Pko 17.09.2017

Eglise cath papeete 1

Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°51/2017

Dimanche 17 septembre 2017 – 24ème Dimanche du Temps ordinaire – Année A

Humeurs…

Hommage à Joël POIRRIER

Un fidèle paroissien s’en est allé sans prévenir vendredi soir… en voyage au Canada avec son épouse Aline, pour accompagner leur petite fille aux études, un brusque souci de santé… et voilà !

Au-delà d’assurer les lectures dominicales à la messe du samedi soir, Joël était toujours disponible pour rendre service … c’est ainsi qu’il a participé à la « dactylographie » du livre « Tepano Jaussen »…

Avec son épouse Aline, ils venaient avant la messe pour me dire : « Mardi on prépare le repas pour l’Accueil Te Vai-ete ». Et au petit matin, Joël et Aline étaient là avec les marmites et le repas tout prêt pour nos amis de la rue…

Une disponibilité, une générosité aussi vraie que discrète. Nous confions aujourd’hui au Seigneur un homme au grand cœur, toujours prêt pour de « bons mots ». Il y a quelques mois, il s’était rendu en France pour accompagner sa maman dans ces derniers jours… aujourd’hui, plus tôt que prévu, à nos yeux, il va la rejoindre.

À Aline, son épouse, ses enfants et petits-enfants… nous voulons les assurer de notre amitié et de nos prières !

Laissez-moi vous dire…

Cas de conscience… Non-assistance à personne en danger ?

Courant juillet, le Ministre des solidarités et de la santé interrogeait le directeur de la CPS pour la prise en charge - par la CPS- de « médicaments ayant pour but la contraception d'urgence » délivrés aux mineures sans prescription médicale et sans autorisation des titulaires de l'autorité parentale. [Réf. Loi n°2001-588 du 4 juillet 2001 et Décret n°2003-1229 du 19 décembre 2003, non encore mis en application en Polynésie française.]

Cela a fait surgir à mon esprit une conversation entendue dans un avion. C'était un 25 décembre sur le trajet Papeete-Los Angeles. Le jour de Noël les gens voyagent peu ; à l'arrière de l'avion de nombreux sièges étaient vides.

Je me suis allongé sur quatre sièges pensant prendre un bon repos. Mal m'en a pris car, une rangée plus loin, deux jeunes femmes peu discrètes papotaient à voix haute. Impossible de ne pas entendre.

Ma chère, figure-toi que je viens d'apprendre que je suis enceinte.

- C'est merveilleux ! Nous, on essaie depuis deux ans d'avoir un enfant et ça ne marche pas...

Ben moi ça m'embête car je ne peux pas garder cet enfant.

- Si tu veux, je t'aiderai pendant ta grossesse, et tu me le donneras ; je rêve de pouponner...

[J'hallucine ! mais impossible de ne pas entendre la suite.]

En fait, avec mon compagnon on a programmé depuis plusieurs mois un long périple en Asie du Sud-Est. Donc, cette grossesse tombe mal, alors j'ai décidé d'avorter. D'ailleurs j'ai déjà pris rendez-vous.

J'avoue que ces propos m'ont horrifié. Mon cerveau s'est mis à « mouliner ». Je me suis souvenu du serment d'Hippocrate prononcé par une de mes nièces lors de sa soutenance de thèse, en particulier ce passage : « Je ne provoquerai jamais la mort délibérément ».

Ma conscience me titille : « Tu dois assistance à toute personne en danger... ce bébé est en danger de mort... »

Comment intervenir ? Il s'agit d'une conversation privée... mais dans un espace public. De plus, la loi sur l'IVG reconnaît le droit à cette femme de « disposer de son corps » comme elle l'entend. De plus, c'est une affaire entre elle et son médecin qui, au final, devra accepter la décision ultime de cette femme.

Je suis en plein désarroi face au néolibéralisme qui place la loi civile au-dessus de toute autre loi, fut-elle avilissante, mortifère, contraire à la loi naturelle. Le droit de la femme l'emporte sur le droit de l'enfant à naître.

Au risque de paraître pleutre, dégonflé... il ne me reste qu'à plonger dans une prière intense, me soumettant à la seule volonté divine...

