Pko 08.03.2020

Eglise cath papeete 1Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°12/2020

Dimanche 8 mars 2020 – 2ème Dimanche du Temps de Carême – Année A

Humeurs…

Quand une épidémie révèle le cœur de l’homme !

Le monde s’emballe face à l’épidémie du Covid-19… Il est évident que cette épidémie mondiale marquera le monde, que ce soit du point de vue économique que du point de vue des relations humaines et notamment l’individualisme…

Le Covid-19 n’est pas encore en Polynésie que déjà il envahi la « toile locale »… L’an dernier 11 « sans toit » sont morts dans nos rues pratiquement dans l’indifférence !!!

Demain, si Covid-19 entre en Polynésie, on cherchera : « Par la faute de qui ? » Pour les uns se sera le Pays, pour d’autre le premier porteur, ou un quidam bouc-émissaire (peut-être les SDF ?)…

Mais ne passons pas à côté de l’essentiel, ne nous laissons pas envahir par la psychose… c’est dans la solidarité, l’attention à l’autre que nous sommes fort !

C’est notre capacité à être solidaire les uns des autres que nous évaluerons notre degré d’humanité !

En attendant, relisons la fable de la Fontaine : Les animaux malade de la Peste.

Les animaux malades de la peste

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste [puisqu'il faut l'appeler par son nom]
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d'amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d'honneur.
Et quant au Berger l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance
Qu'en un pré de Moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Laissez-moi vous dire…

8 mars 2020 : Journée internationale de la Femme

Si les femmes avaient le pouvoir…

Imaginez quelques instants que tous les chefs d’État soient des femmes, que tous les chefs d’entreprise soient des femmes, que nos armées ne soient composées que de femmes… etc… Vous diriez : ça n’est pas possible, ça ne pourrait pas fonctionner ! Et pourtant l’inverse ne nous choque pas ; que le pouvoir, l’économie, la sécurité… soient entre les mains des hommes, cela semble normal.

Actuellement pour 196 pays on compte 21 cheffes d’État ou de gouvernement. Si le rythme ne s’accélère pas il faudra 50 ans pour atteindre la parité hommes/femmes [Source : Rapport du Forum économique mondial/weforum.org]

Dans le monde économique, fin 2018 dans une étude portant sur 35 pays auprès d’un échantillon de 5 000 dirigeants : on dénombrait 29% de femmes occupant un poste de direction.  [Source : Etude « Women in Business » de Grant Thornton International / grantthornton.fr ]

En France où une loi oblige à la parité hommes/femmes dans la constitution des listes électorales (excepté dans les communes de moins de 1 000 habitants) : le Sénat compte 32% de sénatrices ; l’Assemblée Nationale comprend 38,7% de députées et sur 34 970 maires de commune on ne recense que 5 906 femmes (soit 16,9%). [Source : Ministère de l’Intérieur]

L’inégalité entre hommes et femmes est encore loin d’être résorbée, cependant un rapport publié le 25 juin 2019 par “ONU Femmes” intitulé : « Le progrès des femmes dans le monde 2019-2020 : les familles dans un monde en changement », fait apparaître des lueurs d’espérance. On y lit par exemple : « le rapport fait ressortir la diversité des familles qui existent à travers le monde et fournit des recommandations solides visant à garantir que les lois et les politiques soutiennent les familles d’aujourd’hui et répondent aux besoins de tous leurs membres, surtout des femmes et des filles, accompagnées d’analyses des coûts que leur mise en œuvre entraînerait.(…)

Une analyse réalisée pour ce rapport a permis de constater que la plupart des pays seraient en mesure de mettre en œuvre un ensemble de politiques, y compris une aide financière tout au long de la vie, des soins de santé, la dispense de soins aux enfants et aux personnes âgées, dont les coûts représenteraient des montants inférieurs à 5 % du PIB1. Les estimations ont été calculées pour 155 pays : 41 pourraient mettre en œuvre les politiques nécessaires avec moins de 3% du PIB ; 79 avec moins de 5% du PIB ; pour les 15 pays restants il leur faudrait 10% de leur PIB ce qui nécessiterait un soutien international et une Aide Publique au Développement (APD).(…)

Mais le rapport montre qu’aujourd’hui encore, trois milliards de femmes et de filles vivent dans des pays où le viol au sein d’un couple marié n’est pas considéré comme une infraction. Les injustices et les violations prennent aussi d’autres formes. Dans un pays sur cinq, les filles n’ont pas les mêmes droits d’héritage que les garçons, alors que dans d’autres (19 au total) les femmes sont tenues par la loi d’obéir à leur mari. Environ un tiers des femmes mariées vivant dans les pays en développement déclarent ne pas avoir, ou à peine, leur mot à dire concernant leurs propres soins de santé. » [Source : www.unwomen.org/fr ]

