Pko 16.09.2018

Eglise cath papeete 1Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°46/2018

Dimanche 16 septembre 2018 – 24ème Dimanche du Temps ordinaire – Année B

Humeurs…

Pape François… Merci et hauts les cœurs !

C’était le Vendredi Saint 2005, celui qui allait devenir le Pape Benoit XVI osait cette parole : « Souvent, Seigneur, ton Église nous semble une barque prête à couler, une barque qui prend l’eau de toute part. Et dans ton champ, nous voyons plus d’ivraie que de bon grain. Les vêtements et le visage si sales de ton Église nous effraient. Mais c’est nous-mêmes qui les salissons ! C’est nous-mêmes qui te trahissons chaque fois, après toutes nos belles paroles et nos beaux gestes. Prends pitié de ton Église »

Aujourd’hui, plus que jamais cette parole raisonne dans le cœur de chacun de nous… vérité douloureuse… mais le courage du Pape François nous aide à vivre cette honte dans l’humilité et la repentance.

Alors que notre Église est prise dans la tempête des scandales, et notamment celui de la pédophilie… Satan se délecte non seulement à aviver la haine de ceux qui n’ont de cesse de discréditer l’Église… mais il se réjouit de voir la division au cœur même de l’Église fomenté et alimentée par ceux qui vivaient tranquillement d’un évangile de salon…

Ne craignons pas… soyons solidaire avec notre pape François… « La croix nous enseigne ceci, que dans la vie il y a l’échec et la victoire. Nous devons être capables de tolérer les défaites, de les assumer avec patience, aussi nos péchés parce que Lui, Il a payé pour nous. Les tolérer en Lui, demander pardon en Lui, mais ne jamais nous laisser séduire par ce chien enchainé ».

Voici un message de soutien, parmi bien d’autres que nous faisons nôtre :

Personne à l’horizon ni en bord de rivage pour prendre sa défense ! Pourquoi ce silence ? À mes yeux il a assez duré ! Aussi, je ne peux pas m’empêcher de tremper ma plume dans l’encre de mon indignation pour voler au secours du Saint-Père qui depuis plusieurs jours, injustement, gît dans la poussière de la cacophonie médiatique, trahi par l’un de ses anciens proches collaborateurs, Mgr Vigano qui, disons-le sans détour, ne supporte pas les réformes qu’il opère, autrement dit, son esprit évangélique.

Mais quoi ! Judas est de tous les temps, pourquoi s’en étonner ? Aujourd’hui, en justicier, paré de mille vertus, impeccable (au sens strict : sans péché) et de toute sa hauteur d’archevêque, il ose demander au pape François de se retirer pour faute grave ! Mais où sommes-nous ? Tout simplement dans la barque de Pierre diablement chahutée par les flots de ce prélat fixiste, coalisant derrière lui de nombreux ecclésiastiques et fidèles qui entendent en l’occurrence profiter des turpitudes commises par le cardinal McCarrick pour poignarder le successeur de l’apôtre Pierre ! Le procédé est écœurant ; il finira donc par donner la nausée y compris à ceux qui font de cette méthode leur cheval de Troie. À trop cracher dans la soupe, elle devient imbuvable, soulève le cœur, et fait pousser l’assiette.

En vérité, en vérité, je vous le dis : de nombreux clercs et laïcs bien-pensants attendent avec impatience que le pape François plie bagage ; et voilà qu’une occasion rêvée vient de se présenter !

En outre, cet archevêque émérite, ancien nonce aux États-Unis, qui semble ne plus avoir lu l’Évangile depuis un certain temps, appelle à un grand nettoyage de l’Église, oubliant (quelle immaturité spirituelle !) que Dieu ne cesse de travailler avec des gens imparfaits, en un mot avec des hommes à la nature faillible, capables d’actes héroïques comme d’actions viles. Le Christ nous a pourtant suffisamment montré la route à prendre !

En bien des jours et surtout aux heures de sa Passion, il a essuyé lui-même les exactions des siens, notamment l’une d’entre elles, gravissime : celle de Pierre, le trahissant publiquement ! Pour toute réponse, qui ne le sait ? Jésus lui offrit son pardon et lui laissa la charge de maintenir l’Église dans le droit chemin !!! Que voulez-vous, c’est la méthode évangélique qui se nourrit d’absolutions et d’une marée de confiance sans cesse renouvelée ! Que l’on est loin ici des tribunaux de tout poil !

Avec vous qui me lisez – soyons clairs – je condamne fermement les actes pédophiles, et encore avec vous, je crois évidemment nécessaire d’éloigner de l’enfance ceux qui, hélas, sont habités par ce drame pulsionnel. Cela bien en place, donnez-moi le droit d’ajouter que la chasse aux sorcières, le retour en arrière sur les fautes des uns et des autres, la mise en lumière du péché d’autrui, n’appartiennent pas à l’essence de l’Évangile ! Une Église de purs ? Ah ! Non alors ! Elle n’aurait plus sa raison d’être et sombrerait dans le sectaire prétendument irréprochable ! Et d’ailleurs, qui est pur ici-bas ? Que celui qui n’a jamais péché, par pensées, par actions, et surtout par omissions (et je mets tout au pluriel) jette le premier une pierre à la tête de son frère, et aujourd’hui à celle du pape !