Et cela se passait le jour de Noël où nous fêtions la naissance de Jésus, Sauveur de l'humanité !

D.S.

Note : Depuis, plusieurs médecins m'ont confirmé que ce genre de demande est de plus en plus fréquent. Nous sommes loin de l'encadrement que souhaitait Madame Veil : « L'avortement doit rester l'exception, l'ultime recours pour des situations sans issue... » [Discours prononcé le 26 novembre 1974 devant les députés]

© Cathédrale de Papeete - 2017

En marge de l’actualité…

« Irma »

« Irma » ! Nous connaissions « Irma la douce », comédie musicale française créée en 1956, mais l’actualité de ces jours derniers nous a dévoilé sous ce même nom un épisode météorologique fait de fureur, de dévastation et de destruction. Selon les derniers bilans, 27 personnes ont trouvé la mort dans les Caraïbes, sans compter les disparus, les blessés, les familles ayant tout perdu, et les dégâts considérables causés par le passage de ce cyclone. Comme par réflexe, nous sommes tentés de trouver un responsable, et c’est alors que spontanément, beaucoup pointent leur doigt accusateur vers Dieu : « Comment Dieu peut-il permettre cela ? » Soyons clairs. La grande nouveauté apportée par le message biblique nous invite à considérer la nature et son fonctionnement comme autonomes, c’est-à-dire fonctionnant selon des lois et des règles qui leur sont propres, sans que Dieu ne vienne sans cesse brouiller les cartes. Les lois de la nature ne sont donc pas soumises aux caprices d’un créateur qui, du ciel, modifierait à son gré leur déroulement. Cette nouvelle façon de voir l’univers est d’une grande importance car elle permet à l’Homme de s’ouvrir à la pensée scientifique et d’entreprendre l’étude des mécanismes de l’univers qui nous entoure sans offenser Dieu pour autant. Une fois que le créateur a fixé les règles du jeu, la création se déroule selon ces règles sans que Dieu ne vienne perturber le déroulement de la partie. Il revient donc à l’Homme de faire fonctionner son intelligence pour comprendre les mécanismes de la nature en sachant que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Dieu ne lui a-t-il pas confié la mission de poursuivre l’œuvre créatrice en prenant soin de la terre et en œuvrant dans la lumière ?

Si donc l’Homme a reçu cette responsabilité, il lui revient de chercher comment maitriser les mécanismes qui régissent l’univers et de reconnaitre la part qui lui revient quand ces mécanismes se trouvent perturbés. C’est ainsi que, dans sa lettre encyclique « Laudato si », le Pape François écrit : « Le climat est un bien commun, de tous et pour tous. Au niveau global, c’est un système complexe en relation avec beaucoup de conditions essentielles pour la vie humaine. Il existe un consensus scientifique très solide qui indique que nous sommes en présence d’un réchauffement préoccupant du système climatique. Au cours des dernières décennies, ce réchauffement a été accompagné de l’élévation constante du niveau de la mer, et il est en outre difficile de ne pas le mettre en relation avec l’augmentation d’événements météorologiques extrêmes, indépendamment du fait qu’on ne peut pas attribuer une cause scientifiquement déterminable à chaque phénomène particulier. L’humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour combattre ce réchauffement ou, tout au moins, les causes humaines qui le provoquent ou l’accentuent. Il y a, certes, d’autres facteurs (comme le volcanisme, les variations de l’orbite et de l’axe de la terre, le cycle solaire), mais de nombreuses études scientifiques signalent que la plus grande partie du réchauffement global des dernières décennies est due à la grande concentration de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane, oxyde de nitrogène et autres) émis surtout à cause de l’activité humaine ».

Ainsi, avant d’accuser Dieu, ayons le courage de reconnaitre la part de responsabilité qui nous revient…Habitant tous la même terre, nous sommes solidaires dans une même responsabilité, poursuivre l’achèvement de cette création que Dieu a commencée dans la lumière au matin du monde !

