PKO 11.10.2015

Eglise cath papeete 1Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°52/2015
Dimanche 11 octobre 2015 – 28ème Dimanche du Temps ordinaire – Année B

Humeurs

Le type achevée de la charité chrétienne

Nous ne devons pas considérer un pauvre paysan ou une pauvre femme selon leur extérieur, ni selon ce qui paraît de la portée de leur esprit ; d’autant que bien souvent ils n’ont presque pas la figure ni l’esprit de personnes raisonnables. ~ Mais tournez la médaille, et vous verrez par les lumières de la foi que le Fils de Dieu, qui a voulu être pauvre, nous est représenté par ces pauvres ; qu’il n’avait presque pas la figure d’un homme en sa Passion, et qu’il passait pour fou dans l’esprit des Gentils, et pour pierre de scandale dans celui des Juifs ; et avec tout cela, il se qualifie l’évangéliste des pauvres : Il m’a envoyé porté la Bonne Nouvelle aux pauvres.

Ô Dieu ! qu’il fait beau voir les pauvres, si nous les considérons en Dieu et dans l’estime que Jésus Christ en a faite ! Mais, si nous les regardons selon les sentiments de la chair et de l’esprit mondain, ils paraîtront méprisables. ~

Dieu aime les pauvres, et par conséquent il aime ceux qui aiment les pauvres ; car, lorsqu’on aime bien quelqu’un, on a de l’affection pour ses amis et pour ses serviteurs. Or [le chrétien] tâche de s’appliquer avec affection à servir les pauvres, qui sont les bien-aimés de Dieu ; et aussi nous avons sujet d’espérer que, pour l’amour d’eux, Dieu nous aimera. ~

Il ne faut pas de retardement en ce qui est du service des pauvres. Si, à l’heure de votre oraison, le matin, vous devez allez porter une médecine, oh ! allez-y en repos ; offrez à Dieu votre action, unissez votre intention à l’oraison qui se fait à la maison, ou ailleurs, et allez-vous-en sans inquiétude.

Si, quand vous serez de retour, votre commodité vous permet de faire quelque peu d’oraison ou de lecture spirituelle, à la bonne heure ! Mais il ne vous faut point inquiéter, ni croire avoir manqué, quand vous la perdrez ; car on ne la perd pas quand on la quitte pour un sujet légitime. Et s’il y a sujet légitime, mes chères filles, c’est le service du prochain.

Ce n’est point quitter Dieu que quitter Dieu pour Dieu, c’est-à-dire une œuvre de Dieu pour en faire une autre, ou de plus grande obligation, ou de plus grand mérite. Vous quittez l’oraison ou la lecture, ou vous perdez le silence pour assister un pauvre, oh ! sachez, mes filles, que faire tout cela, c’est le servir. ~

Car, voyez-vous, la charité est par-dessus toutes les règles, et il faut que toutes se rapportent à celle-là. C’est une grande dame. Il faut faire ce qu’elle commande. ~

Allons donc, et nous employons avec un nouvel amour à servir les pauvres, et même cherchons les plus pauvres et les plus abandonnés ; reconnaissons devant Dieu que ce sont nos seigneurs et nos maîtres, et que nous sommes indignes de leur rendre nos petits services.

Saint Vincent de Paul

Chronique de la roue qui tourne

Semaine Missionnaire Mondiale

Toutes les paroisses sont invitées à célébrer la Journée Missionnaire Mondiale, le 18 octobre 2015. Le temps d’animation qui la précède, Semaine Missionnaire Mondiale, commence le dimanche 11 octobre pour se terminer le dimanche 18 octobre, jour de la Journée Missionnaire Mondiale.

L’affiche présente l’invitation au partage qui se traduit par la quête mondiale pour la Mission, point culminant de l’animation missionnaire.

En cette année de la Vie Consacrée, le thème porté est « Va, Je t’envoie ! ».

Son animation s’appuie sur la dynamique de l’envoi très présente dans le décret Ad gentes, dont nous fêtons le cinquantième anniversaire de sa promulgation lors de Vatican II (7 décembre 1965).

La Semaine Missionnaire Mondiale répond a un triple objectif : s’informer, prier et partager.

La quête mondiale pour la mission est un acte missionnaire. Elle permet à l’Église de vivre, d’assurer sa mission, sa croissance dans le monde et de favoriser l’annonce de l’Évangile. L’Église lui donne le statut de « quête impérée », l’intégralité de la collecte est transmise aux Œuvres Pontificales Missionnaires qui en ont la charge.

L’offrande est une contribution pour soutenir la vie des prêtres dans plus de 1 350 diocèses, construire des chapelles, églises, lieux de catéchèse (dans plus de 70 pays les plus pauvres), assurer une formation pastorale pour plus de 33 000 séminaristes et 220 000 catéchistes, favoriser des projets d’éducation et d’évangélisation. Pour que vive l’Eglise, partout dans le monde.

La parole aux sans paroles - 6

Portrait de femme

Cette semaine, je vous propose le portrait d’une femme, que la vie a façonnée sans ménagement. D’épreuve en épreuve, Liberta s’est forgée, elle est devenue une vraie guerrière. Aujourd’hui encore, elle se bat pour un meilleur avenir.

D’où viens-tu ?

« J’ai été adoptée, avec mon frère, par ma grande tante, la sœur de ma grand-mère. J’ai grandi dans les îles, à Anaa, avec ce frère-là. ».

Pourquoi es-tu dans la rue ?

« Quand je suis entrée au collège, je suis venue ici, à Tahiti. Et j’ai chuté. Comme, j’avais eu des attouchements. J’avais 8 ou 9 ans. C’était un voisin à Anaa, un beau-cousin à mon papa. Et comme mes deux grandes sœurs de lait allaient souvent chez lui pour boire ».

Tu l’as dénoncé ?

« Non, j’ai rien dit. À l’époque, ma grand-mère était déjà morte, il ne restait que mon grand-père. Ce n’est qu’en 2012, j’étais retournée à Anaa et, à chaque fois que je suis à Anaa, je bois, je pleure. Ce jour-là j’étais saoule, j’ai dit à ma grande sœur. Elle m’a demandé pourquoi je n’avais pas dit bien avant. J’avais peur ! J’ai appris que l’homme qui m’avait fait ça était décédé. ».