Je profite de cette détestable affaire pour signaler que la fixation sur les questions de mœurs au sein de l’Église catholique risque fort de devenir maladive et obsessionnelle ! Encore une fois, et je le proclame haut et fort, les abus sexuels sur des enfants sont inadmissibles et doivent être sévèrement condamnés ! Mais par-delà la gravité de ces faits et le soin que nous devons prendre des victimes, la miséricorde doit être accordée sans relâche à ceux qui ont commis de telles horreurs. Eh oui ! Il faut aller jusque-là si l’on veut demeurer fidèle au Christ de l’Évangile.

Pour revenir à l’attaque sulfureuse de Viganò, son argumentaire de destruction se fixe essentiellement sur le fait que le pape n’aurait pas écarté son frère coupable, l’aurait pris pour conseiller, et aurait par-là fait preuve d’un laxisme jugé scandaleux ! C’est donc le pape qui est visé ici et non les agissements de McCarrick ! La démarche de Mgr Viganò, pour le coup, ne me semble pas très pure !

Quant à la question de l’amitié de similitude (je préfère l’appeler ainsi plutôt qu’homosexualité, terme à mes yeux trop récent pour décrire une particularité vieille comme le monde), que certains hommes d’Église et autres croyants arrêtent de se focaliser sur elle ! Nous apparaissons aux yeux du monde comme des obsédés de la question charnelle ! Serait-ce vrai ? Occupons-nous donc de la foi des hommes, faisons découvrir aux êtres – quels que soient leurs chemins – l’immense amour de Dieu pour chacun ! Le monde occidental est en train de quitter la route du Christ ! Voila ce qui devrait être notre grand tourment !

Aussi, qu’au plus vite, dans l’Église, l’unité se recrée autour des évêques en communion avec ce pape qui est « le bon » pour notre temps, parce qu’il garde les yeux rivés sur l’Évangile de la bonté, notre charte de vie dans l’ordre du jugement des réalités divines et humaines. Et puisque j’y suis, permettez-moi de revenir un instant sur son intervention malheureuse dans l’avion qui le ramenait d’Irlande.

Ses propos furent maladroits, j’en conviens, mais, soyons là encore indulgents et souvenons-nous qu’aucun pape n’a ouvert la porte autant que lui aux différences et au respect qu’elles exigent. Comme prêtre et plus simplement comme chrétien, j’espère que très vite les évêques du monde entier, monteront au créneau pour affirmer leur attachement indéfectible au pape François et leur soutien dans les idées qu’il expose au monde en s’exposant lui-même. C’est le minimum ! Et cela s’appelle le courage de la cohérence.

P. Michel-Marie Zanotti-Sorkine

© La Croix - 2018

Laissez-moi vous dire…

Septembre… reprise des cours de catéchèse

Jésus ?… un Messie exigeant !

Saint Marc est un excellent narrateur qui met en scène avec minutie les personnages et les situations. Dans l’Évangile de ce dimanche (16 septembre) [Marc 8,27-35] Saint Marc nous révèle la véritable mission de Jésus en décrivant une étonnante séance de catéchèse dirigée par Jésus.

Tout en marchant de village en village, Jésus questionne ses disciples : « Qui suis-je ? » ; exactement comme le fait un catéchiste avec son groupe d’élèves. Alors chacun y va de sa réponse… pour les uns tu es Jean-Baptiste… pour les autres : Elie … ou encore un des prophètes…

Et voilà qu’un très bon élève donne la bonne réponse : « Tu es le Christ … le Messie ». Pierre est surpris de la réaction de Jésus qui leur défend de révéler cette vérité autour d’eux. Et pour la première fois Jésus leur enseigne qu’effectivement il est le Messie attendu mais qu’il va souffrir et mourir pour son peuple, à cause des anciens, des grands prêtres, des scribes. Mais trois jours après il ressuscitera.

Pierre est choqué, avec la vivacité et la spontanéité qu’on lui connait, on imagine son indignation : ce n’est pas possible, on ne va pas laisser faire ça… Et Jésus rabroue vivement Pierre : « arrière Satan » ; puis affirme ouvertement qu’il est bien ce Messie souffrant, comme l’avait annoncé Isaïe (voir la première lecture de ce dimanche : Isaïe 50,5-9).

Et la catéchèse se poursuit… Jésus va encore plus loin dans son enseignement : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suiveCar celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. » (Marc 8,34-35) Les disciples ne s’attendaient pas à une telle catéchèse. Leur conception juive d’« un Messie nationaliste triomphant » s’effondre…

Si on poursuit la lecture de l’Évangile de Marc - chapitre 9 -, six jours plus tard Jésus se révèlera à Pierre, Jacques et Jean dans toute la splendeur de la Transfiguration… un avant-goût du Christ ressuscité ; mais aucun des disciples n’a compris.

