Pko 08.11.2020

Eglise cath papeete 1Bulletin gratuit de liaison de la paroisse de la Cathédrale de Papeete n°50/2020
Dimanche 8 novembre 2020 – 32ème Dimanche du Temps ordinaire – Année A

HUMEURS

QUID ?

« On peut, dans les moments de crise, construire des mensonges au moyen de quelques faits et de quelques propos légèrement recueillis, follement interprétés. »
(Adolphe Thiers 1797-1877)
La Covid se développe à la vitesse grand « V » et les oiseaux de la rue ne sont pas épargnés… autour de la Cathédrale, plus de cas depuis ce jeune qui travaille et qui fut asymptomatique, il y a plusieurs semaines… Des échos nous parviennent de cas ailleurs…
Mais ce qui nous pose davantage question, aujourd’hui, c’est l’acharnement qu’à la Police municipale, tous les soirs, à venir réveiller nos oiseaux qui dorment autour de la Cathédrale, pour les obliger à aller se confiner à l’intérieur de l’église… au nom du respect de couvre-feu !!! Le bon sens voudrait qu’on les laisse là où ils ont choisi de dormir, sachant qu’ils respectent les lieux, qu’ils ont des toilettes à leur disposition !!! Prenant en compte surtout, qu’ils sont en plein air et à distance les uns des autres ! Un harcèlement difficilement compréhensible… Un esprit tordu pourrait penser que l’on veut créer un « cluster » !
Mais là, ou le bouchon est poussé très loin, et l’on ne sait qu’en penser ! En début de semaine, le centre de Fare Ute reçoit une personne adulte handicapée très troublée, en rupture de soin. Malgré l’injection la personne reste difficilement gérable… Elle est donc mise hors du centre… D’où vient-elle ? On ne sait, mais inévitablement, isolée à la rue, elle se retrouve rapidement autour de la Cathédrale. Et le soir même, cette personne, toujours très troublées et instable, se voit contrainte elle aussi, par la police municipale, à aller à l’intérieur de la Cathédrale… Que Père se débrouille avec !!! Qu’ils s’occupent de ceux que nous ne voulons pas !!!
Fort est de constater que la « laïcité » veut bien s’occuper des sans-abris softs… à l’Église les autres…
Demain probablement, nous retrouverons la route du confinement !!! Que se passera-t-il ?
Quid ?
« Ne combattez l'opinion de personne ; songez que, si l'on voulait dissuader les gens de toutes les absurdités auxquelles ils croient, on n'en aurait pas fini, quand on atteindrait l'âge de Mathusalem. »
(Schopenhauer 1788 - 1860)

 
CLIN D’ŒIL DE L’HISTOIRE

FRERE HILAIRE TOUBLANC – 1831-1866

Comme annoncé dans le P.K.0 de la solennité de Tous les Saints, nous vous proposons un portrait d’un religieux missionnaire décédé en Polynésie et inhumé au cimetière de l’Uranie… Pour commencer, le Frère Hilaire TOUBLANC… décédé en mer et immergé au large de l’île Sainte Hélène !
TOUBLANC, Pierre Jacques (Frère Hilaire) (1831-1866). - Religieux de la congrégation des Frères de l'Instruction chrétienne. Né le 31 juillet 1831 à Hénanbihen (Côte d’Armor). Fils de Jacques Toublanc et Mathurine Salmon. Neuvième d’une fratrie de onze enfants. Il entre au noviciat le 2 février 1859.
La même année, trois religieux ont été désignés avec lui pour fonder l'œuvre en Océanie : les Frères Alpert Ropert, directeur, 27 ans ; Arsène Guillet, 31 ans, et Eubert Robic, 19 ans qui comme lui sortait du noviciat. « Après des adieux touchants au Père de la Mennais et aux Frères de la maison mère, ils partirent de Ploërmel le 3 septembre 1859 pour Cherbourg où devait se faire l’embarquement. Le navire ayant eu des avaries de machine, un bateau les transporta à Brest, où ils attendirent deux mois et demi, avant d'appareiller le 7 janvier 1860. Leur long voyage fut jalonné par des escales aux îles du Cap-Vert, à Rio de Janeiro, à Montevideo, à Punta Arenas dans le détroit de Magellan, enfin à Valparaiso, où ils restèrent cinq mois. Leur navire, le “Duguay Trouin”, monté par mille soldats aux ordres de l’amiral Larrieu, alla, pendant ce temps, faire une démonstration navale au Pérou, pour demander réparation d’une injure faite à des Français de ce pays. Le 8 septembre 1860, les Frères reprirent le bateau qui se dirigea vers les Marquises, où ils firent escale pendant une semaine ».
Il arrive à Tahiti le 17 octobre 1860 mais en débarque que le lendemain : « Mercredi dernier, 17 octobre, le vaisseau mixte Duguay-Trouin, portant le pavillon du contre-amiral Larrieu, est entré dans notre port, vers 4 heures su soir. C’est la première fois qu’un vaisseau français paraît dans les eaux océaniennes, et c’est une preuve, entre mille autres, de la sollicitude du gouvernement de l’Empereur pour les intérêts de ses possessions d’outre-mer » (Le Messager de Tahiti n°42 du 21 octobre 1860).
Frère Hilaire est hospitalisé dans le courant de l’année 1862. Ce qui ne l’empêchera pas le 26 avril 1864, d’embarquer avec Frère Priscien Le Fur à bord du navire à voiles Dorade pour rejoindre la communauté de Taiohae (Nuku hiva), fondée un an plutôt et devant faire face à l’épidémie de variole qui décime une partie de la population…
Son séjour sera de courte durée puisqu’il embarque à nouveau sur la Dorade pour être hospitalisé à l’hôpital militaire de Papeete le 11 septembre 1865.
Quitte Tahiti, en mauvaise santé, le 17 mars 1866 à bord de la frégate Néréide à destination de la France. Embarque avec lui le R.P. Ferréol Loubat, ss.cc. et les Sœurs de Cluny Camille Labrosse, Célestine Bernaud et Félicité Soulié. Meurt en mer au large de l’île Sainte Hélène, connue pour l’exil et la mort de Napoléon Ier, le 19 mai 1866 : “M. Toublanc, Fr. Hilaire de l'Instruction chrétienne, a succombé pendant la traversée. Son état, au départ de Tahiti, était tel qu'il restait peu d'espoir de le conduire jusque en France. La famille trouvera sans doute quelque consolation à savoir qu'on a pu lui rendre les devoirs religieux, grâce à la présence à bord de M. Loubat, Missionnaire”. (Lettre du capitaine Prouhet du 31 mai 1866). La tradition rapporte qu’au moment où le corps du C.F. Hilaire fut immergé, une colonne lumineuse s’éleva de l’Océan et fut observée assez longtemps par l’équipage du navire.
Une plaque commémorative se trouve sur le caveau des Frères de La Mennais au cimetière de l’Uranie à Papeete.