Tu lui en veux encore ?

« Oui. Mais j’en veux plus à mes parents, à ma maman, de m’avoir donnée. S’ils m’avaient gardée, rien de tout ça serait arrivé. Je n’ai pas compris pourquoi. Ma maman a refait sa vie, elle a eu d’autres enfants. Je me suis toujours sentie abandonnée. Un jour, j’ai carrément dit des grossièretés à ma mère, normalement ça ne se fait pas. J’ai été dure. J’ai dit que si c’était comme ça, il ne fallait pas me faire ou alors avorter. Moi, je n’ai pas demandé à venir au monde. Elle était choquée. Pour moi, d’’un côté, ça m’a fait du bien mais on dirait que ce n’était pas assez. Heureusement qu’il y avait ma grand-mère et mon grand-père. Je les aime beaucoup. C’était même moi la “chouchou” de ma grand-mère. Elle était toujours là pour me dire Fait attention. Il ne faut pas faire ça.Au moins, elle, elle s’inquiétait pour moi ! Grâce à elle, j’ai pu avoir confiance en moi. Mais pas assez. ».

Où est ton frère, celui avec qui tu as grandi ?

« Il s’est installé à Bora Bora avec sa femme et ses enfants.

Et tu ne veux pas le rejoindre ?

Non, j’ai l’habitude de vivre seule, je préfère vivre seule. Je dois assumer mes problèmes toute seule ».

Et ton école ?

« Je suis entrée en sixième à Henri Hiro, j’ai fait sixième, cinquième. Mais je ne faisais que des conneries. Je venais dans la rue, après je retournais chez moi. J’ai fait ça jusqu’à 14, 15 ans. Après je suis restée avec un mec de la rue. C’est comme ça que je suis arrivée dans la rue. Et petit à petit, ça m’a appris à m’endurcir, avec tout le bordel dans ma vie. Je n’ai pas eu de chance dans ma vie ».

Aujourd’hui, comment tu te débrouilles dans la rue ? Tu vas mendier ?

« Seulement à mes amis, je demande un peu de sous. Mais je n’aime pas mendier quand je ne connais pas. J’ai honte ! ».

Le plus dur dans la rue ?

« C’est quand les gens te regardent. Tu vois bien à leur regard qu’ils te jugent, alors que personne n’est parfait en ce monde. Personne n’a le droit de juger ».

Où dors-tu ?

« (devant le centre de jour), j’ai une tente. Quand il fait chaud, je dors à la belle étoile. Quand il ne pleut pas. (Rires). Mais en ce moment, en journée, on nous chasse seulement. Comme quelqu’un a fait une connerie, tout le monde ramasse. C’est comme ça. Maintenant on est mal vu. À chaque fois, on voit dans la Dépêche, SDF. C’est la faute aux SDF ! »

Et au niveau travail ? Tu en cherches un ?

« Lundi, je commence une formation de remise à niveau. L’année dernière, j’avais eu un C.A.E d’un an, j’ai terminé, là, en juin. J’étais à l’équipement, parcs et jardins. On s’occupait de l’embellissement, des jardins de Paofai jusqu’à la place Chirac, et même les parterres  au milieu de la route jusqu’à la RDO, tous les ronds-points où il y a des fleurs. On nettoyait, on ratissait. Quand mon contrat s’est terminé, j’ai fait une demande de renouvellement. Et attendant, je me suis quand même inscrite à des formations. Et voilà, mon contrat n’est pas renouvelé, et comme ils n’embauchent pas. Donc je vais faire ma formation. C’est sur 3 mois et c’est rémunéré.

Là, le centre de jour me propose d’aller voir soit mon père soit ma mère pour une attestation pour avoir un bout de terrain. Comme ça, je pourrais faire ma maison. J’ai appelé mon neveu, comme je n’ai pas de moyens de locomotion. Il va m’amener chez mon papa. Je n’ai pas besoin d’une grande maison, juste une chambre,  une petite cuisine, salle de bain, c’est tout ! Si mon papa fait ça, je ne serai plus dans la rue. C’est vrai que lui et moi, c’est compliqué mais ça va mieux ».

Comment tu vois ta vie dans dix ans ?

« Bin, si je ne me bouge pas, je serais encore dans la rue. Si je travaille, je me vois déjà dans dix ans dans ma maison, avec mon mari, mon chien ».

Des enfants ?

« Non, je ne veux pas d’enfants ».

Pourquoi ?

« J’ai peur de faire la même chose que ma maman ».

Sinon, tu m’adoptes ! (Rires). Je voulais la faire rire, tant l’adoption est une blessure bien vive chez Liberta.

La meilleure chose qui te soit arrivé dans la rue.

« C’est d’avoir connu Père Christophe. Parce qu’à chaque fois que j’ai des problèmes, je peux me confier à lui. C’est le seul qui m’aide, qui me renseigne, qui me conseille ».

Et à part lui ?

« Il n’y a personne ! Bien avant ça, j’étais dans l’alcool, dans la drogue, la drogue dure. Je n’arrive pas à manger. Je ne pesais que 55kgs. C’est Père qui m’a aidée. Je ne sais pas comment il a su. Un jour, il m’a dit d’arrêter, sinon j’aurais beaucoup de problèmes. Comme je faisais n’importe quoi pour avoir ma dose. Ça était dur pour moi ! Père m’a conseillé d’aller voir un psychologue, on m’a donné des calmants. Je faisais des crises ».

Et tout ça dans la rue ?

« Oui, j’ai toujours été dans la rue. Ça fait quinze ans maintenant. Toutes mes copines, mes anciennes copines, ont fait leur vie. Sauf moi ! Il ne reste que moi ! »

Tu disais que tu étais restée avec un gars de la rue, tu es encore avec lui ?