De nos jours l’acceptation de la croix, le renoncement à soi-même pour suivre le Christ souffrant ne vont pas de soi, et pourtant… Pourtant des chrétiens vivent cette souffrance… Pauvreté, maltraitance, abominations de toutes sortes, persécutions, exil… beaucoup de chrétiens les vivent dans leur chair.

Le Pape, lui-même, partage d’autres formes de souffrances face aux révélations d’actes innommables commis par des prêtres, des évêques et autres religieux. La catéchèse de ce dimanche n’a jamais été aussi proche des réalités de notre monde.

Et nous, bons chrétiens habitués du culte dominical … comment réagissons-nous ?

Dominique Soupé

© Cathédrale de Papeete - 2018

En marge de l’actualité…

« Je n’ai pas caché ma face devant les outrages »

Cette semaine voit la sortie dans les salles de cinéma d’un film documentaire sur le pape François. Le film est le produit du grand réalisateur allemand Wim Wenders. Admirateur du pontife, Wim Wenders a voulu rendre hommage « au courage d’un homme qui a la certitude d’avoir quelque chose d’important et d’urgent à dire » (La Croix, 12 sept. 2018).

De fait, au regard des tristes affaires qui défigurent l’Église, il apparaît urgent que le pape adresse une parole au monde catholique et surtout au-delà, et une parole qui ne passe pas par le filtre traditionnel des intermédiaires cléricaux. L’enjeu est de taille : redonner confiance en l’Église dont la crédibilité est clairement en souffrance.

Mais les sujets proprement ecclésiaux ne sont pas les seuls à accaparer. Dans un langage simple, les grandes inquiétudes de notre temps – écologie, immigration, pauvreté extrême, matérialisme, intolérance – sont abordées. Ces problématiques sont universelles. Les propos du pape s’adressent à tous, croyants ou non, de toute religion et de toute culture.

Pour souligner ce lien direct, le réalisateur a opté pour un tournage en gros plan face à la caméra, un procédé visuel donnant en plus l’impression que le pape regarde le spectateur dans les yeux et s’adresse à lui personnellement. Sera-ce suffisant ? Sur l’écran, les attitudes du pontife, tantôt joyeux tantôt sévère, sans artifice, montrent au moins la sincérité d’un homme profondément décidé à corriger et réformer.

La première lecture de ce dimanche reproduit la grande plainte du prophète Isaïe persécuté par des ennemis : « Le Seigneur m’a ouvert l’oreille et moi je ne me suis pas révolté. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient (…). Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats » (Isaïe 50, 5-9a). Que ce visage-là, d’un homme de Dieu face caméra, souvent déformé par les blessures, nous remémore à tous la réalité de notre appartenance au Christ. Et quand il rayonne de confiance et de foi, qu’il redonne force pour croire et témoigner.

R.P. Vetea BESSERT

© Archidiocèse de Papeete – 2018

Audience générale

Le sens de la liberté humaine

Lors de l’audience générale de ce mercredi matin, tenue sur la Place Saint-Pierre, le Pape François est parti du 3e commandement, qui porte sur le repos, pour développer une réflexion sur la liberté.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans la catéchèse d’aujourd’hui, nous revenons encore sur le troisième commandement, sur le jour du repos. Le Décalogue, promulgué dans le livre de l’Exode, est répété dans le livre du Deutéronome de façon presque identique, à l’exception de cette Troisième Parole, où apparaît une différence précieuse : tandis que dans l’Exode, le motif du repos est la bénédiction de la création, dans le Deutéronome, en revanche, il commémore la fin de l’esclavage. Ce jour-là l’esclave doit se reposer comme le maître, pour célébrer la mémoire de la Pâque de libération.

Les esclaves, en effet, par définition ne peuvent pas se reposer. Mais il existe de nombreux types d’esclavages, aussi bien extérieurs qu’intérieurs. Il existe les contraintes extérieures comme les oppressions, les vies séquestrées par la violence et d’autres types d’injustice. Il existe ensuite les prisons intérieures, que sont, par exemple, les blocages psychologiques, les complexes, les limites caractérielles et autres. Existe-t-il du repos dans ces conditions ? Un homme reclus et opprimé peut-il rester libre malgré tout ? Et une personne tourmentée de difficultés intérieures peut-elle être libre ?

En effet, il existe des personnes qui, bien qu’elles vivent en prison, vivent une grande liberté d’âme. Pensons par exemple à saint Maximilien Kolbe, ou au cardinal Van Thuan, qui ont transformé de sombres oppressions en des lieux de lumière. Il y a également des personnes marquées par de grandes fragilités intérieures qui connaissent cependant le repos de la miséricorde et qui savent le transmettre. La miséricorde de Dieu nous libère. Et lorsque tu rencontres la miséricorde de Dieu, tu as une grande liberté intérieure et tu es aussi capable de la transmettre. C’est pourquoi il est si important de s’ouvrir à la miséricorde de Dieu pour nous pas être esclaves de nous-mêmes.

Qu’est-ce donc que la vraie liberté ? Est-ce que cela consiste dans la liberté de choix ? C’est certainement une part de la liberté, et nous nous engageons pour qu’elle soit assurée à tout homme et toute femme (cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, 73). Mais nous savons bien que pouvoir faire ce que l’on désire ne suffit pas pour être vraiment libres, et encore moins heureux. La vraie liberté est beaucoup plus.