DENIER DE DIEU 2020

Frères et Sœurs,
Le 23 Octobre 2020 commencera notre campagne annuelle du « Denier de Dieu », « Tenari a te Atua ».  Pour remplir sa mission, l’Église a besoin du soutien de tous ses fidèles : par la prière, par l’engagement et par le soutien financier.
Si ces trois formes d’aide sont nécessaires pour la vitalité de l’Église, c’est surtout l’aide financière qui est en jeu dans cette campagne du « Tenari a te Atua ». Je suis bien conscient qu’en cette période de crise de la Covid 19, la situation financière de beaucoup est devenue préoccupante, voire précaire. Pourtant, notre Église doit continuer de mener à bien les dépenses liées entre autres à la vie des prêtres (CPS), à la formation des séminaristes (ils sont 5 cette année), à l’entretien des bâtiments, au fonctionnement des moyens de communication sociale du Diocèse. Aussi, à la suite de l’apôtre Paul évoquant la générosité des Chrétiens de Macédoine (en tête de cette lettre), je fais appel à votre aide. Je sais que cela représente pour un certain nombre d’entre vous un effort supplémentaire. Mais quel que soit le montant de votre contribution, ce qui compte d’abord est le désir de participer selon vos moyens. Ne dit-on pas que « les petits ruisseaux font les grandes rivières ! ». Cette campagne est pour tous une occasion de manifester votre attachement à notre Église en lui donnant les moyens d’accomplir sa mission.
J’attire votre attention sur l’investissement spirituel que représente le fait d’avoir confié au Grand Séminaire d’Orléans la formation de nos séminaristes. C’est une lourde charge financière, mais c’est également le prix à payer pour former dans de meilleures conditions les futurs prêtres du diocèse. Nous avons également le projet de restaurer le bâtiment des « Tisserands » à Rikitea, un ouvrage inutilisable vu son état actuel, et de remettre à neuf le bâtiment de l’ancien Grand Séminaire pour en faire un foyer d’accueil d’inspiration chrétienne pour les étudiants de l’Université venant des îles… Et nous avons besoin de votre aide pour mener à bien ces projets.
Concrètement, il est demandé à chaque fidèle ayant une activité professionnelle de verser pendant le temps de la campagne l’équivalent d’UNE journée de salaire ou de revenu. Ceci est un ordre de grandeur. Ceux et celles qui n’ont pas de salaire peuvent participer selon ce que leur conscience leur dictera.
Des enveloppes seront distribuées à la sortie des messes, enveloppes dans lesquelles vous pourrez glisser votre contribution en espèces ou en chèque. Vous n’aurez plus alors qu’à glisser votre enveloppe la semaine suivante dans le tronc destiné à recevoir vos dons et placé à la porte de votre église. Ces troncs seront à votre disposition jusqu’à la fin de la campagne qui aura lieu le 13 Décembre 2020.
Soyez déjà remerciés d’accueillir dans la Foi cette campagne du « Tenari a te Atua » avec le désir de contribuer à la construction de votre Église en apportant votre pierre. Confiant en votre générosité, je vous remets à la miséricorde et à la bienveillance de notre Seigneur.

Papeete le 29 Septembre 2020
Mgr Jean Pierre COTTANCEAU
Archevêque de Papeete
© Archidiocèse de Papeete - 2020