Autre forme d’inégalité, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et les démographes attirent l’attention des décideurs politiques sur le fait que la Terre compte plus de 7,7 milliards d'habitants parmi lesquels les hommes, pour des raisons culturelles, économiques ou sociales, y sont de plus en plus nombreux, au détriment des femmes. Une évolution qui pourrait conduire, à terme, à une catastrophe démographique. Le sexe-ratio (rapport entre le nombre d’hommes et le nombre de femmes) est passé de 1,02 en 2011 [102 hommes pour 100 femmes] à 1,05 en 2020 [105 hommes pour 100 femmes]. Et c’est en Inde et en Chine, qui représentent à eux deux 37 % de la population mondiale, que le déséquilibre est le plus inquiétant : on évalue à 80 millions d’hommes en surnombre par rapport aux femmes, et plus de la moitié d’entre eux ont moins de 20 ans. Avec toutes les conséquences que cela entraîne pour les femmes : traites d’épouses au Myanmar, au Cambodge, au Vietnam, en Corée vers la Chine…

L’égalité entre les sexes est loin d’être réalisée. Quant à l’accès des femmes au pouvoir, cela relève toujours d’un véritable combat. Et nous n’avons pas abordé la question au plan ecclésial !…

Dominique SOUPÉ

  1. PIB = Le produit intérieur brut est l'indicateur économique qui permet de quantifier la valeur totale de la « production de richesse » annuelle effectuée par les agents économiques (ménages, entreprises, administrations publiques) résidant à l'intérieur d'un pays.
  2. APD = L'aide publique au développement (APD) comprend, selon la définition du Comité d'aide au développement (CAD) de l'OCDE, les dons et les prêts préférentiels prévus au budget et transférés des pays développés vers les pays en voie de développement.

© Cathédrale de Papeete – 2020

Regard sur l’actualité…

Élections

Alors que s’approchent les échéances électorales, les débats, les prises de position, les programmes politiques, économiques et sociaux des différents partis en lice nous invitent à prendre position sur l’avenir que nous voulons pour notre fenua. Nous devons nous réjouir que tant d’hommes et de femmes se sentent concernés par cet avenir au point de s’engager dans la vie politique. Ils acceptent de partager leurs compétences et de prendre de leur temps et de leur énergie pour trouver des pistes, des orientations permettant à notre société de progresser.

Mais dans le même temps se manifeste parallèlement une méfiance grandissante envers le monde politique, un discrédit qui touche les acteurs de la politique. Ce désintérêt pourrait trouver une explication dans le manque de confiance de nombre de citoyens envers ceux qui sont chargés de veiller au bien commun et à l’intérêt général. Pourraient être invoqués comme raisons de ce désintérêt et de ce discrédit les manœuvres et calculs purement électoraux qui font fi des besoins des citoyens, les ambitions personnelles, les paroles et promesses non tenues, les responsables coupés des réalités de la vie des gens, ou qui ne font pas ce qu’ils ont promis, l’absence de vision à long terme, la démagogie… Dieu merci, ces raisons ne doivent pas occulter le sérieux et la bonne volonté de tous ceux qui vivent leur engagement au service de la politique comme une recherche du bien commun, de l’intérêt général, un vrai service de leur pays et de leurs concitoyens. Ils méritent notre respect, même si nous ne partageons pas leurs idées !

Dernière réflexion empruntée au texte « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique » émanant du Conseil permanent de la conférence des évêques de France publié en 2016 : une vision de l’avenir qui ne se baserait que sur l’économique, la rentabilité, sur les chiffres de production en ignorant les valeurs capables de donner à chacun sens et raisons de vivre comme la solidarité qui permet aux « laissés pour compte », aux marginaux, de retrouver leur dignité, une telle vision ne pourrait qu’aggraver le malaise qui sournoisement gangrène la société : « … Quelle société voulons-nous construire ? A quel projet de société pouvons-nous aspirer ? Nous croyons en une société où l’être humain est plus qu’un élément du processus économique ou technologique. La dignité de notre société se reconnait au respect des plus faibles de ses membres depuis le début de leur vie jusqu’à leur fin naturelle Un idéal de consommation, de gain, de productivité… ne peut satisfaire les aspirations les plus profondes de l’être humain qui sont de se réaliser comme personne au sein d’une communauté solidaire… »

C’est bien pour cela qu’en tant que croyants, disciples de Jésus Christ, nous ne pouvons rester « hors course » de la vie politique. Nous avons à prendre notre place, nous avons notre mot à dire pour que dans tout projet de société, l’Homme ne perde jamais de vue qu’il est appelé à grandir à l’image et ressemblance de Dieu dans un monde plus juste et plus fraternel, selon l’invitation qui nous a été faite par le Christ dans son Évangile.

+ Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2020

Réflexion

Épidémie du coronavirus ou épidémie de peur ?

Dans un texte engagé et vigoureux, Mgr Pascal Roland, évêque de Belley-Ars, met en garde contre une certaine panique autour de l’épidémie du coronavirus.

Plus que l’épidémie du coronavirus, nous devons craindre l’épidémie de la peur ! Pour ma part, je me refuse de céder à la panique collective et de m’assujettir au principe de précaution qui semble mouvoir les institutions civiles.

Je n’entends donc pas édicter de consignes particulières pour mon diocèse : les chrétiens vont-ils cesser de se rassembler pour prier ? Vont-ils renoncer à fréquenter et à secourir leurs semblables ? Hormis les mesures de prudence élémentaire que chacun prend spontanément pour ne pas contaminer les autres lorsqu’il est malade, il n’est pas opportun d’en rajouter.

Nous devrions plutôt nous souvenir que dans des situations bien plus graves, celles des grandes pestes, et alors que les moyens sanitaires n’étaient pas ceux d’aujourd’hui, les populations chrétiennes se sont illustrées par des démarches de prière collective, ainsi que par le secours aux malades, l’assistance aux mourants et la sépulture des défunts. Bref, les disciples du Christ ne se sont ni détournés de Dieu ni dérobés au semblable. Bien au contraire !

La panique collective à laquelle nous assistons aujourd’hui n’est-elle pas révélatrice de notre rapport faussé à la réalité de la mort ? Ne manifeste-elle pas les effets anxiogènes de la perte de Dieu ? Nous voulons nous cacher que nous sommes mortels et, nous étant fermés à la dimension spirituelle de notre être, nous perdons pied. Parce que nous disposons de techniques de plus en plus élaborées et plus performantes, nous prétendons tout maîtriser et nous occultons que nous ne sommes pas les maîtres de la vie !

Au passage, notons que l’occurrence de cette épidémie au moment des débats sur les lois de bioéthique nous rappelle fort heureusement notre fragilité humaine ! Et cette crise mondiale présente au moins l’avantage de nous rappeler que nous habitons une maison commune, que nous sommes tous vulnérables et interdépendants, et qu’il est plus urgent de coopérer que de fermer nos frontières !

Et puis nous semblons tous avoir perdu la tête ! En tous cas nous vivons dans le mensonge. Pourquoi focaliser soudainement notre attention sur le seul coronavirus ? Pourquoi nous cacher que chaque année, en France, la banale grippe saisonnière fait entre 2 à 6 millions de malades et provoque environ 8 000 décès ? Nous semblons avoir également évacué de notre mémoire collective le fait que l’alcool est responsable de 41 000 décès par an, tandis qu’on estime à 73 000 ceux qui sont attribués au tabac ! 

Loin de moi donc, l’idée de prescrire la fermeture des églises, la suppression de messes, l’abandon du geste de paix lors de l’Eucharistie, l’imposition de tel ou tel mode de communion réputé plus hygiénique (ceci dit, chacun pourra toujours faire comme il voudra !), car une église n’est pas un lieu à risque, mais un lieu de salut. C’est un espace où l’on accueille celui qui est la Vie, Jésus-Christ, et où par lui, avec lui et en lui, on apprend ensemble à être des vivants. Une église doit demeurer ce qu’elle est : un lieu d’espérance !

Faut-il se calfeutrer chez soi ? Faut-il dévaliser le supermarché du quartier et constituer des réserves afin de se préparer à tenir un siège ? Non ! Car un chrétien ne craint pas la mort. Il n’ignore pas qu’il est mortel, mais il sait en qui il a mis sa confiance. Il croit en Jésus qui lui affirme : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vite et croit en moi ne mourra jamais » (Jean 11,25-26). Il se sait habité et animé par « l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts » (Romains 8,11).

Et puis un chrétien ne s’appartient pas à lui-même, sa vie est donnée, car il suit Jésus, qui enseigne : « Celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera » (Marc 8,35). Il ne s’expose certes pas indûment, mais il ne cherche pas non plus à se préserver. À la suite de son Maître et Seigneur crucifié, il apprend à se donner généreusement au service de ses frères les plus fragiles, dans la perspective de la vie éternelle.