« Non. Là, je suis avec quelqu’un. Ça se passe bien. »

Et si tu pouvais changer une chose à ta vie…

« Effacer ma mémoire depuis mon attouchement. Parce que parfois, ça revient. Quand mon copain me caresse. Alors je le repousse. Je lui ai dit pourquoi. Mais il répond que normalement dans un couple, il y a des câlins. Mais moi je n’aime pas ! On peut se disputer seulement à cause de ça. Je suis méfiante des hommes et je n’aime pas trop quand on me touche. Tu sais, j’ai fait des tentatives de suicide, surtout lorsque je buvais. Quand j’étais saoule, je me tailladais. Et quand j’étais en manque de drogue.

Dans la vie, il y a des hauts, il y a des bas. Mais la vie continue malgré tout. Je suis contente d’avoir pu tenir. »

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2015

L’Église a besoin de nouveaux filets

Audience générale du mercredi 7 octobre 2015 – Pape François

L'Église a besoin de nouveaux filets : « Non pas un filet qui rend prisonniers, mais qui libère des eaux mauvaises de l’abandon et de l’indifférence », explique le pape François dans sa catéchèse.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Le synode des évêques a débuté il y a quelques jours, sur le thème : « La vocation et la mission de la famille dans l’Église et dans le monde contemporain ». La famille qui chemine sur les voies du Seigneur est fondamentale pour son témoignage de l’amour de Dieu et c’est pour cela qu’elle mérite tout le dévouement dont l’Église est capable. Le synode est appelé à interpréter, pour aujourd’hui, cette sollicitude et ce soin de l’Église. Accompagnons tout ce chemin synodal, avant tout par notre prière et notre attention. Et en cette période, les catéchèses seront des réflexions inspirées de certains aspects de la relation – que nous pouvons vraiment dire indissoluble – entre l’Église et la famille, l’horizon ouvert sur le bien de la communauté humaine tout entière.

Un regard attentif sur la vie quotidienne des hommes et des femmes d’aujourd’hui montre immédiatement le besoin, qu’on retrouve partout, d’une forte injection d’esprit familial. En effet, le style des relations – civiles, économiques, juridiques, professionnelles, de citoyenneté – apparaît très rationnel, formel, organisé, mais aussi très « déshydraté », aride, anonyme. Il devient parfois insupportable. Tout en voulant être inclusif dans les formes, dans la réalité il abandonne à la solitude et au rebut un nombre toujours plus grand de personnes.

Voilà pourquoi la famille ouvre, pour la société entière, une perspective bien plus humaine : elle ouvre les yeux des enfants sur la vie – et pas seulement le regard, mais aussi tous les autres sens – représentant une vision de la relation humaine édifiée sur la libre alliance d’amour. La famille introduit au besoin des liens de fidélité, de sincérité, de confiance, de coopération et de respect ; elle encourage à projeter un monde habitable et à croire dans les rapports de confiance, y compris dans des conditions difficiles ; elle enseigne à honorer la parole donnée, le respect des personnes individuelles, le partage des limites personnelles et de celles des autres. Et nous sommes tous conscients du caractère irremplaçable de l’attention familiale à l’égard des membres plus petits, plus vulnérables, plus blessés et jusqu’à ceux qui ont mené les vies les plus désordonnées. Dans la société, ceux qui adoptent ces attitudes, les ont assimilées à partir d’un esprit de famille et certainement pas de la compétition et du désir de réalisation personnelle.

Eh bien, bien que l’on sache tout cela, on ne donne pas à la famille le poids qui lui est dû – avec la reconnaissance et le soutien – dans l’organisation politique et économique de la société contemporaine. Je dirais même plus : la famille non seulement ne reçoit pas une juste reconnaissance mais elle ne génère pas non plus d’apprentissage ! Parfois, on aurait envie de dire que, avec toute sa science et sa technique, la société moderne n’est pas encore en mesure de traduire ces connaissances en de meilleures formes de coexistence civile. Non seulement l’organisation de la vie commune s’échoue de plus en plus dans une bureaucratie totalement étrangère aux liens humains fondamentaux, mais les mœurs sociales et politiques donnent souvent des signes de dégradation – agressivité, vulgarité, mépris – qui sont bien en-dessous du seuil d’une éducation familiale même minimale. Dans ces circonstances, les extrêmes opposés de cet avilissement des relations – à savoir la stupidité technocratique et le « familisme amoral » – se conjuguent et s’alimentent mutuellement. C’est un paradoxe.

L’Église distingue aujourd’hui, sur ce point précis, le sens historique de sa mission à l’égard de la famille et d’un authentique esprit de famille : en commençant par une révision attentive de vie qui la concerne elle-même. On pourrait dire que l’« esprit familial » est la charte constitutionnelle de l’Église : c’est ainsi que doit apparaître le christianisme, et c’est ainsi qu’il doit être. C’est écrit clairement : « Vous qui autrefois étiez loin, dit saint Paul, […] vous n’êtes plus des étrangers ni des gens de passage, vous êtes concitoyens des saints, vous êtes membres de la famille de Dieu » (Ép 2,19). L’Église est et doit être la famille de Dieu.

Quand Jésus appela Pierre à le suivre, il lui dit qu’il allait faire de lui un « pêcheur d’hommes » ; et pour cela, il faut un nouveau type de filets. Nous pourrions dire qu’aujourd’hui les familles sont un des filets les plus importants pour la mission de Pierre et de l’Église. Ce n’est pas un filet qui emprisonne, celui-ci. Au contraire, il libère des eaux mauvaises de l’abandon et de l’indifférence qui noient beaucoup d’êtres humains dans la mer de la solitude et de l’indifférence. Les familles savent bien ce qu’est la dignité de se sentir fils et filles et non esclaves ou étrangers, ou seulement un numéro de carte d’identité.

