, qu’ils forgent leurs rêves d’avenir professionnel, et qu’ils enracinent leur désir de bien travailler à l’école pour ne pas décevoir leurs parents et faire en sorte qu’ils soient fiers d’eux !... façon délicate pour ces jeunes d’exprimer leur reconnaissance.

Pour prolonger ce constat, citons le Pape François qui, dans son exhortation apostolique « Amoris Laetitia » (« La joie de l’Amour »), écrit : « Nous devons nous féliciter du fait que la plupart des gens valorisent les relations familiales qui aspirent à durer dans le temps et qui assurent le respect de l’autre ». Pour aider à la valorisation de cet esprit de famille si important pour les jeunes, le Pape François ajoute : « C’est pourquoi on apprécie que l’Église offre des espaces d’accompagnement et d’assistance pour les questions liées à la croissance de l’amour, la résolution des conflits ou l’éducation des enfants. Beaucoup apprécient la force de la grâce qu’ils expérimentent dans la Réconciliation sacramentelle et dans l’Eucharistie, qui leur permet de relever les défis du mariage et de la famille. »

Un certain nombre d’entre ces jeunes font aussi part dans leurs lettres de leur préoccupation pour ceux qui souffrent dans le monde, et pour la paix. Il n’est pas rare de trouver comme motivation à recevoir l’Esprit Saint le désir de devenir meilleurs et d’apporter plus de joie et de bonheur autour d’eux. Parents, adultes, saurons-nous être suffisamment à l’écoute pour aider les jeunes à ouvrir leur cœur à la puissance de l’Esprit et faire surgir ainsi comme d’une source ce qu’il y a de meilleur en eux-mêmes ?

+ Mgr Jean Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2017

La Parole aux sans paroles 73

Portrait d’une sœur de la nuit - Moehei

Force est de constater que le désespoir se vit de plus en plus jeune. Moehei, première fille à bien vouloir répondre à mes questions, est arrivée à la prostitution par désespoir… elle n’avait que 16 ans et demi ! Et ce qu’elle a vécu depuis est inimaginable !

D’où viens-tu ? Où as-tu grandi ?

« J’ai grandi à Faaa, à Pamatai, avec ma maman. Je n’ai pas connu mon papa, il est mort quand j’étais petite, j’avais 11 mois. »

Ton parcours scolaire ?

« J’ai arrêté l’école en seconde "mode". Je préparais un CAP. »

Pourquoi as-tu arrêté ?

« J’avais plein de soucis ! J’avais trop de problèmes ! Beaucoup de difficultés ! J’avais, même, des problèmes dans mon couple ! »

Tu as quel âge aujourd’hui ?

« 18 ans, j’ai eu 18 ans en janvier. »

Dis-moi, ça fait longtemps que tu te prostitues ?

« Ça va faire un an et demi ! »

Comment es-tu arrivée là ?

« Je me prostitue pour survivre ! Il n’y a pas de travail. Que veux-tu que je fasse ? Je n’ai que ça. »

Et ta maman ?

« Elle sait mais elle n’est pas d’accord. Pour elle, ce n’est pas une solution. »

Le plus dur ?

« C’est d’attendre ! C’est fatiguant aussi. On est obligé d’attendre jusqu’à 2 h du matin, parfois plus. Tu ne dors pas, on n’a pas beaucoup d’heures de sommeil. Et, il y a même des jours où il n’y a pas de clients. Après, il faut tenir la maison, les tâches ménagères. Il faut payer le loyer. Il y a plein de trucs à payer ! »

Ton premier « client », tu t’en rappelles ?

« Oui. C’était un homme âgé. Il était très gentil. Je me rappelle, il m’a bien payée. Il m’a offert beaucoup de choses. Mais il ne m’a pas touchée, comme je lui avais expliqué ma situation. »

Tu n’as jamais peur de partir comme ça avec un inconnu ?

« Si, j’ai peur mais j’essaye de garder confiance. Je prie le Seigneur. »

As-tu déjà eu des problèmes ?

« Oui, une fois. Un client m’a amenée loin, à Papenoo. Il m’a tapée. Il m’a forcée à faire beaucoup de choses. J’ai prié, j’ai prié et j’ai réussi à m’enfuir. J’étais toute nue mais j’étais dehors de sa voiture. Il faisait très noir, on était dans la forêt. J’ai marché, j’ai marché, même si j’avais peur. Heureusement, une voiture est passée ! Ils m’ont prise, m’ont emmenée au poste de police. Ils m’ont couverte. Grâce à eux, le gars a été arrêté. Ils l’ont attrapé le soir même. D’ailleurs, je voudrais les remercier. Depuis ça, je ne vais plus loin. C’est moi qui choisis le coin. »

Peut-on garder un bon souvenir de certains clients ?

« Oui, il y a de bons clients, pas radins ! (Rires) »

Tu fais ça tous les soirs ?