LAISSEZ-MOI VOUS DIRE

3 AU 8 NOVEMBRE 2020 : ASSEMBLEE PLENIERE DES EVEQUES DE FRANCE (EN VISIO-CONFERENCE) 
APARECIDA

Chaque année les évêques de France ont deux assemblées générales qui se déroulent à Lourdes, une en avril et l’autre en novembre ; avec le confinement la première a été annulée, la seconde a lieu cette année en visio-conférence. C’est l’occasion pour les responsables de la vie de l’Église en France de se rencontrer, de prier ensemble et de faire le point sur les grandes questions qui touchent l’Église, la France, l’Europe et le Monde. Les pôles de réflexion ne manquent pas : laïcité et restriction des libertés, insécurité et lutte contre le terrorisme, urgences sanitaires et montée des pauvretés, extrémismes et paix dans le Monde, réchauffement climatique et sauvegarde de la planète…
Le sanctuaire de Lourdes est un lieu propice à la prière, aux échanges, à la réflexion, préalable à toute prise de grandes décisions. Cela me rappelle le choix du sanctuaire d’Aparecida (au Brésil) pour la Vème Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes (CELAM) qui s’est tenue du 13 au 31 mai 2007.
La basilique, nichée au cœur des montagnes à 170 km au nord-est de São Paulo, pouvant accueillir 45 000 personnes domine toute la région. Tout au fond de la basilique on voit Notre-Dame d’Aparecida, la petite statuette de terre cuite, mains jointes, revêtue de son manteau bleu de Prusse, découverte par trois pêcheurs brésiliens.(1) Aparecida est le symbole de la simplicité, typique de la spiritualité du peuple brésilien, une spiritualité des pauvres, dans une région peuplée par beaucoup d’esclaves venus d’Afrique au XVIIIe siècle. Les plus déshérités s’y sentent chez eux.
C’est le cardinal archevêque de Buenos Aires, Jorge Mario Bergoglio qui présidait cette Conférence. Le Pape Benoît XVI avait tenu à faire le voyage pour l’ouverture des travaux (le 13 mai 2007). Le « document final »(2), contrairement aux Conférences précédentes, ne s’est pas appuyé sur un texte de réflexion préliminaire mais, suite à l’homélie et au discours inaugural de Benoît XVI, il est le reflet d’un véritable travail synodal qui a fait l’objet de 2 240 contributions.
Le « Document final » d’Aparecida s’est révélé d’une importance particulière pour le cardinal Bergoglio, devenu plus tard Pape François, comme en témoigne une interview publiée par le journal italien 30Giorni (30 jours) en novembre 2007. Dans cette interview l’archevêque de Buenos Aires annonçait ce qui fera le cœur de son pontificat : « la Mission », la combinant avec le souci d’une adaptation à l’autre et aux signes des temps : « Pour rester fidèle, il faut sortir. En restant fidèle on sort. Si l’on est fidèle, on change. On ne reste pas fidèle, comme les traditionalistes ou les fondamentalistes, à la lettre. La fidélité est toujours un changement, un fleurissement, une croissance. Le Seigneur opère un changement en celui qui lui est fidèle. C’est la doctrine catholique. (...) Sortir de soi-même, c’est aussi sortir de l’enclos de ses convictions considérées comme inamovibles, si celles-ci risquent de devenir un obstacle, si elles ferment l’horizon qui est de Dieu ». Il allait jusqu’à fustiger celui qui a enclos « son âme dans les barbelés des certitudes ».
C’est aussi le message que François a livré aux jeunes des JMJ de Rio (23 juillet 2013, veillée de prière avec les jeunes sur la plage de Copacabana) :
« S’il vous plaît, chers jeunes : ne vous mettez pas à la “queue” de l’histoire. Soyez-en les protagonistes. Jouez en attaque ! Tirez en avant, construisez un monde meilleur, un monde de frères, un monde de justice, d’amour, de paix, de fraternité, de solidarité. Jouez toujours en attaque ! Saint Pierre nous dit que nous sommes des pierres vivantes qui forment un édifice spirituel (Cf. 1P 2,5). (…) chacun de nous est une pierre vivante, est un élément de la construction, et, quand vient la pluie, s’il manque cet élément, il y a des infiltrations, et l’eau pénètre dans la maison. Et ne construisons pas une petite chapelle qui ne peut contenir qu’un petit groupe de personnes. Jésus nous demande que son Église vivante soit grande au point de pouvoir accueillir l’humanité entière, qu’elle soit la maison de tous ! »
Ce témoignage n’est pas facultatif, il nous concerne tous, y compris… le pape ! Rappelons-nous ce geste qu’il a posé auprès des malades de l’hôpital Saint François d’Assise où l’on lutte contre la dépendance chimique : « en chaque frère et sœur en difficulté, nous embrassons la chair souffrante du Christ. Aujourd’hui, en ce lieu de lutte contre la dépendance chimique, je voudrais embrasser chacun et chacune d’entre vous, vous qui êtes la chair du Christ, et demander que Dieu remplisse de sens et de ferme espérance votre chemin, et aussi le mien. » (Rio, 24 juillet 2013)
Ce « Pape de la simplicité », compatissant envers les pauvres, les marginaux, les laissés-pour compte n’est pas toujours compris. Nous l’avons vu encore récemment à propos de ses déclarations sur « les unions homosexuelles » faisant écho à son interrogation : « Qui suis-je pour juger mon frère, ma sœur ? ».
Prions Notre-Dame d’Aparecita, celle qui parle aux plus pauvres, pour le Pape, nos évêques, l’Église et chacune et chacun de nous en ces temps incertains ; qu’Elle fortifie notre foi et notre espérance pour que nous restions fidèles témoins d’une Église vivante, accueillante.

Dominique SOUPÉ
____________________

1    D’après la mémoire populaire brésilienne, le 12 octobre 1717, trois pêcheurs, Domingos Garcia, Filipe Pedroso et João Alves désespéraient de revenir avec du poisson sur les berges du fleuve Paraiba do Sul … Après plusieurs heures infructueuses, portés par le courant, ils arrivèrent en un endroit nommé Porto Itaguaçu. Là ils ramenèrent dans leur filet le corps sans tête d'une statuette. Un nouveau lancé en rapporta la tête. Les filets lancés de nouveau ceux-ci furent remplis de poissons ! Alors les pêcheurs comprirent qu'il s'agissait d'une statuette de la Vierge Marie.
Pendant quinze ans, la statuette resta chez Filipe Pedroso, où les personnes du voisinage se réunissaient pour prier. Beaucoup de demandes furent exaucées. La famille Pedroso construisit alors un oratoire. Puis en 1734, une chapelle fut érigée sur le sommet du morro dos Coqueiros. L'augmentation constante du nombre de fidèles obligea à la construction d'un bâtiment plus vaste, la vieille basilique. Le Pape Jean-Paul II consacra la nouvelle basilique en 1980 ; celle-ci est reliée à l’ancienne basilique par la « passerelle de la foi ». Notre-Dame d’Aparecida, patronne du Brésil, accueille chaque année huit millions de pèlerins.
2    On peut relire la traduction française du document à l’adresse : http://www.celam.org/aparecida/Frances.pdf

© Paroisse de la Cathédrale – 2020

REGARD SUR L’ACTUALITE…

FRATELLI TUTTI (2)

 
Le 3 Octobre dernier, le Pape François signait à Assise (Italie) sa troisième encyclique intitulée « Fratelli Tutti – Tous frères ». Ce titre est une expression qu’utilisait St François d’Assise pour inviter à un mode de vie aux couleurs de l’Évangile. Il entendait proposer à tous les Hommes et Femmes de vivre un amour qui dépassait toute barrière de quelque nature qu’elle soit, un amour capable de construire la fraternité et l’amitié sociale. Après avoir évoqué dans le « Communiqué » du 21 Octobre les deux premiers chapitres, arrêtons-nous aujourd’hui sur le chapitre trois.
Ce chapitre (§87 à §127) est intitulé « Penser et gérer un monde ouvert ». Poursuivant sa réflexion sur ce rêve de fraternité et d’amitié sociale, le Pape François élargit sa vision à l’universel, et ce à partir d’une affirmation que le Christ adresse explicitement à la foule et à ses disciples : « Tous, vous êtes des frères » (Mt 23, 8). Le Saint Père nous exhorte ainsi à sortir de nous-mêmes « pour trouver dans les autres un accroissement d’être » (88). Il s’agit d’une invitation adressée à chacun : s’ouvrir au prochain selon le dynamisme de la charité qui nous entraine vers la « communion universelle ». En effet, précise le St Père, « le fait de constituer un couple ou d’être des amis doit ouvrir nos cœurs à d’autres cercles pour nous rendre capables de sortir de nous-mêmes de sorte que nous accueillons tout le monde. Les groupes fermés… qui constituent un “nous” contre tout le monde sont souvent des formes idéalisées d’égoïsme et de pure auto-préservation » (89)