+ Mgr Jean Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2017

Lettre de Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU à Mgr Jean-Yves RIOCREUX, évêque de Guadeloupe

Soutien aux victimes du cyclone « Irma »

Vous trouverez ci-dessous le message que Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU a fait parvenir au nom de notre diocèse à Mgr Jean Yves RIOCREUX, évêque de Basse Terre et Pointe à Pitre, en Guadeloupe. Il l’assure de notre prière pour toutes les victimes et pour les familles frappées par le cyclone. Certains parmi vous ont déjà manifesté leur solidarité, des paroisses se sont organisées pour collecter des fonds destinés aux victimes du cyclone. Chaque paroisse pourra envoyer les dons récoltés à l’évêché en précisant : « Pour la Guadeloupe ». Nous avons une pensée particulière pour le P. Fiorenzo ROSSI, ancien curé du Sacré Cœur d’Arue puis du Sacré Cœur de Hitiaa et actuellement curé de l’île St Barthelemy touchée par le cyclone. Merci d’avance pour votre geste de solidarité.

À Mgr Jean Yves RIOCREUX

Évêque de Basse-Terre et Pointe-à-Pitre

Papeete le 11 Septembre 2017

Monseigneur, cher confrère

En ces jours dramatiques où le cyclone Irma a ravagé les îles St Barthelemy et St Martin, plongeant tant de familles dans la souffrance et le désespoir, familles des 10 victimes tuées, familles des blessés, familles dont les maisons furent ruinées ou dévastées, les fidèles du diocèse de Papeete se joignent à moi pour vous exprimer notre solidarité dans la prière. D’après ce que les médias ont pu nous montrer, ces îles de votre diocèse, et par-delà de toutes les Caraïbes jusqu’en Floride, ont été plongées dans le chaos, avec toutes les conséquences désastreuses pour la vie économique et sociale de ces communautés humaines.

Au-delà des kilomètres qui nous séparent, nous voulons vous dire combien nous nous sentons proches de vous et de tous ceux et celles qui vivent ces moments douloureux.

Déjà de nombreux fidèles de notre diocèse ont voulu manifester leur solidarité par un geste de partage. D’autres vont le faire dans les jours à venir.

Que la Foi qui nous unit soit aussi celle qui donnera à chacun force, courage et espérance pour faire face et reconstruire. Que cette épreuve qui vous touche si durement nous invite à plus de solidarité et de confiance. Le Seigneur ne saurait nous abandonner, et c’est à travers tous ceux qui se sentent solidaires qu’il manifeste sa présence et son réconfort. Nous prions pour vous.

+Mgr Jean Pierre COTTANCEAU

Archevêque de Papeete

© Archidiocèse de Papeete - 2017

Audience générale du Pape Francois du mercredi 13 septembre 2017…

Voyage en Colombie

Lors de l’audience générale, Place Saint-Pierre, le Pape est revenu sur son voyage en Colombie. François était rentré lundi à Rome, avec un œil au beurre noir dû à un petit accident dans la papamobile dimanche à Carthagène, mais aussi et surtout avec dans sa mémoire le souvenir des foules immenses qui l’avaient accueilli chaleureusement dans les quatre villes qu’il a visitées, Bogotà, Villavicencio, Medellin et Carthagène.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Comme vous le savez, ces jours derniers, j’ai accompli un voyage apostolique en Colombie. Je rends grâce de tout cœur au Seigneur pour ce grand don ; et je désire renouveler l’expression de ma reconnaissance au président de la République, qui m’a accueilli avec une grande courtoisie, aux évêques colombiens qui ont beaucoup travaillé — pour préparer cette visite, ainsi qu’aux autres autorités du pays, et à tous ceux qui ont collaboré à la réalisation de cette visite. Et j’adresse un remerciement spécial au peuple colombien qui m’a accueilli avec tant d’affection et de joie ! Un peuple joyeux qui connaît de nombreuses souffrances, mais joyeux ; un peuple avec de l’espérance. L’une des choses qui m’a le plus frappé dans toutes les villes est que, parmi la foule, on voyait les pères et les mères avec leurs enfants, qui tendaient leurs enfants pour que le Pape les bénisse, mais qui faisaient également voir leurs enfants avec fierté, comme pour dire : « Voilà notre fierté ! Voilà notre espérance ». J’ai pensé : un peuple capable de faire des enfants et capable de les faire voir avec fierté, comme espérance : ce peuple a un avenir. Et cela m’a beaucoup plu.

