Pko 12.08.2018

Eglise cath papeete 1Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°40/2018

Dimanche 12 août 2018 – 19ème Dimanche du Temps ordinaire – Année B

Humeurs…

« L’Église ne doit pas s’occuper seulement des catholiques mais du monde »

 

À l’heure, où en Polynésie, beaucoup se demandent s’il est normal de voir des hommes d’Église, ou des Églises, oser des « paroles politiques » souvenons-nous de ce jour mémorable où le Pape Jean XXIII se rendait au Palais présidentiel italien pour recevoir le « Prix Balzan 1962 pour l’humanité, la paix et la fraternité entre les peuple »… Un prix qu’il recevait au titre de son engagement pour le monde résumé dans cette phrase : « L’Église ne doit pas seulement s’occuper des catholiques mais du monde. » !!!

Laissez-moi vous dire…

14 août 2017 : rentrée scolaire au « fenua »

Aller à l’école… une chance et même un privilège !

La rentrée scolaire est toujours un événement pour l’ensemble de la population : encombrements dans les magasins, transports d’enfants inter-îles, embouteillages dans la zone urbaine, branle-bas le matin dans les familles, effervescence dans les mairies…

Si la scolarisation des enfants et des adolescents est un gros investissement pour une nation, un pays, une commune et les familles, elle est toutefois un gage de croissance pour l’ensemble de la population.

Au fenua les classes d’âge de 5 à 13 ans sont scolarisées à 100%, et 90% pour celles de 15 à 17 ans. [Source : ispf.pf/ Document : Recensement de la population de 2012]

Au plan mondial, le tableau est plus sombre. Sur un milliard d’enfants et d’adolescents en âge d’être scolarisés : 121 millions sont privés d’école (9% des enfants, 17% des adolescents). L’Afrique et l’Asie sont les deux continents les plus touchés. Les filles sont, en général, les moins scolarisées. Trop d’enfants ne peuvent aller à l’école à cause de l’absence de structures, de la pauvreté et de l’exclusion sociale, des conflits, de la discrimination sexuelle ou ethnique, du handicap, du travail forcé ou encore de l’enrôlement dans des groupes armés.

Plus grave encore : « L’accès à l’éducation n’est qu’un élément du tableau. Nous sommes également confrontés à une crise de l’apprentissage : un sur dix enfants et adolescents n’atteint pas les seuils minimaux de compétence en lecture ou en mathématiques – alors que la majorité d’entre eux est toujours scolarisée. » [Source : unesco.org / données de l’ISU « Institut de Statistique de l’Unesco -février 2018-]

Tous les enfants du monde rêvent d’un avenir et d’une vie meilleure … Il revient – pour une bonne part – aux pays riches de contribuer à réaliser ces rêves !

Chez nous, des progrès importants ont été réalisés en matière de scolarisation et d’éducation, mais cela reste encore insuffisant, au regard des taux de personnes ayant un diplôme. En 2012, 69% des Polynésiens de plus de 15 ans ont un diplôme ; 27% ont un baccalauréat ; 17% sont diplômés de l’enseignement supérieur. [Source : ispf.pf / document déjà cité]

Le gouvernement polynésien a mis en place des dispositifs pour améliorer l’égalité des chances pour « tous » les enfants, pour lutter contre l’échec scolaire et limiter les abandons en cours de cursus scolaire. La lettre de Madame le Ministre de l’Éducation, pour cette rentrée 2018, énonce quelques dispositifs :

Observatoire portant sur les « moins de trois ans » ;

  • Expérimentation du « cycle 3 à l’école » [traduction : les classes CM1, CM2, 6ème] avec mise en place de classes de 6ème dans 5 îles éloignées - Fakarava, Rimatara, Ua Huka, Fatu Hiva, Tahuata - ;
  • Dédoublements des classes de CP et CE1 en REP+ [traduction : Réseau d’Education Prioritaire]
  • Renforcement de la prise en charge des élèves à besoins éducatifs particuliers dans les ULIS [traduction : Unités Locales d’Inclusion Scolaire / traduction de la traduction pour les non-initiés … il s’agit surtout de la prise en charge d’enfants ou de jeunes présentant un handicap]
  • Une réflexion générale sur la carte des SEGPA sera menée en 2018-2019. Une classe SEGPA [traduction : Section d'Enseignement Général et Professionnel Adapté] a été ouverte en 6ème à Papara en 2017, elle est étendue cette année à la classe de 5ème
  • Un accompagnement social renforcé et volontariste [traduction : on aimerait aider davantage les familles les plus fragiles dans leurs démarches d’accès aux aides sociales]

[Source : education.pf / lettre publiée par la DGEE (Direction Générale de l’Éducation et de l’Enseignement)]

Au-delà des discours -pas toujours compréhensibles par les parents (qu’ils soient médecins, agriculteurs ou même enseignants !) - il est indispensable de rappeler que la réussite à l’école nécessitera toujours un effort tant de la part de l’enfant ou du jeune adolescent que des parents eux-mêmes. Il convient donc d’aider l’enfant à être dans de bonnes conditions pour fournir un effort raisonnable :