« Non, pas tous les soirs, de temps en temps. En ce moment, je fais rarement, comme on a trouvé un endroit où dormir. »

Et, entre nous, si un client arrive et il est moche, pas du tout attirant, ni charmant, rien. Que fais-tu ?

« Je les choisis quand même un peu ! Je dis non quand je n’aime pas ! (Rires) »

Là, avec toutes les maladies sexuelles, tu n’as pas peur ?

« Je refuse les clients qui ne veulent pas de capote à cause de ces maladies ! J’ai peur d’attraper ces maladies et surtout le sida. J’ai peur ! »

Tu as un copain, tu m’as dit ?

« Oui ! »

Et, ça ne dérange pas ton copain de te voir sortir comme ça ?

« Si. Il ne le vit pas bien ! Quand je m’en vais, il ne va pas bien. Il se dit : "voilà ma copine en train d’aller avec d’autres." Il a peur. Mais, il n’a pas le choix ! Si on veut manger demain, je suis obligée de faire ça. »

Tu as essayé de voir au SEFI s’il n’y a pas d’annonce qui cherche ton profil ?

« Je compte faire une remise à niveau. Après, m’inscrire à une formation. »

Et, si demain tu trouves un CDI bien payé, vas-tu arrêter la prostitution ?

« Oui, c’est sûr ! »

Un dernier message ?

« Ne venez pas faire ce truc-là, la prostitution. Parce que, de un, ça ne se fait pas. Et, de deux, il y a beaucoup de bagarres dans le couple. Ce n’est pas facile ! Il y a beaucoup de jalousie ! La jalousie entre filles aussi. Ça peut aller très loin ! Jusqu’à des menaces parfois ! Hier soir, je me suis faite agresser par une fille. Je ne sais pas ce qu’elle avait mais elle m’a chassée. On dirait qu’elle avait peur. »

© Accueil Te Vai-ete - 2017

Audience générale du mercredi 3 mai 2017

Le voyage en Egypte, un signe de paix

« Un signe de paix pour l’Egypte et pour toute cette région » : c’est ainsi que le Pape François a qualifié, lors de l’audience générale ce mercredi 3 mai 2017, son voyage apostolique au Caire la semaine dernière. Le Pape est revenu sur les moments forts de ce déplacement de 24h dans la capitale égyptienne, effectué à l’invitation du président Al-Sissi, du patriarche copte-orthodoxe Tawadros II, du patriarche copte-catholique Sidrak, et du recteur de l’université islamique d’Al-Azhar, cheikh al-Tayeb.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, je désire vous parler du voyage apostolique qu’avec l’aide de Dieu j’ai effectué ces jours derniers en Égypte. Je me suis rendu dans ce pays à la suite d’une quadruple invitation : du président de la République, de Sa Sainteté le patriarche copte orthodoxe, du grand imam d’Al-Azhar et du patriarche copte catholique. Je remercie chacun d’eux pour l’accueil qu’ils m’ont réservé, vraiment chaleureux. Et je remercie tout le peuple égyptien pour la participation et l’affection avec laquelle il a vécu cette visite du successeur de saint Pierre. Le président et les autorités civiles ont déployé des efforts extraordinaires pour que cet événement puisse se dérouler dans les meilleures conditions ; pour qu’il puisse être un signe de paix, un signe de paix pour l’Égypte et pour toute cette région qui, malheureusement, souffre des conflits et du terrorisme. En effet, la devise du voyage était « Le pape de la paix dans une Égypte de paix ».

Ma visite à l’Université Al-Azhar, la plus ancienne université islamique et la plus grande institution académique de l’islam sunnite, a eu un double horizon : celui du dialogue entre les chrétiens et les musulmans et, en même temps, celui de la promotion de la paix dans le monde. À Al-Azhar, s’est tenue la rencontre avec le grand imam, rencontre qui s’est ensuite étendue à la Conférence internationale pour la paix. Dans ce contexte, j’ai offert une réflexion qui a mis en valeur l’histoire de l’Égypte comme terre de civilisations et terre d’alliances. Pour toute l’humanité, l’Égypte est synonyme d’ancienne civilisation, de trésors d’art et de connaissances ; et ceci nous rappelle que la paix se construit par le moyen de l’éducation, la formation de la sagesse, d’un humanisme qui comprend comme partie intégrante la dimension religieuse, le rapport avec Dieu, comme l’a rappelé le grand imam dans son discours. La paix se construit aussi en repartant de l’alliance entre Dieu et l’homme, fondement de l’alliance entre tous les hommes, basée sur le Décalogue écrit sur les tables de pierre du Sinaï, mais beaucoup plus profondément dans le cœur de tous les hommes de tous temps et tous lieux, loi qui se résume dans les deux commandements de l’amour de Dieu et du prochain.