En effet, il y a un esclavage qui enchaîne plus qu’une prison, plus qu’une crise de panique, plus qu’une imposition de n’importe quel genre : c’est l’esclavage de son ego1. Ces gens qui se regardent toute la journée dans le miroir pour voir leur ego. Et l’ego a une taille beaucoup plus grande que le corps. Ils sont esclaves de l’ego. L’ego peut devenir un bourreau qui torture l’homme où qu’il soit et qui lui inflige l’oppression la plus profonde, celle qui s’appelle « péché », qui n’est pas la banale violation d’un code, mais un échec de l’existence et une condition d’esclavage (cf. Jn 8,34)2. Le péché, c’est finalement, dire et faire l’ego. « Je veux faire ceci et peu m’importe s’il y a une limite, s’il y a un commandement, peu m’importe aussi s’il y a de l’amour ».

L’ego, par exemple, pensons aux passions humaines : le gourmand, le luxurieux, l’avare, le colérique, l’envieux, le paresseux, l’orgueil – etc… – sont esclaves de leurs vices, qui les tyrannisent et les tourmentent. Il n’y a pas de répit pour le gourmand, car la gourmandise est l’hypocrisie de l’estomac, qui est plein mais qui nous fait croire qu’il est vide. L’estomac hypocrite nous rend gourmands. Nous sommes esclaves d’un estomac hypocrite. Il n’y a pas de répit pour le gourmand et pour le luxurieux qui doivent vivre de plaisirs ; l’anxiété de la possession détruit l’avare, entassant toujours de l’argent, faisant du mal aux autres ; le feu de la colère et le ver de l’envie ruinent les relations. Les écrivains disent que l’envie rend le corps et l’âme jaunes, comme lorsqu’une personne a l’hépatite : on devient jaune. Les envieux ont l’âme jaune, parce qu’ils ne peuvent jamais avoir la fraîcheur de l’âme. L’envie détruit. L’acédie qui esquive toute fatigue rend incapables de vivre ; l’égocentrisme – celui de l’ego dont je parlais – orgueilleux creuse un fossé entre lui et les autres.

Chers frères et sœurs, qui est donc le véritable esclave ? Qui est celui qui ne connaît pas de repos ? Celui qui n’est pas capable d’aimer ! Et tous ces vices, ces péchés, cet égoïsme, nous éloignent de l’amour et nous rendent incapables d’aimer. Nous sommes esclaves de nous-mêmes et nous ne pouvons pas aimer, parce que l’amour est toujours en direction des autres.

Pour nous chrétiens, le troisième commandement, qui invite à célébrer dans le repos la libération, est prophétie du Seigneur Jésus, qui rompt l’esclavage intérieur du péché pour rendre l’homme capable d’aimer. L’amour vrai est la vraie liberté : il détache des possessions, il reconstruit les relations, il sait accueillir et valoriser le prochain, il transforme en don joyeux toute fatigue et rend capable de communion. L’amour rend libres aussi en prison, même ceux qui sont faibles et limités.

C’est la liberté que nous recevons de notre rédempteur, le Seigneur Jésus Christ.

© Libreria Editrice Vaticana – 2018

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1 Cf. Catéchisme de l’Église catholique, 1733 : « Le choix de la désobéissance et du mal est un abus de la liberté et conduit à “l’esclavage du péché” ».

2 Cf. Catéchisme de l’Église catholique, 1739 : « La liberté de l’homme est finie et faillible. De fait, l’homme a failli. Librement, il a péché. En refusant le projet d’amour de Dieu, il s’est trompé lui-même ; il est devenu esclave du péché. Cette aliénation première en a engendré une multitude d’autres. L’histoire de l’humanité, depuis ses origines, témoigne des malheurs et des oppressions nés du cœur de l’homme, par suite d’un mauvais usage de la liberté ».

Éthique

Message des Évêques du Conseil permanent adressé au peuple de Dieu qui est en France

« Notre pensée se tourne d’abord vers ceux à qui on a volé leur enfance, dont la vie a été marquée à tout jamais par des actes atroces »

Depuis plusieurs mois maintenant, notre Église est durement mise à l’épreuve.

Laïcs, clercs, consacrés, nous sommes profondément affectés par les révélations d’abus qui se font jour à travers le monde et dans notre pays. Face à la souffrance imprescriptible des victimes et de leurs proches, nous sommes tristes et honteux.

Notre pensée se tourne d’abord vers ceux à qui on a volé leur enfance, dont la vie a été marquée à tout jamais par des actes atroces.

Croyants et incroyants peuvent constater que les actes de quelques-uns rejaillissent sur toute l’Église, qu’il s’agisse d’actes criminels ou de silences coupables.

Tous, nous subissons ce soupçon qui porte sur l’ensemble de l’Église et des prêtres.