  1. Veiller à une hygiène de vie correcte [nourriture équilibrée prise à heures fixes ; soins du corps ; temps de sommeil suffisant ; dosage raisonnable entre travail intellectuel, activité physique, loisirs et usage des médias (télé, internet…)] ;
  2. Savoir encourager l’enfant - non pas à coups de savate, de balai niau ou d’autres sanctions - mais en parlant avec lui pour connaître son emploi du temps, ses préoccupations, ses soucis, ses fréquentations... ;
  3. Créer un environnement propice au travail scolaire : il n’est guère facile d’apprendre une leçon ou de faire un devoir quand la télé fonctionne ou quand les petits frères jouent à proximité, ou encore lorsque l’enfant regarde toutes les cinq minutes son téléphone pour y lire des messages.

De telles dispositions peuvent être prises et appliquées dans toutes les familles, pauvres ou riches, en zone urbaine comme en zone rurale, à Tahiti comme dans les autres îles. Il suffit d’avoir en tête qu’aller à l’école, en Polynésie, est une chance et même un privilège au regard de ce qui se vit dans d’autres pays du Pacifique.

Dominique Soupé

© Cathédrale de Papeete - 2018

En marge de l’actualité…

Tu ne tueras pas

Le livre de l’Exode, en 20,13, nous rapporte le 6° commandement du Décalogue donné par Yhvh à Moïse : « Tu ne tueras pas ». Ce commandement affirme le droit essentiel et fondamental de tout être humain à la vie. Il vise à garantir ce droit contre toute tentative arbitraire et délictueuse. L’homicide est l’acte le plus négatif que puisse commettre l’Homme contre l’un de ses semblables. La conscience humaine le réprouve et le condamne de façon unanime. Dans la Bible, la vie appartient à Dieu et à lui seul, et chaque personne est à l’image de Dieu. Cependant, dans les 47 emplois que fait l’AT de ce verbe « tuer », aucun ne se réfère à la peine de mort ni à l’acte de tuer pendant une guerre.  Il n’est pas non plus utilisé pour exprimer une action de Dieu ni pour donner la mort à un animal. D’autres verbes sont utilisés dans ces cas-là. L’interdiction de tuer exprimée dans ce 6° commandement concerne donc théoriquement les homicides volontaires. On peut donc dire que ce 6° commandement interdit l’homicide illégal, arbitraire. La peine de mort et le droit de guerre n’étaient donc pas compris dans ce commandement.

Sans entrer dans les débats concernant les excès commis par l’Institution dans le passé (inquisition, évangélisation par la menace des armes etc…), l’Église acceptait comme un « moindre mal » le recours à la peine de mort tel que prévu dans la législation de nombreux pays. Mais dans son Discours à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de la publication de la Constitution apostolique Fidei depositum par laquelle Jean-Paul II avait promulgué le Catéchisme de l’Église Catholique, le Pape François a demandé de reformuler l’enseignement sur la peine de mort. Le Saint Père rappelait que « de nos jours, la peine de mort est inadmissible, quelle que soit la gravité du délit commis par le condamné ». Quels qu’en soient les modes d’exécution, cette peine « implique un traitement cruel, inhumain et dégradant ». En outre, on doit s’y opposer « face au défaut d’appréciation du système judiciaire et à la possibilité de l’erreur judiciaire ». Dans cette optique, le Pape François a demandé une révision de la formulation du Catéchisme de l’Église Catholique sur la peine de mort, de manière à affirmer que « quelle que puisse être la gravité de la faute commise, la peine de mort est inadmissible, car elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne ».

Dans une lettre adressée aux évêques par le Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi en date du 1er Août 2018 (voir PK0 du 5 août 2018), a été promulguée la nouvelle formulation du numéro 2267 du Catéchisme de l’Eglise Catholique concernant la peine de mort. En voici le texte : « 2267. Pendant longtemps, le recours à la peine de mort de la part de l’autorité légitime, après un procès régulier, fut considéré comme une réponse adaptée à la gravité de certains délits, et un moyen acceptable, bien qu’extrême, pour la sauvegarde du bien commun.

Aujourd’hui on est de plus en plus conscient que la personne ne perd pas sa dignité, même après avoir commis des crimes très graves. En outre, s’est répandue une nouvelle compréhension du sens de sanctions pénales de la part de l’État. On a également mis au point des systèmes de détention plus efficaces pour garantir la sécurité à laquelle les citoyens ont droit, et qui n’enlèvent pas définitivement au coupable la possibilité de se repentir.

C’est pourquoi l’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que “la peine de mort est une mesure inhumaine qui blesse la dignité personnelle” et elle s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition partout dans le monde ».

Saluons cette prise de décision courageuse qui nous invite à découvrir plus profondément ce que signifie véritablement « être disciple de Jésus Christ ».