Au cours de ce voyage, j’ai ressenti de manière particulière la continuité avec les deux Papes qui ont visité la Colombie avant moi: le bienheureux Paul VI, en 1968, et saint Jean-Paul II, en 1986. Une continuité fortement animée par l’Esprit, qui guide les pas du peuple de Dieu sur les routes de l’histoire.

La devise du voyage a été « Demos el primer paso », c’est-à-dire « Faisons le premier pas », qui se réfère au processus de réconciliation que la Colombie est en train de vivre pour sortir d’un demi-siècle de conflit interne, qui a semé des souffrances et des inimitiés, en procurant tant de blessures, difficiles à guérir. Mais avec l’aide de Dieu, le chemin est désormais entamé. Avec ma visite, j’ai voulu bénir l’effort de ce peuple, le confirmer dans la foi et dans l’espérance, et recevoir son témoignage, qui est une richesse pour mon ministère et pour toute l’Eglise. Le témoignage de ce peuple est une richesse pour toute l’Eglise.

La Colombie — comme la plupart des pays latino-américains — est un pays où il existe de très profondes racines chrétiennes. Et si ce fait rend encore plus aiguë la douleur pour la tragédie de la guerre qui l’a déchiré, dans le même temps il constitue la garantie de la paix, le fondement solide de sa reconstruction, la sève de son invincible espérance. Il est évident que le Malin a voulu diviser le peuple pour détruire l’œuvre de Dieu, mais il est tout aussi évident que l’amour du Christ, son infinie miséricorde est plus forte que le péché et que la mort.

Avec ce voyage a été apportée la bénédiction du Christ, la bénédiction de l’Eglise sur le désir de vie et de paix qui déborde du cœur de ce pays : j’ai pu le voir dans les yeux des milliers et milliers d’enfants et de jeunes qui ont rempli la place de Bogota et que j’ai rencontrés partout ; cette force de vie qui est également la nature elle-même proclamée à travers son exubérance et sa biodiversité. La Colombie est le deuxième pays du monde par sa biodiversité. À Bogota, j’ai pu rencontrer tous les évêques du pays et également le comité de direction de la conférence épiscopale latino-américaine. Je rends grâce à Dieu d’avoir pu les embrasser et de leur avoir donné mon encouragement pastoral, pour leur mission au service de l’Église sacrement du Christ notre paix et notre espérance.

La journée consacrée de manière particulière au thème de la réconciliation, moment culminant de tout le voyage, s’est déroulée à Villavicencio. Une grande célébration eucharistique s’est déroulée dans la matinée, avec la béatification des martyrs Jesús Emilio Jaramillo Monsalve, évêque, et Pedro María Ramírez Ramos, prêtre ; dans l’après-midi, a eu lieu la liturgie spéciale de réconciliation, symboliquement tournée vers le Christ de Bojayá, sans bras et sans jambes, mutilé comme son peuple.

La béatification des deux martyrs a rappelé concrètement que la paix est également fondée, et peut-être surtout, sur le sang de nombreux témoins de l’amour, de la vérité, de la justice, et également de véritables martyrs, tués en raison de leur foi, comme les deux que je viens de citer. Entendre leurs biographies a été émouvant jusqu’aux larmes : des larmes de douleur et de joie à la fois. Devant leurs reliques et leurs visages, le saint peuple de Dieu a profondément ressenti sa propre identité, avec douleur, en pensant aux nombreuses, trop nombreuses victimes, et avec joie, pour la miséricorde de Dieu qui s’étend sur ceux qui le craignent (cf. Lc 1, 50).

« Miséricorde et vérité se rencontrent / justice et paix s’embrassent » (Ps 85, 11), avons-nous entendu au début. Ce verset du psaume contient la prophétie de ce qui a eu lieu vendredi dernier en Colombie ; la prophétie et la grâce de Dieu pour ce peuple blessé, afin qu’il puisse renaître et marcher dans une vie nouvelle. Nous avons vu ces paroles prophétiques pleines de grâce incarnées dans les histoires des témoins, qui ont parlé au nom de tant et tant de personnes qui, à partir de leurs blessures, avec la grâce du Christ, sont sorties d’elles-mêmes et se sont ouvertes à la rencontre, au pardon, à la réconciliation.

