Pko 03.07.2016

Eglise cath papeete 1Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°37/2016

Dimanche 3 juillet 2016 – XIVème Dimanche du Temps ordinaire – Année C

Humeurs…

Il y a cinquante ans…

Deux cinquantièmes anniversaires en deux semaines… Érection de l’Archidiocèse de Papeete et le 1er tir thermonucléaire en Polynésie. Joie et larmes alternent… Espérances et inquiétudes pour demain se croisent…

En cinquante ans, cette jeune Église de Polynésie n’est pas restée silencieuse sur le fait nucléaire. Mais probablement n’a-t-elle pas toujours eu les paroles justes qu’elle aurait dû avoir. Il est plus facile pour nous aujourd’hui, avec le recul, de prendre la parole que lorsqu’elle se trouvait dans le feu de l’action. Il nous appartient aujourd’hui d’assumer le passé de cette Église qui est la nôtre s et que nous aimons. « L’Église est sainte, c’est nous qui sommes des pécheurs ! »

Le 7 juillet 2013, dans nos humeurs, nous disions : « Des erreurs nous en commettons tous… avec parfois des attitudes contradictoires. Alors que j’étais adolescent, j’ai manifesté mon opposition à l’installation de la 1ère centrale nucléaire dans mon beau pays d’Alsace… quelques années plus tard cela ne m’empêchait pas de m’engager dans la Marine nationale et de venir en Polynésie pour participer à la surveillance des essais, certes, non plus atmosphériques, mais essais tout de même. Quelques années plus tard encore, le 1er juillet 1995, je participais à la marche contre la reprise des essais à Tahiti au côté de Mgr Gaillot… erreur, aveuglement, lucidité se sont succédés… l’important est de le reconnaître ! »

Cette réalité, je crois n’est pas seulement mienne, mais celle de beaucoup d’entre nous… celle de l’Église aussi. Nous n’avons, ni à nous en glorifier, ni à nous en cacher… Reconnaissons simplement que nous n’avons pas toujours été les pasteurs dont le peuple de Dieu avait besoin…

Écoutons le pape François au retour de son dernier voyage en Arménie… : « Je crois que l’Église… doit demander aussi pardon aux pauvres, aux femmes et aux enfants exploités dans le travail ; elle doit demander pardon d’avoir béni tant d’armes… L’Église doit demander pardon de ne pas s’être comportée tant, tant de fois… - et quand je dis ‘‘l’Église’’ j’entends les chrétiens ;… Comme chrétiens, nous devons beaucoup demander pardon, et pas seulement pour cela. Pardon et non seulement des excuses ! “Pardon Seigneur !” : c’est une parole que nous oublions… » (Pape François – 27 juin 2016)

« L'Église se veut libre pour proclamer l'Évangile à des hommes libres : ni manipulation cléricale, ni récupération par les partis ou associations. Bâtir la Paix, c'est libérer son cœur des égoïsmes et de l'orgueil. Être artisan de paix, c'est vivre dans la vérité, la justice, la solidarité. Lutter pour la paix ne se déroule pas entre blocs opposés d'abord ; cela se joue au-dedans de nous, dans notre conscience, dans notre âme. Les conflits s'enracinent dans les convoitises et les passions agitant les cœurs ». (Père Paul HODÉE – Semeur tahitien 4 mars 1984)

Que ces cinquantenaires nous donnent de quoi construire ensemble la Polynésie de demain… sans amertume et dans la lumière de l’Évangile.

« La vérité vous rendra libre ». (Jn 8,32)

Chronique de la roue qui tourne

Visite du Délégué Apostolique à l’Accueil te vai-ete

« Une Église pauvre pour les pauvres »