C’est à partir de là, de la famille, que Jésus recommence son passage parmi les êtres humains pour les persuader que Dieu ne les a pas oubliés. C’est à partir de là que Pierre trouve la force pour son ministère. À partir de là que l’Église, obéissant à la parole de son Maître, sort pêcher au large, certaine que, si la pêche a lieu, elle sera miraculeuse. Puisse l’enthousiasme des Pères synodaux, animés par l’Esprit-Saint, susciter l’élan d’une Église qui abandonne ses vieux filets et se remet à pêcher, confiante dans la parole de son Seigneur. Prions intensément pour cela ! Le Christ, d’ailleurs, a promis et nous redonne du courage : si même de mauvais pères ne refusent pas le pain à leurs enfants affamés, imaginons-nous si Dieu ne donnera pas l’Esprit à ceux qui, bien que imparfaits, le demandent avec une insistance passionnée (cf. Lc 11,9-13) !

© Libreria Editrice Vaticana - 2015

Le Pape François appelle à prier pour ceux qui ont faim

Rencontre avec les membres de la fondation « banco alimentare »

La Fondation italienne « Banco alimentare », Banque alimentaire, est un réseau de charité fondée il y a 25 ans par un patron de l’industrie alimentaire auquel collaborent des bénévoles et des associations. Objectif : lutter contre le gaspillage alimentaire, récupérer les produits comestibles et les distribuer aux familles et aux personnes qui sont dans la gêne.

Chers frères et sœurs bonjour !

Je suis heureux de vous rencontrer tous, vous les associations et individus qui collaborez à ce grand réseau de charité appelé Fondation « Banco alimentare ». Je salue aussi ceux qui suivent cette rencontre de la place Saint-Pierre. Depuis 25 ans, vous êtes engagés quotidiennement, comme volontaires, sur le front de la pauvreté. Vous luttez principalement contre le gaspillage de la nourriture que vous récupérez et distribuez aux familles en difficulté et aux personnes indigentes. Je vous remercie pour ce que vous faites et vous encourage à persévérer dans cette voie.

Aujourd’hui la faim a pris les dimensions d’une vrai « scandale » qui menace la vie et la dignité de tant de personnes – hommes, femmes, enfants et personnes âgées. Chaque jour, nous sommes confrontés à cette injustice, je dirais même plus à ce péché. Dans un monde pourtant riche en ressources alimentaires, qui le doit d’ailleurs aux énormes progrès de la technologie, trop de personnes manquent encore de biens de première nécessité ; et pas seulement dans les pays pauvres, mais de plus en plus dans les sociétés riches et développées. La situation s’est aggravée avec l’augmentation des flux migratoires qui amènent en Europe des milliers de réfugiés, ayant fui leurs pays et qui ont besoin de tout. Face à un problème aussi démesuré, résonnent les paroles de Jésus : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger » (Mt 25,35). Nous voyons dans l’Évangile que le Seigneur, qui s’est aperçu que les foules venues l’écouter avaient faim, n’ignore pas le problème et ne se met pas non plus à faire de beaux discours sur la lutte contre la pauvreté, mais fait un geste qui étonne tout le monde : il prend ce peu que les disciples ont apporté avec eux, le bénit, et fait une telle multiplication de pains et de poissons que ceux-ci repartirent avec « douze paniers pleins » » (Mt 14,20-21).

Nous ne pouvons pas accomplir de miracle comme l’a fait Jésus, mais nous pouvons faire quelque chose face à l’urgence de la faim, quelque chose de humble, et qui a la force d’un miracle. Tout d’abord, nous pouvons nous éduquer à l’humanité, apprendre à reconnaître l’humanité qui est dans toute personne ayant besoin de tout. C’est peut-être à cela que pensait Danilo Fossati, l’entrepreneur du secteur alimentaire et fondateur du Banco alimentare, quand il est allé confier à Don Giussani sa gêne de voir qu’en Italie on détruisait tant de produits encore comestibles alors que le pays souffrait la faim. Don Giussani, frappé par cet homme, a dit : « Il m’est arrivé rarement de rencontrer un homme puissant qui décide de donner sans rien demander en échange et je n’avais jamais connu un homme qui donnait sans vouloir paraître. (…) C’est à lui que l’on doit cette Banque alimentaire. Jamais publiquement, toujours sur la pointe des pieds, il l’a suivie depuis sa fondation. »

Votre initiative, qui fête ses 25 ans, est enracinée dans le cœur de ces deux hommes, qui n’ont pas été indifférents aux cris des pauvres. Et ils ont compris que quelque chose devait changer dans la mentalité des personnes, que les murs de l’individualisme et de l’égoïsme devaient être abattus. Continuez cette œuvre avec confiance, en pratiquant la culture de la rencontre et du partage. Certes, votre contribution peut vous paraître comme une goutte d’eau dans l’océan, mais en réalité elle est précieuse ! Comme vous, d’autres se donnent du mal, et cela fait monter les eaux du fleuve qui nourrit l’espérance de millions de personnes.

Jésus lui-même nous invite à faire de la place à l’urgence de « donner à manger aux affamés » dans notre cœur, et l’Église en a fait une des œuvres de miséricorde corporelle. Partager ce que nous avons avec ceux qui n’ont pas les moyens de satisfaire un besoin aussi élémentaire, nous éduque à cette charité qui est un don débordant de passion pour la vie des pauvres que le Seigneur nous fait rencontrer.

Partageant la nécessité du pain quotidien, vous rencontrez chaque jour des centaines de personnes. N’oubliez pas que ce sont des personnes, pas des numéros, chacun avec son fardeau de souffrance parfois si difficile qu’il est impossible à porter. En ayant toujours cela à l’esprit, vous saurez les regarder en face, les regarder dans les yeux, serrer leur main, deviner en eux la chair du Christ et les aider aussi à reconquérir leur dignité et à se remettre debout. Je vous encourage à être pour les pauvres des frères et des amis, à leur faire sentir qu’ils sont importants aux yeux de Dieu. Que les difficultés que vous rencontrez sûrement ne vous découragent pas mais vous induisent à vous soutenir encore plus les uns les autres, dans une belle compétition de charité.

Que la Vierge Marie, Mère de la charité, vous protège. Et que ma bénédiction vous accompagne. Et je vous demande, à vous aussi, s’il vous plaît, de prier pour moi. Merci !