Une telle attitude d’ouverture implique que nous soyons convaincus :
•    Que l’être humain atteint sa plénitude en se donnant aux autres ;
•    Que l’amour exige une plus grande capacité à accueillir les autres en intégrant ceux qui ont été repoussés aux marges de nos sociétés ;
•    Que l’amour qui s’étend au-delà des frontières a pour fondement l’amitié sociale.
Ainsi, si nous voulons promouvoir le bien social, nous devons promouvoir les valeurs qui mènent au développement humain intégral permettant à toute personne de se voir reconnue unique et irremplaçable, ayant le droit de vivre dans la dignité. Pour cela, il importe :
•    Que nous pensions et agissions en termes de communauté ;
•    Que nous luttions contre les causes qui engendrent la pauvreté et l’inégalité ;
•    Que nous exigions de l’État qu’il soit présent et actif en faveur des personnes fragiles. « Tout être humain a le droit de vivre dans la dignité et de se développer pleinement ; et ce droit fondamental ne peut être nié par aucun pays » (107)
•    Que nous soyons prêts à œuvrer pour que personne ne soit exclu de la vie de nos sociétés ;
•    Que nous cherchions ensemble à établir une paix durable basée sur des fondements de solidarité et de service.
Terminons l’évocation rapide de ce chapitre 3 avec ces paroles du §95 : « L’amour nous met en tension vers la communion universelle. Personne ne mûrit ni n’atteint sa plénitude en s’isolant… L’amour exige une ouverture croissante, une plus grande capacité à accueillir les autres dans une aventure sans fin… »

+Jean Pierre COTTANCEAU
© Archidiocèse de Papeete – 2020

AUDIENCE GENERALE

LA FORCE DE LA PRIERE ET DE LA VIE INTERIEURE

Le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèses sur la prière lors de l’audience générale du mercredi 4 novembre, de retour dans la Bibliothèque apostolique. Le Saint-Père a détaillé les différentes caractéristiques d’une bonne prière chrétienne, à savoir qu’elle soit le premier désir de la journée, qu’elle soit persévérante et s’effectue dans la solitude.
 
 
Chers frères et sœurs, bonjour !
Nous avons malheureusement dû revenir à cette audience dans la bibliothèque, pour nous défendre des contagions du Covid. Cela nous enseigne également que nous devons être très attentifs aux prescriptions des autorités, que ce soient les autorités politiques ou les autorités sanitaires, pour nous défendre de cette pandémie. Offrons au Seigneur cette distance entre nous, pour le bien de tous et pensons, pensons beaucoup aux malades, à ceux qui entrent dans les hôpitaux déjà comme mis au rebut, pensons aux médecins, aux infirmiers, aux infirmières, aux bénévoles, aux nombreuses personnes qui travaillent avec les malades en ce moment : elles risquent leur vie, mais elles le font par amour de leur prochain, comme une vocation. Prions pour eux.
Au cours de sa vie publique, Jésus a constamment recours à la force de la prière. Les Évangiles nous le montrent lorsqu'il se retire dans des lieux apartés pour prier. Il s'agit d'observations sobres et discrètes, qui laissent seulement imaginer ces dialogues orants. Celles-ci témoignent cependant clairement que, également dans les moments de plus grand dévouement aux pauvres et aux malades, Jésus ne négligeait jamais son dialogue intime avec le Père. Plus il était plongé dans les besoins des personnes, plus il sentait la nécessité de reposer dans la Communion trinitaire, de revenir avec le Père et l'Esprit.
Il y a donc un secret dans la vie de Jésus, caché aux yeux humains, qui représente le centre de tout. La prière de Jésus est une réalité mystérieuse, dont nous n'avons qu'une petite intuition, mais qui permet de lire dans la juste perspective la mission tout entière. Pendant ces heures solitaires – avant l'aube ou pendant la nuit –, Jésus se plonge dans son intimité avec le Père, c'est-à-dire dans l'Amour dont chaque âme a soif. C'est ce qui apparaît dès les premiers jours de son ministère public.
Un samedi, par exemple, la petite ville de Capharnaüm se transforme en “hôpital de campagne” : après le coucher du soleil, tous les malades sont amenés à Jésus, et Il les guérit. Cependant, avant l'aube, Jésus disparaît : il se retire dans un lieu solitaire et il prie. Simon et les autres le cherchent et, quand ils le trouvent, ils lui disent : “Tout le monde te cherche !”. Que répond Jésus : “Je dois aller prêcher dans les autres villages ; c'est pour cela que je suis venu” (cf. Mc 1,35-38). Jésus est toujours un peu au-delà, au-delà dans la prière avec le Père et au-delà, dans d'autres villages, d'autres horizons pour aller prêcher, d'autres peuples.
La prière est le gouvernail qui guide la route de Jésus. Ce qui guide les étapes de sa mission ne sont pas les succès, ce n'est pas le consensus, ce n'est pas cette phrase séduisante “tout le monde te cherche”. Ce qui trace le chemin de Jésus c’est la voie la moins commode, qui cependant obéit à l'inspiration du Père, que Jésus écoute et accueille dans sa prière solitaire.
Le Catéchisme affirme : « Quand Jésus prie, il nous enseigne déjà à prier » (n.2607). C'est pourquoi, de l'exemple de Jésus nous pouvons tirer certaines caractéristiques de la prière chrétienne.
Tout d'abord, celle-ci possède un primat : elle est le premier désir de la journée, quelque chose que l'on pratique à l'aube, avant que le monde ne se réveille. Celle-ci donne une âme à ce qui autrement resterait sans souffle. Un jour vécu sans prière risque de se transformer en une expérience fastidieuse, ou ennuyeuse : tout ce qui nous arrive pourrait tourner pour nous en destin mal supporté et aveugle. Jésus éduque en revanche à l'obéissance à la réalité et donc à l'écoute. La prière est tout d'abord écoute et rencontre avec Dieu. Alors, les problèmes de tous les jours ne deviennent pas des obstacles, mais des appels de Dieu lui-même à écouter et rencontrer celui qui est en face de nous. Les épreuves de la vie se transforment ainsi en occasions pour grandir dans la foi et dans la charité. Le chemin quotidien, y compris les difficultés, acquiert la perspective d'une “vocation”. La prière a le pouvoir de transformer en bien ce qui, dans la vie, serait autrement une condamnation ; la prière a le pouvoir d'ouvrir un grand horizon à l'esprit et d'élargir le cœur.
En deuxième lieu, la prière est un art à pratiquer avec insistance. Jésus lui-même nous dit : frappez, frappez, frappez. Nous sommes tous capables de prières épisodiques, qui naissent de l'émotion d'un moment ; mais Jésus nous éduque à un autre type de prière : celle qui connaît une discipline, un exercice, et qui est pratiquée dans une règle de vie. Une prière persévérante produit une transformation progressive, elle rend forts dans les périodes de tribulation, elle donne la grâce d'être soutenus par Celui qui nous aime et nous protège toujours.
Une autre caractéristique de la prière de Jésus est la solitude. Celui qui prie ne s'évade pas du monde, mais privilégie les lieux déserts. Là, dans le silence, peuvent apparaître de nombreuses voix que nous cachons au plus profond de nous-mêmes : les désirs les plus cachés, les vérités que nous nous obstinons à étouffer et ainsi de suite. Et, surtout, dans le silence Dieu parle. Chaque personne a besoin d'un espace pour elle-même, où cultiver sa propre vie intérieure, où les actions retrouvent un sens. Sans vie intérieure nous devenons superficiels, agités, anxieux – comme l'anxiété nous fait mal ! C'est pourquoi nous devons pratiquer la prière ; sans vie intérieure, nous fuyons la réalité et nous nous fuyons aussi nous-mêmes, nous sommes des hommes et des femmes toujours en fuite.
Enfin, la prière de Jésus est le lieu où l'on perçoit que tout vient de Dieu et retourne à Lui. Parfois, nous les êtres humains, nous croyons être les maîtres de tout, ou bien au contraire nous perdons toute estime de nous-mêmes, nous allons d'un côté et de l'autre. La prière nous aide à retrouver la juste dimension, dans la relation avec Dieu, notre Père, et avec toute la création. Enfin, la prière de Jésus est s'abandonner entre les mains du Père, comme Jésus au jardin des oliviers, dans cette angoisse : “Père, si c'est possible..., mais que ta volonté soit faite”. L'abandon entre les mains du Père. C'est une belle chose quand nous sommes agités, un peu préoccupés et que l'Esprit Saint nous transforme de l'intérieur et nous conduit à cet abandon entre les mains du Père : “Père, que ta volonté soit faite”.
Chers frères et sœurs, redécouvrons, dans l'Évangile, Jésus Christ comme maître de prière, et mettons-nous à son école. Je vous assure que nous trouverons la joie et la paix.