Dès son élection, le Pape François a demandé une « Église pauvre pour les pauvres ». « Au lieu d’être seulement une Église qui accueille et qui reçoit en tenant les portes ouvertes, efforçons-nous d’être une Église qui trouve de nouvelles routes, qui est capable de sortir d’elle-même et d’aller vers celui qui ne la fréquente pas, qui s’en est allé ou qui est indifférent. »
Demande concrétisée à l’Accueil Te Vai-ete par la bénédiction d’un « Truck de la Miséricorde », devant une belle complicité de trois hommes d’Église : Monseigneur Martin Krebs, Délégué apostolique, venu à l’occasion du 50ème anniversaire de l’Archidiocèse de Papeete ; Père Jean-Pierre Cottanceau, Administrateur apostolique et Père Christophe.
Lors de cette petite cérémonie et devant une quarantaine de SDF, une grande partie des bénévoles et quelques membres de la chorale de la Cathédrale venus exprès, Monseigneur Martin Krebs a rappelé que l’Église doit être comme un hôpital militaire et non comme une clinique privée, comparaison empruntée au Pape François. Il a également salué le travail et les actions concrètes de l’équipe de l’Accueil Te Vai-ete. En effet, le « Truck de la Miséricorde » pérennisera le travail mené par la petite équipe de bénévoles, autour de Père Christophe, auprès des marginaux. Dépistage MST ou IST, distribution de repas, groupe de parole, discussions et interviews… Autant d’actions pour rendre à chacun son importance d’Homme. Autant de rencontres pour toucher d’un peu plus près la Miséricorde Divine. Autant de chemins appelés à se croiser pour nous rappeler notre lien de frères et sœurs.
Avec ses couleurs chatoyantes, le « Truck de la Miséricorde » se veut être un point d’eau dans notre désert de solitude. Mission mise en peinture sur le truck par l’artiste Jop’s. On y voit des oiseaux venant se poser sur une main tendue… pour mieux s’envoler par la suite.
Après la cérémonie, Monseigneur Martin Krebs et Père Jean-Pierre Cottanceau se sont portés volontaires pour servir le petit déjeuner à nos amis SDF. Un moment privilégié, en toute simplicité où la notion d’hôtes/invités s’est inversée le temps d’un repas… mais où tout le monde avait son importance !
Nathalie, porte-plume de nos amis de la rue a offert à Mgr Martin KREBS ainsi qu'au Père Jean-Pierre COTTANCEAU, un petit livret contenant l'ensemble des interviews de « Parole aux sans parole », en souvenir de cette matinée de Miséricorde.

La chaise masquée

© Nathalie SH – P.K.0 – 2016

Retour sur une visite

En marge de l’actualité du jeudi 30 juin 2016

Lors de sa visite parmi nous pour les 50 ans de notre diocèse, S.E Mgr Martin Krebs a eu l’occasion de nous interpeller sur notre façon de vivre notre Foi. À ceux qui s’impatientent de n’avoir pas d’évêque dans le diocèse, il redit cette parole du Christ à ses disciples : « Je ne vous laisse pas orphelins ». Il nous invite ainsi à la confiance, l’Église en Polynésie n’est pas oubliée. Nommer un évêque ne se fait pas à « pile ou face ». C’est une décision qui implique un certain nombre de responsables dans l’Église avant que le Saint Père ne se prononce. C’est une décision qui demande réflexion, et même si certains regrettent la lenteur du procédé, il faut louer la sagesse qui prévaut pour une décision de cette importance.

Dans le même temps, Mgr Krebs nous invite à ne pas nous lamenter, mais à relever nos manches pour prendre davantage en charge la vie de notre diocèse, que nous soyons laïcs, religieux, religieuses, prêtres. Certes, nous avons à nous confier au Christ et à la puissance de l’Esprit Saint, mais c’est par nous, par nos engagements que le Christ et l’Esprit agissent au milieu des hommes. C’est par nos mains, nos voix, notre regard et notre écoute que nous sommes des pierres vivantes de l’Église. Nous avons mission de témoigner de la miséricorde du Seigneur, par nos actes et par des moyens concrets. La visite de Mgr Krebs à l’accueil Te Vaiete est de ce point de vue, hautement significative.

Mgr Krebs nous a également invités à ne pas craindre les difficultés, à tenir bon dans l’annonce du message de l’Évangile, et pour cela, à rester toujours ouverts au dialogue et à la rencontre qui permettent d’avancer ensemble. À celui qui, en se proposant de le suivre, chercherait confort et sécurité, Jésus rappelle que « le fils de l’Homme n’a pas de pierre où reposer sa tête ». C’est à partir du monde tel qu’il est, avec ses grandeurs et ses laideurs, que nous devons construire et non en attendant les conditions idéales d’un monde rêvé… Nous risquerions d’attendre longtemps !

Cette semaine s’ouvrent les « écoles de Juillet » qui vont rassembler pendant un mois des laïcs, hommes, femmes, jeunes, désireux de se former et d’approfondir leur connaissance de la Foi. Mgr Krebs a relevé la chance que notre diocèse avait de pouvoir fournir cette formation, et l’importance de ces écoles pour la vie de notre Église locale. C’est une belle façon de relever nos manches pour participer plus activement au dynamisme de nos communautés, c’est une façon de relever le défi de la formation et de croire que chacun peut apporter sa contribution en se préparant aux responsabilités qui lui seront confiées. Que ces écoles de Juillet soient pour les participants un temps fort leur permettant d’approfondir leur amour et leur connaissance du Christ et ainsi, de servir mieux encore l’Église et les Hommes. À tous les participants à ces écoles, je souhaite bon courage et bonne route !