Alors, ne cédons pas à l’épidémie de la peur ! Ne soyons pas des morts-vivants ! Comme dirait le pape François : ne vous laissez pas voler votre espérance !

+ Pascal ROLAND

© catholique-belley-ars.fr - 2020

Archidiocèse de Strasbourg

Sainte Odile – Grand Jubilé 2020… Venez et voyez !

L’Archidiocèse de Strasbourg célèbre cette année le 1 300ème anniversaire du départ vers le ciel de Sainte Odile. Dans sa lettre pastorale, datée du 10 décembre 2019, Mgr Ravel rappelle que « le monde a toujours besoin de Sainte Odile ».

Jubile ! Jubile, Alsace bénie, protégée, éduquée par sainte Odile, pour le 1 300ème anniversaire de son départ au Ciel !

Mais, plus qu’à un simple anniversaire, nous sommes invités pendant huit mois, du 13 avril au 13 décembre 2020, à vivre le Grand Jubilé de sainte Odile.

Se faisant, nous rejoignons la magnifique tradition biblique des jubilés. Comme son nom l’indique, le jubilé est avant tout un temps de joie heureuse, de jubilation dans le Seigneur, un moment « détaché » des autres, propre à refaire nos forces, à même de changer nos vies malgré toutes les lourdeurs et tous les maux de notre existence.

1. La sainte qui mourut deux fois.

En cette fin d’année 720, Odile, fille d’Aldaric, duc d’Alsace, s’éteignait au milieu de ses sœurs, dans son monastère du Hohenbourg, sur la montagne sacrée.

Un très vieux récit du Xème siècle nous en fait une description étonnante : Odile s’y prit à deux fois pour mourir ! « Sachant qu’elle allait bientôt être détachée de son corps, elle se rendit dans l’église de saint Jean-Baptiste, et, là, toutes ses sœurs s’étant approchées, elle les exhorta toujours à aimer le Seigneur et à s’empresser d’obéir à tous ses commandements. Elle les supplia d’invoquer le Seigneur pour elle, pour son Père et tous ses proches. Cela dit, elle les envoya dans l’oratoire de sainte Marie pour y chanter des psaumes. Quant à elle, elle resta seule. Mais tandis qu’elles exécutaient son ordre et qu’elles chantaient les psaumes, son âme sainte fut délivrée de son corps. Il se répandit un parfum aussi puissant que si toute la maison avait été pleine de plantes aromatiques ».

Affligées parce qu’elles n’avaient pas pu assister au départ de leur mère spirituelle, les sœurs prièrent Dieu que son âme retourne dans son corps. Son âme revenue, Odile s’assit et gronda ses sœurs bien-aimées en leur parlant de la joie du Ciel qu’elle avait commencé à goûter.

Mais ses sœurs, sans se désemparer, lui répondirent « qu’elles avaient agi ainsi par crainte d’être accusées de négligence, si elle était morte sans avoir reçu le Corps du Seigneur. Sainte Odile se fit apporter la coupe dans laquelle on gardait le Corps et le Sang du Seigneur, la prit dans ses mains et, ayant eu part à la sainte communion, elle rendit l’âme sous les yeux de toutes ses soeurs. »

Cette coupe, aujourd’hui disparue, fut longtemps gardée au monastère en mémoire de cet « événement mémorable. »

Par la communion à la coupe, la deuxième mort d’Odile se combine avec la mort du Christ. Odile est donc chrétienne « jusqu’au bout ».

Cette fin étrange n’est pas un élément anecdotique car la tradition la met en avant dans ses représentations : « Ce calice était autrefois un emblème aussi fréquent pour sainte Odile que maintenant le livre avec les deux yeux. » (Marie-Thérèse Fischer, La vie de sainte Odile et les récits postérieurs, p. 114)

2. La sainte qui naquit deux fois.

On explique la présence de ces deux yeux sur le livre non plus par sa mort mais par son enfance.

Tout se correspond symboliquement dans la vie d’Odile : elle meurt deux fois parce qu’elle est née deux fois ! Voilà l’histoire telle que nous la rapporte le même récit.

Lorsqu’elle vient au monde, fille et aveugle, son père la rejette et souhaite la faire mourir. Elle est sauvée par sa mère qui l’envoie au loin dans le monastère de Palma.

C’est ainsi que nous est rapportée sa première naissance de femme venue à la vie dans un monde obscur, sans pitié pour les faibles. Mais cette naissance naturelle laisse Odile handicapée.