© Libreria Editrice Vaticana – 2020

 
COVID-19

UNE INTERVIEW EXCLUSIVE DU… CORONAVIRUS

« Les gens sont mon habitat, mon écosystème et mes ressources » : un chercheur du CNRS, - Franck Courchamp est directeur de recherche CNRS, Université Paris-Saclay - s'est mis dans la peau du Sars-CoV-2 pour mieux l'expliquer. Depuis des mois, on ne parle que de lui… sans jamais cependant entendre son point de vue ! Il s'est glissé le temps d'une interview imaginaire dans la peau de ce coronavirus Sars-CoV-2 qui affole la planète. Au-delà de l'aspect ludique de cette « rencontre », c'est aussi une façon pour le scientifique de nous faire changer de perspective sur les enjeux de la pandémie et des enseignements qu'il serait heureux d'en tirer.
  
Le Point : Qui êtes-vous, coronavirus ?
Coronavirus : Je commencerais par dire, modestement, que je suis le King. Le roi. Après tout, corona en latin signifie « couronne », vous le reconnaissez donc vous-mêmes en me donnant ce nom. Je suis un petit bijou de l'évolution, pourtant, je suis resté assez simple. Paradoxalement, cette simplicité est une source d'incompréhension pour vous. Vous avez déjà du mal à vous décider sur un point aussi basique que savoir si je suis ou non vivant… À votre décharge, vous vous posez la même question pour tous mes autres confrères virus.
Personnellement, cela m'importe peu de savoir où vous me classez. Il est vrai que mon fonctionnement diffère sensiblement de celui des êtres vivants. Vous pouvez voir en moi une sorte de machine biologique microscopique. Mon programme est très simple : survivre et me reproduire pour perdurer d'une génération à l'autre. En cela, j'ai exactement le même objectif que toutes les espèces vivantes.
La différence est sûrement que je n'ai pour cela besoin que du strict minimum : je m'introduis dans les cellules de mon hôte, et j'y emprunte tout ce qu'il faut pour fonctionner. En détournant la machinerie des cellules que j'infecte, je fabrique des copies de moi-même, je me réplique autant que je peux. Mes semblables, des particules virales toutes neuves, sont ensuite relâchées partout autour, et partent à l'assaut d'autres cellules. Nous, les coronavirus, produisons 1 000 virus par cellule infectée, en à peine dix heures !
Et pourtant, je ne suis pas grand. Mon diamètre est de l'ordre de la centaine de nanomètres, soit un dix-millième de millimètre.
Je suis donc mille fois plus petit que les bactéries, elles-mêmes 10 à 100 fois plus petites qu'une cellule humaine. Cinquante mille milliards de fois plus petit qu'une goutte d'eau. À mon échelle, vos cellules sont bien plus grandes pour moi que ne le sont vos villes pour vous.
Le Point : Pourquoi infectez-vous les gens ?
Coronavirus : C'est une question étrange. Les gens sont mon habitat, mon écosystème et mes ressources. C'est comme si je vous demandais pourquoi vous vivez dans cette plaine ou sur cette montagne.
Cependant, contrairement à vous, je n'ai pas une vie facile de sédentaire. Je suis un nomade, car mon vaisseau (vous, ou les animaux que j'infecte) n'est pas immortel. Afin de me perpétuer, je dois donc sans cesse passer à un autre hôte avant que le premier ne disparaisse. Il faut reconnaître que, parfois, nous y sommes un peu pour quelque chose : certains de nos hôtes ne supportent pas nos proliférations, qui peuvent avoir tendance à abîmer leurs organes. Mais il arrive aussi que nos hôtes soient victimes de la guerre que nous livre leur système immunitaire, qui finit parfois hors de contrôle.
Le Point : Comment nous infectez-vous ?
Coronavirus : En ce qui me concerne, mes moyens sont simples et vous avez déjà percé certains de mes secrets, comme celui qui consiste à voyager dans les gouttelettes de postillon, d'éternuement, et à rester sur les mains ou les objets manipulés par les gens qui ont touché leur salive ou leur morve.
Je peux caser 100 milliards de mes congénères par millilitre dans un crachat et je peux tenir 5 jours sur du plastique ou 7 jours sur un masque chirurgical. Je ne suis pas très sophistiqué, mais efficace. Comme tous les autres virus en fait. L'efficacité, ça nous connaît, nos adaptations n'ont pas de limites.
Prenons, par exemple, la difficulté majeure de la transmission à un autre hôte. Pourquoi croyez-vous que lorsque vous êtes infectés, vous éternuez ? Une fois contaminés, vous voilà transformés en puissant spray capable de nous transporter à plus de 50 km/h dans un nuage de dizaines de milliers de gouttelettes vers nos nouvelles victimes (ou dans vos mains, que vous mettez ensuite un peu partout).
Autre exemple : pas facile de bouger quand on n'a pas de pied. Heureusement, vous avez de la morve, et vous en produisez d'autant plus quand nous vous infectons, nous, les virus respiratoires. Pas étonnant : c'est un moyen de transport bien pratique pour nous transmettre plus facilement… Certains autres virus choisissent des fluides différents, liquéfient vos selles et vous donnent la diarrhée. Résultat : une transmission de masse très efficace également… Aucun contact avec personne ? Qu'à cela ne tienne : nous pouvons nous loger dans vos fluides séminaux et nous transmettre lors des rapports sexuels. Vous pouvez vous isoler tant que vous voudrez, en tant qu'espèce, vous êtes bien obligés de passer par la reproduction à un moment ou à un autre…
Quant aux virus qui font changer les comportements pour permettre une transmission plus facile, comme la rage, qui désoriente et rend agressif, prêt à mordre, difficile de lutter contre ça, n'est-ce pas…
Le Point : Pourquoi vous, virus, en voulez-vous ainsi aux humains ?
Coronavirus : Il ne faut pas être si nombriliste. Nous ne vous en voulons pas, nous n'éprouvons aucun sentiment, ni bon ni mauvais, envers vous. Vous êtes juste des vaisseaux de choix.
Car il faut dire qu'en tant qu'hôtes, les humains sont parfaits. Ils nous facilitent les choses à de nombreux points de vue. Déjà, ils vivent souvent dans des lieux très denses, et leur population globale est interconnectée. Ce qui nous donne à nous autres virus presque systématiquement accès à la totalité des hôtes disponibles, d'un bout à l'autre de la planète !
Je l'ai bien démontré ces derniers mois : parti d'une région quelconque de Chine, j'ai très rapidement (et sans petites pattes) réussi à m'inviter sur tous les continents, et jusque dans les coins les plus reculés du globe. Les autres populations animales sont généralement fragmentées, ce qui limite notre potentiel de dispersion et nous cantonne à de petites régions. On y tourne un peu en rond. Mais avec les humains, c'est autre chose ! Plus une mer, plus une montagne ne nous arrête. Nous voyageons d'un hôte à l'autre par bateau, par avion : des perspectives sans frontières, sans limites ! En théorie, en moins d'une semaine, je peux créer des foyers d'infection sur tous les continents.