+ R.P. Jean Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete – 2016

La parole aux sans paroles – 43

Portrait d’homme –Teano

Teano est un ancien SDF. Aujourd’hui, il s’est construit une petite vie à Reao, son île natale. Cependant, quand il est obligé de rester à Tahiti pour faire ses papiers, c’est encore la rue qui lui donne un endroit où dormir. Écoutons son histoire qui doit être partagée par tous nos îliens qui ont besoin de rester à Tahiti sans y avoir un pied à terre… tout le monde n’a pas de résidence secondaire !

Où as-tu grandi ?

« Aux Tuamotu, à Reao, avec papa et maman. Nous sommes 8, 5 garçons et 3 filles. Mais maintenant il n’y a plus papa. Il est mort. »

Il y a longtemps ?

« Oui. Mais maman est toujours là. »

Comment ça se fait que tu sois ici, à Tahiti ?

« Je suis venu suivre une formation de pêche, pêche lagonaire. J’ai fait aussi quelques papiers pour les terres des grands-parents. Ça fait 5 mois que je suis ici. Je rentre là, le 25 mai, s’il y a un avion. J’ai payé mon billet. Air  Tahiti va m’appeler. J’ai hâte aussi de rentrer pour faire mon projet : un parc à poissons. J’ai déjà commencé. En fait, je fais un peu de tout : pêche, coprah… »

Comment tu vis ici ?

« Si je trouve une famille, c’est top. Mais ce n’est pas facile. Alors, je viens dans la rue. »

« Mais je connais déjà Père. En 2013, 2014, je suis déjà venu manger ici à Te Vaiete. J’ai connu par des copains qui disaient qu’on pouvait boire un café ici. C’est comme ça que j’ai connu Père. »

Donc tu as vécu dans la rue ?

« Oui, un peu. »

Le plus dur ?

« Ça dépend si tu comprends comment c’est dans la rue. Si tu comprends vite, c’est facile. Mais si tu ne comprends pas, aia ! »

Et comment tu te débrouillais ?

« J’allais chercher du travail, il y a toujours un travail à faire. »

Dans la rue, tu n’as jamais eu de problèmes ?

« Non, jamais. Je ne rentre jamais dans les bagarres. Dans la rue, c’est bien les copains mais pas trop. C’est comme ça qu’il y a des bagarres. Moi, je préfère rester tout seul. C’est mieux ! »

Et ta nouvelle vie ?

« Ben, là, je vais rentrer, aller voir mes enfants. »

Ah tu as des enfants ! Combien ?

« 6, mais ils sont grands. Et ma femme est décédée d’un cancer en 2011. Maintenant je vis seul. »

« Tu sais, beaucoup disent qu’on vit mieux à Tahiti. Non, ce n’est pas vrai. C’est mieux dans les îles. »

Mais c’est facile de vivre éloigné de tout ?

« Ouais, c’est facile. Si tu trouves ça dur, c’est ton cerveau qui a un problème. Là-bas, tu vas payer seulement le courant, ton maa. Tu ne vas pas payer les poubelles, l’eau, il y en n’a pas ! (Rires) C’est toi qui te débrouilles. Tu vas chercher une citerne pour l’eau. Ce n’est pas comme à Tahiti où on paye tout. C’est bien aux Tuamotu ! Mais je vais revenir, comme je travaille avec le service de la pêche pour obtenir ma carte professionnelle. »

Comment tu vois ta vie dans 10 ans ?

« Belle mais il faut travailler. Si tu ne travailles pas, ta vie ne va pas continuer. (Rires) Là, je ne suis pas venu en vacances, non, mais pour travailler ! »

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2016

« Je crois que nous avons peur de la liberté… dans la pastorale également »