Tous ensemble prions la Vierge Marie. Et je vous suggère une chose : en priant la Vierge et en recevant la bénédiction, pensez à une personne, à deux ou trois, que nous connaissons, qui ont faim et ont besoin du pain quotidien. Ne pas penser à nous, demander à la Vierge pour eux. Que le Seigneur les bénisse.

© Libreria Editrice Vaticana - 2015

La dimension missionnaire, intrinsèque à toute forme de vie consacrée

Message du pape François pour la Journée Mondiale des Missions - 2015

Le message du pape François pour la Journée missionnaire mondiale 2015 – qui se célèbre le 18 octobre prochain – se situe dans le cadre de l’Année de la vie consacrée : la dimension missionnaire est intrinsèque à toute forme de vie consacrée, écrit le pape François.

Chers frères et sœurs,

La Journée missionnaire mondiale 2015 a lieu dans le cadre de l’Année de la Vie consacrée et en reçoit un élan pour la prière et la réflexion. En effet, si tout baptisé est appelé à rendre témoignage au Seigneur Jésus en annonçant la foi reçue en don, cela vaut de manière particulière pour la personne consacrée, parce qu’un lien fort subsiste entre la vie consacrée et la mission. La sequela Christi, qui a suscité l’avènement de la vie consacrée au sein de l’Église, répond à l’appel à prendre la croix et à se mettre à sa suite, à imiter sa consécration au Père et ses gestes de service et d’amour, à perdre la vie pour la retrouver. Et puisque toute l’existence du Christ a un caractère missionnaire, les hommes et les femmes qui le suivent de plus près assument pleinement ce même caractère.

La dimension missionnaire, en ce qu’elle appartient à la nature même de l’Église, est également intrinsèque à toute forme de vie consacrée, et ne peut être négligée sans créer un vide qui défigure le charisme. La mission n’est pas prosélytisme ou simple stratégie. Elle fait partie de la « grammaire » de la foi. Il s’agit de quelque chose d’indispensable pour celui qui se met à l’écoute de la voix de l’Esprit qui murmure « viens » et « va ». Celui qui suit le Christ ne peut que devenir missionnaire, et il sait que Jésus « marche avec lui, parle avec lui, respire avec lui, travaille avec lui. Il ressent Jésus vivant avec lui au milieu de l’activité missionnaire » (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 266).

La mission est passion pour Jésus Christ et, en même temps, passion pour les personnes. Lorsque nous nous tenons en prière devant Jésus crucifié, nous reconnaissons la grandeur de son amour qui nous donne dignité et nous soutient et, en même temps, nous percevons que cet amour qui part de son cœur transpercé s’étend à tout le peuple de Dieu et à l’humanité entière. Ainsi nous sentons qu’il veut aussi se servir de nous pour arriver toujours plus près de son peuple bien-aimé (cf. ibid., n. 268) et de tous ceux qui le cherchent avec un cœur sincère. Dans le commandement de Jésus « Allez » sont présents les scénarios et les défis toujours nouveaux de la mission évangélisatrice de l’Église. En elle, tous sont appelés à annoncer l’Évangile par le témoignage de la vie. Aux consacrés, il est demandé en particulier d’écouter la voix de l’Esprit qui les appelle à aller vers les grandes périphéries de la mission, parmi les peuples auxquels n’est pas encore parvenu l’Évangile.

Le cinquantième anniversaire du Décret conciliaire Ad gentes nous invite à relire et à méditer ce document qui suscita un fort élan missionnaire au sein des Instituts de vie consacrée. Dans les communautés contemplatives fut remise en évidence la figure de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, patronne des missions, en tant qu’inspiratrice du lien intime entre la vie contemplative et la mission. Pour de nombreuses congrégations religieuses de vie active, le désir missionnaire provenant du Concile Vatican II se traduisit par une extraordinaire ouverture à la mission ad gentes, souvent accompagnée par l’accueil de frères et sœurs provenant des terres et des cultures rencontrées dans le cadre de l’évangélisation, au point qu’aujourd’hui, il est possible de parler d’une interculturalité diffuse au sein de la vie consacrée. C’est pourquoi il est urgent de proposer à nouveau l’idéal de la mission dans son aspect central : Jésus Christ, et dans son exigence : le don total de soi en vue de l’annonce de l’Évangile. Il ne peut exister de compromis à ce propos : celui qui, avec la grâce de Dieu, accueille la mission, est appelé à vivre de mission. Pour ces personnes, l’annonce du Christ, au sein des multiples périphéries du monde, devient la manière de vivre à sa suite et récompense de beaucoup de fatigues et de privations. Toute tendance à dévier de cette vocation, même si elle est accompagnée de nobles motivations liées aux nombreuses nécessités pastorales, ecclésiales ou humanitaires, ne s’accorde pas avec l’appel personnel du Seigneur au service de l’Évangile. Dans les Instituts missionnaires, les formateurs sont appelés tant à indiquer avec clarté et honnêteté cette perspective de vie et d’action qu’à faire autorité en ce qui concerne le discernement de vocations missionnaires authentiques. Je m’adresse surtout aux jeunes, qui sont encore capables de témoignages courageux et d’entreprises généreuses et parfois à contre-courant : ne vous laissez pas voler le rêve d’une vraie mission, d’une sequela Christi qui implique le don total de soi. Dans le secret de votre conscience, demandez-vous quelle est la raison pour laquelle vous avez choisi la vie religieuse missionnaire et mesurez votre disponibilité à l’accepter pour ce qu’elle est : un don d’amour au service de l’annonce de l’Évangile, en vous souvenant que, avant d’être un besoin pour ceux qui ne le connaissent pas, l’annonce de l’Évangile est une nécessité pour celui qui aime le Maître.

Aujourd’hui, la mission se trouve face au défi de respecter le besoin de tous les peuples de repartir de leurs propres racines et de sauvegarder les valeurs de leurs cultures respectives. Il s’agit de connaître et de respecter d’autres traditions et systèmes philosophiques et de reconnaître à chaque peuple et culture le droit d’être aidé par sa propre tradition dans la compréhension du mystère de Dieu et dans l’accueil de l’Évangile de Jésus, qui est lumière pour les cultures et force transformante pour ces dernières.