En outre, vous nous facilitez les choses : les êtres humains maintiennent une grande partie de leur population dans des conditions sanitaires assez déplorables, ce qui facilite grandement notre transmission. Sans parler des comportements de certains de vos dirigeants, qui n'ont soit pas la moralité, soit pas l'intelligence d'agir avec responsabilité. Tout cela crée pour nous des opportunités incroyables dans certains coins du monde, où l'épidémie est officiellement minimisée pour ne pas avoir à être contrôlée…
Le Point : Mais, à la base, vous n'infectiez pas les humains…
Coronavirus : Effectivement, j'étais à l'origine inféodé à d'autres espèces animales. Mais pour toutes les raisons que je viens d'expliquer, nous, les virus qui infectons d'autres animaux que l'être humain, avons de quoi être jaloux de ceux qui ont su s'adapter à un tel hôte ! Toutefois, à force de nous copier et de nous recopier au sein des cellules que nous infectons, il se trouve que, de temps à autre, une de nos répliques mute, et devient légèrement différente des autres. Et, de temps en temps, un de ces mutants tire le gros lot : sa mutation le rend capable de survivre dans – et de se transmettre via – d'autres animaux que ceux que ses congénères infectent habituellement. Cette nouvelle souche de virus est alors prête à changer d'hôte.
Mais cette situation est très rare. D'autant plus rare qu'il ne s'agit pas seulement d'acquérir la capacité à infecter une nouvelle espèce animale : encore faut-il en être assez proche pour pouvoir l'infecter ! La probabilité que ces événements coïncident est assez infime, mais deux facteurs jouent pour nous.
D'une part, nous sommes très, très nombreux. Vous êtes environ 5 000 espèces de mammifères ? Nous avons environ 320 000 virus différents infectant les mammifères ! Une bien belle panoplie de possibilités, puisque plus il y a de virus, plus il y a de mutations.
D'autre part, vous, les humains, nous facilitez la chose en multipliant les contacts avec les autres espèces, et donc les chances que l'on a de vous rencontrer, et de passer chez vous. Entre toutes ces incursions brutales que vous effectuez dans les territoires fragilisés d'espèces déjà stressées par la chasse, le manque d'habitat et de ressources, la pollution ou le climat, et toutes les espèces sauvages que vous chassez, encagez, entassez sur vos marchés, mangez plus ou moins bien cuites, à raison de millions de tonnes par an, les opportunités de vous infecter sont de plus en plus fréquentes. C'est ainsi que le VIH, le Sras, l'Ebola, le Zika ou le Mers sont passés chez vous ces dernières années.
On peut d'ailleurs ajouter que lorsqu'un virus ne tombe pas sur l'humain, mais sur une de ses espèces domestiques, le résultat est assez similaire. Lorsque vous grignotez le territoire des chauves-souris et installez aux pieds de leurs habitats dévastés des élevages intensifs de porcs, vous augmentez les chances qu'un virus de chauve-souris (au hasard, le Nipah) passe au porc lorsque celui-ci entre en contact avec leur salive ou leurs déjections (dans lesquels les virus sont présents). Comme ces porcs vivent en très grande densité et en conditions sanitaires appauvries, les chances de transmission augmentent et rien ne nous arrête.
Imaginez des hôtes côte à côte, à perte de vue, affaiblis, stressés, vivants dans leurs déjections et parmi les cadavres déjà tombés, pour un virus, c'est buffet à volonté ! C'est ainsi que les copains de la grippe aviaire H5N1 et de la grippe porcine ont pris d'assaut les élevages de volailles et de porcs il y a quelques années. Ces concentrations d'hôtes en mauvaise santé mènent à des concentrations extraordinaires de virus. Cela augmente nos chances de passer ensuite de l'animal domestique à l'humain. Comme le Nipah (qui entraîne de 40 à 75 % de mortalité chez vous), ou le H5N1.
Et comme je l'ai dit plus haut, la difficulté (toute relative maintenant) est d'infecter le premier humain. Après, votre système de mondialisation fait le reste. À croire que vous avez créé tout cela pour la libre circulation des virus ! Donc, merci beaucoup, thank you very much, danke schöne, 衷心感谢, muchas gracias, большое спасибо, etc.
Le Point : Avez-vous conscience du mal que vous faites ?
Coronavirus : Nous ne vous voulons pas plus de mal qu'un mouton ne voudrait du mal à une touffe d'herbe. Si l'on avait le choix, évidemment, on préférerait que nos humains infectés ne meurent jamais et continuent à nous abriter indéfiniment. Ça nous faciliterait grandement la vie, croyez-moi. Mais leur caractère mortel nous pousse parfois à nous répliquer rapidement pour pouvoir infecter un autre humain avant que le premier ne meure. Cette réplication intense crée des symptômes qui leur sont parfois nocifs, voire fatals. Un des problèmes est que si l'on reste tranquille et faisons profil bas, nos faibles effectifs de départ risquent d'être rapidement submergés par vos défenses immunitaires, si nous ne parvenons pas à nous cacher assez bien dans votre corps. Entre survivre sans trop nuire et être éliminé, l'équilibre n'est pas facile à trouver !
Quoi qu'il en soit, nous, les virus et les espèces que nous infectons, sommes la plupart du temps liés par des centaines de milliers d'années de coévolution, si bien qu'au final nous sommes généralement bien « adaptés » les uns aux autres, avec dans la grande majorité des cas peu de dégâts d'un côté ou de l'autre.
Surtout, il ne faut pas oublier que nous autres virus jouons un rôle régulateur important sur les populations des autres êtres vivants (des micro-organismes aux plantes en passant par les animaux). Si nous disparaissions tous du jour au lendemain, il est possible que celles-ci finiraient par être en surpopulation, risquant de mourir de faim après avoir tellement augmenté qu'elles en épuiseraient leurs ressources… D'ailleurs, on dit que nous sommes d'une importance majeure pour l'écologie et l'évolution du monde vivant.
Et puis, nombre de virus sont bénéfiques pour vous, par exemple parce qu'ils tuent des bactéries que vous n'appréciez pas non plus vraiment. Certains envisagent même de les utiliser pour suppléer aux antibiotiques ! Par ailleurs, n'oublions pas que les virus peuvent avoir un effet que l'on pourrait qualifier de « neutre ». Chez l'humain, toujours, puisqu'il n'y a que cela qui vous intéresse, on recense environ 5 000 virus différents, mais moins de 3 % d'entre eux provoquent une maladie, autrement dit sont « pathogènes ». Ce n'est finalement pas tant que ça…