Le message est clair : certes, on peut vivre ainsi et se contenter de sa condition de cécité intérieure. Mais, alors, on vit sans que la plénitude de l’esprit soit atteinte, sans que nos yeux du cœur soient ouverts.

La beauté de la première naissance ne donne pas à l’homme d’être pleinement lui-même. Les discours modernes « indépendantistes » prétendent que les religions retirent à l’homme sa grandeur initiale et le tiennent en servitude cléricale.

Mais c’est le contraire qui est vrai. La religion chrétienne cherche à donner toute son ampleur à l’homme. Elle souhaite lui partager librement les vraies sources de son bonheur en lui proposant de naître une deuxième fois, de l’eau et de l’Esprit.

Odile en est un témoin solide : « Voici qu’un évêque de Bavière, nommé Erhard, reçut un ordre de Dieu dans une vision : Va dans un monastère qu’on appelle Palma. Là, tu trouveras une fillette aveugle de naissance. Prends-là et baptise-là au nom de la Sainte Trinité, en lui donnant le nom d’Odile et, immédiatement après le baptême, la vue lui sera donnée »Ainsi fit l’évêque. Il oignit les yeux d’Odile avec du Saint-Chrême et notre sainte « délivrée de sa cécité, tourna vers le visage de l’évêque un regard clair. »

Par cette guérison miraculeuse, s’inaugure la dévotion particulière des malvoyants à sainte Odile. Depuis treize siècles, ils viennent au Mont pour y guérir des yeux. On trouvera donc ces images de sainte Odile, la coupe du sang dans une main, le livre de Dieu dans l’autre.

Ce livre sur lequel sont peints les deux yeux d’Odile, c’est tout à la fois la Création, avec ses beautés ravissantes, et les Écritures saintes, avec leur Sagesse révélée.

3. Le monde actuel a toujours besoin de sainte Odile.

Percevoir l’actualité de sainte Odile est essentiel pour vivre pleinement notre Grand Jubilé.

Or, en rapportant ces deux faits, j’ai conscience que la vie de sainte Odile nous semble tissée par beaucoup de merveilleux. Trop, peut-être. Loin de nous aider à croire, cette abondance nous rend plutôt sceptiques.

Tout cela ne relève-t-il pas d’un autre temps, celui où le mythe et la magie se mêlaient au mystère ? Le décalage d’époque ne nous interdit-il pas de revenir à sainte Odile autrement qu’en historien critique ?

Si cette double mort nous déconcerte, si cette double naissance nous indiffère, c’est que nous avons été conduits à douter de tout sauf, bien entendu, des mythes modernes.

Celui du Progrès, par exemple. Nous pourrions penser aussi au mythe, assurément très répandu, de l’homme délivré du Mystère, livré à lui-même, ayant laissé les dieux dans une oubliette de l’histoire.

Le pire est que cet homme-là est content de lui-même malgré les évidences d’un échec radical. Ces « avancées » censées être un progrès ont conduit nos jeunes générations au milieu d’un monde engorgé de terreurs, d’une nature dévastée de pollutions, d’un avenir obscurci des dérives technologiques.

Ajoutons à cela une vie spirituelle anémiée, une ouverture aux autres confinée à des réseaux sociaux (risqués comme des coupe-gorges avec leurs brigands), de nouvelles formes d’épidémies (psychiques, entre autres), des menaces de fractures sociales, voire nationales, et, pour finir, le sentiment de vertige devant des perspectives démographiques inédites (10 milliards d’hommes sur terre en 2050).

Nous sommes donc en droit de poser une question qui retourne la précédente sur l’actualité de sainte Odile : sommes-nous tellement plus intelligents qu’à l’époque d’Odile qu’on puisse se passer de Dieu et de ses dons ?

L’analyse partagée ici est volontairement exagérée. Elle se veut sombre par souci de justice : je voulais regarder notre monde actuel à la façon de ceux qui évoquent les ténèbres de ce Haut Moyen-âge dans lequel vécut sainte Odile, monde prétendument mélangé de brutalité, d’obscurantisme et de dévotions douteuses.

Il n’est guère difficile de plaquer cette grille de lecture sur le monde contemporain et de le voir aussi anxiogène et aussi inexplicable que celui de sainte Odile. Et il n’est pas moins traversé de dévotions religieuses.

Les dieux ont changé de nom et de temple mais ils offrent les mêmes assurances que ceux du paganisme antique : à notre taille et à notre image, ils nous consolent de nos limites humaines en les outrepassant eux-mêmes.