Dialogue du pape François avec son diocèse (1) – 16 juin 2016

« La joie de l’amour : le chemin des familles à Rome à la lumière de l’exhortation apostolique Amoris Laetitia du Pape François » : c’est le thème au centre de la réunion qui s'est déroulée le jeudi 16 juin 2016 à la cathédrale Saint-Jean-de-Latran, en présence du Pape François, l’évêque de Rome, qui a été accueilli par le vicaire général du diocèse de Rome, le cardinal Agostino Vallini, qui assure au quotidien le gouvernement effectif du diocèse de la capitale italienne. Le Saint-Père a prononcé un long discours partiellement improvisé et a répondu à quelques questions. Il a notamment insisté sur la devoir de baptiser les enfants de mères célibataires. « Il fut un temps où les enfants des filles mères étaient considérés comme des animaux, au point que les curés ne voulaient pas les baptiser », a rappelé le Saint-Père, rappelant l'importance d'accueillir ces demandes de baptême avec bienveillance, tout en insistant sur la promotion d'une pastorale familiale qui ne soit « ni rigoriste, ni laxiste ». Durant trois semaine, nous vous proposons de lire le contenu de cette intervention… riche pour nous aussi.
 

Première question, de Don Giampiero Palmieri

Dans l’exhortation Evangelii gaudium, vous dites que le grand problème d’aujourd’hui est l’« individualisme pratique et avare », et dans Amoris laetitia, vous dites qu’il faut créer des réseaux de relations entre les familles. Vous utilisez une expression qui pourrait sonner un peu mal en italien : « la famille élargie ». Une révolution de la tendresse est nécessaire. Nous ressentons nous aussi le virus de l’individualisme dans nos communautés. Nous avons besoin d’aide pour créer ce réseau de relations entre les familles, capable de briser la fermeture et de se retrouver.

Première réponse du pape François

Il est vrai que l’individualisme est comme l’axe de cette culture. Et cet individualisme a de nombreux noms, de nombreux noms à la racine égoïste : ils se cherchent toujours eux-mêmes, ils ne regardent pas l’autre, ils ne regardent pas les autres familles… L’on en vient parfois à de véritables cruautés pastorales. Je parle par exemple d’une expérience que j’ai vécue lorsque j’étais à Buenos Aires : dans un diocèse voisin, certains curés ne voulaient pas baptiser les enfants des filles-mères. Pensez-vous ! Comme si c’étaient des animaux. Et c’est de l’individualisme. « Non, nous sommes les parfaits, telle est la route à suivre… ». C’est un individualisme qui recherche aussi le plaisir, il est hédoniste. Je dirais presque un mot un peu fort, mais je le dis entre guillemets : ce « maudit bien-être » qui nous a fait tant de mal. Le bien-être. Aujourd’hui, l’Italie connaît un ralentissement terrible des naissances : il est, je crois, en-dessous de zéro. Mais cela a commencé avec cette culture du bien-être, depuis quelques décennies… J’ai connu de nombreuses familles qui préféraient — mais s’il vous plaît, les associations de protection des animaux, ne m’accablez pas, car je ne veux offenser personne — avoir deux ou trois chats, un chien plutôt qu’un enfant. Parce que faire un enfant n’est pas facile, et ensuite l’éduquer… Mais ce qui devient le plus un défi avec un enfant, est que tu fais une personne qui deviendra libre. Le chien, le chat, te donneront de l’affection, mais une affection « programmée », jusqu’à un certain point, non libre. Tu as un, deux, trois, quatre enfants, et ils seront libres et devront s’insérer dans la vie avec les risques qu’elle comporte. Voilà le défi qui fait peur : la liberté.

Et revenons-en à l’individualisme : je crois que nous avons peur de la liberté. Dans la pastorale également : « Mais que dira-t-on si je fais cela ?… Et peut-on le faire ?… ». Et on a peur. Mais tu as peur : prends le risque ! Dès lors que tu es là, et que tu dois décider, prends le risque ! Si tu commets une erreur, il existe le confesseur, il existe l’évêque, mais prends le risque ! C’est comme le pharisien : la pastorale des mains propres, tout propre, tout en ordre, tout beau. Mais en dehors de ce milieu, combien de misère, combien de douleur, combien de pauvreté, combien de manque d’opportunité de développement ! C’est un individualisme égoïste, c’est un individualisme qui a peur de la liberté. C’est un individualisme — je ne sais pas si la grammaire me le permet — je dirais « encageante » : il te met en cage, il ne te laisse pas voler en liberté. Et ensuite, oui, la famille élargie. C’est vrai, c’est un mot qui ne sonne pas toujours bien, mais cela dépend des cultures ; j’ai écrit l’exhortation en espagnol… J’ai connu par exemple des familles…