Enfin, il y a tous les virus qui s'intéressent tellement peu à vous que vous ne vous y intéressez pas non plus. Présents dans le sol, en suspension dans l'air, flottant dans l'eau, ils infectent les plantes, les insectes ou les étoiles de mer… On trouve par exemple un million de virus en suspension dans un litre d'eau de mer. En fait, il y a tellement de virus en suspension dans les océans que, mis bout à bout et malgré leur taille ridiculement minuscule, la longueur obtenue représenterait une distance dépassant les galaxies voisines de la nôtre.
Encore une fois, les virus sont partout, même si vous ne les voyez pas… Et parfois, ils sont sous vos yeux, et vous ne les reconnaissez pas, comme ces extraordinaires virus géants, plus gros que certaines bactéries, avec qui on les a initialement confondus…
Le Point : D'ailleurs, d'où venez-vous, vous autres virus ?
Coronavirus : J'imagine que vous voulez dire de quand venons-nous ? En fait, nous avons toujours été là. En tout cas depuis que les humains existent, et même bien avant vos premiers ancêtres animaux. Certains disent que nous sommes plus anciens que les bactéries les plus anciennes.
Déjà présents à l'origine du vivant, nous avons joué un rôle essentiel dans l'évolution, notamment en permettant des transferts de gènes non pas d'une génération à l'autre, mais bien entre les espèces. Nous sommes tellement anciens que certains d'entre nous se sont intégrés dans vos génomes ici et là, pour finalement faire partie intégrante de vous.
Au total, pas loin de 10 % de votre génome est de l'ADN de virus assimilé dans vos chromosomes. Et de tous ces nouveaux gènes que nous vous avons offerts, certains sont importants, voire essentiels. Chez les mammifères par exemple, l'embryon n'est accepté par le système immunitaire de la mère malgré son caractère étranger (c'est un hybride entre le père et la mère) que par l'existence du placenta, dont l'origine est due à un virus intégré dans votre génome. Alors, merci qui ?
Le Point : Et vous-même, d'où venez-vous, coronavirus Sars-CoV-2 ?
Coronavirus : Quelle espèce mes ancêtres infectaient avant de passer chez vous ? Je ne le sais pas. Chauve-souris, pangolin, singe ou autre, qu'importe ? Que feriez-vous si vous le découvriez ? Vous arrêteriez de braconner et dévorer cette espèce ? Vous l'extermineriez ? Feriez-vous pareil pour toutes les espèces dont vous risqueriez d'attraper les virus ? Impossible évidemment, il s'agirait de pratiquement tous les animaux…
Et pourquoi cherchez-vous des coupables quand ils sont tout désignés ? Les coupables ne sont-ils pas plutôt ceux qui « vont chercher » les virus en perturbant des systèmes virus-animal relativement hermétiques depuis des millions d'années ? Si vous vous faites griffer par un chat que vous embêtez, vous allez éliminer tous les chats ? Ne devriez-vous pas plutôt apprendre à cesser de leur tirer la queue ?
Le Point : Comment se débarrasser de vous ?
En théorie, c'est assez simple. Il suffit de concevoir les épidémies comme des incendies de forêt. L'un et l'autre sont des phénomènes naturels, mais lorsque vous jouez avec les lois de la nature, ils peuvent devenir hors de contrôle.
Les incendies sont, par exemple, favorisés par une accumulation de conditions favorables (comme du bois mort qui s'entasse). Après une flambée rapide, ils disparaissent généralement : soit parce qu'ils arrivent dans des zones où les arbres sont trop éloignés pour que les flammes passent de l'un à l'autre (l'équivalent de votre distanciation sociale), soit parce qu'ils arrivent dans des zones où les espèces d'arbres sont moins inflammables (ils sont immunisés contre le feu).
Dans le cas des épidémies naturelles, la situation est relativement similaire. Elles émergent puis se propagent jusqu'à ce que la contagion soit freinée parce que la plupart des infectés échouent à contaminer d'autres personnes. Cela peut être dû au fait qu'ils n'en rencontrent plus (à cause de la mise en place de mesures de distanciation sociale, de quarantaine…), ou parce que ceux qu'ils rencontrent sont immunisés (immunité acquise lors d'une infection passée, ou grâce à la vaccination). Si le rythme des infections diminue, alors l'épidémie s'atténue, jusqu'à disparaître.
Le Point : La question importante est donc plutôt de savoir comment ne pas attraper le prochain de vos congénères virus ?
Coronavirus : Effectivement, car il ne s'agit pas de savoir « si » un nouveau virus dangereux pour l'être humain émergera à partir d'une autre espèce, mais « quand ».
Serez-vous prêts ? Mieux vaut être capable de répondre rapidement, car les épidémies venant d'animaux sauvages se multiplient depuis quelques années, et vos sociétés ont déjà goûté à mes cousins virus sur plusieurs continents…
Nous, les virus émergents, avons tué des millions des vôtres, frappant parfois vos congénères au hasard, ou nous attaquant à des catégories très ciblées (comme ici les plus vulnérables physiquement). Nous avons mis à mal vos systèmes économiques et politiques, nous vous avons enfermés chez vous, terrorisés, fait naître les théories complotistes les plus absurdes… Qu'en avez-vous retenu ?
Le Point : Et vous, que nous réservez-vous dans le futur ?
Coronavirus : Je serais bien en peine de vous le dire : moi et ma prolifique descendance nous allons au hasard des infections et des mutations.
Si vous survivez à mon passage dans votre organisme, serez-vous immunisés contre mon retour, une fois guéris ? Je ne sais pas, et ce n'est pas mon problème. Serez-vous capables de me maintenir à distance à coups de masques et de distanciation physique lors de la seconde vague hivernale ? Nous allons le découvrir ensemble.
Une chose est sûre : je ne resterai pas absolument identique d'une année sur l'autre. Rappelez-vous, nous les virus, nous mutons. Et si nous sommes très nombreux – comme quand des millions d'humains sont infectés, ce qui est le cas actuellement –, alors ces mutations sont plus nombreuses aussi.
Parmi elles, la plupart des mutations donnent des souches moins viables, moins contagieuses ou moins virulentes. Celles-ci disparaîtront vite. Plus rarement, des mutations donnent des souches plus contagieuses ou plus mortelles. Même si ces mutations plus dangereuses sont moins fréquentes chez les coronavirus, plus vous avez du mal à nous tenir en échec, plus nous sommes nombreux, et donc mathématiquement plus vous augmentez les chances qu'une souche plus dangereuse apparaisse…
Rassurez-vous cependant : un virus qui devient tellement dangereux qu'il détruit totalement sa population hôte, cela n'existe pas. Tout simplement parce qu'il détruirait en même temps ses ressources, son écosystème et son environnement. Il disparaîtrait donc du même coup. Et même si je ne suis pas intelligent, je ne suis pas assez bête pour détruire mon propre environnement. Qui le serait ?

