PKo 13.08.2017

Eglise cath papeete 1Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°42/2017

Dimanche 13 août 2017 – 18ème Dimanche du Temps ordinaire – Année A

Humeurs…

10 ans déjà !

« Dix ans, c’est un anniversaire que nous n’aurions jamais voulu souhaiter »… c’est par ces mots que Nicolas a commencé la petite célébration… ce 9 août, Parc Paofai, devant la stèle commémorant le Crash d’Air Moorea, où les familles, amis, représentants de la société civile se sont rassemblés pour faire mémoire !

L’émotion était palpable en cette fin de journée. L’occasion d’échanger quelques nouvelles notamment avec ceux qui viennent de loin… de pleurer encore un peu sur l’être ou les êtres disparus… de faire entendre aussi son amertume face à la lenteur de la justice…

Une cérémonie empreinte de dignité, de recueillement comme il y a dix ans au moment où nous entrions dans la salle où les corps étaient exposés et présentés pour la première fois aux familles !

Faire mémoire… et non se souvenir… Faire mémoire c’est exprimer notre espérance, notre foi en l’avenir au-delà de nos pourquoi sans réponse ! Faire mémoire pour trouver en nous la force de construire demain avec les pierres de notre passé et de notre aujourd’hui ! Faire mémoire pour trouver la force de dépasser nos larmes, nos colères, nos haines… pour espérer demain - après que la justice des hommes ait été rendue – pardonner !

Pardonner… un mot difficile à entendre… et cependant seul chemin de libération… seul chemin de paix !

« Alors j’ai entendu une voix qui venait du ciel. Elle disait : “Écris : Heureux, dès à présent, les morts qui meurent dans le Seigneur. Oui, dit l’Esprit, qu’ils se reposent de leurs peines, car leurs actes les suivent !” » (Ap 14,13).

Diacres, serviteurs

En marge de l’actualité du mercredi 9 août 2017

Ce samedi 12 Août aura lieu à Moorea la rencontre annuelle des diacres permanents du Diocèse de Papeete, pour célébrer la fête de St Laurent, Patron des diacres, qui tombe le 10 de ce mois. C’est l’occasion de rappeler la place importante des diacres dans la vie de notre Église locale puisqu’ils sont au nombre de 45. Le Concile Vatican II en sa constitution dogmatique « Lumen Gentium (LG) » au n°25 nous dit : « Le ministère ecclésial divinement institué est exercé à différents degrés par ceux qui, depuis les temps anciens, ont été appelés évêques, prêtres et diacres ». La doctrine Catholique, exprimée dans la liturgie, le Magistère et la pratique constante de l’Église reconnaissent qu’il y a deux degrés dans la participation ministérielle au sacerdoce du Christ, l’épiscopat et le presbytérat. Le diaconat a été voulu pour les aider et les servir. Pour cette raison, le terme « Sacerdoce » dans son usage courant s’applique aux évêques et aux prêtres, mais non aux diacres. Cependant, la doctrine catholique enseigne que les degrés de participation au sacerdoce (épiscopat et presbytérat) et le degré de service (diaconat) sont tous les trois conférés par un acte sacramentel appelé « ordination ». « Que chacun honore les diacres comme Jésus Christ, les évêques comme une image du Père, et les prêtres comme le sénat de Dieu et comme l’assemblée des apôtres. Car sans eux, on ne peut pas parler de l’Eglise » (St Ignace d’Antioche)

« Au premier niveau de la hiérarchie se trouvent les diacres qui reçoivent l’imposition des mains, non pour un sacerdoce mais pour un ministère » (LG 29). Lors de l’ordination d’un diacre, seul l’évêque étend les mains sur le candidat, ce qui signifie le lien particulier entre le diacre et l’évêque dans la charge de ce service de la « diakonie » (service).

Les diacres partagent la mission et la grâce du Christ de façon particulière (LG 29). Le sacrement de l’ordination les marque d’un caractère qui ne peut être enlevé et qui les configure au Christ qui s’est fait lui-même « diacre » ou serviteur de tous (Mc 10,45 ; Lc 22,27). Au nombre de leurs taches figurent celle d’assister l’évêque et les prêtres dans la célébration des mystères divins, surtout l’Eucharistie, celle de distribuer la sainte communion, celle de bénir les mariages, de célébrer les baptêmes, celle de proclamer l’Évangile et de prêcher, de présider les funérailles et celle de se donner eux-mêmes aux différents services de la charité. (LG 29)

Mariés et exerçant une activité professionnelle, les diacres permanents doivent relever le défi de prendre soin de leur famille avec attention, d’exercer leur profession de manière irréprochable, et de mener à bien leur service dans la communauté à laquelle ils sont rattachés, en communion avec leur évêque. Très souvent, les diacres permanents se voient également attribuer une responsabilité dans les communautés des îles éloignées (Tuamotu, Gambier, Australes). Ils assurent ainsi en lien avec les prêtres en charge de ces paroisses une part de la vie et de la communion qui doit unir ces communautés à l’ensemble du diocèse, et ils le font avec le meilleur d’eux-mêmes et avec une foi profonde. Qu’ils soient ici remerciés pour leur contribution appréciable au service de notre Eglise locale. Ne les oublions pas dans nos prières !