L’autre jour précisément, il y a une semaine ou deux, l’ambassadeur d’un pays est venu présenter ses Lettres de Créance. Il y avait l’ambassadeur, sa famille et la dame qui faisait le ménage chez eux depuis de nombreuses années : voilà une famille élargie. Et cette femme était de la famille : une femme seule, et non seulement ils la payaient bien, ils la payaient en règle, mais quand ils ont dû aller voir le Pape pour présenter les Créances : « Viens avec nous, car tu fais partie de la famille ». C’est un exemple. Il s’agit de donner de la place aux gens. Et parmi les gens simples, avec la simplicité de l’Évangile, cette bonne simplicité, il y a ces exemples, d’élargissement de la famille…

Et ensuite, l’autre mot-clé que tu as dit, en plus de l’individualisme, de la peur de la liberté et de l’attachement au plaisir, tu as dit un autre mot : la tendresse. C’est la caresse de Dieu, la tendresse. Un jour, lors d’un synode, cette phrase a été prononcée : « Nous devons faire la révolution de la tendresse ». Et certains pères — il y a des années — ont dit : « Mais on ne peut pas dire cela, ça ne sonne pas bien ». Mais aujourd’hui, nous pouvons le dire : il manque la tendresse, il manque la tendresse. Caresser non seulement les enfants, les malades, caresser tout, les pécheurs… Et il y a de bons exemples de la tendresse… La tendresse est un langage qui vaut pour les plus petits, pour ceux qui n’ont rien : un enfant connaît son papa et sa maman par les caresses, ensuite par la voix, mais c’est toujours la tendresse. Et il me plaît d’entendre un papa ou une maman parler à l’enfant qui commence à parler, le papa et la maman deviennent eux aussi enfants [le Pape les imite]

Ils parlent comme ça… Nous l’avons tous vu, c’est vrai. Telle est la tendresse. C’est m’abaisser au niveau de l’autre. C’est le chemin qu’a suivi Jésus. Jésus n’a pas considéré le fait d’être Dieu comme un privilège : il s’est abaissé ( cf. Ph 2, 6-7 ). Et il a parlé notre langue, il a parlé avec nos gestes. Et le chemin de Jésus est le chemin de la tendresse. Voilà : l’hédonisme, la peur de la liberté, tel est précisément l’individualisme contemporain. Il faut sortir par le chemin de la tendresse, de l’écoute, de l’accompagnement, sans demander… Oui, avec ce langage, avec cette attitude, les familles grandissent : il y a la petite famille, ensuite la grande famille des amis ou de ceux qui viennent… Je ne sais pas si j’ai répondu, mais il me semble que oui, cela m’est venu ainsi.

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

« Qui aime Dieu, aime l’humanité et prend soin de la création »

Lettre du patriarche Bartholomaios 1er – 29 juin 2016

« Qui aime Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa force aime aussi l’humanité et prend soin de la création de Dieu comme la maison bénie de l’humanité », souligne le patriarche Bartholomaios Ier. Une lettre du patriarche œcuménique de Constantinople a été remise au pape François, mardi 28 juin, au cours de l’audience accordée à la délégation du Phanar venue à Rome, selon la tradition, pour la fête des apôtres Pierre et Paul. Elle était conduite par le métropolite Methodios de Boston.
 

À Sa Sainteté le pape François de l’Antique Rome :

Réjouissez-vous dans le Seigneur.

En célébrant avec vous la mémoire vénérable du chef des apôtres Pierre, et de l’apôtre des Gentils, Paul, qui furent martyrisés dans votre Siège et grandement honorés tant par l’Antique que par la Nouvelle Rome, nous adhérons à cette tradition bénie qui consiste à échanger des visites officielles à travers des délégations de nos Églises à l’occasion de nos fêtes du Trône respectives. C’est pourquoi, nous nous adressons fraternellement à vous par un joyeux salut, embrassant Votre Sainteté d’un saint baiser et priant pour que le Seigneur de gloire vous fortifie pour le bien de l’Église et l’unité des chrétiens ainsi que pour le bénéfice d’une humanité si troublée.

Nous nous souvenons avec des sentiments chaleureux et une profonde gratitude de notre récente rencontre sur l’île bénie de Lesbos afin d’apporter notre soutien aux réfugiés et aux migrants, en les encourageant et en leur offrant de l’espérance, mais aussi pour affirmer dans une déclaration conjointe avec Sa Béatitude Hiéronyme d’Athènes et de toute la Grèce le besoin d’assurer une résolution paisible à la plus grande crise humanitaire depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, qui a fait d’innombrables victimes, parmi lesquelles aussi des populations chrétiennes nées en l’Orient. Nos Églises entendent le cri de « ceux qui peinent et qui ploient sous le fardeau » (Mt 11,28), victimes de la violence et du fanatisme, de la discrimination et de la persécution, de l’injustice sociale, de la pauvreté et de la faim ; et nous mettons avec audace la lampe « sur le lampadaire » (Mt 5,15) devant ce tragique rejet du respect pour le caractère sacré de la personne humaine.