A l’intérieur de cette dynamique complexe, nous posons la question : « Qui sont les destinataires privilégiés de l’annonce évangélique ? » La réponse est claire et nous la trouvons dans l’Évangile lui-même : les pauvres, les petits et les infirmes, ceux qui sont souvent méprisés et oubliés, ceux qui n’ont pas de quoi payer de retour (cf. Lc 14,13-14). L’évangélisation s’adressant de manière préférentielle à eux est signe du Royaume que Jésus est venu apporter : « Il existe un lien inséparable entre notre foi et les pauvres. Ne les laissons jamais seuls » (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 48). Ceci doit être clair en particulier pour les personnes qui embrassent la vie consacrée missionnaire : par le vœu de pauvreté, elles choisissent de suivre le Christ dans sa préférence, non pas idéologiquement, mais comme lui, en s’identifiant avec les pauvres, en vivant comme eux dans la précarité de l’existence quotidienne et dans le renoncement à l’exercice de tout pouvoir pour devenir frères et sœurs des derniers, leur apportant le témoignage de la joie de l’Évangile et l’expression de la charité de Dieu.

Pour vivre le témoignage chrétien et les signes de l’amour du Père parmi les petits et les pauvres, les consacrés sont appelés à promouvoir dans le service de la mission la présence des fidèles laïcs. Déjà le Concile œcuménique Vatican II affirmait : « Les laïcs coopèrent à l’œuvre d’évangélisation de l’Église et participent à titre de témoins, et en même temps d’instruments vivants à sa mission salvifique » (Ad gentes, n. 41). Il est nécessaire que les consacrés missionnaires s’ouvrent toujours plus courageusement à ceux qui sont disposés à collaborer avec eux, même pour un temps limité, pour une expérience sur le terrain. Ce sont des frères et des sœurs qui désirent partager la vocation missionnaire inhérente au Baptême. Les maisons et les structures des missions sont des lieux naturels pour leur accueil et leur soutien humain, spirituel et apostolique.

Les Institutions et les Œuvres missionnaires de l’Église sont totalement placées au service de ceux qui ne connaissent pas l’Évangile de Jésus. Pour réaliser efficacement ce but, elles ont besoin des charismes et de l’engagement missionnaire des consacrés, tout comme les consacrés ont besoin d’une structure de service, expression de la sollicitude de l’Évêque de Rome, pour garantir la koinonia, de sorte que la collaboration et la synergie fassent partie intégrante du témoignage missionnaire. Jésus a posé l’unité des disciples comme condition pour que le monde croie (cf. Jn 17, 21). Une telle convergence n’équivaut pas à une soumission juridique et organisationnelle à des organismes institutionnels ou bien à une mortification de la fantaisie de l’Esprit qui suscite la diversité mais signifie donner plus d’efficacité au message évangélique et promouvoir cette unité d’intentions qui est, elle aussi, fruit de l’Esprit.

L’œuvre missionnaire du Successeur de Pierre a un horizon apostolique universel. C’est pourquoi elle a également besoin des nombreux charismes de la vie consacrée pour s’adresser au vaste horizon de l’évangélisation et être en mesure d’assurer une présence adéquate aux frontières et dans les territoires atteints.

Chers frères et sœurs, la passion du missionnaire est l’Évangile. Saint Paul pouvait affirmer : « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile » (1 Co 9, 16). L’Évangile est source de joie, de libération et de salut pour tout homme. L’Église est consciente de ce don et elle ne se lasse donc pas d’annoncer continuellement à tous « ce qui était au commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux » (1 Jn 1, 1). La mission des serviteurs de la Parole – évêques, prêtres, religieux et laïcs – est celle de mettre tout un chacun, sans aucune exception, en rapport personnel avec le Christ. Dans l’immense champ de l’action missionnaire de l’Église, chaque baptisé est appelé à vivre au mieux son engagement, selon sa situation personnelle. Une réponse généreuse à cette vocation universelle peut être offerte par les consacrés et les consacrées au travers d’une intense vie de prière et d’union avec le Seigneur et avec son sacrifice rédempteur.

Alors que je confie à la Très Sainte Vierge Marie, Mère de l’Église et modèle missionnaire, tous ceux qui, ad gentes ou sur leur propre territoire, dans tous les états de vie, coopèrent à l’annonce de l’Évangile, j’envoie de tout cœur à chacun la Bénédiction apostolique.

Du Vatican, 24 mai 2015
- Solennité de la Pentecôte

François

© Libreria Editrice Vaticana - 2002

Saint Damien de Molokai, le Père des lépreux

Saint patron de l’Association Ordre de Malte – Polynésie française

À la demande de l’Association de l’Ordre de Malte – Polynésie française, le R.P. Jean-Pierre COTTANCEAU déclarera officiellement Saint Damien de Molokai, patron de l’Association au cours de la messe du samedi 9 octobre 2015, à la Cathédrale. À Cette occasion, un bref rappel de l’œuvre du Père Damien auprès des Lépreux.

 

DAMIEN ET LA LEPROSERIE DE MOLOKAI

Un combat contre toutes les exclusions

Pour freiner la propagation de la lèpre le gouvernement décide, en 1866, de déporter à Molokaï, une île voisine, tous ceux et celles qui sont atteints de ce mal alors incurable. Les lépreux sont mis dans une sorte de prison naturelle. Une langue de terre entourée par l'océan et séparée du reste de l'île par une barrière montagneuse infranchissable. En 1873, 797 lépreux avaient déjà été « isolés » et, sur le nombre, en sept ans, 311 étaient morts dans l'abandon presque total. 1873, c'est aussi cette année là où le norvégien Hansen découvre le bacille de la lèpre.

Le sort des lépreux préoccupe toute la mission. L'évêque, Mgr Maigret ss.cc, en parle à ses prêtres. Pour ne pas les exposer à un péril mortel, il ne veut y envoyer personne au nom de l'obéissance. Les quatre plus jeunes missionnaires se présentent : ils iront à tour de rôle visiter et assister les malheureux lépreux dans leur détresse.