+ Mgr Jean Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2017

Le pardon divin est un moteur d’espérance

Audience générale du mercredi 9 août 2017

Lors de l’audience générale de ce mercredi, tenue en salle Paul VI, le Pape François a poursuivi sa série d’enseignements sur l’espérance. Pour la 30e étape de ce parcours catéchétique, il s’est arrêté sur « le pardon divin, moteur d’espérance », en commentant la rencontre du Christ avec Marie-Madeleine, dans le 7e chapitre de l’Évangile selon saint Luc.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous avons entendu la réaction des invités de Simon le pharisien : « Qui est cet homme, qui va jusqu’à pardonner les péchés ? » (Lc 7,49). Jésus vient d’accomplir un geste scandaleux. Une femme de la ville, connue de tout le monde comme une pécheresse, est entrée dans la maison de Simon, s’est penchée sur les pieds de Jésus et a versé sur ses pieds une huile parfumée. Tout ceux qui étaient là à table murmuraient : si Jésus est un prophète, il ne devrait pas accepter ce genre de geste de la part d’une femme comme celle-là. Ces femmes, les pauvres, qui ne servaient qu’à être rencontrées en cachette, y compris par les chefs, ou à être lapidées. Selon la mentalité de l’époque, entre le saint et le pécheur, entre le pur et l’impur, la séparation devait être nette.

Mais l’attitude de Jésus est différente. Dès les débuts de son ministère en Galilée, il s’approche des lépreux, des possédés, de tous les malades et les marginaux. Un tel comportement n’était pas du tout habituel, au point que cette sympathie de Jésus pour les exclus, les « intouchables », sera une des choses qui déconcerteront le plus ses contemporains. Là où il y a une personne qui souffre, Jésus la prend sur lui, et cette souffrance devient la sienne. Jésus ne prêche pas que la condition de peine doit être supportée avec héroïsme, à la manière des philosophes stoïciens. Jésus partage la douleur humaine et quand il la rencontre, du plus intime de lui-même déborde cette attitude qui caractérise le christianisme : la miséricorde. Devant la douleur humaine, Jésus éprouve de la miséricorde ; le cœur de Jésus est miséricordieux. Jésus ressent de la compassion. Littéralement : Jésus sent frémir ses entrailles. Combien de fois, dans les Évangiles, rencontrons-nous des réactions de ce genre. Le cœur du Christ incarne et révèle le cœur de Dieu qui, là où il y a un homme ou une femme qui souffre, veut sa guérison, sa libération, sa vie pleine.

C’est pour cela que Jésus ouvre grand les bras aux pécheurs. Combien de personnes persistent, encore aujourd’hui, dans une mauvaise vie pour n’avoir trouvé personne de disponible à le regarder, à la regarder de manière différente, avec les yeux, mieux, avec le cœur de Dieu, c’est-à-dire les regarder avec espérance. Jésus, lui, voit une possibilité de résurrection même chez celui qui a accumulé des choix erronés. Jésus est toujours là, le cœur ouvert ; il ouvre grand cette miséricorde qu’il a dans le cœur ; il pardonne, embrasse, comprend, s’approche : Jésus est comme cela !

Parfois, nous oublions que, pour Jésus, il ne s’agissait pas d’un amour facile, à bas prix. Les Évangiles consignent les premières réactions négatives à l’égard de Jésus, justement lorsqu’il a pardonné ses péchés à un homme (cf. Mc 2,1-12). C’était un homme qui souffrait doublement : parce qu’il ne pouvait pas marcher et parce qu’il sentait qu’il était « en tort ». Et Jésus comprend que la seconde souffrance est plus grande que la première, au point qu’il l’accueille aussitôt par l’annonce d’une libération : « Mon enfant, tes péchés sont pardonnés » (v.5). Il libère ce sentiment d’oppression de se sentir en tort. C’est alors que certains scribes – ceux qui se croient parfaits : je pense à tous ces catholiques qui se croient parfaits et méprisent les autres… c’est triste, cela… – certains scribes, qui sont là, présents, sont scandalisés par ces paroles de Jésus, qui résonnent comme un blasphème, parce que Dieu seul peut pardonner les péchés.

Nous qui sommes habitués à faire l’expérience du pardon des péchés, peut-être trop « à bon marché », nous devrions parfois nous rappeler combien nous avons coûté à l’amour de Dieu. Chacun de nous a coûté pas ma : la vie de Jésus ! Il l’aurait donnée même pour un seul d’entre nous. Jésus ne va pas sur la croix parce qu’il soigne les malades, parce qu’il prêche la charité, parce qu’il proclame les béatitudes. Le Fils de Dieu va sur la croix surtout parce qu’il pardonne les péchés, parce qu’il veut la libération totale, définitive, du cœur de l’homme. Parce qu’il n’accepte pas que l’être humain consomme toute son existence avec ce « tatouage » indélébile, avec la pensée de ne pas pouvoir être accueilli par le cœur miséricordieux de Dieu. Et avec ces sentiments, Jésus va à la rencontre des pécheurs, que nous sommes tous.