Ce même fondement est aussi à la base de la construction d’un ordre social et civil, où sont appelés à collaborer tous les citoyens, de toutes origines, cultures et religions. Une telle vision de saine laïcité a émergé dans l’échange de discours avec le président de la République de l’Égypte, en présence des autorités du pays et du corps diplomatique. Le grand patrimoine historique et religieux de l’Égypte et son rôle dans la région moyen-orientale lui confèrent un devoir particulier sur le chemin vers une paix stable et durable qui repose non sur le droit de la force, mais sur la force du droit.

Les chrétiens, en Égypte comme dans toutes les nations de la terre, sont appelés à être un levain de fraternité. Et ceci est possible s’ils vivent en eux-mêmes la communion au Christ. Nous avons pu, grâce à Dieu, donner un signe fort de communion avec mon cher frère le pape Tawadros II, patriarche des coptes orthodoxes. Nous avons renouvelé notre engagement, y compris en signant une Déclaration commune, à cheminer ensemble et à faire en sorte de ne pas répéter le baptême administré dans nos Églises respectives. Ensemble, nous avons prié pour les martyrs des récents attentats qui ont tragiquement frappé cette vénérable Église ; et leur sang a fécondé cette rencontre œcuménique, à laquelle a aussi participé le patriarche de Constantinople Bartholomée, le patriarche œcuménique, mon cher frère.

Le second jour du voyage a été consacré aux fidèles catholiques. La sainte messe célébrée dans le stade mis à disposition par les autorités égyptiennes a été une fête de la foi et de la fraternité, où nous avons senti la présence vivante du Seigneur ressuscité. Dans mon commentaire de l’Évangile, j’ai exhorté la petite communauté catholique en Égypte à revivre l’expérience des disciples d’Emmaüs : à toujours trouver dans le Christ, Parole et Pain de vie, la joie de la foi, l’ardeur de l’espérance et la force de témoigner dans l’amour que « nous avons rencontré le Seigneur ! »

Quant au dernier moment, je l’ai vécu avec les prêtres, religieux et religieuses, et les séminaristes, au Séminaire majeur. Il y a beaucoup de séminaristes : c’est une consolation ! Cela a été une liturgie de la Parole où ont été renouvelées les promesses de la vie consacrée. Dans cette communauté d’hommes et de femmes qui ont choisi de donner leur vie au Christ pour le Royaume de Dieu, j’ai vu la beauté de l’Église en Égypte et j’ai prié pour tous les chrétiens au Moyen-Orient afin que, guidés par leurs pasteurs et accompagnés par les consacrés, ils soient sel et lumière sur ces terres, au milieu de ces peuples. Pour nous, l’Égypte a été un signe d’espérance, de refuge et d’aide. Quand l’autre partie du monde était affamée, Jacob, avec ses fils, y est allé ; puis quand Jésus a été persécuté, c’est là qu’il est allé. C’est pourquoi, vous raconter ce voyage signifie parcourir le chemin de l’espérance ; pour nous, l’Égypte est ce signe d’espérance, pour l’histoire comme pour l’aujourd’hui, de cette fraternité que j’ai voulu vous raconter.

Je remercie de nouveau ceux qui ont permis ce voyage et ceux qui, de différentes manières, ont apporté leur contribution, spécialement toutes les personnes qui ont offert leurs prières et leurs souffrances. Que la Sainte Famille de Nazareth, qui a émigré sur les rives du Nil pour échapper à la violence d’Hérode, bénisse et protège toujours le peuple égyptien et qu’elle le guide sur la voie de la prospérité, de la fraternité et de la paix. Merci !

© Libreria Editrice Vaticana - 2017

Message pour la 54ème Journée de prière pour les vocations – Pape François

Poussés par l’Esprit pour la mission

Le message du Pape François à l’occasion de la 54ème Journée Mondiale de Prière pour les Vocations a été publié le mercredi 30 novembre 2016. Dans ce texte, le Saint-Père développe une réflexion sur « la dimension missionnaire de l’appel chrétien ». L’engagement missionnaire, rappelle t-il, « n’est pas quelque chose que l’on va ajouter à la vie chrétienne, comme s’il s’agissait d’un ornement, mais au contraire, il est situé au cœur de la foi même : la relation avec le Seigneur implique le fait d’être envoyé dans le monde comme prophète de sa parole et témoin de son amour ».

Chers frères et sœurs,

Au cours des années passées, nous avons eu l’occasion de réfléchir sur deux aspects qui concernent la vocation chrétienne : l’invitation à « sortir de soi » pour se mettre à l’écoute de la voix du Seigneur et l’importance de la communauté ecclésiale en tant que lieu privilégié où l’appel de Dieu naît, s’alimente et s’exprime.

