Pko 13.03.2016

Eglise cath papeete 1Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°16/2016

Dimanche 13 mars 2016 – 5ème Dimanche du Temps de Carême – Année C

Humeurs

Qu’en est-il de la dignité de l’homme en Polynésie ?

Un S.D.F. s’est vu malmené, cette semaine encore, par les forces de l’ordre au cœur de la nuit, en plein sommeil… bousculé, menacé, insulté… Si la visite du Président de la République a mis en exergue cette réalité… cela n’aura duré que le temps de la polémique… la réalité elle demeure et s’accentue de jour en jour…

Le Père Ermes Ronchi, prédicateur de la retraite annuelle du Pape François nous aide à comprendre pourquoi nous ne pouvons nous taire… en quoi notre indifférence est dangereuse pour notre société, en quoi il y va de notre dignité à tous…

« Le regard sans cœur produit de l’obscurité, et ensuite il amorce une opération encore plus dévastatrice : il risque de transformer les invisibles en coupables, de transformer les victimes – les réfugiés, les migrants, les pauvres – en coupables et en cause des problèmes, (…). »

Si une société ne reconnaît plus à travers ses propres enfants le visage de l’Homme,… si ceux qui ont la responsabilité du « vivre ensemble » résument leur mission à : « Le curé s’occupe des âmes, moi je protège ma ville » c’est notre Humanité, notre Dignité d’homme qui est en péril.

Tout homme a droit, qui qu’il soit, quoiqu’il puisse avoir fait ou faire, au respect de sa condition d’homme… Dieu s’est fait Homme, bien avant les « Droit de l’Homme » pour inscrire cette réalité dans le cœur de l’homme…

Et le Père Ronchi de nous rappeler : « Sainte Thérèse d’Avila, dans le « Livre des Fondations » (…) a écrit pour ses moniales une lettre, avec ces mots : “Mes sœurs, souvenez-vous, Dieu va parmi les marmites, en cuisine”. Mais comment, le Seigneur de l’univers qui se déplace dans la cuisine du monastère, entre les brocs, les marmites, la vaisselle, les casseroles, les poêle  ? (…) Dieu en cuisine, cela signifie emmener Dieu dans un territoire de proximité (…). Si tu ne le sens pas domestique, c’est-à-dire dans les choses les plus simples, tu n’as pas encore trouvé le Dieu de la vie. Tu en es encore à la représentation rationnelle du Dieu de la religion ».

N’acceptons jamais de nous déshumaniser !

Chronique

S.O.S. FIDJI – Aides aux sinistrés

Lors de l'Angélus, le Pape François a adressé ce message aux Fidjiens : « Je tiens aussi à assurer de ma proximité le peuple des Îles Fidji, durement touchées par un cyclone dévastateur. Je prie pour les victimes et pour tous ceux qui sont engagés à leur porter secours. »

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La paroisse de la Cathédrale organise une collecte de fond pour venir en aide aux sinistrés de Fidji. Les dons sont a déposer au presbytère de la Cathédrale ou à verser sur le compte de la Cathédrale en précisant « Pour Fidji »

Les fonds récoltés seront immédiatement reversés à Caritas-Nouvelle Zélande. Merci pour votre générosité.

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Intitulé :

Paroisse de la Cathédrale

CCP n° 14168-00001-8758201C068-67 Papeete

IBAN : FR5914168000018758201C06867

BIC : OFTPPFT1XXX

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 « Selon une mystérieuse règle divine : quand mon pain devient notre pain, alors le peu devient lui aussi suffisant. Et en revanche, la faim commence quand je tiens strictement mon pain pour moi, quand l’Occident rassasié tient serré son pain, ses poissons, ses biens pour lui-même. (…).  Donner à manger à la terre, à toute la terre, est possible, il y a du pain en abondance. Il ne sert à rien de le multiplier, il suffit de le distribuer, à commencer par nous. Les multiplications prodigieuses ne sont pas nécessaires, mais il faut battre le Goliath de l’égoïsme, du gaspillage de nourriture, de l’accumulation. »

La parole aux sans paroles – 27

Portrait d’homme - Pascal

On sous-estime souvent l’impact de nos tragédies d’enfance sur notre vie d’adulte. Une enfance ballotée, des liens familiaux fragiles, Pascal cherche encore à combler les vides de son enfance.