Ainsi, les pécheurs sont pardonnés. Ils ne sont pas seulement rassérénés au niveau psychologique parce que libérés du sentiment de culpabilité. Jésus fait beaucoup plus : il offre aux personnes qui se sont trompées l’espérance d’une vie nouvelle. « Mais, Seigneur, je suis une loque ! – Regarde devant et je te fais un cœur nouveau ». Voilà l’espérance que nous donne Jésus. Une vie marquée par l’amour. Matthieu le publicain devient apôtre du Christ : Matthieu, qui est un traître à sa patrie, un exploiteur des gens. Zachée, le riche corrompu – celui-ci était certainement diplômé en pots-de-vin ! – de Jéricho, se transforme en bienfaiteur des pauvres. La femme de Samarie, qui a eu cinq maris et qui vit maintenant avec un autre, s’entend promettre une « eau vive » qui pourra jaillir pour toujours en elle (cf. Jn 4,14). Ainsi, Jésus change les cœurs ; il le fait avec nous tous.

Cela nous fait du bien de penser que Dieu n’a pas choisi comme première pâte pour former son Église les personnes qui ne faisaient jamais d’erreur. L’Église est un peuple de pécheurs qui font l’expérience de la miséricorde et du pardon de Dieu. Pierre a compris davantage de vérité sur lui-même au chant du coq que de ses élans de générosité qui lui gonflaient la poitrine, le faisant se sentir supérieur aux autres.

Frères et sœurs, nous sommes tous de pauvres pécheurs nécessiteux de la miséricorde de Dieu qui a la force de nous transformer et de nous redonner l’espérance, et cela tous les jours. Et il le fait ! Et aux gens qui ont compris cette vérité fondamentale, Dieu offre la plus belle mission du monde, à savoir l’amour pour nos frères et sœurs et l’annonce d’une miséricorde qu’il ne refuse à personne. Et c’est cela notre espérance. Avançons avec cette confiance dans le pardon, dans l’amour miséricordieux de Jésus.

© Libreria Editrice Vaticana - 2017

Dans l’ère du vide, les footballeur prennent la place des héros

Entretien avec Robert Redeker, philosophe

Robert Redeker est philosophe, auteur notamment de « L’emprise sportive ». Il analyse ici le phénomène Neymar !

Figaro - Comment expliquer une telle fébrilité ?

Robert REDEKER - D'une part, l'intérêt diplomatique du Qatar, à un moment où cet État est en difficulté politique, menacé de boycott voire de blocus, joue un grand rôle dans cette affaire. Les dirigeants de ce pays cherchent à compenser sur le plan de l'image et de la communication internationale une défaite politique par une victoire sportive en Ligue des champions, en y mettant les pétrodollars nécessaires... Sans compter que la gloire sportive peut servir de protection contre des sanctions politico-économiques. D'autre part, l'argent, depuis la crise de 2008, est devenu à son tour un spectacle. Le grand spectacle de l'argent s'est mis en scène. Après la politique-spectacle a émergé l'argent-spectacle. La dernière campagne présidentielle a vu ce spectacle de l'argent dévorer la politique elle-même, au point d'éliminer François Fillon. Un partage simpliste entre le bien et le mal traverse le scénario de ce spectacle : le mauvais argent (celui des politiques, des patrons, des hauts fonctionnaires) qui serait illégitime, suscitant la haine, et le bon argent (celui des footballeurs, des stars du show-biz et de la télévision) qui, légitime, engendre l'admiration.

Figaro - Les footballeurs sont-ils des héros ?

Robert REDEKER – Le héros n'est jamais un mercenaire aux fidélités inconstantes. Il ne se soumet pas à qui le paie le plus, ni à la cause la plus rémunératrice. Bref, tout le contraire d'un joueur de football. Le héros se signale par une valeur éthique. Il sacrifie ses intérêts. Dans l'imaginaire collectif - expression de « l'ère du vide » autant qu'effet d'une propagande permanente – les joueurs de football prennent certes la place des héros, mais comme on a oublié Ambroise Paré, Bayard, Du Guesclin et saint Vincent de Paul, et que l'école n'enseigne plus que l'ignorance, le besoin d'admirer a glissé vers les figures que l'industrie du divertissement placé en tête de gondole, à commencer par les footballeurs. L'admiration est la première des passions a dit Descartes : la plus fondamentalement ancrée dans la nature humaine. Les footballeurs usurpent la place des véritables héros. À la différence de ceux-ci, ils n'apportent rien d'autre à l'humanité que l'exemple de l'avidité, de la cupidité et de leur ego injustement démesuré. L'admiration en est dévoyée.

Figaro - Ceux qui fustigent la rémunération des grands patrons pardonnent celle des footballeurs...