+ Monseigneur Jean-Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2018

Audience générale

Les idoles donnent l’illusion de la liberté mais rendent esclaves

Lors de l’audience générale de ce mercredi matin, tenue en Salle Paul VI, le Pape François est revenu sur le thème des idoles, dans le cadre de sa série de catéchèses sur les Dix commandements.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, nous continuons à méditer sur le Décalogue, en approfondissant le thème de l’idolâtrie ; nous en avons parlé la semaine dernière. Nous reprenons maintenant ce thème parce qu’il est très important de le connaître. Et nous partons de l’idole par excellence, le veau d’or, dont parle le livre de l’Exode (32,1-8) ; nous venons d’en écouter un passage. Cet épisode se situe dans un contexte précis : le désert, où le peuple attend Moïse qui est monté sur la montagne pour recevoir les instructions de Dieu.

Qu’est-ce que le désert ? C’est un lieu où règnent la précarité et l’insécurité – dans le désert, il n’y a rien – où manquent l’eau, la nourriture et un refuge. Le désert est une image de la vie humaine, dont la condition est incertaine et ne possède pas de garanties inviolables. Cette insécurité génère chez l’homme des inquiétudes primaires, que Jésus mentionne dans l’Évangile : « Que mangerons-nous ? Que boirons-nous ? Comment nous vêtirons-nous ? » (Mt 6,31). Ce sont les inquiétudes primaires. Et le désert provoque ces inquiétudes.

Et dans ce désert, il se produit quelque chose qui déclenche l’idolâtrie. « Moïse tardait à descendre de la montagne » (Ex 32,1). Il y est resté 40 jours et les gens se sont impatientés. Le point de référence qu’était Moïse manquait : le responsable, le chef, le guide rassurant, et cela devient insoutenable. Alors le peuple demande un dieu visible – c’est le piège dans lequel tombe le peuple – pour pouvoir s’identifier et s’orienter. Et ils disent à Aaron : « Fais-nous un dieu qui marche à notre tête ! ». « Fais-nous un chef, fais-nous un responsable ». La nature humaine, pour fuir la précarité – la précarité, c’est le désert – cherche une religion bricolée : si Dieu ne se montre pas, nous nous faisons un dieu sur mesure. « Devant l’idole on ne court pas le risque d’un appel qui fasse sortir de ses propres sécurités, parce que les idoles “ont une bouche et ne parlent pas” (Ps 115, 5). Nous comprenons alors que l’idole est un prétexte pour se mettre soi-même au centre de la réalité, dans l’adoration de l’œuvre de ses propres mains » (Lumen fidei, 13).

Aaron ne sait pas s’opposer à la demande des gens et crée un veau d’or. Le veau avait un double sens dans le Proche-Orient antique : d’un côté il représentait la fécondité et l’abondance, et de l’autre l’énergie et la force. Mais avant tout, il est en or, c’est pourquoi il est symbole de la richesse, du succès, du pouvoir et de l’argent. Voilà les grandes idoles : le succès, le pouvoir et l’argent. Ce sont les tentations de toujours ! Voilà ce qu’est le veau d’or : le symbole de tous les désirs qui donnent l’illusion de la liberté et qui, en fait, réduisent en esclavage, parce que l’idole réduit toujours en esclavage. Il y a une fascination et tu y vas. Cette fascination du serpent, qui regarde le petit oiseau et le petit oiseau se retrouve sans pouvoir bouger et le serpent le prend. Aaron n’a pas su s’opposer.

Mais tout vient de notre incapacité à faire surtout confiance à Dieu, à mettre en lui nos sécurités, à le laisser donner une véritable profondeur aux désirs de notre cœur. Cela permet de soutenir aussi la faiblesse, l’incertitude et la précarité. Sans le primat de Dieu, on tombe facilement dans l’idolâtrie et on se contente de maigres assurances. Mais c’est une tentation que nous lisons toujours dans la Bible. Et réfléchissez bien à cela : libérer le peuple de l’Égypte n’a pas demandé beaucoup de travail à Dieu ; il l’a fait avec des signes de puissance, d’amour. Mais le grand travail de Dieu a été d’ôter l’Égypte du cœur du peuple, c’est-à-dire d’ôter l’idolâtrie du cœur du peuple. Et Dieu continue encore à travailler pour l’ôter de nos cœurs. C’est le grand travail de Dieu : ôter « cette Égypte » que nous portons en nous, qui est la fascination de l’idolâtrie.

Quand on accueille le Dieu de Jésus-Christ qui, de riche, s’est fait pauvre pour nous (cf. 2 Cor 8,9), on découvre alors que reconnaître sa propre faiblesse n’est pas la disgrâce de la vie humaine mais la condition pour s’ouvrir à celui qui est vraiment fort. Alors, par la porte de la faiblesse, le salut de Dieu entre (cf. 2 Cor 12,10) ; c’est en vertu de sa propre insuffisance que l’homme s’ouvre à la paternité de Dieu. La liberté de l’homme naît de ce qu’il laisse le vrai Dieu être l’unique Seigneur. Et cela permet d’accepter sa fragilité et de refuser les idoles de notre cœur.