À Medellín la perspective a été celle de la vie chrétienne en tant que disciples : la vocation et la mission. Quand les chrétiens s’engagent jusqu’au bout sur le chemin à la suite de Jésus Christ, ils deviennent vraiment sel, lumière et levain dans le monde, et les fruits se voient de manière abondante. L’un de ces fruits sont les Hogares, c’est-à-dire les maisons où les enfants et les jeunes blessés par la vie peuvent trouver une nouvelle famille où ils sont aimés, accueillis, protégés et accompagnés. Et d’autres fruits, abondants comme des grappes, sont les vocations à la vie sacerdotale et consacrée, que j’ai pu bénir et encourager avec joie lors d’une inoubliable rencontre avec les personnes consacrées et leurs familles.

Enfin, à Carthagène, la ville de saint Pierre Claver, apôtre des esclaves, le « focus » est allé sur la promotion de la personne humaine et de ses droits fondamentaux. Saint Pierre Claver, comme plus récemment sainte Maria Bernarda Bütler, ont donné leur vie pour les plus pauvres et marginaux, et ils ont ainsi montré la voie de la véritable révolution, évangélique et non pas idéologique, qui libère vraiment les personnes et les sociétés des esclavages d’hier et, malheureusement, également d’aujourd’hui. Dans ce sens, « faire le premier pas » — la devise du voyage — signifie s’approcher, se pencher, toucher la chair du frère blessé et abandonné. Et le faire avec le Christ, le Seigneur devenu esclave pour nous. Grâce à Lui il y a de l’espérance, parce qu’Il est la miséricorde et la paix.

Je confie à nouveau la Colombie et son peuple bien-aimé à la Mère, Notre-Dame de Chiquinquirá, que j’ai pu vénérer dans la cathédrale de Bogota. Qu’avec l’aide de Marie, chaque colombien puisse faire chaque jour le premier pas vers son frère et sa sœur, et ainsi construire ensemble, jour après jour, la paix dans l’amour, dans la justice et dans la vérité.

© Libreria Editrice Vatican - 2017

Le Sycomore, ascenseur du Salut

La série « les arbres de la Bible » nous présente un arbre vraiment sympatique ! Le sycomore, l’arbre de « ceux d’en bas », élève les pécheurs pour les présenter à la bienveillance du Seigneur.

Dans la Bible, les arbres ne sont pas uniquement mentionnés pour tapisser le cadre environnemental de la Révélation. Ils sont porteurs d’un sens symbolique, comme l’arbre de la connaissance du bien et du mal au jardin de l’Éden, ou l’arbre de Vie[1]; dans la « Fable des arbres », ils sont l’expression du pouvoir[2]. Ils figurent aussi des personnes, tel le roi Nabuchodonosor[3] ou des communautés, comme Israël dans la parabole du figuier stérile[4].

Le sycomore, l’arbre du pauvre

Le sycomore répertorié par l’Écriture est au Proche Orient un arbre commun[5], au point que le roi David lui avait commis un intendant[6]. Il pousse à peu près partout et notamment aux bordures du désert. Il peut vivre plusieurs siècles et régénère très bien de souche. Il est employé aussi en menuiserie et comme combustible. C’est un arbre majestueux de grande taille à la riche frondaison, dont les larges branches horizontales à faible hauteur sont appréciées pour l’ombrage qu’elles procurent. Cela ne lui donne pas pour autant de titre de noblesse : son bois n’a rien de comparable avec celui, imputrescible, du chêne, du cèdre ou de l’acacia[7]. Et que dire de ses fruits inconsommables à l’état naturel[8] ! D’ailleurs, le livre des Chroniques indique[9] que Salomon rendit l'argent et l'or aussi communs que les pierres, et les cèdres aussi communs que les sycomores : ce qui veut dire que la différence entre le cèdre et le sycomore était aussi grande qu'entre l'or et la pierre.

Amos, le prophète aux sycomores

Il est significatif pour notre propos que le petit peuple, les gens d’en bas, aient eu en la personne d’Amos[10] un défenseur à la prédication rugueuse, un imprécateur contre les classes possédantes qui se bâtissaient des maisons de pierres de taille où elles festoyaient somptueusement.