Robert REDEKER – Parfaitement irrationnel, ce paradoxe est un scandale en lui-même. Ni la raison ni la morale ne peuvent admettre que Neymar gagne 10 fois plus qu'un patron du CAC 40, 20 fois plus qu'un patron de grosse PME créative. Un grand patron, un capitaine d'industrie, un dirigeant de PME-TPE, apporte beaucoup plus à l'humanité qu'un joueur de football, fût-il aussi excellent que Neymar. Il affronte des tâches et des responsabilités autrement plus complexe et importantes que de marquer un but. Tout aussi scandaleux : un grand savant, un professeur au Collège de France est un miséreux comparé à un joueur de football. Pareille défaite du bon sens corrompt l'esprit public en dévalorisant les activité économiques et intellectuelles utiles à la dignité de l'humanité et en survalorisant les acteurs d'un simple jeu divertissant.

Figaro - Quelle place reste-t-il pour le sport ?

Ce n'est plus le sport qui se sert de la publicité, c’est la publicité qui se sert du sport. Le naming - remplacer le nom des stades par celui d'un sponsor - en est une illustration : Nice ne joue plus au Stade du Ray mais à l’Allianz Riviera, Bordeaux plus au stade Chaban-Delmas mais au stade Matmut Atlantique, et le championnat va devenir Ligue 1 Conforama. Cette tendance arrache les stades à leurs noms de terroir, leur histoire locale, les déracine. Les projette dans l'univers hors-sol des noms de marque. Elle vole aux supporteurs leur stade, l'âme des lieux. Les stades deviennent tout aussi déracinés que les joueurs mercenaires censés y briller. Heureusement, à travers les interstices de cette chape de plomb, comme par éclairs, luit encore le jeu, fulgure encore le talent des joueurs, lumineuses éclaircies procurant du plaisir aux amoureux de ce sport.

Figaro - Peut-on parler de bulle spéculative ?

Le football est gouverné par des irresponsables qui le mènent à sa perte. Un, voiture de course devenue incontrôlable finit par se fracasser contre un mur. Sans doute pareil accident arrivera-t-il au football asservi à l'argent-spectacle ?

© Le figaro - 2017

Quand on est très pauvre, on devient invisible

Pour Véronique Fayet, les fractures économiques en induisent d’autres qui conduisent les laissés-pour-compte à se couper de la société.

La Croix : Depuis des décennies, d’importants moyens ont été mis en œuvre pour lutter contre les inégalités. Peut-on vraiment dire que les choses se sont dégradées ?

Véronique Fayet : Dans le monde, selon Oxfam, huit personnes possèdent autant que la moitié la plus pauvre de la planète. En France, bien sûr, les inégalités sont moins fortes qu’ailleurs, en particulier grâce à la redistribution opérée par le système fiscal et social. Mais l’écart entre les plus riches et les plus pauvres reste élevé, puisqu’il est de 1 à 7 entre le premier et le dernier décile de revenus.

La pauvreté s’est surtout intensifiée. Certes, le taux de pauvreté semble se stabiliser autour de 14 % de la population, ce qui signifie que 9 millions de Français gagnent moins de 60 % du revenu médian, soit 1 000 € par personne. Mais la très grande pauvreté, qui concerne ceux qui gagnent moins que 40 % du revenu médian, soit 600 € environ, augmente et concerne 2,2 millions de personnes.

Or, à ce stade, la pauvreté monétaire ne dit pas tout. Quand on est très pauvre, non seulement on manque d’argent, on a des difficultés à se loger, parfois à se nourrir correctement, ce qui peut entraîner des soucis de santé. Mais on a aussi moins accès aux transports, à la culture et aux loisirs. Cette situation diminue les capacités à s’en sortir. Elle conduit la personne à s’isoler. Quand on est très pauvre, on se coupe de la société et on devient invisible.

La Croix : Qu’est-ce qui explique qu’on n’arrive pas à juguler ce phénomène de grande pauvreté ?

Véronique Fayet : La grande fracture qui a abîmé la cohésion sociale, c’est l’emploi. Il y a bien sûr une fracture entre ceux qui en ont un et ceux n’en ont pas. Mais il y a aussi une fracture entre ceux qui ont un travail à plein-temps, bien rémunéré et intéressant, et ceux qui n’arrivent qu’à avoir des bribes d’emploi.

Rendez-vous compte : il y a 6,5 millions d’inscrits à Pôle emploi, ce à quoi se rajoute un nombre important de jeunes ou de bénéficiaires du RSA, qui n’ont pas d’emploi mais ne s’inscrivent pas parce qu’ils pensent qu’ils n’ont rien à y gagner. En tout, c’est 7 à 8 millions de personnes qui sont ainsi sans emploi ou mal employés. Or, quand on n’a pas de travail, on ne manque pas seulement d’argent, on manque surtout d’une place dans la société.

La Croix : Quelles autres fractures voyez-vous émerger en France ?