Nous, les chrétiens, nous tournons notre regard vers le Christ crucifié (cf. Jn 19,37) qui est faible, méprisé et dépouillé de toute possession. Mais en lui se révèle le visage du vrai Dieu, la gloire de l’amour et non celle des paillettes de l’illusion. Isaïe dit : « par ses blessures, nous sommes guéris » (53,5). Nous avons été guéris justement par la faiblesse d’un homme qui était Dieu, par ses blessures. Et par nos faiblesses, nous pouvons nous ouvrir au salut de Dieu. Notre guérison vient de Celui qui s’est fait pauvre, qui a accueilli l’échec, qui a pris jusqu’au bout notre précarité pour la remplir d’amour et de force. Il vient nous révéler la paternité de Dieu ; dans le Christ, notre fragilité n’est plus une malédiction, mais le lieu de la rencontre avec le Père et la source d’une nouvelle force venue d’en-haut.

© Libreria Editrice Vaticana – 2018

Éthique

Rédécouvrir la vocation de la médecine : prendre soin

Le 27 février 2018 – à l’occasion de l’ouverture des travaux du Congrès sur les soins palliatifs organisé par l’Académie pontificale pour la Vie (Rome, 28 février-1er mars 2018), le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, a adressé un courrier à Mgr Paglia, président de l’APV. Congrès durant lequel a été présenté le projet « PAL-Life », conçu et mis en œuvre par l’Académie pour une diffusion globale des soins palliatifs. Durant ces travaux des sujets importants et variés ont été également abordés, comme la contribution des soins palliatifs à la médecine, à la prise en charge sanitaire et à la société, la diffusion de ces soins ou encore l’impact des diverses croyances religieuses et orientations spirituelles sur le soin des personnes en fin de vie… Dans sa lettre, le cardinal Parolin souligne que les soins palliatifs « ne font pas renoncer à la sagesse de la finitude » – de la richesse qui se cache en elle et de « l’occasion d’évoluer vers une manière de vivre plus sensée… ». Au contraire, même, « c’est là un motif de l’importance de ces sujets ». Les soins palliatifs, en effet, conduisent « à une redécouverte de la vocation la plus profonde de la médecine, qui consiste avant tout à prendre soin : sa tâche est de toujours soigner, même s’il n’est pas toujours possible de guérir ». Pour le cardinal Parolin, les soins palliatifs attestent également, dans le cadre de la pratique clinique, « que la limite requiert non seulement d’être combattue et dépassée, mais aussi reconnue et acceptée ». Ce qui signifie « de ne pas abandonner les personnes malades », mais au contraire « d’être proche d’elles et de les accompagner dans la difficile épreuve de la fin de vie ». Après avoir abordé des questions comme celle de la place du réseau familial – fondamentale concernant la maladie, la souffrance, la fin de vie –, ou celle très actuelle concernant la thérapie de la douleur, il a relevé combien l’aspect des sujets liés aux soins palliatifs est complexe et délicat. Il demande, écrit-il, « de continuer la réflexion et d’en diffuser la pratique pour en faciliter l’accès : un devoir où les croyants peuvent trouver des compagnons de route dans de nombreuses personnes de bonne volonté ».

Excellence,

Au nom du Saint Père le pape François et en mon nom personnel, je vous adresse mes salutations cordiales, ainsi qu’aux organisateurs et aux participants au Congrès sur les soins palliatifs. Il s’agit de questions qui concernent les derniers moments de notre vie terrestre et qui mettent l’être humain face à une limite qui semble insurmontable pour la liberté, suscitant parfois rébellion et angoisse. C’est pourquoi, dans la société actuelle, on cherche de nombreuses manières de l’éviter et de la supprimer, sans écouter ce que nous dit le psaume de manière inspirée : « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse » (89,12). Nous nous privons ainsi de la richesse qui, précisément, se cache dans la finitude et de l’occasion d’évoluer vers une manière de vivre plus sensée, tant sur le plan personnel que social.

Les soins palliatifs, au contraire, ne font pas renoncer à la sagesse de la finitude, et c’est là un autre motif de l’importance de ces sujets. Ils conduisent en effet à une redécouverte de la vocation la plus profonde de la médecine, qui consiste avant tout à prendre soin : sa tâche est de toujours soigner, même s’il n’est pas toujours possible de guérir. Certes, la démarche médicale repose sur un engagement sans relâche pour acquérir de nouvelles connaissances et pour combattre un nombre toujours plus grand de maladies. Mais les soins palliatifs attestent, dans le cadre de la pratique clinique, que la limite requiert non seulement d’être combattue et dépassée, mais aussi reconnue et acceptée. Et cela signifie de ne pas abandonner les personnes malades, mais au contraire d’être proche d’elles et de les accompagner dans la difficile épreuve de la fin de vie. Quand toutes les ressources du « faire » semblent épuisées, c’est précisément alors qu’émerge l’aspect le plus important dans les relations humaines, celui de l’« être » : être présent, être proche, être accueillant. Cela signifie aussi partager l’impuissance de celui qui atteint le moment ultime de sa vie. Alors la limite peut changer de signification : elle n’est plus le lieu de la séparation et de la solitude, mais une occasion de rencontre et de communion. La mort elle-même est introduite dans un horizon symbolique à l’intérieur duquel elle peut apparaître non pas tant comme le terme contre lequel la vie se brise et succombe, mais plutôt comme l’accomplissement d’une existence gratuitement reçue et amoureusement partagée.