Dans ce désarroi partagé, nous affirmons à la fois que notre lutte contre tout abus doit se poursuivre sans relâche et que notre estime et notre affection pour les prêtres de notre Église restent entières. Nous, évêques, voulons redire notre soutien aux prêtres de nos diocèses et appeler tous les fidèles à leur manifester leur confiance.

Le pape François a adressé le 20 août dernier une lettre à tous les catholiques du monde. Il y engage à une « participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu » pour enrayer le fléau de la pédophilie. Nous faisant l’écho de cette parole, nous invitons toutes les communautés, tous les fidèles à lire attentivement cette lettre, à l’étudier avec sérieux, à voir comment la mettre en œuvre. Nous appelons chaque baptisé, quelle que soit sa responsabilité dans l’Église, à s’engager « dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin ». C’est par l’engagement et la vigilance de chacun que nous parviendrons à vaincre cette calamité des abus dans l’Église.

En France, l’Église s’est engagée avec une grande détermination dans cette lutte contre les abus et notamment contre la pédophilie. Avec humilité, nous reconnaissons que ce combat est toujours à intensifier, qu’il nécessite une attention sans faille et une conversion permanente des mentalités. La souffrance des personnes victimes d’abus s’impose aujourd’hui comme la première des conséquences à prendre en compte face à ce fléau. Nous affirmons avec force que l’écoute de l’histoire des victimes nous a profondément bouleversés et transformés. Nous sommes persuadés que leur écoute et le travail accompli avec elles nous aideront à mener ce combat contre la pédophilie et à trouver des voies toujours nouvelles de prévention, notamment par la formation des différents acteurs auprès des jeunes. C’est bien dans cet esprit que, lors de notre prochaine assemblée plénière à Lourdes, nous souhaitons accueillir et écouter des personnes victimes.

La crise que traverse l’Église catholique aujourd’hui, le profond désarroi dans lequel sont plongés beaucoup de fidèles et de clercs sont une invitation à travailler à la juste place de chacun. A la suite de l’appel du Pape maintes fois exprimé, nous invitons à travailler cette question de l’autorité partout où elle se pose dans l’Église. C’est ensemble – dans un souci de communion véritable – qu’il nous faut veiller à ce que tous exercent pleinement leur responsabilité.

Dans ces épreuves qui nous atteignent, nous évêques, avec force et humilité nous en appelons à la foi des uns et des autres. C’est le Christ qui est notre Roc. Il nous a promis qu’il ne nous ferait jamais défaut. Nous vous lançons cet appel : « Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous » (1P 3,16)

Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France

© Conférence des Évêques de France – 2018

Théologie

Sacerdoce commun et sacerdoce ministériel (suite)

Distinctions et rapports

5. Rapports entre sacerdoce ministériel et sacerdoce commun

Après ce qui vient d'être dit, la différence entre les deux sacerdoces apparaît clairement, différence qui n'est pas seulement de degré mais de nature, comme le dit Lumen Gentium, 10, et comme le répète le texte du Synode de 1971 (1, 4).

Comparé au sacerdoce commun, on doit dire que le sacerdoce ministériel est plus spécifiquement sacerdotal et moins réellement sacerdotal. Il est plus spécifiquement sacerdotal parce que l'élément spécifique du sacerdoce est la médiation entre Dieu et les hommes ; or le sacerdoce ministériel est sacrement de la médiation du Christ, il est signe et instrument du Christ médiateur, ce que le sacerdoce commun n'est pas.

Des confusions apparaissent souvent sur ce point. Certains disent que tout chrétien doit être médiateur « parce que, en raison de la structure sociale de la nature humaine, le prêtre inclut nécessairement d'autres personnes dans sa relation à Dieu ». C'est là un langage impropre qui confond relation entre les hommes et médiation proprement dite entre l'homme et Dieu. Qui a besoin d'un médiateur pour entrer en rapport avec Dieu ne peut pas être lui-même, à proprement parler, médiateur entre les autres et Dieu ; tous les hommes ont besoin de la médiation du Christ ; aucun ne peut donc être médiateur pour les autres hommes, même s'il est nécessairement en relation avec eux.

Plus spécifiquement sacerdotal, le sacerdoce ministériel est moins réellement sacerdotal que le sacerdoce commun parce qu'il est seulement sacramentel, c'est-à-dire signe de la réalité. Au contraire, le sacerdoce commun est offrande réelle de l'existence à Dieu, dans la docilité concrète. Il ne s'agit pas cependant, dans les deux cas, du même aspect du sacerdoce : le sacerdoce commun est culte réel, le sacerdoce ministériel est médiation sacramentelle.

6. Nécessaire participation des prêtres au sacerdoce commun

Pour être complet, il faut ajouter que le sacerdoce commun est véritablement commun, c'est-à-dire sacerdoce de tout le corps du Christ réuni, de toute l'Église. On conçoit parfois le sacerdoce commun comme exclusivement réservé, dans l'Église, aux laïcs. C'est une erreur. Tous les chrétiens, et donc aussi les prêtres, les évêques, le pape, sont appelés à exercer le sacerdoce commun ; en cela ils sont tous frères. S'ils ne l'exerçaient pas, leur union avec le Christ ne serait pas réelle, personnelle, existentielle. En fait, le sacerdoce ministériel lui-même comporte un appel à exercer le sacerdoce réel, c'est-à-dire à s'unir au sacrifice du Christ par l'offrande de toute sa vie. Les récits évangéliques de vocation ne séparent pas les deux un engagement personnel et, d'autre part, il leur donne des pouvoirs qui ne sont pas humains.