À présent, à l’occasion de la 54ème Journée Mondiale de Prière pour les Vocations, je voudrais m’arrêter sur la dimension missionnaire de l’appel chrétien. Celui qui s’est laissé attirer par la voix de Dieu et s’est mis à la suite de Jésus découvre bien vite en soi l’irrésistible désir de porter la Bonne Nouvelle à ses frères, à travers l’évangélisation et le service de la charité. Tous les chrétiens sont constitués missionnaires de l’Évangile ! Le disciple, en effet, ne reçoit pas le don de l’amour de Dieu pour une consolation privée ; il n’est pas appelé à porter lui-même ni à défendre les intérêts d’une entreprise ; il est simplement touché et transformé par la joie de se sentir aimé de Dieu et il ne peut pas garder cette expérience pour lui-même : « La joie de l’Évangile qui remplit la vie de la communauté des disciples est une joie missionnaire ». (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n.21)

L’engagement missionnaire, par conséquent, n’est pas quelque chose qu’on va ajouter à la vie chrétienne, comme s’il s’agissait d’un ornement, mais au contraire, il est situé au cœur de la foi même : la relation avec le Seigneur implique le fait d’être envoyé dans le monde comme prophète de sa parole et témoin de son amour.

Même si nous expérimentons en nous beaucoup de fragilité et que nous pouvons parfois nous sentir découragés, nous devons élever la tête vers Dieu, sans nous laisser écraser par le sentiment d’inadéquation ou sans céder au pessimisme, qui fait de nous des spectateurs passifs d’une vie fatiguée et routinière. Il n’y a pas de place pour la crainte : c’est Dieu lui-même qui vient purifier nos « lèvres impures », en nous rendant aptes pour la mission : « Ta faute est enlevée, ton péché est pardonné. J’entendis alors la voix du Seigneur qui disait : “Qui enverrai-je ? qui sera notre messager ?” Et j’ai répondu : “Me voici : envoie-moi !” » (Is 6, 6-8).

Chaque disciple missionnaire sent dans son cœur cette voix divine qui l’invite à « passer » au milieu des gens, comme Jésus, « en guérissant et faisant du bien » à tous (cf. Ac 10, 38). J’ai déjà eu l’occasion de rappeler, en effet, qu’en vertu du baptême, chaque chrétien est un « christophe », c’est-à-dire « quelqu’un qui porte le Christ » à ses frères (cf. Catéchèse, 30 janvier 2016). Cela vaut de manière particulière pour ceux qui sont appelés à une vie de consécration spéciale et également pour les prêtres, qui ont généreusement répondu : « Me voici, Seigneur, envoie-moi ! ». Avec un enthousiasme missionnaire renouvelé, ils sont appelés à sortir des enceintes sacrées du temple, pour permettre à la tendresse de Dieu de déborder en faveur des hommes (cf. Homélie de la Messe chrismale, 24 mars 2016). L’Église a besoin de prêtres ainsi : confiants et sereins pour avoir découvert le vrai trésor, anxieux d’aller le faire connaître à tous avec joie (cf. Mt 13, 44) !

Certes, nombreuses sont les questions qui surgissent lorsque nous parlons de la mission chrétienne : que signifie être missionnaire de l’Évangile ? Qui nous donne la force et le courage de l’annonce ? Quelle est la logique évangélique dont s’inspire la mission ? À ces interrogations, nous pouvons répondre en contemplant trois scènes de l’Évangile : le début de la mission de Jésus dans la synagogue de Nazareth (cf. Lc 4, 16-30) ; le chemin que parcourt le Ressuscité aux côtés des disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35) ; enfin, la parabole de la semence (cf. Mc 4, 26-27).

Jésus est oint par l’Esprit et envoyé. Être disciple missionnaire signifie participer activement à la mission du Christ, que Jésus lui-même décrit dans la synagogue de Nazareth : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur » (Lc 4, 18-19). C’est aussi notre mission : être oints par l’Esprit et aller vers nos frères annoncer la Parole, en devenant pour eux un instrument de salut.

Jésus se joint à notre chemin. Face aux questions qui émergent du cœur de l’homme et aux défis qui surgissent de la réalité, nous pouvons éprouver une sensation d’égarement et sentir un manque d’énergies et d’espérance. Il y a le risque que la mission chrétienne apparaisse comme une pure utopie irréalisable ou, en tout cas, comme une réalité qui dépasse nos forces. Mais si nous contemplons Jésus ressuscité, qui marche aux côtés des disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 13-15), notre confiance peut être ravivée ; dans cette scène évangélique, nous avons une authentique « liturgie de la route », qui précède celle de la Parole et du Pain rompu et nous fait savoir que, à chacun de nos pas, Jésus est à nos côtés ! Les deux disciples, blessés par le scandale de la Croix, sont en train de retourner chez eux en parcourant la voie de l’échec : ils portent dans leur cœur une espérance brisée et un rêve qui ne s’est pas réalisé. En eux, la tristesse a pris la place de la joie de l’Évangile. Que fait Jésus ? Il ne les juge pas, il parcourt la même route qu’eux et, au lieu d’élever un mur, il ouvre une nouvelle brèche. Lentement, il transforme leur découragement, il rend brûlants leurs cœurs et ouvre leurs yeux, en annonçant la Parole et en rompant le Pain. De la même manière, le chrétien ne porte pas seul l’engagement de la mission, mais dans les fatigues et dans les incompréhensions, il fait aussi l’expérience que « Jésus marche avec lui, parle avec lui, respire avec lui, travaille avec lui. Il ressent Jésus vivant avec lui au milieu de l’activité missionnaire » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 266).