La logique des soins rappelle en effet cette dimension de mutuelle dépendance d’amour qui émerge, certes, avec une particulière évidence dans les moments de maladie et de souffrance, surtout à la fin de la vie, mais qui en réalité traverse toutes les relations humaines et en constitue même la caractéristique la plus spécifique. « N’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi » (Rm 13, 8) : c’est ainsi que nous avertit et nous réconforte l’apôtre. Il semble alors raisonnable de faire un lien entre ces soins que l’on a reçus depuis le début de la vie et qui ont permis à celle-ci de se déployer pleinement, et les soins à offrir de manière responsable aux autres, de génération en génération, jusqu’à embrasser toute la famille humaine. C’est par là même que peut s’allumer l’étincelle qui relie l’expérience du partage plein d’amour de la vie humaine jusqu’à sa mystérieuse fin, avec l’annonce évangélique qui nous voit tous comme enfants du même Père et qui reconnaît en chacun de nous son image inviolable. Ce lien précieux défend une dignité humaine et théologale qui ne cesse de vivre, même avec la perte de la santé, du rôle social ou du contrôle sur son propre corps. C’est alors que les soins palliatifs montrent leur valeur, non seulement pour la pratique médicale – afin que, même lorsqu’on agit avec efficacité en réalisant des guérisons parfois spectaculaires, on n’oublie pas cette attitude de fond qui est à la racine de toute relation de soins – mais aussi plus généralement pour la communauté humaine tout entière.

Votre programme de ces journées met bien en évidence la multiplicité des dimensions qui entrent en jeu dans la pratique des soins palliatifs. Une tâche qui mobilise de nombreuses compétences en terme scientifique, mais aussi d’organisation, de relations et de communication, sans oublier l’accompagnement spirituel et la prière. Outre les différents intervenants professionnels, il faut souligner l’importance de la famille dans ce parcours. Elle revêt un rôle unique en tant que lieu où la solidarité entre les générations est constitutive de la transmission de la vie et où l’aide réciproque se vit même dans les moments de souffrance et de maladie. Et c’est précisément pour cela que, dans les phases finales de la vie, le réseau familial, pour fragile et désagrégé qu’il puisse apparaître dans le monde actuel, constitue cependant toujours un élément fondamental. Nous pouvons certainement apprendre beaucoup sur ce point des cultures où la cohésion familiale, même dans les moments de difficulté, est tenue en grande considération.

Un sujet très actuel, pour les soins palliatifs, est celui de la thérapie de la douleur. Déjà le pape Pie XII avait clairement légitimé, la distinguant de l’euthanasie, l’administration d’analgésiques pour alléger des douleurs insupportables impossibles à traiter autrement, même si, dans la phase de mort imminente, ils devaient être la cause d’un raccourcissement de la vie. Aujourd’hui, après de nombreuses années de recherche, le raccourcissement de la vie n’est plus un effet collatéral aussi fréquent, mais la même interrogation est soulevée avec de nouveaux produits pharmaceutiques qui agissent sur l’état de conscience et rendent possibles différentes formes de sédation. Les critères éthiques ne changent pas, mais l’emploi de ces procédures requiert toujours un discernement attentif et beaucoup de prudence. Elles sont en effet très exigeantes pour les malades comme pour les proches et pour les soignants : avec la sédation, surtout quand elle est prolongée et profonde, il n’y a plus cette dimension de relation et de communication que nous avons vu être cruciale dans l’accompagnement des soins palliatifs. La sédation est donc toujours au moins en partie insatisfaisante, de sorte qu’elle doit être considérée comme un remède extrême, après avoir examiné et clarifié avec attention ses conséquences.

L’aspect complexe et délicat des sujets liés aux soins palliatifs demande de continuer la réflexion et d’en diffuser la pratique pour en faciliter l’accès : un devoir où les croyants peuvent trouver des compagnons de route dans de nombreuses personnes de bonne volonté. Et il est significatif que, dans cette perspective, soient présents à votre rencontre des représentants de différentes religions et de différentes cultures, dans un effort d’approfondissement et dans un engagement partagé. Il est important que ces efforts soient aussi poursuivis ensemble dans la formation des professionnels de la santé, de ceux qui ont des responsabilités publiques et dans toute la société.

Tout en recommandant de prier pour son ministère, le Saint-Père vous envoie de tout cœur, Excellence, ainsi qu’à tous les participants au Congrès, la bénédiction apostolique. J’y unis mes vœux personnels et je vous adresse mes sentiments les plus sincères.