La crise contemporaine des réfugiés et des migrants a démontré le besoin pour les nations européennes d’affronter ce problème sur la base des vieux principes chrétiens de fraternité et de justice sociale. Nous reconnaissons que la civilisation européenne ne peut pas être comprise sans référence à ses racines chrétiennes et que son avenir ne peut pas être une société entièrement sécularisée ou soumise à l’économisme et à différentes formes de fondamentalisme. La « culture de la solidarité » nourrie par le christianisme n’est pas préservée par les progrès des standards de vie, l’internet et la mondialisation.

Personne n’honore l’humanité créée à l’image et à la ressemblance de Dieu autant que l’Église du Christ, qui nous a été révélé comme étant Dieu « avec nous » (Mt 1,23) et comme Dieu « pour nous » (Rm 8,32). C’est pourquoi la parole de l’Église est, et restera pour les âges, une intervention pour le bien de l’humanité et de sa liberté divinement offerte. La vie dans l’Église incorpore, avec la Sainte Eucharistie, la splendide adoration et la vie de prière, le combat ascétique et intérieur contre les passions, ainsi que la résistance contre le mal social et le combat pour que prévalent la justice et la paix.

Nous sommes convaincus que nos efforts et initiatives communs pour affronter aux défis mondiaux de notre époque se poursuivront parce qu’ils constituent un bon témoignage rendu à l’Église du Christ, servant l’humanité et le monde, tout en manifestant et renforçant notre responsabilité spirituelle face aux défis de notre temps au profit du monde chrétien et de l’humanité tout entière.

Nous exprimons notre joie et notre satisfaction pour l’appréciation ample qu’a suscitée votre encyclique Laudato si’, qui a délicatement fait référence aux initiatives écologiques du patriarcat œcuménique ainsi qu’à l’accent que nous mettons sur les racines spirituelles et morales de la crise écologique avec le besoin de repentance, d’une conversion radicale de l’attitude et de la conduite, nécessaires à sa résolution. Elle a aussi démontrée les dimensions et conséquences sociales du problème écologique. Qui aime Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa force (cf. Mc 12,30) aime aussi l’humanité et prend soin de la création de Dieu comme la maison bénie de l’humanité. Le double « grand commandement » de l’amour, sur lequel « reposent toute la loi et les prophètes » (cf. Mt 22,37, 40-41) embrasse aussi le souci de la création.

Votre Sainteté et cher Frère, nous avons été bénis en tant que gardiens de traditions inestimables d’amour divin et de charité humaine, héritiers aussi de vérités vitales se rapportant aux êtres humains en tant que citoyens du monde et citoyens du ciel, que nous sommes obligées de préserver dans leur intégrité, restant fidèles au Seigneur qui « est venu non pour être servi, mais pour servir » (Mt 20,28) ainsi qu’aux vénérables fondateurs des Églises de Rome et de Constantinople, les frères Pierre et André, qui ont marqué de leur sceau leur témoignage rendu à Sa vérité sur la croix d’une manière digne du Christ. Nos efforts sont nourris par cette source inépuisable pour le progrès de notre cheminement vers l’unité désirée de nos Églises. Le dialogue qui se poursuit entre l’Église orthodoxe et la très sainte Église de Rome est un domaine qui produit une connaissance théologique, une expérience œcuménique et un enrichissement mutuel. Les textes de ce dialogue de vérité confirment nos modèles chrétiens communs et expriment notre foi dans le fait que la Vérité de l’Église est une personne – à savoir la Parole de Dieu incarnée, souffrante et ressuscitée. Le dialogue « en vérité » implique de « vivre selon la vérité et dans la charité » (cf. Ep 4,15), « demeurant » dans l’amour (cf. Jn 15,9) en lequel « se noue la perfection » (Col 3,14).

Ces sentiments et mes vœux et félicitations fraternels à l’occasion de la fête glorieuse de l’Église de Rome seront apportés et exprimés à Votre Sainteté en personne par notre délégation patriarcale conduite par Son Éminence le métropolite Methodios de Boston, accompagné de Son Excellence l’archevêque Job de Telmessos et du Très révérend diacre patriarcal Nephon Tsimalis.