Véronique Fayet : Une autre fracture très grave concerne l’éducation. Car sans une éducation de qualité, pas de qualification professionnelle et sans qualification, pas d’emploi, et donc pas de capacité à s’en sortir. Or il est souvent plus difficile pour une famille démunie d’investir dans la scolarité comme il le faudrait.

Prenez le cas d’une famille hébergée en hôtel : dans cette situation, il y a des difficultés à faire les devoirs, voire à maintenir la scolarisation. Parfois, les parents ont eux-mêmes un rapport douloureux à l’école et l’on observe que peu de familles défavorisées sont aux réunions d’école. Il faut d’urgence imaginer des façons d’aller à leur rencontre.

Et puis on voit émerger de nouvelles fractures. Dans certains territoires, les gens se sentent abandonnés. Dans les zones rurales, on constate que les transports, les services, les emplois disparaissent. Un tiers des agriculteurs, selon la MSA, vivent avec 350 € par mois.

Les villes moyennes et petites se sentent délaissées par rapport aux métropoles, qui drainent les populations et les politiques publiques. On a cru qu’Internet allait améliorer l’accès aux services publics, mais beaucoup de gens ne savent pas faire les démarches. Il y a une déshumanisation du rapport aux institutions, qui conduit à une forte augmentation du non-recours aux droits et à un sentiment de relégation. Cela nourrit une sorte de fatigue démocratique. On ne croit plus que les institutions nous servent, que la protection sociale nous protège… Surtout, il y a une très grande défiance vis-à-vis de la classe politique, à qui on reproche à la fois son impuissance et son manque de probité.

La Croix : En dépit de toutes ces fractures, on a le sentiment que le regard sur ceux qui sont laissés au bord de la route se durcit…

Véronique Fayet : Depuis deux ou trois ans, toutes les associations se sont effectivement inquiétées de voir circuler un grand nombre de préjugés sur les personnes en difficulté. Les bénéficiaires du RSA seraient assistés, alors que 30 % des ayants droit ne le demandent pas. Les chômeurs ne chercheraient pas de travail alors que ce sont les offres d’emploi qui manquent…

Et l’on entend ça aussi désormais dans la bouche des élus politiques. Quand un élu dit que les migrants sont plus aidés que les Français, c’est grave, parce que la vérité c’est que les sans-papiers n’ont le droit à rien sauf à l’aide médicale de l’État, quand ils sont malades, ou à une petite allocation s’ils sont demandeurs d’asile, et ils n’ont pas le droit de travailler. On entend aussi que les migrants prendraient la place des autres pauvres. Mais la France n’a pas attendu les migrants pour avoir des problèmes de logement. Cela fait des années que l’on ne construit pas assez de logements sociaux ! C’est pour ça que l’on se retrouve aujourd’hui avec 4 millions de mal-logés, selon les derniers chiffres de la Fondation Abbé-Pierre.

Il y a un grand danger à mettre les différents publics en concurrence. Cela sape notre capacité à construire une société fraternelle. On en vient, à Calais, à refuser à des mineurs exilés, protégés par le droit international, l’accès à des douches ou à un repas ! Heureusement, tout le monde n’est pas gagné par ces idées. Dans les toutes petites villes qui ont accueilli des migrants, il n’a pas été rare de voir plus de bénévoles que de réfugiés !

La Croix : Qu’est-ce qu’il faudrait faire pour changer les choses ?

Véronique Fayet : Il y a des choses qui demandent de l’argent. Par exemple quand le collectif Alerte propose un revenu minimum social décent de 850 €, le surcoût serait de 30 milliards d’euros, une somme importante mais à relativiser si on la compare aux 50 milliards que coûte la fraude fiscale.

Cependant l’essentiel n’est pas une question de moyens mais de méthode. Pour être efficace, toute politique publique doit être pensée avec la contribution des personnes fragiles. Au Secours catholique, nous avons mis en place un groupe de travail avec des personnes en situation de précarité pour faire des propositions sur une refondation du système de protection sociale. C’est une démarche longue mais riche.

Ensuite, en tant qu’élue à Bordeaux puis présidente du Secours catholique, j’ai pu me rendre compte du bouillonnement d’expériences qui existe au niveau local. Mais il y a comme un plafond de verre entre le local et le national. Je mets beaucoup d’espoirs dans le projet Territoires zéro chômage de longue durée, qui consiste à identifier les besoins sociaux non couverts d’un côté et les compétences des chômeurs de l’autre, et à redéployer des dépenses sociales suscitées par le non-travail pour financer des emplois qui correspondent aux uns et aux autres.

© La Croix - 2017

Les arbres de la Bible

Premier article d'une série originale : « Les arbres de la Bible ». Leur évocation est riche de signification sur le sens de la vie, la communication entre Dieu et l'homme, la conversion et la croissance, etc...

Dieu est l’auteur principal de la Bible. À de nombreuses reprises, celle-ci mentionne les arbres, la forêt, les champs, le bois, les fruits… Ce n’est pas anodin. N’est-ce pas une façon délicate de souligner que la proximité bienveillante de notre Créateur nous rejoint dans le cadre naturel qui façonne nos existences ?