Dans la vie et le ministère des prêtres, il convient, me semble-t-il, de distinguer les deux sacerdoces. Distinguer, non pas séparer. Distinguer est utile pour la clarté des concepts doctrinaux ; séparer par contre serait contraire à la vocation concrète.

Avant le Synode de 1971, des points de vue opposés à la distinction se sont exprimés. Le rapport de la Commission théologique par exemple disait : « Tous les actes du prêtre sont qualifiés, en vertu de son ordination, par son ministère sacerdotal... Nous y avons insisté ci-dessus : il ne faut pas concevoir des moments où le prêtre, du fait qu'il est dans son église ou bien en service requis, agirait comme prêtre, tandis que dans le reste de sa vie il devrait se sentir comme le reste des hommes ». « Il ne fera jamais plus rien en laïc ». Position confuse et contestable, qui ne tient pas compte du sacerdoce commun. Il semble, au contraire, nécessaire de distinguer : le prêtre est appelé à vivre toujours le sacerdoce commun, parce que tout chrétien est appelé à offrir toute sa vie, soit qu'il mange, soit qu'il boive, quoi qu'il fasse... (cf. 1 Co 10, 31 ; Col 3, 17). Mais il n'exerce pas toujours son sacerdoce ministériel ; quand il mange, quand il se détend, il n'exerce pas son ministère, il n'est pas signe et instrument du Christ médiateur ; il doit cependant être uni à Dieu par le Christ, ce qui correspond au sacerdoce commun.

Plus justement, l'esquisse pré-synodale refusait la position des théologiens et disait : le ministère « pénètre l'existence, non pas en ce sens qu'il rende sacerdotales toutes les actions, mais parce qu'il impose une condition aux autres activités ». La formule n'est pourtant pas totalement satisfaisante ; il vaudrait mieux dire : « non dans le sens qu'il rende ministérielles toutes les actions », laissant au sacerdoce commun de les rendre sacerdotales.

En fait, ce qui doit envahir toute l'existence, c'est le sacerdoce commun, sacerdoce réel, comme nous l'avons dit. Il doit imprégner les actes ministériels eux-mêmes. L'activité proprement ministérielle donne lieu, elle aussi, à l'exercice du sacerdoce commun. Là encore, la séparation ne serait pas normale. Dans tout ministère, il y a un aspect sacramentel de l'activité qui appartient au sacerdoce ministériel, mais il y a également un aspect personnel de l'activité qui revient normalement au sacerdoce commun.

Prenons l'exemple le plus simple : la célébration de la messe. En célébrant la messe, le prêtre est signe et instrument du Christ médiateur qui s'offre au Père et unit les croyants à son offrande. La consécration est action ministérielle ; elle n'est pas une action personnelle du prêtre, elle ne dépend pas du mérite du prêtre. Cependant, en célébrant la messe, le prêtre est appelé à adhérer personnellement au mystère. Cet aspect se distingue du premier, il peut aussi en être séparé, mais la séparation est anormale. Un prêtre peut célébrer la messe sans adhérer personnellement au sacrifice du Christ, par exemple avec une volonté de vengeance mortelle contre une personne qui l'a offensé. La messe ne sera pas invalide ; les fidèles pourront s'y unir au sacrifice du Christ. Le prêtre aura exercé son sacerdoce ministériel tout en refusant d'exercer le sacerdoce commun.

Il existe des cas plus complexes : le sacerdoce ministériel ne consiste pas seulement a. administrer les sacrements, mais aussi à transmettre la parole de Dieu et à gouverner le peuple de Dieu au nom du Christ. Ces trois secteurs appartiennent tous les trois à la médiation du Christ, et dans chaque secteur il y a donc un aspect proprement ministériel, mais ils comportent aussi nécessairement un aspect personnel.

Les fidèles ont besoin de l'aspect ministériel. Considéré matériellement en lui-même, le texte imprimé de la Bible n'est pas parole vivante de Dieu, il est la lettre (cf. 2 Co 3, 6). Pour qu'il devienne parole vivante de Dieu, il faut qu'il soit transmis actuellement par le Christ vivant. Le magistère de l'Église et, à sa place spécifique, l'enseignement des prêtres sont le signe et l'instrument de cette médiation.

Le prêtre doit être conscient de ce fait pour concevoir de manière juste son ministère de prédication, qui ne consiste pas à propager ses idées personnelles, mais la parole du Christ.

Mais cette activité requiert en même temps un travail et un engagement personnel qui constituent un exercice du sacerdoce commun.