Étant parvenus, avec la bonne volonté du Dieu bienfaisant, au Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe, nous demandons à Votre Sainteté de prier pour la récolte fructueuse de ses délibérations dans le Saint Esprit pour la gloire de la divinité trine et indivise, et nous vous assurons de notre amour profond et de notre estime particulière dans le Seigneur.

29 juin 2016

De votre vénérable Sainteté, le frère bien-aimé dans le Christ

© Zenit - 2016

Commentaire des lectures du dimanche

 

Chers frères et sœurs,

Hier déjà j’ai eu la joie de vous rencontrer, et aujourd’hui notre fête est plus grande encore parce que nous nous retrouvons pour l’Eucharistie, en ce jour du Seigneur. Vous êtes séminaristes, novices, jeunes en cheminement vocationnel, venant de toutes les parties du monde : vous représentez la jeunesse de l’Église ! Si l’Église est l’Épouse du Christ, en un certain sens vous représentez le moment des fiançailles, le printemps de la vocation, la saison de la découverte, de la vérification, de la formation. Et c’est une très belle saison dans laquelle sont jetées les bases pour l’avenir. Merci d’être venus.

Aujourd’hui la Parole de Dieu nous parle de la mission. D’où nait la mission ? La réponse est simple : elle nait d’un appel, l’appel du Seigneur ; et celui qui est appelé par Lui, l’est pour être envoyé. Quelle doit être la manière d’être de celui qui est envoyé ? Quels sont les points de repère de la mission chrétienne ? Les lectures que nous avons écoutées nous en suggèrent trois : la joie de la consolation, la croix et la prière.

1. Le premier élément : la joie de la consolation. Le prophète Isaïe s’adresse à un peuple qui a traversé la période sombre de l’exil, qui a subi une épreuve très dure ; mais maintenant est venu pour Jérusalem le temps de la consolation, la tristesse et la peur doivent céder la place à la joie : « Réjouissez-vous…exultez…soyez pleins d’allégresse » dit le Prophète (66, 10). C’est une grande invitation à la joie. Pourquoi ? Quel est la raison de cette invitation à la joie ? Parce que le Seigneur répandra sur la Cité sainte et ses habitants un « torrent » de consolations, un torrent de consolations – tout rempli de consolations ? Un torrent de tendresse maternelle : « Vous serez portés dans les bras et caressés sur les genoux. » (v.12). Quand la maman prend son enfant sur les genoux et le caresse ; le Seigneur fera ainsi avec nous et le fait avec nous. C’est cela ce torrent de tendresse qui nous donne tant de consolations. « De même qu’une mère console son enfant, moi-même je vous consolerai » (v.13). Tout chrétien, et nous-mêmes surtout, est appelé à porter ce message d’espérance qui donne sérénité et joie : la consolation de Dieu, sa tendresse envers tous. Mais nous ne pouvons pas en être porteur si nous n’expérimentons pas nous-mêmes en premier la joie d’être consolés par Lui, d’être aimés de Lui. Cela est important pour que notre mission soit féconde : vivre la consolation de Dieu et la transmettre ! J’ai rencontré quelquefois des personnes consacrées qui ont peur de la consolation de Dieu, et… les pauvres, ils se tourmentent, parce qu’ils ont peur de cette tendresse de Dieu. Mais n’ayez pas peur. N’ayez pas peur, le Seigneur est le Seigneur de la consolation, le Seigneur de la tendresse. Le Seigneur est père et Lui, il dit qu’il fera avec nous comme une maman avec son enfant, avec sa tendresse. N’ayez pas peur de la consolation du Seigneur. L’invitation d’Isaïe doit résonner dans notre cœur : « Consolez, consolez mon peuple » (40, 1) et cela doit devenir une mission. Nous, il nous faut trouver le Seigneur qui nous console et aller consoler le Peuple de Dieu. Cela est la mission. Les gens aujourd’hui ont besoin, certainement, de paroles, mais ils ont besoin surtout que nous témoignions la miséricorde, la tendresse du Seigneur qui réchauffe le cœur, qui réveille l’espérance, qui attire vers le bien. La joie de porter la consolation de Dieu.