Damien est le premier à partir. Il expliquera plus tard son choix dans une lettre : « Ayant déjà passé sous le drap mortuaire le jour de mes vœux, je crus de mon devoir de m'offrir à Sa Grandeur, qui n'eut pas la cruauté de commander un tel sacrifice ».

Le samedi 10 mai 1873, son bateau accoste à Kalaupapa, sur l'île Molokaï. Mgr Maigret présente le Père Damien aux lépreux. La nouvelle fit les grands titres des journaux d'Hawaï. Ce soir du 10 mai, le Père Damien n'a pour bagage que son bréviaire et son chapelet, dort à l'abri d'un pandanus, à côté de l'église Sainte-Philomène. Alors que Damien devait passer deux à trois semaines à Kalawao, dès le 12 mai, il écrit une lettre à son supérieur : « Il doit y avoir un prêtre résidant dans ce poste... Vous connaissez ma disposition, je veux me sacrifier aux pauvres lépreux ! » À sa demande et selon le désir des lépreux, il restera définitivement à Molokaï. Damien a 33 ans.

Pendant 16 ans, jusqu'à sa mort, Damien s'est enfermé, jusqu'à s'ensevelir, avec les lépreux de l'île de Molokaï. Pour le missionnaire, c'est l'aboutissement d'un cheminement intérieur.

Dévorés vivants par une horrible maladie, sans perspective de guérison, abandonnés des leurs, livrés à eux-mêmes, ils étaient devenu une jungle où les forts écrasaient les faibles. Le cœur de Damien s'est ému à la vue d'une telle détresse, il a rejoint ces déshérités et s'est fait l'un d'entre eux : « Nous autres Lépreux », disait-il dans ces prédications. Damien a épousé au nom du Christ la cause des lépreux : « Je me fais lépreux avec les lépreux ».

Chaque jour, il leur rend visite, les encourage par sa bonne humeur, leur procure des vivres, des vêtements chauds et des médicaments. Avec l'aide des plus valides, il construit des maisons, un orphelinat et une église. Il agrandit l'hôpital et le dote d'une installation pour les bains thérapeutiques. Il encourage l'agriculture et, pour agrémenter les loisirs, il fonde une fanfare. Il se préoccupe aussi des morts, à qui il procure des funérailles décentes. Pour les plus pauvres, il va même jusqu'à fabriquer des cercueils.

Il obtient une aide accrue du gouvernement pour aménager une route et une conduite d'eau. Il fait venir d'Europe de l'aide matérielle. Par sa présence et par son action, sa gaieté, son sourire, un revirement se produit ; l'ambiance de la léproserie est transformée : à la désespérance succède une étonnante joie de vivre.

Tout compte fait, l'essentiel pour la léproserie, c'est, écrit-il, « une grande bonté pour tous, une tendre charité pour les nécessiteux, une douce compassion pour les infirmes et les mes moribonds, avec une solide instruction à mes auditeurs ». Toute l'action pastorale de Damien vise à redonner le goût de vivre. Le Christ s'est fait proche des lépreux pour guérir leur corps et leur redonner goût à la vie. Les « idées noires » de Kohala sont désormais bien loin. Damien rend l'amour plus contagieux que la lèpre !

La charge pastorale de toute l'île est difficile pour Damien. Ainsi, il demande de l'aide, un second. De plus, il ne pouvait se confesser que de temps en temps, en allant à Honolulu. Mgr Maigret nomme le Père André Burgerman, un hollandais de 43 ans, mais qui aura la charge du reste de l'île, pas celle de Kalawao. Damien aura un confesseur désormais, mais à une journée de marche...

Burgerman, qui s'était mis en tête de quitter la Congrégation, est rappelé par ses supérieurs à Honolulu. Après un an et demi d'attente, en 1881, un normand de 56 ans, rejoint le père Damien : le Père Albert Montiton (qui a passé déjà plus de 25 ans dans l'archipel des Tuamotu. Avec lui, il a apporté un harmonium qui fait la joie des lépreux. Montiton quitte l'île en 1885. Damien est une nouvelle fois sans confesseur.

Le 17 mai 1888, arrive l'Abbé Conrardy, un prêtre belge originaire de Liège qui a entendu parler de l'action de Damien alors qu'il était en mission dans les Rocheuses aux USA. Damien a désormais auprès de lui un prêtre.

Quelques mois plus tard, le 14 novembre 1888, trois religieuses franciscaines de Syracuse prennent la direction de l'orphelinat pour jeunes filles à Kalaupapa : Mère Marianne Cope (béatifiée en 2005), sœur Leopoldina Burns et sœur Vincentia McCormick. Un prêtre est désigné pour être leur aumônier : le Père Wendelin Moellers, un allemand de 38 ans.

L'OEUVRE DE DAMIEN SE PROPAGE DANS LE MONDE

En son temps, le Père Damien était aussi célèbre que Mère Teresa

L'arrivée de Damien à la léproserie n'était pas passée inaperçue à Honolulu, même au sein de la communauté protestante. Damien recevra beaucoup d'aide de leur part et voit les dons privés affluer. Les Sœurs des Sacrés-Cœurs, qui dirigent un collège dans la capitale, soutiendront son action. En avril 1874, Damien recevra un don important d'un Français. Sa présence parmi les lépreux est donc connue à cette époque-là. En effet, on parle de lui tant dans les journaux que dans les églises. Des sommes d'argent lui arrivent d'Europe et d'Amérique. En 1884, la Reine Kapiolani, organise elle-même envoie de dons à Kalawao.

Le plus étonnant et significatif dans cette aide, sont les gestes de solidarité d'un pasteur anglican, le révérend H. B. Chapman, recteur de la paroisse Saint Luc de Chamberwell, dans la banlieue de Londres. Il organise un envoi à « ce saint prêtre ». Il informe ses donateurs et ajoute : « toute discussion sur sa sublime charité serait simplement une irrévérence ». Chapman contribuera à faire connaître Damien de Molokaï dans toute l'Angleterre. Les lettres échangées entre les deux hommes témoignent d'un grand respect. Ces échanges manifestent chez Damien un changement : « le protestant n'est plus un “concurrent” mais un frère dans la Foi qui essaie de vivre le même Évangile d'amour ».