Jésus fait germer la semence. Enfin, il est important d’apprendre de l’Évangile le style de l’annonce. Souvent, en effet, même avec les meilleures intentions, il peut arriver de céder à une certaine frénésie du pouvoir, au prosélytisme ou au fanatisme intolérant. L’Évangile, au contraire, nous invite à rejeter l’idolâtrie du succès et de la puissance, la préoccupation excessive pour les structures, et une certaine anxiété qui répond plus à un esprit de conquête qu’à l’esprit du service. La semence du Royaume, bien que petite, invisible et parfois insignifiante, grandit silencieusement grâce à l’œuvre incessante de Dieu : « Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment » (Mc 4, 26-27). Voilà notre première confiance : Dieu dépasse nos attentes et il nous surprend par sa générosité, en faisant germer les fruits de notre travail au-delà des calculs de l’efficacité humaine.

Par cette confiance évangélique, nous nous ouvrons à l’action silencieuse de l’Esprit, qui est le fondement de la mission. Il ne peut jamais y avoir de pastorale vocationnelle ni de mission chrétienne sans la prière assidue et contemplative. En ce sens, il faut alimenter la vie chrétienne par l’écoute de la Parole de Dieu et, surtout, prendre soin de la relation personnelle avec le Seigneur dans l’adoration eucharistique, « lieu » privilégié de la rencontre avec Dieu.

C’est cette intime amitié avec le Seigneur que je désire vivement encourager, surtout pour implorer du ciel de nouvelles vocations au sacerdoce et à la vie consacrée. Le peuple de Dieu a besoin d’être guidé par des pasteurs qui consacrent leur vie au service de l’Évangile. C’est pourquoi je demande aux communautés paroissiales, aux associations et aux nombreux groupes de prière présents dans l’Église : contre la tentation du découragement, continuez à prier le Seigneur d’envoyer des ouvriers à sa moisson et de nous donner des prêtres amoureux de l’Évangile, capables d’être proches de leurs frères et d’être, ainsi, un signe vivant de l’amour miséricordieux de Dieu.

Chers frères et sœurs, aujourd’hui encore, nous pouvons retrouver l’ardeur de l’annonce et proposer, surtout aux jeunes, la sequela du Christ. Face à la sensation répandue d’une foi fatiguée ou réduite à de purs « devoirs à accomplir », nos jeunes ont le désir de découvrir l’attrait toujours actuel de la figure de Jésus, de se laisser interroger et provoquer par ses paroles et par ses gestes et, enfin, de rêver, grâce à lui, d’une vie pleinement humaine, joyeuse de se consacrer à l’amour.

La Très Sainte Marie, Mère de notre Sauveur, a eu le courage d’embrasser ce rêve de Dieu, en mettant sa jeunesse et son enthousiasme dans ses mains. Que son intercession nous obtienne la même ouverture de cœur, la diligence à professer notre « Me voici » à l’appel du Seigneur et la joie de nous mettre en route (Lc 1, 39), comme elle, pour l’annoncer au monde entier.

Du Vatican, le 27 novembre 2016

Premier dimanche de l’Avent

François

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

Saint Joseph Damien de VEUSTER (1840-1889)

Le 10 mai nous fêterons, Saint Damien de Molokai…voici en quelques lignes sa vie, son œuvre et son action jusque dans notre monde d’aujourd’hui…

JOSEPH DE VEUSTER, le futur Père Damien ss.cc., est né à Tremelo, en Belgique, le 3 janvier 1840, dans une famille nombreuse d’agriculteurs-commerçants. Quand son frère aîné́ entra dans la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie, alors que son père le destinait à prendre la tête de l’exploitation familiale, il décide pourtant lui aussi d’entrer en religion et commence, début 1859, son noviciat à Louvain dans le couvent de son frère. Il y prend le nom de Damien.

En 1863, son frère, qui devait partir pour la mission des îles Hawaï, tombe malade. Les préparatifs du voyage ayant déjà été faits, Damien obtient du Supérieur général la permission de prendre la place de son frère. Il débarque à Honolulu le 19 mars 1864 où il est ordonné prêtre le 21 mai suivant. Corps et âme, il se jette sans tarder dans la rude vie de « missionnaire de campagne » à Hawaï, la plus grande des îles de l’archipel.