Ils nous réconfortent de vivre dans un monde au futur incertain. Mais ils ne nous donnent pas de vivre « autrement », d’une vie plus mûre parce que plus ouverte à l’infini, plus humaine parce que plus spirituelle.

Ils n’offrent pas à l’homme une vie nouvelle, fruit d’un saut d’humanité réalisé par un don qui la glorifie tout entière, « la grâce ».

Si nous sommes sages, nous rejetterons les prophètes de malheur qui nous accablent, à chaque génération, par des annonces de la fin du monde.

L’homme survivra encore longtemps. Il est même probable que nous ne sommes qu’à l’aube de l’humanité plutôt qu’à son crépuscule.

Mais, inversement, ne soyons pas crédules au point d’exalter notre époque actuelle parce que c’est la nôtre et parce que nous sommes grisés sous l’emprise de l’ivresse technologique. La tournure d’esprit et la joie du cœur ne dépendent pas d’une technologie.

Elles proviennent d’un humanisme centré sur l’amour vécu avec le Cosmos, avec nous-mêmes, avec Dieu et avec l’autre.

Tout autant qu’Odile et ses contemporains, nous avons besoin d’une grandeur et d’une plénitude venues d’ailleurs.

4. La « réinitialisation » chrétienne.

La raison d’être de ce Grand Jubilé se résume ainsi : c’est le don d’un temps joyeux, hors du temps habituel, qui permet de réinitialiser l’homme moderne, de nettoyer les virus qui l’encombrent, de redéployer le logiciel « surnaturel » sur lequel Dieu inscrit des applications diverses, les dons et les charismes.

Avec les pieds sur terre, cet homme « réinitialisé » avance avec deux yeux grands ouverts sur l’Éternité de Dieu et sur l’infini de l’homme. La Bible l’appelle « l’homme nouveau ».

Depuis vingt siècles, cette réinitialisation se vit dans l’Église par l’initiation chrétienne.

Dans un homme limité, mais toujours capable du meilleur et de l’intemporel, Dieu réinitialise les capacités formidables de son être et, davantage encore, Il le projette dans une dimension absolument nouvelle, gigantesque, hors norme : Il élargit son cœur à la taille du Sien.

Ce message-là n’a rien de vieux, d’obsolète ou de dépassé. Il correspond exactement à la recherche de l’homme sensé, qui cesse sa fuite en avant et qui refuse la perte de sens.

Il s’agit de profiter de ce Grand Jubilé pour prendre le temps de renaître aujourd’hui afin d’accomplir sa vie demain.

C’est l’occasion de vivre ou revivre le baptême, l’Onction sainte, l’Eucharistie afin de devenir cet homme nouveau dans le Christ, libre d’aimer et amoureux de la liberté. Cet homme nouveau, c’est celui qui s’extrait de ce drame intérieur si bien décrit par saint Paul : « Je ne fais pas le bien que je voudrais mais je commets le mal que je ne voudrais pas. (...) Malheureux homme que je suis ! » (Rm 7,18 à 25)

L’homme nouveau non seulement veut le bien (bienveillance) mais il le fait (bienfaisance). Car l’homme nouveau ambitionne d’aimer comme Dieu aime.

« Personne à moins de naître de l’Eau et de l’Esprit ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. »

(Jn 3, 3) La parole du Christ est sans nuance : le Royaume des fils et des frères ne s’intègre que par cette deuxième naissance.

L’expression est un peu abstraite mais on peut s’inspirer ici de ces hommes qui ont survécu à un accident grave et qui comprennent que Dieu leur a donné une seconde vie à l’intérieur de la première.

Ils ne voient plus les choses comme avant. Ils savent intuitivement que cette « seconde vie » sera centrée sur l’amour, à commencer par celui des proches. Ils ont reçu une sorte de baptême dans la souffrance.

Mais faut-il en passer par cette extrémité pour franchir le pas d’une telle conversion ? Des mois de réanimation nous sont-ils nécessaires pour devenir raisonnable et aimant ?

Nous pouvons renaître par l’initiation chrétienne qui nous plonge dans une mort, mais c’est celle de Jésus-Christ.

5. La montagne se gravit… Concrètement que faire ?

Sainte Odile se vénère dans bien des lieux. Mais un lieu particulier la conserve avec toute sa force : c’est le Mont Sainte-Odile. Pour tous ceux qui le peuvent, y aller au moins une fois s’impose au cours de ces huit mois.

Or un mont se monte. Il se gravit. Je n’enfonce pas une porte ouverte en rappelant cela. Parce qu’y monter était rude et excluait certaines personnes, Odile elle-même fit construire un autre monastère, en bas de la montagne, le Niedermunster.