© Libreria Editrice Vaticana – 2018

Christianophobie

Michel ONFRAY et ses prêches d’été sur France Culture

Durant tout l’été, France Culture diffuse l’enregistrement des conférences de Michel Onfray données dans le cadre de son Université populaire de Caen. Directeur de la revue Esprit, Jean-Louis Schlegel réagit à sa critique virulente du christianisme.

Michel Onfray, « Brève Encyclopédie du monde », le samedi et le dimanche de 14 heures à 16 heures, du 7 juillet au 26 août. Les enregistrements peuvent s’écouter sur le site de France Culture.

Chrétiens, catholiques en particulier, nous devrions tous être remplis d’une immense gratitude pour France Culture. Cette éminente radio ne diffuse en effet pas seulement une heure de messe le dimanche matin (de 10 heures à 11 heures). Tous les samedis-dimanches d’été que Dieu fait, elle nous permet en outre d’écouter huit heures de prêches du chanoine Michel Onfray sur l’histoire du christianisme – plus exactement sur la vérité de l’histoire du christianisme.

Impavide, la parole abondante et le débit précipité, bourré de certitudes sans faille (ce qui nous change des savants au doute méthodique et des curés incertains ou relativistes), celui qui se présente aussi comme philosophe a tout loisir pour exposer ce que fut et ce qu’est selon lui le vrai christianisme : une « religion de femelles », une machine à haïr, à détruire, à tuer…

Michel Onfray est sur France Culture, depuis des années, paraît-il. Je ne m’en étais pas vraiment aperçu jusqu’à ce 14 juillet 2018, quand j’ai ouvert par hasard, à 14h05, ma radio restée sur la fréquence de France Culture et que je suis tombé sur le verbe militant et brouillon du prédicateur Onfray à propos de l’histoire chrétienne à ses débuts.

À vrai dire, ce qu’il raconte depuis plusieurs décennies sur toutes sortes de sujets ne m’intéresse pas, ou ne m’intéresse plus. J’ai lu ses premiers livres, dans les années 1980, mais j’ai arrêté ensuite, non pas parce que tout ce qu’il dit serait sans intérêt, mais parce qu’il rend tout, même les sujets intéressants, parfaitement sans intérêt, lourds, indigestes.

Difficile de lui échapper totalement, certes, car les médias l’invitent très souvent, à l’occasion d’un livre – et on sait combien il est prolifique – et en toutes sortes d’autres circonstances, pour lui demander son avis en escomptant une provocation, une brutalité, un revirement… qui fera jaser sur la toile et ailleurs.

Dans l’émission du 14 juillet, où il parlait entre autres de la naissance et de l’enfance de Jésus, Onfray a abordé toutes sortes de questions discutées par les savants, mais à propos desquelles il assène ses certitudes. Pour résumer : tout dans les récits évangéliques est symbolique, mythologique, repris d’ailleurs, collage, etc. Selon Onfray, qui a l’air de découvrir les genres littéraires alors que l’exégèse en parle depuis près de deux siècles, les Évangiles ne valent donc pas grand-chose, et même rien du tout, du point de vue historique.

Il accorde en revanche beaucoup de crédit historique aux écrits dits apocryphes : là il les prend pour argent comptant et s’attarde sur les histoires pendables qu’on y trouve sur ce petit sagouin insupportable qu’était Jésus avec les autres enfants à Nazareth (il s’y s’attarde parce que cela permet de passer sans trop se fouler son heure de cours vite préparée pour son Université populaire à Caen – puisque ce sont ces conférences qui sont retransmises).

Tout est gros grain ici, enflé, binaire, tout est à la hache, tout est de seconde ou de troisième main – ou inventé par Onfray –, et enrobé dans un bavardage considérable. C’est gros, c’est gras, c’est bête (par exemple, samedi dernier 21 juillet, saint Paul était un nazi et Hitler un bon catholique), mais ça marche devant un public conquis qui a l’air de boire ses théories simplistes sur le mal occidental et le mal tout court. Au fond, Onfray ne fait pas réfléchir : il délivre du pseudo-savoir rassurant, qui de surcroît désigne des coupables (du passé) avec lesquels ses auditeurs n’ont rien à voir.

Tout a été dit sur la méthode et les obsessions d’Onfray[1]. Malheur pourtant à qui fait une mise au point. Jean-Marie Salamito, spécialiste du christianisme antique, l’a fait dans son excellent petit livre Monsieur Onfray au pays des mythes (Salvator, 2017). Résultat : Onfray s’est permis de l’éreinter dans son émission du 21 juillet, en ridiculisant ses propos et… son nom. On saisira le niveau si, par exemple, en guise de publicité pour France Culture, je déclarais : « C’est plus très frais, mais cet été vous reprendrez bien de l’Onfray ! ».

France Culture, justement, qui lui donne huit heures d’émission les week-ends d’été ! France Culture, qui nous fait entendre tant de savants authentiques, de première main, reconnus pour leur compétence dans leur domaine… Comment comprendre qu’un ignorant – un ignorant méchant, qui falsifie le savoir – et un pervers – qui arrive toujours à ses fins, y compris en proclamant qu’il est victime de la méchanceté des autres – puisse déblatérer des heures durant sur ce qu’il ne connaît pas ?