Chaque arbre biblique a une histoire à raconter. Il ne s’agit pas de faire halte sous chacun d’eux, mais de découvrir la symbolique propre aux plus significatifs d’entre eux. Et, dans le premier commentaire de cette série, de nous interroger sur le sens de leur évocation avec tant de précision.

Pénétrons donc sous le couvert de la végétation biblique. Que découvrons-nous ?

1. Ce n’est pas la selve mais un verger providentiel : Dieu dit : « Que la terre donne de la verdure, de l'herbe porteuse de semence, des arbres fruitiers qui portent sur la terre du fruit selon leurs espèces et qui ont en eux leur semence ! Il en fut ainsi (…) Dieu vit que cela était bon. Et, plus loin, Il déclare à nos premiers parents : Je vous donne toute herbe porteuse de semence sur toute la terre, et tout arbre fruitier porteur de semence ; ce sera votre nourriture[1]. Ainsi, dès la première page de la Bible les arbres apparaissent comme dédiés à la vie :

- ils composent un espace de vie : ils font partie de notre environnement de tous les jours, ils ont l'incroyable capacité, par les échanges gazeux alliés aux actions du soleil, dans un phénomène appelé photosynthèse, de transformer le gaz carbonique en cet oxygène si précieux pour tous les êtres vivants de notre planète.

- témoins continuels de la présence d’en Haut, ils symbolisent l’actualité du Salut : Heureux l'homme qui ne suit pas les projets des méchants, qui ne s'arrête pas sur le chemin des pécheurs, et qui ne s'assied pas parmi les insolents, mais qui trouve son plaisir dans la loi du Seigneur, et qui redit sa loi jour et nuit ! Il est comme un arbre planté près d'un ruisseau, il donne son fruit en son temps, et son feuillage ne se flétrit pas[2]. Ne dit-on pas que les arbres constituent, par leurs racines et leurs frondaisons, un maillon entre la terre et le ciel ? L’histoire de Jonas est expressive à ce sujet : à Ninive, le ricin le protège opportunément des ardeurs du soleil. Mais comme il n'a pas la paix en lui-même et ne peut accepter la résipiscence de ses ennemis, l'arbre providentiel se dessèche et le laisse, accablé, à son égoïsme[3].

Cette symbolique de vie liée à l'arbre, met en regard l'arbre de vie au milieu du jardin d'Éden[4] et les arbres de Vie, dans la Jérusalem messianique, dont les feuilles peuvent guérir les païens[5], au travers des arbres d’Ézéchiel porteurs de l’espérance finale : « Près du torrent, sur chacune de ses rives, croîtront toutes sortes d'arbres fruitiers. Leur feuillage ne se flétrira pas, leur fruit ne s'épuisera pas ; ils donneront des primeurs tous les mois, parce que ses eaux sortiront du sanctuaire. Leur fruit servira de nourriture et leur feuillage de remède. »[6]

2. ils offrent un cadre porteur à la communication entre Dieu et les hommes, matérialisent un espace de rencontre, procurent une ombre propice à la discussion…

- dès les premières pages de la Genèse, nous voyons Dieu chercher Adam et Ève, honteux de leur faute, cachés sous le couvert des arbres du Jardin[7]. Puis il se révèle à Moïse dans l’épisode du Buisson ardent qui délimite une terre sainte où il lui demande de se déchausser[8]. Les branches basses d’un sycomore permettent à Zachée d’y grimper pour voir passer Jésus qui, levant les yeux, engage avec lui la conversation[9]. Le figuier sous lequel le Sauveur voit Nathanaël est à l’origine de sa vocation. Et comment ne pas penser aussi aux rameaux que la foule en liesse agite au passage du Christ lors de son entrée triomphale à Jérusalem, et dont elle jonche son chemin[10] ?

- ils sont témoins de la magnanimité de Dieu qui cherche le cœur de l’homme pour lui accorder sa grâce : les chênes de Mambré, comme un écrin naturel, gardent mémoire de la visite précieuse des envoyés du ciel, et de la générosité d’Abraham dans l’accueil qu’il leur réserva[11]. En revanche, les oliviers de Gethsémani furent les spectateurs silencieux de la Passion de Jésus et de l’ingratitude humaine.

3. En maints passages de l’Ancien Testament, l’arbre figure un renouveau possible :

- pour mettre un terme à la révolte des fils de Coré, Yahvé demanda à Moïse que chacune des douze familles patriarcales dépose un rameau – une souche ‒ dans la Tente du Témoignage. C’est celui d’Aaron, pour la maison de Lévi, qui bourgeonna : des fleurs s’étaient épanouies, des amandes avaient mûri[12]. Ainsi étaient manifestés le choix de Dieu et l’aptitude d’Aaron pour gouverner Israël avec Moïse.