Rien de nouveau sous le soleil : déjà à son époque, on peinait dans la montée, raide par endroits, difficile sur la neige, compliquée autant que l’est la vie quand on l’empoigne.

Mais, peu à peu, l’effort de la montée a été remplacé par le confort de la voiture. Le piège de la facilité était devant nous : nous y sommes tombés sans y rechigner, nous étonnant de ne plus recevoir les mêmes grâces que nos anciens.

Oserai-je parler de ceux (dont je suis) qui polluent avec leur moteur la forêt dans laquelle ils souhaitent marcher au bon air. Nos actes ne suivent pas toujours la logique.

Or l’urgence de la conversion écologique nous pousse à prendre le temps de la montée, le corps allant en communion avec la nature si généreuse mais si atteinte aujourd’hui. J’y vois une des grâces de ce Grand Jubilé : non seulement respecter la Nature mais communier avec elle.

Nous ne sommes pas dans la Création mais de la Création. Sa destruction coïncidera avec la nôtre. Renouons avec elle, au pas tranquille de ceux qui l’aiment.

Bref, la première condition sera, chacun à sa mesure, de monter au Mont non pas pour y accéder mais pour s’élever, à pied ou en vélo, au départ de sa ville ou depuis le piémont, seul ou en groupe, en une heure ou en trois jours.

Il ne manque pas de sentiers et de pistes cyclables. Les personnes handicapées seront prises en charge avec leur limite en les aidant à gravir le Mont avec nous.

La solidarité se vit aussi avec les membres souffrants de nos familles.

6. Le corps et le cœur, le silence et la prière.

Sur le chemin et en-haut, pour accueillir et se laisser transformer, chaque pèlerin multipliera les gestes : en passant à la source, il se lavera le visage.

À l’entrée du sanctuaire, il se laissera prendre par la main comme l’aveugle sur le chemin. Devant la tombe, il pliera les genoux. En présence du Corps eucharistique, il ouvrira les yeux pour revoir sa vie à l’aune de Dieu.

Et ainsi, à chaque étape, le corps ouvrira la porte de l’âme. Le corps ne sera plus le parent pauvre de notre religion. Il deviendra le meilleur compagnon de l’esprit, pour communier avec le Cosmos, pour attendrir le cœur, pour accueillir le don de Dieu.

En marche ou à l’arrêt, sur les pentes ou au sommet, le pèlerin se prendra aussi au jeu du silence, celui imposé par la montée raide mais aussi celui choisi librement : Dieu parle quand les bruits cessent.

Le bavardage profite rarement à la profondeur. Le silence dispose à la méditation. La prière sera ainsi le fil conducteur de ces montées au Mont.

Elle n’exclut pas la convivialité, cette façon joviale d’être avec les autres. Simplement, elle nous dressera avec émotion vers le Dieu si beau.

Humblement, chacun recommencera ses prières, surtout celles connues depuis l’enfance.

Il les reprendra comme on remet son travail sur l’ouvrage, comme on répète un chant dont la mélodie nous enchante.

Il ne s’agit pas de fabriquer des mots nouveaux, mais de déguster à neuf les mots anciens. Ainsi font les enfants qui savent toucher le cœur de leur maman. Dieu veut qu’on crie vers lui avec constance et humilité, comme si c’était la première fois.

Comme si c’était des retrouvailles après une longue absence.

Chaque pèlerin priera pour sa propre métaporphose intérieure. Puis, parmi les intentions privilégiées au cours de notre Jubilé, il portera celles du pape François.

On les lui donnera au Mont. J’y ajoute trois intentions du diocèse :

  • pour les vocations sacerdotales et religieuses ;
  • pour les jeunes (tous nos jeunes) ;
  • pour demander le courage d’être missionnaire.

Enfin, avant ou pendant la démarche, parce qu’il s’est remis en face de lui-même autant qu’en face de Dieu, le pèlerin ira paisiblement se confesser à un prêtre.

A l’heure où on prêche des parcours toujours plus individualisés et des approches sans cesse plus personnelles, comment ne pas revenir à cette rencontre infiniment personnelle où l’homme confesse ses péchés, après les avoir reconnus en lui ?

Conclusion :

Ce Grand Jubilé appelle beaucoup d’aide de la part de chaque diocésain : un soutien financier car, depuis longtemps, le Mont ne se porte pas bien au plan économique ; une aide bénévole pour l’accueil dans le massif et dans le sanctuaire de Sainte-Odile ; une aide pour les groupes qui s’organisent localement.