La radio publique vient d’adresser, paraît-il un « rappel à l’ordre » à la Conférence épiscopale après un sermon honteux de Mgr Cattenoz lors de la messe de France Culture, le dimanche 22 juillet à Avignon. Elle a eu raison de protester contre un usage totalement abusif de cette messe, destinée aux catholiques vieux, malades, hospitalisés, qui ne peuvent plus se rendre à l’église ou à la chapelle, pour régler des comptes avec une société diabolisée. Mais ce sermon a duré huit minutes, et il a eu lieu une seule fois. France Culture va-t-elle nous expliquer le miracle des huit heures d’antennes dont bénéficie depuis des années Michel Onfray pour cracher sur les croyants, et lui faire peut-être un rappel à l’ordre ?

Jean-Louis Schlegel

© La Croix – 2018

[1] Je me permets de renvoyer à deux articles de Michaël Foessel qu’on peut facilement trouver sur le site de la revue Esprit : « L’athéisme dérisoire de Michel Onfray », mai 2005 et « Michel Onfray : « rien sinon lui-même » », septembre 2015

Commentaire des lectures du dimanche

Le 6e chapitre de l’Évangile de Jean, qui nous accompagne en ces dimanches du mois d’août, nous invite à réfléchir sur l’enseignement que nous donne le signe de la multiplication du pain. Ceux qu’il a rassasiés, Jésus les invite à rechercher une nourriture qui demeure pour la vie éternelle. « Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme ». Travaillez ! oui mais ? ! Que devons-nous faire ? De quel travail s’agit-il ? ̶  « Croire en celui qu’il a envoyé ». Le travail auquel Jésus nous appelle c’est croire. Voici une forme de chômage à laquelle nous pensons rarement : l’absence de croire, l’impossibilité de croire. La définition du chômage comporte trois éléments : être sans emploi, chercher activement un emploi, être disponible pour travailler. Beaucoup aujourd’hui vivent sans croire. Moins nombreuses peut-être sont les personnes qui recherchent activement de croire. Mais comment rester disponibles pour croire ?

 

C’est ce que Jésus veut nous faire comprendre aujourd’hui par son enseignement sur le pain de vie au centre des dialogues qui font suite au miracle. La principale affirmation, clairement énoncée, est introduite par l’expression singulière de Jésus : « Amen ! Amen ! » Ce petit mot hébreu par lequel Jésus introduit une parole solennelle, nous le prononçons nous-mêmes chaque fois que nous concluons notre prière, mais aussi au moment de communier quand on nous dit : - Le corps du Christ ! – Nous répondons : Amen, avant de recevoir et de manger l’hostie. Dire Amen c’est consentir dans la foi. L’acte de foi accompagne la manducation du pain de vie. « Amen, amen, je vous le dis : il a la vie éternelle, celui qui croit ». De même que « celui qui mange de ce pain vivra éternellement », de même celui qui croit a la vie éternelle. Saint Augustin explique : « Le Seigneur qui donnera l’Esprit Saint a affirmé être le pain qui descend du ciel en exhortant à croire en lui. Croire en lui, c’est manger le pain vivant. Celui qui croit, mange : il se nourrit invisiblement, de même qu’il renaît d’une manière aussi invisible [à une vie plus profonde, plus vraie]. Il renaît de l’intérieur. C’est intérieurement, au plus intime, un homme nouveau. Là où il est renouvelé, là il est rassasié. » (Saint Augustin, Commentaire sur l’évangile de Jean, 26, 1)

Suivons donc pas à pas notre évangile. Jésus veut nous aider à accueillir la foi comme la première nourriture qui donne la vie. C’est pourquoi il annonce qu’il est le pain descendu du ciel qui rassasie de façon définitive : « Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel. » Le peuple juif, au cours du long chemin dans le désert, avait fait l’expérience d’un pain descendu du ciel, la manne, qui l’avait maintenu en vie jusqu’à l’arrivée en terre promise. Cette expérience du peuple pendant quarante ans dans le désert s’était renouvelée de diverses manières au cours de l’histoire, ainsi pour le prophète Elie quand il marcha vers la montagne de Dieu. A présent, Jésus parle de lui comme du véritable pain descendu du ciel, capable de maintenir en vie non pas pour un instant ou pour un bout de chemin, mais pour toujours. Il est la nourriture qui donne la vie éternelle, il est le Fils unique de Dieu qui introduit l’homme dans la vie même de Dieu. Dans la pensée juive, il était clair que le véritable pain du ciel, qui nourrissait Israël, était la Loi, la parole de Dieu, l’enseignement de la Torah accueillie par la foi comme le don fondamental et durable. La Loi de Moïse distinguait le peuple de Dieu des autres peuples et lui donnait de reconnaître la volonté de Dieu et donc le chemin juste, le chemin de la vie. « Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même ». Or Jésus, en se manifestant comme le pain du ciel, témoigne que c’est lui qui est la Parole de Dieu en personne à travers laquelle tout homme peut faire de la volonté de Dieu sa nourriture.