La même observation vaut encore pour l'exercice du gouvernement de l'Église. Le Christ médiateur rassemble dans son corps tous les enfants de Dieu dispersés (cf. Jn 11, 52 ; Rm 12, 5). L'autorité nécessaire à cette unité appartient à lui seul. Les chrétiens, cependant, ont besoin d'une manifestation visible de cette autorité, afin de pouvoir former effectivement, tous ensemble, un seul « édifice spirituel » (1 P 2, 5 ; cf. Ep 2, 20-22), un véritable « sacerdoce saint » (1 P 2, 5). Le ministère hiérarchique de l'Église reçoit cette tâche. Il est signe et instrument de l'autorité du Christ, au service de l'unité. Les ministres de l'Église ne possèdent pas personnellement l'autorité, mais ils doivent l'exercer au nom du Christ. En tant que, par eux, le Christ lui-même dirige son Église, leur activité dépend du sacerdoce ministériel. Mais ce ministère ne peut s'effectuer sans tout un engagement de la personne (information, délibérations, initiatives, décisions) et, sous cet aspect, l'activité de gouvernement appartient au sacerdoce commun. La distinction des deux aspects n'est pas facile dans la pratique. Quand il s'agit de gouvernement, l'attention se porte plus facilement sur la part d'activité humaine. L'aspect d'intervention du Christ doit être reconnu dans la foi. En se soumettant à une décision légitime de leurs pasteurs, les croyants savent qu'ils se soumettent au Christ qui unifie son Église.

Il convient de noter, en tout ceci, que le sacerdoce ministériel spécifie l'exercice du sacerdoce commun, en lui donnant un aspect particulier. Une de ces notes spécifiques consiste précisément dans l'abnégation personnelle du prêtre, qui doit toujours refuser de s'attribuer à lui-même l'efficacité spirituelle de son ministère. Cette efficacité appartient à l'action du Christ qui illumine, gouverne et sanctifie. Le prêtre doit renoncer à tirer de son activité ministérielle des avantages personnels. Toute espèce de simonie lui est interdite. Par ailleurs, la sanctification du prêtre est liée de manière spécifique à son dévouement au service de l'Église. Dans l'exercice même de son ministère, le prêtre reçoit personnellement d'abondantes grâces d'union au Christ.

* * *

Une vision claire de la distinction et des rapports qui existent entre sacerdoce ministériel et sacerdoce commun porte en soi de multiples avantages. Elle permet de mieux reconnaître la dignité respective des deux aspects du sacerdoce chrétien, de mieux comprendre leur rapport et de respecter leurs limites.

Le sacerdoce ministériel apparaît dans sa grandeur et dans son humilité. Il est grand, car en lui c'est le Christ lui-même qui exerce sa médiation. Il est humble, car le prêtre ne peut s'attribuer à lui-même l'action du Christ. Humble aussi parce qu'il est au service du sacerdoce commun.

De son côté, le sacerdoce commun apparaît également dans son humilité et dans sa grandeur. Il est humble, car il doit reconnaître qu'il ne se suffit pas à lui-même ; il a besoin d'une médiation. Il est grand, car il est offrande réelle, culte authentique, transformation de l'existence.

Prendre conscience de la nécessaire participation de tous - compris des prêtres - au sacerdoce commun comporte également de grands avantages : cela élimine l'esprit de domination qui peut exister chez certains prêtres et l'esprit d'envie chez certains laïcs, en approfondissant en tous le sens de l'égalité fondamentale et de la fraternité chrétienne.

Donnant à tous le sens de leur vraie dignité et de leur responsabilité, la juste distinction peut sans doute contribuer à éviter de faux problèmes.

Cardinal Albert VANHOYE, s.j.

© La Croix - 2013

Commentaire des lectures du dimanche

Grandeur de l’homme avec Dieu. Misère de l’homme sans Dieu. Cette expression de Blaise Pascal ressaisit le mouvement de notre évangile. Nous sommes en effet au centre de l’évangile selon saint Marc, au moment charnière. Depuis le début de l’évangile, la question qui se pose est : « mais qui donc est cet homme qui parle avec autorité et agit avec puissance ? » Par sa confession de foi, Pierre manifeste l’identité de Jésus. Et celui-ci fait alors entrer ses disciples dans l’intelligence de sa mission : il annonce sa passion et sa résurrection et donc la deuxième partie de l’évangile. Nous sommes donc à un passage, comme sur un col de montagne qui nous ouvre de nouveaux paysages : pour suivre Jésus, il va falloir changer d’environnement. Mais ce col de montagne dévoile aussi deux versants : celui de la grandeur de l’homme quand il se fait disciple du Maître et celui de sa misère quand il prétend prendre sa place.

Grandeur de l’homme car il est rendu capable de reconnaître l’identité de Jésus. À la différence des foules qui identifient Jésus à d’autres personnages, Pierre reçoit la lumière pour voir la singularité de cet homme. Il ose prendre la parole pour désigner le Messie, le Christ. Comme l’évangéliste Matthieu le précise, cette affirmation de Pierre est bien sûr une révélation venue d’en-haut. « Heureux es-tu Simon, fils de Yonas car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang mais de mon Père qui est dans les cieux. » (Mt 16, 17) Cette précision est éclairante car elle montre comment Pierre à ce moment se fait un véritable disciple de son Maître : il écoute en son cœur la parole du Père qui lui dévoile l’identité du Fils. Il s’est laissé ouvrir l’oreille et est devenu le porte-parole de l’Esprit. C’est en cette double attitude d’écoute et de proclamation que consiste sa grandeur. Et pourtant sa misère se dévoile aussitôt, comme si nous basculions sur l’autre versant.