Lui, le berger, l’homme de la terre, d’une terre de cailloux et de sycomores, confesse en toute humilité : « Je n’étais pas prophète, je n’étais pas fils de prophète, j’étais bouvier, je traitais les sycomores ; mais le Seigneur m’a pris de derrière le bétail et le Seigneur m’a dit : “Va, prophétise à Israël mon peuple” »[11]. Amos représente le petit peuple, les gens ordinaires… comme le bois de sycomore, indispensable pourtant à la construction, comme eux-mêmes à l’édification de la société.

Zachée le profiteur, sauvé par son sycomore

Zachée était le chef des publicains de Jéricho, oasis et riche bourgade sur la route de la Ville Sainte. Patron des collecteurs d’impôts pour le compte de l’occupant romain, il était haï de tous, honni de partout. Handicapé par sa petite taille, comment pourrait-il voir passer Jésus, en chemin pour Jérusalem, d’autant que la foule, sans doute, lui fait volontairement écran ? Les circonstances l’ont peut-être rendu plus sensible au mépris dont il était l’objet. Peut-être cela l’a-t-il conduit à faire retour sur lui, à sonder en conscience ses indélicatesses dans la gestion de ses affaires ? En tout cas, les branches basses d’un sycomore sur la place lui offrent un refuge et un promontoire : il y grimpe sans se soucier de respects humains.

Là, il croise du regard Jésus qui passe au-dessous : il en est bouleversé… Zachée, descends vite ! Voilà quelqu’un qui, en raison de ses fonctions, était habitué à « dominer la situation ». Néanmoins, il quitte immédiatement son piédestal, tant sa conversion est radicale. Il descend de sa pseudo-élévation sociale pour retrouver sa vraie place : celle d’un coupable qui a besoin d’être pardonné. Le sycomore en est complice : lui l’arbre de « ceux d’en bas », il élève les pécheurs pour les présenter à la bienveillance du Seigneur.

Non pas la « foi du charbonnier » mais une foi vigoureuse comme un sycomore

Voici que je fais toute chose nouvelle[12] ! C’est le cas, chaque fois que l’on se tourne sincèrement vers Dieu : il est source de renouveau ; ici, d’un « grand collecteur » retourné par cet amour gratuit et non mérité : alors, « puisque lui aussi reçoit la grâce, qui pourra désespérer de lui-même »[13] ?

Encore faut-il réunir deux conditions indispensables :

- rechercher Dieu sans fausse honte ni peur du ridicule : « Convaincs-toi que le ridicule n’existe pas pour qui agit au mieux »[14] !

- une bonne dose de foi : Si vraiment vous aviez de la foi gros comme une graine de moutarde, vous diriez à ce sycomore : “Déracine-toi et va te planter dans la mer”, et il vous obéirait[15]. Quand on est face à un sycomore, on se rend compte que ce n’est pas l’arbre le plus facile à déraciner !

Bertrand Cauvin, expert forestier

Abbé Patrick Pégourier

© Opus Dei – 2017

 


[1] Gn 2, 9 et Ap 22, 19.

[2] Jg 9.

[3] Dn 4, 7 sv.

[4] Lc 13, 6-9.

[5] 2 Chr 9, 27 et Ps 78, 47. Il se dénomme ficus-sycomorus parce que ses feuilles ressemblent à celles d'un figuier – du grec sukon : figue. Elles sont arrondies et formées de 5 lobes. On l’appelle aussi figuier blanc ou égyptien. Ses fruits sont petits, clairs, piquetés de taches brunes, et s’agglutinent en grappes nombreuses sur le tronc et les branches principales.

[6] 1 Chr 27, 28.

[7] Le bois de sycomore est poreux. Mais portant : il était employé dans la construction de temples, de salles, et même de coffres domestiques.

[8] Afin d’améliorer la lactation, on donnait ses feuilles et ses fruits au bétail. Mais, pour être comestibles, ceux-ci – petites figues blanches ‒devaient être piqués avant d’arriver à maturité : c’était un travaillong et fastidieux, accompli par les bergers, tel Amos, pendant que leurs troupeaux paissaient.

[9] 2 Chr 1, 15. Cf. aussi 1 R 10, 27 et 1 Chr 27,28 ; 2 Chr 9,27.