En ce temps-là, pour freiner la propagation de la lèpre, le gouvernement avait décidé la déportation à Molokaï, une île voisine, de tous ceux et celles qui étaient atteints de ce mal alors incurable. Leur sort préoccupe toute la mission. L’évêque, Mgr Louis Maigret ss.cc., en parle à ses prêtres. Il ne veut y envoyer personne au nom de l’obéissance, sachant qu’un tel ordre signifierait une mort certaine. Quatre confrères se présentent : ils iront à tour de rôle visiter et assister les malheureux lépreux dans leur détresse. Damien est le premier à partir ; c’est le 10 mai 1873. À sa demande et selon le désir des lépreux, il reste définitivement à Molokaï. Atteint lui aussi de la lèpre, il meurt le 15 avril 1889. Ses restes sont rapatriés en 1936 et déposés dans la crypte de l’église de la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie à Louvain.

Damien est universellement connu pour être allé partager li- brement la vie des lépreux séquestrés sur la péninsule de Kalaupapa à Molokaï. Son départ pour « l’île maudite », l’annonce de sa maladie en 1885, et celle de sa mort, ont profondément impressionné ses contemporains de toute confession. Depuis sa disparition, le monde entier n’a cessé de voir en lui un modèle et un héros de la charité. Celui qui s’identifiait aux lépreux au point de dire « nous autres lépreux », continue à inspirer des milliers de croyants et de non- croyants, désireux de l’imiter et cherchant à découvrir la source de son héroïsme.

Témoin et serviteur ... sans retour!

La vie du P. Damien nous révèle que sa générosité l’a constam- ment porté à adhérer à une initiative reconnue comme étant celle de la Providence. Les multiples circonstances de sa vie sont autant de signes et d’appels qu’il a su voir et comprendre. En les suivant avec toute la force de son énergie, il a conscience d’accomplir la volonté de Dieu. « Persuadé que le bon Dieu ne me demande pas l’impossible, je vais tout rondement en tout sans me troubler... » (Lettre au Père Général, 21.XII. 1866). C’est ainsi qu’au cours d’une retraite à Braine-le-Comte, il décide de suivre l’appel de Dieu pour la vie religieuse. Il entre dans la Congrégation où l’a précédé son frère. La maladie de ce dernier lui offre l’occasion de se présenter pour partir à sa place. Sa demande est acceptée et il s’embarque pour Hawaï. Là-bas l’évêque évoque le sort des lépreux de Molokaï. Damien se porte volontaire pour les servir.

Damien conçoit sa présence au milieu des lépreux comme celle d’un père au milieu de ses enfants. Il connait les risques d’une fréquentation quotidienne avec ses malades. Prenant toutes les précautions raisonnables, il peut, pendant plus d’une dizaine d’années, échapper à la contagion. Elle finit pourtant par l’atteindre. Se ressaisissant dans sa confiance en Dieu, il déclare alors. « Je suis heureux et content, et si l’on me laissait le choix de m’en aller d’ici pour guérir, je répondrais sans hésitation : je reste avec mes lépreux toute ma vie ».

Médecin des corps et des âmes

Poussé par son désir de soulager la souffrance des lépreux, Damien s’intéresse aux progrès de la science. Il expérimente sur lui- même des nouveaux traitements. Jour après jour, il soigne les malades, panse leurs plaies hideuses. Il réconforte les mourants, enterre dans le cimetière, qu’il appelle « le jardin des morts », ceux qui ont achevé leur calvaire.

Connaissant l’impact de la presse, il n’hésite pas à encourager deux de ses correspondants qui publient livres et articles sur les lépreux de Molokaï. De là naît un grand mouvement de solidarité qui permet d’améliorer encore leur sort.

Sa familiarité avec la souffrance et la mort a affiné en lui le sens de la vie. La paix et l’harmonie profonde qui l’habitent se com- muniquent alentour. Sa bonté est rayonnante. « Je fais l’impossible, dit-il, pour me montrer toujours gai, pour animer l’âme de mes malades ». Sa foi, son optimisme, sa disponibilité touchent les cœurs. Tous se sentent invités à partager sa joie de vivre, à dépasser, dans la foi, les limites de leur misère en même temps que celles du bout de terre où ils vivent. Appelés à rencontrer un Dieu qui les aime, ils en découvrent, en leur cher Kamiano, l’affectueuse proximité.

Bâtisseur de communautés

« L’enfer de Molokaï », fait d’égoïsme, de désespoir et d’im- moralité, se transforme, grâce à Damien, en une communauté qui étonne même le gouvernement. Équipements collectifs, maisons, orphelinats, églises : tout est fait avec l’aide des plus valides. L’hôpital est agrandi, le débarcadère et ses voies d’accès sont aménagés. Une conduite d’eau est posée. Damien ouvre un magasin où les malades peuvent s’approvisionner gratuitement. Il amène son monde à cultiver la terre, à faire pousser des fleurs. Pour les loisirs de ses lépreux, il crée même une fanfare...

Ainsi grâce à sa présence et à son action, ces laissés-pour-compte redécouvrent la joie d’être ensemble. Le don de soi, la fidélité, les valeurs familiales reprennent un sens. L’acceptation de l’autre par nécessité ou par contrainte fait place au respect dû à tout être humain, même horriblement défiguré par la lèpre. Damien leur fait découvrir qu’aux yeux de Dieu tout être humain est infiniment précieux, puisqu’il l’aime comme un Père et qu’en lui tous se découvrent sœurs et frères.