D’où viens-tu ?

« Je suis né ici, je suis né prématuré. Maman n’avait que 6 mois de grossesse. Ce jour-là, elle a eu une violente dispute avec mon père qui voulait la tuer et elle m’accouché, là à Mataiea. J’avais quoi ? 600 grammes ? 800 grammes ? Et j’ai grandi à Mataiea quand j’étais petit. Après quand j’ai eu 4 ans, on est parti en France. J’ai vécu là-bas jusqu’à mes 12 ans et je  suis revenu. »

Avec tes parents ?

« Avec ma mère, je ne connais pas mon père. Je crois que c’était un légionnaire. C’était les trucs amoureux de maman, elle ne voulait pas en parler. J’ai les yeux verts, je pense que ça vient de lui. Après, elle est restée avec un retraité de la Marine. J’ai des frères et sœurs, enfin des demi-frères et demi-sœurs. On s’entend mais ce n’est pas ça aussi. Et on est parti en France, je crois qu’on a fait presque toutes les régions. Et mon beau-père n’était jamais là, il partait seulement. On vivait qu’avec maman. On n’avait rien au niveau amour paternel. Je n’ai pas connu la sécurité de la présence paternelle. Avec mon beau-père, il n’y avait pas de discussion. Il n’y avait pas d’amour entre nous. Et ça, depuis que j’étais petit. »

Ton parcours ?

« Je n’ai que mon certificat, je n’ai rien d’autre. J’ai quitté l’école jeune, j’avais 16 ans. Je n’ai pas eu une belle vie mais je suis content d’être en vie. Je ne me plains pas. Tu vois, maman sait que je suis ici, je lui ai tout dit. Du moment que je ne vais pas voler, que je ne fais pas de mal, que je ne vais pas faire l’aumône, que je ne vais pas toucher aux enfants, que je ne viole pas. Tu sais, j’ai été marié avec une marquisienne pendant 15 ans. Aujourd’hui je suis divorcé. J’avais une maison, j’avais une voiture, j’avais tout. »

Qu’est-ce qui s’est passé ?

« Il s’est passé qu’elle a regardé un autre homme. Et c’était un homme marié, il était de Papeari. Je ne lui en veux pas. Mais il fallait venir me voir, me prévenir. J’ai été blessé. Pourtant en 15 ans, je ne l’ai jamais tapée, je ne l’ai jamais trompée. Non, je me suis occupé d’elle. Je ne sais pas pourquoi elle a tourné la tête pour un homme marié. »

Vous avez eu des enfants ?

« Un enfant, c’était un garçon, mais, à huit mois, les médecins ont vu que le cordon ombilical s’était entouré autour du bébé. On était obligé de l’enlever, c’était du temps encore de Mamao. »

Et là, depuis quand es-tu SDF ?

« Je crois que ça fait 17 ans. »

Comment tu t’en sors ?

« Bin, je viens ici pour bien manger. »

Mais demain Te Vaiete est fermé, comment tu vas faire ?

« Père nous a donné là des paquets de biscuits, ce sera mon maa pour demain. Ça me suffit. »

Parle-nous de ta vie dans la rue.

« Je dors toujours tout seul, je n’aime pas me mélanger avec les autres. Je suis comme ça. »

Ton plus beau souvenir de la rue ?

« C’est de connaître les autres comme moi. Ici, je me sens en famille. Et je me sens bien avec tout le monde, malgré nos différences. Nos différences d’âge, nos différences d’esprit. Je suis content. Je ne veux plus retourner chez moi, parce que ce n’est pas chez moi. Je suis content d’être ici, avec Père Christophe. »

Qu’est-ce qui faudrait pour que tu sortes de la rue ?