- dans les épreuves que traverse le Peuple élu, en raison de sa dureté de cœur, le prophète Isaïe stimule son espérance en une renaissance à venir : comme le térébinthe et le chêne conservent leur souche quand ils sont abattus, sa souche donnera une descendance sainte ; et un peu plus loin, il ajoute : un rameau sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ses racines[13].

Or, « ce que l'Ancien Testament a promis, le Nouveau Testament l'a fait voir ; ce que celui-là annonçait de façon cachée, celui-ci le proclame ouvertement comme présent »[14] : il met en évidence, comme source de salut pour le genre humain, le bois de la Croix auquel le Fils de Dieu a attaché ses membres et dont il demeure inséparable, « pour que la vie surgisse à nouveau d’un arbre qui donnait la mort et que l’ennemi victorieux par le bois, fût lui-même vaincu sur le bois, par le Christ, Notre-Seigneur »[15]. La liturgie chante cet « arbre illustre entre tous : nulle forêt n’en produit de semblable par le feuillage, les fleurs et les fruits »[16].

Le chrétien est appelé à produire des fruits de vie en Jésus-Christ. Seule, son identification au Christ en croix est signe de l’authenticité de son existence, et gage de sa fécondité : Tout arbre qui ne produit pas de beau fruit est coupé et jeté au feu. C'est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : « Seigneur ! Seigneur !» qui entreront dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux »[17].

« La Croix est dressée, le monde est sauvé » ! Tel est, en résumé, le message de l’Évangile. Car elle nous éduque à la vraie vie : elle nous invite à la cohérence avec ce que nous professons, nous apprend à épouser la logique du Bel Amour et à faire équipe avec le Sauveur pour sauver le monde avec lui. Alors, comme Pierre repenti qui reçoit la houlette de l’Église, nous lui disons :

Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime[18] !

Bertand Cauvin, expert forestier

Abbé Patrick Pégourier

© Opus Dei – 2017


[1] Gn 1,11-13.29 et 1, 29.

[2] Ps 1,1-3.

[3] Cf. Jon 4.

[4] Gn 2, 9.

[5] Ap 22, 2.

[6] Ez 47,12.

[7] Cf. 3, 8.

[8] Ex 3, 2-6.

[9] Cf. Lc 19, 4-5.

[10] Cf. Mt 21, 8.

[11] Cf. Gn 18, 1-8.

[12] Nb 16, 23.

[13] Is 6, 13 b et 11, 1.

[14] Saint Grégoire le grand, Homiliae in Ezechielem, I, VI, 15 : PL, 76, 836 B.

[15] Préface de la fête de la Croix glorieuse.

[16] Hymne Ô Croix.

[17] Mt 7, 19-21.

[18] Jn 21, 17.

Commentaire des lectures du dimanche

Marcher sur les eaux, voilà une performance extraordinaire, et qui a dans la tradition biblique une signification particulière. Les eaux sont le symbole des forces du mal et de la mort, là où résident les monstres marins. Marcher sur les eaux, c’est signifier que l’on domine ces forces, c’est une annonce par un acte, et non par une déclaration, de la résurrection à venir. Jésus domine les forces du mal. Et en invitant Pierre à le suivre, Jésus l’invite à participer à sa victoire sur la mort et le mal. Notre désir de vie éternelle peut être exhaussé en suivant Jésus, en faisant confiance à sa Parole qui nous invite à marcher comme lui sur les eaux. Nous voyons Pierre s’avancer, il marche lui aussi sur les eaux, mais en prenant conscience du vent qui souffle, il doute de la possibilité d’aller jusqu’au bout, il prend peur et s’enfonce. Tant qu’il faisait confiance à la Parole de Jésus, il marchait, mais le doute et la peur le font couler.

Comme souvent, les erreurs de Pierre sont très instructives pour nous. Et nous pouvons rapprocher cet épisode de la première lecture qui nous décrit l’expérience spirituelle d’Elie à l’Horeb. Lorsque Jésus invitait Pierre à le suivre sur les eaux agitées, le vent soufflait déjà, mais Pierre ne s’en effrayait pas. Ou plutôt, confiant dans la Parole et l’exemple de Jésus, il sort de la barque et marche sur les eaux. Tant qu’il demeure dans cette disposition d’esprit, il marche sur les eaux, mais dès qu’il prend en considération les forces contraires, il prend peur, et il coule. Et Jésus doit le saisir par la main pour le sauver de la noyade.

Il en est de même pour chacun de nous, et pour l’Eglise en général, dans notre cheminement de foi sur cette terre. Nous sommes ballottés par les vents contraires, par le mal et la mort, et Jésus nous invite à participer à sa victoire, au salut qu’il nous apporte. Les promesses de la vie éternelle, de la victoire sur la mort et le mal nous ont été adressées en Jésus. Sa résurrection et le don de l’Esprit Saint sont un commencement de réalisation de ces promesses. Par la résurrection, Jésus se découvre à nos yeux comme celui qui domine les puissances de la mort. Par le don de l’Esprit Saint, il nous invite à participer dès à présent à cette victoire. Cependant, les vents contraires continuent de souffler, et la mer est toujours agitée. La barque de l’Église est toujours ballottée, le mal fait toujours sentir son pouvoir, nous avons toujours à traverser la mort physique.