Des écrivains, des artistes et des médecins se succèderont à Molokaï pour rencontrer « Le Père des Lépreux ». Ch. W. Stoddard passe en 1884, et écrit un livre sur les lépreux de Molokaï. Edward Clifford, peintre protestant anglais, y séjourne en 1888 pendant une quinzaine de jours. Il met à profit son temps pour peindre le Père Damien. A son retour en Angleterre, il écrit un livre sur ce « héros ».

© ssccpicpus.fr - 2015

Méditation sur la Parole

Jésus fixa sur lui son regard et l’aima

Dans ce long extrait d’évangile, Marc poursuit l’enseignement de Jésus sur les exigences requises pour devenir son disciple. Cet enseignement a lieu sur la route en direction de Jérusalem où Jésus va subir son procès et être mis à mort.

Il y a trois éléments distincts dans cet évangile : l’appel du jeune homme riche, la difficulté d’entrer dans le royaume des cieux et la récompense accordée à ceux et celles qui suivent le Christ. Ces éléments ont été réunis par la tradition pour offrir une catéchèse sur l’attitude qu’on doit avoir vis-à-vis la richesse.

Le Christ répète continuellement que la richesse peut devenir un obstacle sur le chemin de vie chrétienne. « Le terrible pouvoir » de l’argent – nous le voyons aujourd’hui avec la Commission Charbonneau - est dénoncé par Jésus dans tout au long de sa prédication. Luc nous dit au chapitre 16, 13 : « Vous ne pouvez pas servir Dieu et Mammon » (Mammon est le nom araméen pour désigner le dieu argent). Dans la parabole du riche fermier, celui-ci devient «insensé» et s’imagine qu’avec son argent il peut se passer de Dieu (Luc 12, 16-20). Dans la parabole de la semence, le Christ nous dit que souvent la richesse étouffe la parole de Dieu et l’empêche de porter du fruit (Matthieu 13, 22). L’homme riche qui festoie tous les jours alors que Lazare se meurt à sa porte (Luc 16, 19-31) est un exemple qui indique comment la richesse peut nous rendre aveugle aux besoins des autres. Nulle part il est dit que le riche avait acquis ses richesses de façon malhonnête. Il est condamné parce que ses possessions l’ont rendu aveugle aux souffrances du pauvre qui se mourrait à sa porte, pendant que lui se payait le grand luxe et festoyait tous les jours.

L’important est de se libérer, chacun à sa façon, pour suivre le Christ.

L’histoire du jeune homme riche, dans l’évangile d’aujourd’hui, se termine mal ! « L’homme devint sombre et tout triste » : il a peur du couteau prêt à trancher dans ses sécurités. Il refuse « de partir vers une terre inconnue », comme l’avait fait Abraham autrefois, dans sa vieillesse.

Pour bien comprendre ce texte, il faut nous reporter à la tradition méditerranéenne. Pour nous, la richesse signifie avoir plein d’argent. Pour les pays entourant la Méditerranée, la richesse comprend d’abord et avant tout la famille, la maison, la terre. La fin de l’évangile d’aujourd’hui indique ce genre de richesse qui dépasse l’argent accumulé dans le compte bancaire : « Personne n’aura quitté, à cause de moi et de l’évangile, une maison, des frères, des sœurs, mère, enfants et terre, sans qu’il reçoive le centuple ». Le jeune homme riche est invité à partager l’argent qui le retient comme un boulet au pied, mais aussi à s’éloigner des valeurs de sa famille, valeurs qui l’empêchent d’être un disciple du Christ. Pour progresser dans la vie chrétienne, nous sommes invités à combattre les préjugés et certaines valeurs de notre famille. Nous devons aussi mettre de côté la suffisance religieuse qui s’apparente à celle des docteurs de la Loi, des pharisiens et des prêtres. Il est aussi pénible à de brillants théologiens, à de grands directeurs spirituels, riches de leur sagesse et de leur sainteté, qu’à un riche industriel ou un commerçant cossu, de se dépouiller pour marcher derrière Jésus.

Les détachements peuvent être différents, mais tous ils nous invitent à l’allègement pour suivre le Seigneur : Abraham a été appelé à quitter son pays, Pierre ses filets, Matthieu son bureau de douane, Élisée sa ferme, Nathanaël sa retraite. Pour chacun, les coûts sont élevés mais ils apportent une libération nécessaire. Jésus parle de ce genre de dépouillement dans la parabole de la perle et du trésor caché dans un champ. « Un homme ayant trouvé un trésor dans un champ s’en va ravi de joie vendre tout ce qu’il possède, et achète ce champ. » (Matthieu 13, 44-45) L’histoire du jeune homme riche nous rappelle qu’on ne peut se mettre à la suite du Seigneur en demeurant encombré de lourds bagages. « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ».

Nous constatons qu’en nous invitant à le suivre, Jésus ne met pas l’accent sur ce qu’on doit abandonner mais sur le bonheur que l’on découvre à le faire : « Un homme ayant trouvé un trésor s’en va ravi de joie ! ». La renonciation aux richesses n’est pas un but en soi mais simplement une exigence préalable pour devenir un disciple du Christ. Chacun et chacune doit renoncer à ce qui l’empêche de répondre à cette invitation : « Viens et suis moi ».

Jésus appelle d’abord et avant tout au dépassement. Pour l’homme riche, se dépasser eût été de se détacher de ses trop grands biens. Pour d’autres, ce sera d’oublier ses titres et ses réussites en affaires ou en politique, de changer sa façon de traiter les autres, de corriger son manque de générosité, son égoïsme, sa paresse, etc. L’important est de se libérer, chacun à sa façon, pour suivre le Christ. « Jésus fixa sur lui son regard et l’aima. »

© Cursillo - 2015