Il est aisé de comprendre que cet homme de communion a dû souffrir de l’absence à ses côtés d’un confrère dont il n’a cessé de réclamer la présence.

Apôtre des « lépreux »

C’est à son cœur de prêtre et de missionnaire qu’a retenti l’appel à servir les lépreux. « Ils sont très hideux à voir, mais ils ont une âme rachetée au prix du sang adorable de notre divin Sauveur ». Damien les fera bénéficier de toutes les richesses de son ministère sacerdotal, les réconciliant avec Dieu et avec eux-mêmes, leur assurant le moyen d’unir leurs souffrances à celles du Christ par la communion à son Corps et à son Sang. Baptêmes, mariages et enterrements sont célébrés avec le souci, d’ouvrir les esprits et les cœurs aux dimensions universelles de l’Église du Christ. Rejetés par la société, les lépreux de Molokaï découvrent que leur maladie leur vaut la sollicitude d’un cœur de prêtre qui leur est totalement dévoué. « Mon plus grand bonheur est de servir le Seigneur dans ses pauvres enfants malades, repoussés par les autres hommes ».

Semeur d’œcuménisme

Damien est avant tout un missionnaire catholique, tout en étant homme de son temps. Convaincu de sa foi, il respecte cependant les convictions religieuses des autres, il les accepte en tant que per- sonnes et reçoit avec joie leur collaboration et leur aide. Le cœur largement ouvert à la plus abjecte misère humaine, il ne fait nulle différence dans son approche et ses soins aux lépreux. Dans ses activités paroissiales ou caritatives, il y a place pour tout le monde. Il compte parmi ses amis — et des meilleurs — le luthérien Meyer, surintendant de la léproserie, l’anglican Clifford, peintre, le libre-penseur Mouritz, médecin à Molokaï, le bouddhiste Goto, léprologue japonais.

Damien est bien plus qu’un philanthrope ou le héros d’un jour ! Les uns et les autres, reconnaissent en lui le serviteur de Dieu, comme il s’est toujours manifesté et respectent sa passion pour le salut des âmes.

L’homme de l’eucharistie

« Le monde de la politique et de la presse ne connait que peu de héros comparables au Père Damien de Molokaï. Il vaudrait la peine de chercher la source d’inspiration de tant d’héroïsme ! ». Voilà comment Mahatma Gandhi résume les questions que suscite sa vie !

La réponse nous la trouvons dans sa foi qu’il a vécue comme religieux des Sacrés-Cœurs. Damien a reçu la grâce de contempler, de vivre et d’annoncer l’amour miséricordieux de Dieu révélé en Jésus et auquel nous conduit la Vierge Marie. Pour accomplir cette mission, son expérience personnelle, renforcée par la tradition de sa Congrégation, lui fait trouver cette force à la source même de l’amour et de la vie : l’Eucharistie : Jésus, devenu pain de vie, présence vivante et réconfortante de l’amour de Dieu.

Son imitation de Jésus le pousse à s’identifier à ses ouailles. Grâce à l’amour de celui qui ne nous abandonne jamais, il reste fidèle jusqu’au bout, au-delà de la maladie cruelle, de la solitude pénible, des critiques injustes, et de l’incompréhension des siens...

Son témoignage est incontestable : « Sans la présence de notre divin Maître dans ma petite chapelle, je n’aurais jamais pu maintenir mon sort uni à celui des lépreux de Molokaï ».

La voix des sans-voix

Une telle présence au sein des exclus de ce monde, ne pouvait qu’interpeller les consciences. Moins de deux mois après la mort de Damien, se fonde à Londres le « Leprosy Fund », première organisation de lutte contre la lèpre. Rien ne peut justifier l’isolement et l’abandon d’un être humain. « Nous autres lépreux » n’est pas une figure de style, mais la vérité d’une identification avec ceux qui, malgré leur maladie, ne cessent pas d’avoir droit au respect, à la dignité, à l’amour. En partageant la vie des lépreux, en devenant finalement lépreux lui-même, Damien lance un vibrant appel à la solidarité vis-à-vis de tous ceux qu’une maladie, un handicap ou un échec risquent de marginaliser.

Héraut de l’espérance

La vie et la mort de Damien sont des faits prophétiques. S’ils dénoncent des attitudes contraires au respect des droits de l’homme, ils sont aussi un appel à l’espérance.

Aujourd’hui comme alors, le monde connaît des exclus de tous genres : malades incurables — sidéens ou autres —, enfants abandonnés, jeunes désorientés, femmes exploitées, vieillards délaissés, minorités opprimées... pour tous Damien reste la voix qui rappelle que l’amour infini de Dieu est tout à la fois compassion, confiance et espérance et qui dénonce les injustices. En Damien tous peuvent retrouver le héraut de la bonne Nouvelle. Bon Samaritain, il s’est penché sur ceux que la maladie avait rejetés au bord du chemin. C’est à ce titre que Damien est un exemple pour tout homme et toute femme qui désire s’engager dans la lutte pour un monde plus juste, plus humain, plus conforme au cœur de Dieu.