Avoir la foi en Jésus, entendre sa Parole, se mettre en marche à sa suite, ce n’est pas avoir atteint des ici-bas le port du salut, la sécurité extérieure, la tranquillité. Nous avons à marcher sur des eaux agitées, à affronter des vents contraires. Certes, nous savons que Jésus a vaincu la mort et le mal, mais il n’a pas encore apaisé la tempête qui secoue notre barque. La tempête sera apaisée quand Jésus montera dans la barque, ce qui peut se comprendre comme la rencontre définitive à la fin des temps pour l’Eglise, et au moment de notre mort pour chacun de nous. Pour l’instant, sur cette terre, avoir foi en Jésus, c’est faire confiance à son invitation à participer dès ici-bas à sa victoire. Jésus le premier a traversé la mort sans être englouti par les eaux. Il nous assure que nous aussi, avec lui, nous traverserons aussi les eaux de la mort. Avoir la foi, c’est, comme la Vierge Marie au pied de la croix, se tenir debout dans la tempête, marcher sur les eaux par la grâce de Jésus, et la force de l’Esprit Saint.

Comme tout homme, nous pouvons être effrayés par la mer agitée, par les vents contraires. Nous ne sommes pas sans crainte face à notre mort corporelle, nous pouvons être effrayés par la force du mal dans notre monde et dans notre cœur. Être croyant, ce n’est pas marcher sur des eaux déjà apaisées, et par temps calme. La victoire de Jésus n’est signifiée par le calme, mais par le fait qu’il marche sur les eaux en tempête et nous invite à le suivre. Ce combat contre des éléments contraires est notre condition sur cette terre. Le calme ne vendra qu’à la fin, quand Jésus montera dans notre barque. Notre tâche aujourd’hui est de faire confiance à Jésus, à son exemple, à sa Parole. Par sa résurrection, il est vainqueur de la mort, et par le don de l’Esprit Saint, il nous invite dès à présent à le suivre. Nous ne devons pas nous laisser impressionner par les éléments contraires qui continuent à souffler et à s’agiter. Mais nous devons nous laisser envahir par la force de l’Esprit qui nous fait tenir malgré tout.

La puissance de vie du Seigneur ne s’impose pas avec fracas sur ses puissances de mort. Elie a reconnu le Seigneur non au feu, ni à l’ouragan, ni au tremblement de terre, mais au souffle d’une brise légère. La présence de Dieu est une présence délicate et ténue qui ne s’impose pas avec force, tel un homme seul et apparemment fragile sur une mer agitée. Un homme seul sur une mer agitée, c’est peu de chose, et, humainement, on comprend que Pierre ait douté de sa capacité à résister aux éléments qui se déchaînaient contre lui. Mais dans cet homme Jésus, c’est la plénitude de la divinité qui résidait, et rien ne peut l’engloutir. La délicatesse de Dieu dans sa présence à nos côtés, qui sait ne pas s’imposer face aux puissances de la mort et du mal, n’est pas un signe de sa faiblesse. C’est sa manière d’être et d’agir, dans le monde comme dans nos cœurs, pour respecter sa création et notre liberté. La puissance de Dieu se déploie dans une faiblesse apparente, comme en témoigne Paul : « Nous sommes pressés de toute part, mais non pas écrasés ; ne sachant qu’espérer, mais non désespérés ; persécutés, mais non abandonnés ; terrassés, mais non annihilés. Nous portons partout et toujours en notre corps les souffrances de mort de Jésus, pour que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre corps. »

Jésus marche sur les eaux, il est le maître de la vie, il connaît la puissance de vie qui l’habite, mais il laisse la mer et le vent se déchaîner, car ils ne peuvent rien contre lui. Le disciple pour marcher sur les eaux ne doit pas attendre la fin de la tempête qui d’ailleurs durera jusqu’à la fin des temps. Il ne doit pas non plus se laisser envahir par la peur, ni douter de la capacité de Jésus à nous faire tenir debout. En faisant confiance à Jésus, en s’appuyant sur lui, nous pouvons dès à présent participer à sa victoire sur le mal et la mort. Mais il ne nous sera pas épargné d’affronter les éléments hostiles, ce qui nous est promis, c’est que nous en sortirons vainqueur.

Jésus ressuscité est le signe de notre victoire, signe posé dans l’histoire des hommes. C’est un signe apparemment faible face à tous les vents contraires, aux mers agitées, mais depuis deux mille ans, il est puissance de Dieu pour tous ceux qui mettent en lui leur confiance. Les épreuves, les tempêtes, et finalement la mort physique ne sont pas épargnées aux croyants, ni à l’Eglise. Mais par la grâce de Dieu, son Eglise perdure à travers les siècles, elle est signe de la puissance de Dieu qui se déploie dans la faiblesse humaine.

Fr. Antoine-Marie Leduc, o.c.d.

© Carmel.asso- 2008