2. Le second point de repère de la mission est la croix du Christ. Saint Paul, écrivant aux galates, affirme : « pour moi, que la croix de Notre Seigneur Jésus-Christ reste mon seul orgueil » (6, 14). Il parle des « stigmates », c'est-à-dire des plaies de Jésus Crucifié, comme du signe, de la marque distinctive de son être d’Apôtre de l’Évangile. Dans son ministère, Paul a expérimenté la souffrance, la faiblesse et l’échec, mais aussi la joie et la consolation. C’est le mystère pascal de Jésus : mystère de mort et de résurrection. Et c’est parce qu’il s’est laissé configurer à la mort de Jésus que Paul a participé à sa résurrection, à sa victoire. À l’heure de l’obscurité, à l’heure de l’épreuve est déjà présente et agissante l’aube de la lumière et du salut. Le mystère pascal est le cœur palpitant de la mission de l’Église ! Et si nous demeurons dans ce mystère, nous sommes à l’abri, aussi bien d’une vision mondaine et triomphaliste de la mission, que du découragement qui peut naître devant les épreuves et les échecs. La fécondité pastorale, la fécondité de l’annonce de l’Évangile n’est donnée ni par le succès, ni par l’insuccès évalués selon des critères humains, mais par la conformité avec la logique de la Croix de Jésus, qui est la logique du sortir de soi-même pour se donner, la logique de l’amour. C’est la Croix - toujours la Croix avec le Christ, parce que parfois on nous offre la croix sans le Christ : cela ne va pas ! – C’est la Croix, toujours la Croix avec le Christ qui assure la fécondité de notre mission. Et c’est de la Croix, acte suprême de miséricorde et d’amour, que l’on renaît comme « créature nouvelle » (Ga 6, 15).

3. Enfin, le troisième élément : la prière. Dans l’Évangile nous avons entendu : « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson » (Lc 10, 2). Les ouvriers pour la moisson ne sont pas choisis par campagne publicitaire ou appel au service de la générosité, mais ils sont « choisis » et « envoyés » par Dieu. C’est Lui qui choisit, c’est Lui qui envoie, c’est Lui qui envoie, c’est Lui qui donne la mission. Pour cette raison, la prière est importante. L’Église, nous a répété Benoît XVI, n’est pas nôtre, mais elle est de Dieu ; et tant de fois, nous, les consacrés, nous pensons qu’elle est nôtre ! Nous faisons d’elle… quelque chose qui nous vient à l’esprit. Mais elle n’est pas nôtre, elle est de Dieu. Le champ à cultiver est le sien. En conséquence, la mission est essentiellement grâce. La mission est grâce. Et si l’apôtre est le fruit de la prière, il trouvera en elle la lumière et la force de son action. Notre mission, en effet, n’est plus féconde, ou plutôt s’éteint, au moment même où est interrompue la relation avec la source, avec le Seigneur.

Chers séminaristes, chers novices, chers jeunes en cheminement vocationnel. L’un de vous, un de vos formateurs, me disait l’autre jour : évangéliser, on fait à genoux « l’évangélisation se fait à genoux ». Soyez toujours des hommes et des femmes de prière. Sans un rapport constant avec Dieu la mission devient un métier. Mais quel travail fais-tu ? couturier, cuisinière, prêtre ; tu travailles comme prêtre, tu travailles comme sœur ? Non. Ce n’est pas un métier, c’est autre chose. Le risque de l’activisme, d’une trop grande confiance dans les structures, est toujours un piège. Si nous regardons Jésus, nous voyons qu’à la veille de chaque décision ou évènement important, il se recueillait dans une prière intense et prolongée. Cultivons la dimension contemplative, y compris dans le tourbillon des engagements les plus urgents et pesants. Et plus la mission vous appelle à aller vers les périphéries existentielles, plus votre cœur doit être uni à celui du Christ, plein de miséricorde et d’amour. Là se trouve le secret de la fécondité pastorale, de la fécondité d’un disciple du Seigneur !

Jésus envoie les siens sans « argent, ni sac, ni sandales » (Lc 10, 4). La diffusion de l’Évangile n’est assurée ni par le nombre de personnes, ni par le prestige de l’institution, ni par la quantité des ressources disponibles. Ce qui compte, c’est d’être imprégné de l’amour du Christ, se laisser conduire par le Saint Esprit et greffer sa propre vie sur l’arbre de vie, qui est la Croix du Seigneur.

Chers amis, avec grande confiance je vous confie à l’intercession de Marie Très Sainte. Elle est la Mère qui nous aide à prendre librement les décisions définitives, sans peur. Qu’Elle vous aide à témoigner de la joie de la consolation de Dieu, sans avoir peur de la joie ; qu’elle vous aide à vous conformer à la logique de l’amour de la Croix, à croître dans l’union toujours plus intime avec le Seigneur dans la prière. Ainsi votre vie sera riche et féconde !

© Libreria Editrice Vaticana - 2013