© Le Point - 2020

COMMENTAIRE

Chers frères et sœurs, bonjour !
En ce dimanche, l’Évangile (cf. Mt 25, 1-13) nous indique la condition pour entrer dans le Royaume des cieux, et il le fait grâce à la parabole des dix vierges : il s’agit de ces jeunes filles qui étaient chargées d’accueillir et d’accompagner l’époux à la cérémonie des noces, et comme à l’époque l’usage était de les célébrer la nuit, les jeunes filles étaient dotées de lampes.
La parabole dit que cinq de ces vierges sont sages et cinq sottes : en effet, les sages ont apporté avec elles de l’huile pour les lampes, alors que les sottes ne l’ont pas apportée. L’époux tarde à arriver et elles s’endorment toutes. À minuit, on annonce l’arrivée de l’époux, alors les vierges sottes s’aperçoivent qu’elles n’ont pas d’huile pour leurs lampes, et elles en demandent aux sages. Mais celles-ci répondent qu’elles ne peuvent pas leur en donner parce qu’il n’y en aurait pas assez pour toutes. Ainsi, alors que les sottes vont chercher de l’huile, l’époux arrive ; les vierges sages entrent avec lui dans la salle du banquet et la porte est refermée. Les cinq sottes reviennent trop tard, frappent à la porte, mais la réponse est : « Je ne vous connais pas » (v.12) et elles restent dehors.
Qu’est-ce que Jésus veut nous enseigner par cette parabole ? Il nous rappelle que nous devons nous tenir prêts à la rencontre avec Lui. Très souvent, dans l’Évangile, Jésus exhorte à veiller, et il le fait aussi à la fin de ce récit. Il dit ainsi : « Veillez donc, parce que vous ne savez ni le jour ni l’heure » (v.13). Mais par cette parabole, il nous dit que veiller ne signifie pas seulement ne pas dormir, mais être préparés ; en effet, toutes les vierges dorment avant l’arrivée de l’époux, mais au réveil, certaines sont prêtes et d’autres non. Voilà donc ce que signifie être sages et prudents : il ne s’agit pas d’attendre le dernier moment de notre vie pour collaborer avec la grâce de Dieu, mais de le faire dès à présent. Il serait bon de réfléchir un peu : un jour, ce sera le dernier. Si c’était aujourd’hui, comment suis-je préparé, préparée ? Mais je dois faire ceci et cela... Se préparer comme si c’était le dernier jour : cela fait du bien.
La lampe est le symbole de la foi qui éclaire notre vie, alors que l’huile est le symbole de la charité qui nourrit, rend féconde et crédible la lumière de la foi. La condition pour être prêts à la rencontre avec le Seigneur n’est pas seulement la foi, mais une vie chrétienne riche en amour et en charité pour son prochain. Si nous nous laissons guider par ce qui semble le plus commode, par la recherche de nos intérêts, notre vie devient stérile, incapable de donner la vie aux autres, et nous ne faisons aucune provision d’huile pour la lampe de notre foi ; et celle-ci — la foi — s’éteindra au moment de la venue du Seigneur, ou même avant. Si, en revanche, nous sommes vigilants et que nous cherchons à faire le bien, à travers des gestes d’amour, de partage, de service au prochain en difficulté, nous pouvons être tranquilles tandis que nous attendons la venue de l’époux : le Seigneur pourra venir à n’importe quel moment, et pas même le sommeil de la mort ne nous effraye, parce que nous avons une réserve d’huile, accumulée par les bonnes œuvres de chaque jour. La foi inspire la charité et la charité conserve la foi.
Que la Vierge Marie nous aide à rendre notre foi toujours plus active au moyen de la charité ; afin que notre lampe puisse déjà resplendir ici, au cours de notre chemin terrestre, et ensuite pour toujours, à la fête des noces, au paradis.

© Libreria Editrice Vaticana – 2017