Nous sommes ici en présence d’une difficulté foncière de la foi chrétienne : la première difficulté vient de l’humilité et presque de l’insignifiance de celui en qui nous croyons. C’est la difficulté que rencontrent les interlocuteurs de Jésus, les « juifs » qui dans le langage de Jean représentent ici les personnes hostiles à Jésus, souvent liées aux autorités juives. Elles ne vont pas au-delà de ses origines terrestres, et se refusent donc à l’accueillir : « Celui-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors comment peut-il dire maintenant : « je suis descendu du ciel » ? » Et nous, en suivant notre raison humaine et en le considérant, lui, ce juif marginal, ne restons-nous pas perplexes nous aussi : « est-ce bien vrai que cet homme est descendu du ciel » ? Saint Augustin, dans son commentaire de l’Evangile de Jean que j’ai déjà cité, explique ainsi : « Ils étaient loin de s’occuper du pain du ciel, et ils ne savaient pas en avoir faim. Par faiblesse, leur cœur ne pouvait ni demander ni recevoir aucune nourriture ; ils avaient des oreilles, et n’entendaient rien ; ils avaient des yeux pour ne rien voir. Car, ce pain de l’homme intérieur exige de l’appétit. » (ibid. 26, 1). Quel est notre appétit ? Nous devons nous demander si nous ressentons réellement cette faim, la faim de la Parole de Dieu, la faim de connaître Jésus, la faim de le connaître et de l’aimer, lui, en personne.

La deuxième difficulté est liée à notre incapacité naturelle de croire. Jésus répond à ses interlocuteurs : « Ne récriminez pas entre vous ». Ne vous réfugiez pas dans cette sourde contestation, dans les limites de votre raison. En vérité les paroles de Jésus peuvent être comprises non pas par la seule raison humaine, non pas en nous fiant à nos propres facultés auxquelles on se fie justement pour juger les réalités de ce monde, mais uniquement à travers le don de Dieu, grâce à une action de Dieu qui ouvre notre esprit et nous attire vers Jésus en nous rendant destinataires de sa résurrection au dernier jour. La foi dépasse nos forces naturelles. Seul celui qui est attiré par Dieu le Père, qui l’écoute et qui se laisse instruire par Lui peut croire en Jésus, le rencontrer et se nourrir de Lui et trouver ainsi la vraie vie.

Edith Stein, que nous fêtons aujourd’hui, a longuement cherché à comprendre le chemin de la foi notamment dans son grand œuvre philosophique « L’être fini et l’être éternel » qu’elle écrivit après son entrée au carmel. Elle avait fait l’expérience notamment à travers les secousses de la première guerre mondiale d’une profonde fatigue, une dépression jusqu’à ressentir la tentation du suicide, ce sentiment d’impuissance qu’a éprouvé le prophète Elie : « Maintenant je n’en peux plus, je suis épuisé, je suis désespéré. » Alors où peut-on puiser de l’énergie ? Edith Stein écrit :

« La foi nous indique où il faut chercher cette source d’énergie. Dieu n’exige rien des hommes sans leur donner en même temps la force nécessaire pour l’accomplir. La foi l’enseigne et l’expérience de la vie fondée sur la foi le confirme. L’intériorité la plus profonde de l’âme est un réceptacle dans lequel l’Esprit de Dieu se répand à profusion lorsqu’elle s’ouvre à lui en vertu de sa propre liberté. Et l’Esprit de Dieu est sens et force. Il donne à l’âme une vie nouvelle et il la rend capable d’activités auxquelles elle n’aurait pu prétendre selon sa nature, et en même temps il oriente son action…C’est pourquoi l’âme qui s’appuie sur l’Esprit de Dieu est capable d’un renouvellement et d’une transformation totale. »

Il nous faut donc la foi, il nous faut accepter cette œuvre de Dieu en nous, qui est de croire, d’adhérer à Jésus et d’accueillir par lui la vie éternelle. « N’attristez pas le Saint-Esprit de Dieu qui vous a marqués de son sceau ! Oui, cherchez à imiter Dieu, puisque vous êtes ses enfants bien-aimés. » Saint Augustin ajoute : « Personne ne peut venir à moi, si le Père, qui m’a envoyé, ne l’attire. Admirable éloge de la grâce : personne ne vient sans être attiré. Qui attire-t-il ? Qui n’attire-t-il pas ? Pourquoi attire-t-il celui-ci ? Pourquoi n’attire-t-il pas celui-là ? Si tu ne veux pas te tromper, ne prétends pas juger si celui-ci est attiré ou pas, ni de fixer pourquoi celui-ci est attiré et pas cet autre. Prends les paroles telles qu’elles sont et cherche à bien les comprendre. Je te le dis une fois pour toutes : saisis bien ma pensée. Dieu ne t’attire pas encore ? Prie-le pour être attiré. » (ibid. 26,2).

Fr Philippe Hugelé, ocd

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