Que chacun écoute son cœur et donne selon ses moyens. Les petites rivières font le grand Rhin.

Confions-nous à Sainte Odile, mère de tous les alsaciens, femme époustouflante, architecte spirituelle, maîtresse de vie.

Sainte Odile, Patronne de l’Alsace, nous te remettons

Tous ceux qui vivent dans la plaine, sur les crêtes et les coteaux.

Et aussi tous ceux qui passent auprès de votre tombeau.

Ouvre nos yeux à la splendeur de notre terre.

Ouvre nos esprits à la dignité de notre personne.

Ouvre nos cœurs à l’Amour qui ne finit jamais.

Ouvre nos mains aux faims de nos frères.

Allume en nous ce Feu étrange

Qui dévore ceux qui le retiennent

Qui transforme ceux qui le propagent

Qui fait naître de nouveau,

Les enfants de l’éternel Amour. Amen.

Luc Ravel - Archevêque de Strasbourg

© Archidiocèse de Strasbourg - 2020

Commentaire des lectures du dimanche

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

L’Évangile de ce deuxième dimanche de Carême nous présente le récit de la Transfiguration de Jésus (cf. Mt 17, 1-9). Ayant pris à l’écart trois des apôtres, Pierre, Jacques et Jean, Il monta avec eux sur une haute montagne, et là eut lieu ce phénomène singulier : le visage de Jésus « resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière » (v.2). De cette façon, le Seigneur fit resplendir sur sa personne cette gloire divine que l’on pouvait percevoir grâce à la foi dans sa prédication et dans ses gestes miraculeux. Et la transfiguration s’accompagne, sur la montagne, de l’apparition de Moïse et d’Elie, « qui s’entretenaient avec lui » (v.3).

La « luminosité » qui caractérise cet événement extraordinaire en symbolise le but : éclairer les esprits et les cœurs des disciples afin qu’ils puissent comprendre clairement qui est leur Maître. C’est une étincelle de lumière qui s’ouvre soudain sur le mystère de Jésus et illumine toute sa personne et toute son histoire.

Désormais résolument dirigé vers Jérusalem, où il devra subir la condamnation à mort par crucifixion, Jésus veut préparer les siens à ce scandale, le scandale de la croix, à ce scandale trop fort pour leur foi et, en même temps, annoncer à l’avance sa résurrection, en se manifestant comme le Messie, le Fils de Dieu. Et Jésus les prépare à ce moment triste et plein de souffrance. En effet, Jésus se montrait un Messie différent par rapport à leurs attentes, à ce qu’ils imaginaient sur le Messie, à la façon dont serait le Messie : non pas un roi puissant et glorieux, mais un serviteur humble et désarmé ; non pas un seigneur immensément riche, signe de bénédiction, mais un homme pauvre qui n’a pas où reposer sa tête ; non pas un patriarche avec une descendance nombreuse, mais un célibataire sans maison et sans foyer. C’est vraiment une révélation de Dieu inversée, et le signe le plus déconcertant de ce renversement scandaleux est la croix. Mais c’est précisément à travers la croix que Jésus parviendra à la résurrection glorieuse, qui sera définitive, non comme cette transfiguration qui a duré un moment, un instant.

Jésus transfiguré sur le mont Tabor a voulu montrer sa gloire à ses disciples, non pas pour leur éviter de passer par la croix, mais pour indiquer où conduit la croix. Celui qui meurt avec le Christ, ressuscitera avec le Christ. Et la croix est la porte de la résurrection. Celui qui lutte avec Lui, triomphera avec Lui. C’est le message d’espérance que contient la croix de Jésus, exhortant à la force dans notre existence. La Croix chrétienne n’est pas un bibelot pour décorer la maison ou un ornement à porter, mais la croix chrétienne est un rappel de l’amour avec lequel Jésus s’est sacrifié pour sauver l’humanité du mal et du péché. En ce temps de Carême, contemplons avec dévotion l’image du crucifix, Jésus en croix : il est le symbole de la foi chrétienne, il est l’emblème de Jésus, mort et ressuscité pour nous. Faisons en sorte que la Croix marque les étapes de notre itinéraire quadragésimal pour comprendre toujours plus la gravité du péché et la valeur du sacrifice avec lequel le Rédempteur nous a tous sauvés.

La Sainte Vierge a su contempler la gloire de Jésus cachée dans son humanité. Qu’elle nous aide à demeurer avec Lui dans la prière silencieuse, à nous laisser éclairer par sa présence, pour porter dans notre cœur, à travers les nuits les plus obscures, un reflet de sa gloire.

© Libreria Editrice Vaticana – 2017