Misère de Pierre qui manifeste celle de tout homme se coupant de l’amitié de Dieu. Pierre ne supporte pas ce nouvel enseignement de Jésus : il faut que le Fils de l’homme passe par la souffrance, la mort et la résurrection. Il ne peut pas entendre cette parole et la rejette. Autant Jésus avait correspondu jusque-là à ses attentes du Messie. Autant là, cela ne va plus : « un Messie qui meurt, cela ne se fait pas ». Moment terrible où le disciple ose faire de « vifs reproches » à son Maître. Et la parole de Dieu devient alors tranchante : « Passe derrière moi, Satan ! » Peut-être ces mots de Jésus nous choquent-ils ? Pourtant ils dévoilent bien ce qui se passe : Pierre devient l’agent de Satan. Il prend la place du tentateur de Jésus au désert, celui qui cherche à détourner le Messie de son chemin et de sa mission. La tentation est subtile bien sûr, comme au désert : Pierre n’invite pas Jésus au mal mais à se dérober à l’appel de Dieu pour choisir un autre chemin. Là est bien l’œuvre du Mauvais, de l’ennemi de Dieu comme des hommes. Pierre, fort de sa confession de foi, pense peut-être avoir acquis un savoir qui lui donne le droit de faire la leçon. Aussi passe-t-il devant le Maître pour prétendre lui montrer le chemin. À ce moment précis, Pierre ne suit plus Jésus ; il demande à Jésus de le suivre, lui. Et dans ce mouvement, il devient un obstacle pour la mission de Jésus. « Passe derrière moi, Satan ! » ce qui veut dire, « Pierre, reste à ta place de disciple ou sinon tu deviens un complice du démon. »

« Qui n’est pas avec moi est contre moi » (Mt 12,30) aurait aussi pu dire Jésus à cet instant dramatique. Instant également salutaire pour Pierre mais aussi pour nous. L’évangile nous interpelle en ce dimanche sur le danger de rester des demi-disciples, des gens qui suivent Jésus quand cela leur fait du bien et que sa parole les console mais qui s’arrêtent à la moindre contrariété. Or le propre du disciple est d’être toujours en situation d’apprentissage et de conversion. À aucun moment, il ne peut prétendre avoir tout compris ou connaître le chemin à l’avance. Le disciple écoute jusqu’au bout et ne se dérobe pas à la Parole de Dieu quand celle-ci se fait incisive ou dérangeante. Il choisit de s’exposer toujours à la voix intérieure du Père comme le fait lui-même le Maître, Jésus qui toujours vit de ce dialogue intime avec Dieu. L’interpellation est sérieuse pour nous : être un demi-disciple, ce n’est pas être un disciple à 50% en attendant mieux. C’est risquer, comme Pierre, de nous opposer à l’Esprit en nous trompant de chemin, voire en trompant les autres. Celui qui n’écoute pas la Parole de Dieu jusqu’au bout agit selon les pensées des hommes et non celles de Dieu, avec le risque de faire le jeu de l’adversaire. Sans s’en rendre compte, le demi-disciple peut donc faire beaucoup de dégâts…

Frères et sœurs, n’allons plus à contrevoie de Celui qui nous entraine ; avec sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, disons « “Mon Dieu, je choisis tout”. Je ne veux pas être une sainte à moitié, cela ne me fait pas peur de souffrir pour vous, je ne crains qu’une chose c’est de garder ma volonté, prenez-la, car “Je choisis tout” ce que vous voulez !… » (Ms A, 10) « Craindre de garder sa volonté » veut dire craindre de tomber dans le même panneau que Pierre : penser savoir par soi-même ce qui est bon et ce que Dieu veut. Or suivre Jésus en vrai disciple, c’est apprendre à se défier de soi-même et de ses vues étroites ; renoncer à son moi étriqué pour s’ouvrir aux larges vues de Dieu, plus belles et plus grandes. C’est aussi choisir de ne plus avoir un cœur divisé et double et c’est pourquoi nous avons demandé à Dieu dans la prière d’ouverture de cette messe la grâce d’un « cœur sans partage » afin de suivre librement le Seigneur jusqu’au bout.

En cette messe, renouvelons donc notre désir et notre détermination à ne pas être des demi-disciples. Au contraire cultivons sans cesse une attitude d’écoute et de conversion, certains de la conduite aimante du Père dans nos vies. Comme nous le rappelle saint Jacques, engageons-nous dans des œuvres et des actions qui attesteront de notre foi. Que l’Esprit Saint nous fasse enfin comprendre que la vraie grandeur consiste à offrir notre misère à Dieu, puisque celle-ci attire puissamment sur nous sa Miséricorde. Amen.

Fr Jean-Alexandre de l’Agneau, ocd

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