Serviteur de Dieu, Damien est et restera pour tous le serviteur de l’homme qui plus encore que de vivre a besoin de raison de vivre. Voilà le Damien qui aujourd’hui encore nous défie.

© Libreria Editrice Vaticana - 2009

Commentaire des lectures du dimanche

 

Très chers frères,

Nos fils et frères ont été appelés à l’ordre du sacerdoce. Comme vous le savez, le Seigneur Jésus est le Grand Prêtre du Nouveau Testament, mais en Lui aussi, tout le peuple saint de Dieu a été constitué peuple sacerdotal. Néanmoins, parmi tous ses disciples, le Seigneur Jésus veut en choisir certains en particulier, afin qu’en exerçant publiquement en son nom dans l’Église le ministère sacerdotal en faveur de tous les hommes, ils poursuivent sa mission personnelle de maître, prêtre et pasteur.

Après mûre réflexion, nous sommes à présent sur le point d’élever nos frères à l’ordre des prêtres, afin qu’au service du Christ, Maître, Prêtre, Pasteur, ils coopèrent dans l’édification du Corps du Christ qui est l’Église dans le Peuple de Dieu et le Temple saint de l’Esprit.

Ceux-ci seront en effet configurés selon le Christ Prêtre Suprême et Éternel, ils seront en d’autres termes consacrés comme de vrais prêtres du Nouveau Testament, et à ce titre, qui les unit dans le sacerdoce à leur évêque, ils seront prédicateurs de l’Evangile, pasteurs du peuple de Dieu, et ils présideront les actions de culte, spécialement dans la célébration du sacrifice du Seigneur.

Quant à vous, fils et frères bien-aimés, qui êtes sur le point d’être promus à l’ordre du sacerdoce, considérez qu’en exerçant le ministère de la sainte doctrine, vous prendrez part à la mission du Christ, unique Maître. Dispensez à tous la Parole de Dieu, cette Parole que vous-même avez reçue avec joie. Rappelez-vous de votre histoire, de ce don de la Parole que le Seigneur vous a donnée par le biais de votre mère, de votre grand-mère — comme le dit saint Paul —, des catéchistes et de toute l’Église. Lisez et méditez assidûment la Parole du Seigneur pour croire ce que vous avez lu, enseigner ce que vous avez appris dans la foi, vivre ce que vous avez enseigné.

Que votre doctrine soit donc une nourriture pour le Peuple de Dieu, que le parfum de votre vie soit la joie et le soutien aux fidèles du Christ, afin qu’avec la parole et l’exemple — parole et exemple vont de pair — vous édifiiez la maison de Dieu, qui est l’Église. Vous poursuivrez l’œuvre sanctificatrice du Christ. Par le biais de votre ministère, le sacrifice spirituel des fidèles devient parfait, car il est lié au sacrifice du Christ, qui par vos mains, au nom de toute l’Église, est offert sans effusion de sang sur l’autel lors de la célébration des Saints Mystères.

Reconnaissez donc ce que vous faites. Imitez ce que vous célébrez afin que, en participant au mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur, vous portiez la mort du Christ dans vos membres et marchiez avec lui dans une nouveauté de vie. Portez la mort du Christ en vous-mêmes et marchez avec le Christ dans une nouveauté de vie. Sans croix, vous ne trouverez jamais le vrai Jésus ; et une croix sans Christ n’a pas de sens.

Par le baptême, vous incorporerez de nouveaux fidèles au Peuple de Dieu. Avec le sacrement de la pénitence, vous remettrez les péchés au nom du Christ et de l’Église. Et, s’il vous plaît, au nom de Jésus Christ, le Seigneur, et au nom de l’Église, je vous demande d’être miséricordieux, très miséricordieux. Avec l’huile sainte, vous soulagerez les malades. En célébrant les rites sacrés et en élevant durant les différentes heures du jour la prière de louange et de supplication, vous vous ferez la voix du peuple de Dieu et de l’humanité tout entière.

Conscients d’avoir été choisis parmi les hommes. Choisis, n’oubliez pas cela. Choisis ! C’est le Seigneur qui vous a appelés, un par un. Choisis parmi les hommes et constitués en leur faveur, et non en ma faveur !

En communion filiale avec votre évêque, engagez-vous à unir les fidèles dans une unique famille pour les conduire à Dieu le Père par le biais du Christ dans l’Esprit Saint. Et ayez toujours devant les yeux l’exemple du Bon Pasteur, qui n’est pas venu pour être servi, mais pour servir ; pour chercher et sauver ce qui était perdu.

© Libreria Editrice Vaticana - 2016