[10] Originaire de Juda, le royaume du sud, il se sait envoyé chez ses voisins du nord, au royaume prospère d'Israël, au VIIIe siècle avant notre ère.

[11] Amos 7,14-15.

[12] Ap 22, 5.

[13] Saint Ambroise, Expositio Evangelii secundum Lucam, in loc.

[14] Saint Josémaria Escriva, Chemin 392.

[15] Lc 17,6.

Commentaire des lectures du dimanche

Le pardon n’a pas de limite

 

L’Évangile de ce dimanche reporte ce que Pierre demanda au Christ sur le nombre de fois où il devait pardonner à son prochain. Le Messie, le porteur de l’évangile de la miséricorde répondit qu’il devait pardonner « non pas sept fois, mais soixante-dix fois sept » (Mt 18,21s), c’est-à-dire toujours. En effet le nombre « soixante-dix » par « sept » est symbolique et ne signifie pas une grande quantité déterminée, mais une quantité infinie, démesurée.

En disant qu’il faut pardonner « soixante-dix fois sept », Jésus enseigne que le pardon chrétien n’a pas de limites et que, seul, le pardon sans limites ressemble au pardon de Dieu.

Ce pardon divin est la raison et la mesure du pardon fraternel. C’est parce que Dieu le Père nous a fait objet d’un pardon sans mesures, que nous devons pardonner sans mesure.

Le pardon fraternel est la conséquence du pardon paternel de Dieu à invoquer sur ceux qui nous offensent, en priant : « Notre Père qui est au cieux… pardonne nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » et en nous appropriant la prière du Christ sur la Croix lorsqu’en s’adressant au Père, il supplia : « Père pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23.34).

« Pardonne-leur » est la parole prononcée par le Christ à qui on a fait tant de mal, de façon injuste et sans mesures. Le Messie mourant pardonne et ouvre l’espace de l’amour infini à celui qui l’offense et qui le tue. Il prononce cette parole du cœur qui révèle un Dieu infiniment bon : le Dieu du pardon et de la miséricorde.

Comment pouvons-nous, nous pauvres être limités, mettre en pratique cet amour illimité ? En premier lieu, en mendiant la miséricorde de Dieu, parce que nous ne pouvons donner ce que nous n’avons pas. Le Patron, celui dont parle le Christ dans la parabole d’aujourd’hui, se laisse attendrir par la supplication du serviteur et lui efface toute sa dette, en révélant un amour non seulement patient mais sans limites dans sa miséricorde. L’erreur à éviter, après avoir reçu ce pardon, est de ne pas reconnaître qu’en ce pardon il y a son amour pour nous et que cet amour grandit en nous si nous le partageons.

En deuxième lieu, en prenant conscience que l’accueil du pardon de Dieu se concrétise en sachant pardonner aux autres et qu’en pardonnant à celui qui nous a offensé, nous aimons le prochain comme nous-même et nous réalisons non seulement son bonheur et sa joie mais également notre bonheur et notre joie.

En troisième lieu, il faut prendre conscience que le pardon n’est pas seulement un acte que nous sommes appelés à faire un nombre infini de fois, mais que c’est une façon d’être qui doit influencer toute notre vie quotidienne pendant toute notre existence. C’est une dimension « religieuse » au vrai sens du terme parce qu’elle exprime notre communion avec Dieu dont l’amour transforme. « Pardonner ce n’est pas ignorer mais transformer :  Dieu doit entrer dans ce monde et opposer à l’océan de l’injustice un plus grand océan du bien et de l’amour » (Benoît XVI, 24 juillet 2005).

Un grand exemple, humain de ce pardon nous vient de la Vierge Marie qui souvent est invoquée comme Mère de Miséricorde. Aux pieds de son Fils crucifié, Marie nous pardonna, acceptant comme ses fils les hommes par lesquels le Christ avait été mis sur la Croix et par lesquels il mourrait. Avec ce « oui » (fiat) elle devint pour toujours, sans limites, notre Mère, Mère du pardon, comme auparavant elle se mit pleinement à disposition de Dieu et devint la mère de Jésus, le visage humain de la divine Miséricorde. Marie est ainsi devenue et reste pour toujours la « Mère de la Miséricorde » modèle et exemple de pardon.

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