« Que je sois bien déjà avec moi-même et que je trouve l’amour. Que je trouve une femme qui puisse m’aimer. Et trouver un endroit où je suis bien. »

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2016

L’Église ne doit pas avoir peur de la transparence financière

Retraite de Carême du pape François

Le thème de la transparence des biens de l’Église, et la question plus ample de la lutte contre la faim et contre le gaspillage de nourriture ont été, deux points clés de la sixième méditation des exercices spirituels de Carême, que le père Ermes Ronchi est en train de prêcher au Pape François et à la Curie romaine à Ariccia.

« Ce qui blesse le plus le peuple chrétien, a observé le père Ronchi, est l’attachement du clergé à l’argent », alors que « ce qui le rend heureux est le pain partagé ».

« Il y a des personnes tellement affamées que pour elles Dieu ne peut qu’avoir la forme d’un pain ». Le père Ermes Ronchi a ouvert ainsi sa méditation. La vie commence avec la faim, a-t-il remarqué, « être vivant et avoir faim ». Et si le regard s’élargit, alors arrive la faim de masse, « le siège des pauvres », des millions de mains tendues qui demandent quelque chose à manger, et non pas « une définition religieuse ». Et l’Église, s’est demandé le prédicateur, comment répond-elle ?

Non aux enfumages

Les mots de l’Évangile sur lesquels le père Ronchi a insisté étaient ceux de la multiplication des pains et des poissons. Le religieux a analysé la scène : les disciples demandent de congédier la foule parce qu’elle est affamée, Jésus répond de leur donner eux-mêmes à manger, et face à l’objection des Douze sur l’entité de la dépense, la requête du Maître : « Combien de pains avez-vous ? Allez voir ». Jésus, a observé le père Ronchi, est « très pratique », il demande de « faire le compte », et n’arrête pas de le demander.

« L’opération de vérification est demandée à tous les disciples aussi aujourd’hui, à moi : combien tu as ? Combien d’argent, de maisons ? Quelle train de vie ? Allez voir, vérifiez… Combien de voitures, combien de bijoux sous forme de croix ou d’anneaux ? L’Église ne doit pas avoir peur de la transparence, ne doit pas avoir peur de la clarté sur ses pains et ses poissons, sur ses biens. Cinq pains et deux poissons. »

Partager et multiplier

« Avec la transparence, tu es vrai. Et quand tu es vrai, tu es aussi libre », a affirmé le prédicateur. Comme Jésus, qui « ne s’est fait acheter par personne », et « n’est jamais entré dans les palais des puissants, sinon comme prisonnier ». Quand on n’a pas de transparence, a noté le père Ronchi, on cherche à conserver, comme ces Ordres religieux qui essaient de gérer leurs biens comme s’ils pouvaient produire cette sécurité érodée par la crise des vocations. En revanche, la logique de Jésus est celle du don. « Aimer » dans l’Évangile se traduit en un verbe sec : « donner ». Le miracle de la multiplication dit cela, que Jésus « ne fait pas attention à la quantité » de pain, ce qu’il veut, c’est que le pain soit partagé : « Selon une mystérieuse règle divine : quand mon pain devient notre pain, alors le peu devient lui aussi suffisant. Et en revanche, la faim commence quand je tiens strictement mon pain pour moi, quand l’Occident rassasié tient serré son pain, ses poissons, ses biens pour lui-même. (…).  Donner à manger à la terre, à toute la terre, est possible, il y a du pain en abondance. Il ne sert à rien de le multiplier, il suffit de le distribuer, à commencer par nous. Les multiplications prodigieuses ne sont pas nécessaires, mais il faut battre le Goliath de l’égoïsme, du gaspillage de nourriture, de l’accumulation. »

« La faim des autres a des droits sur moi »

« Donner et il vous sera donné en surabondance ». Dans cette promesse de Jésus est contenue, a répété le père Ronchi, « la mystérieuse, immense économie du don et du centuple », à rebours de tout bilan financier. Ceci « me réconforte, car cela montre que la vérité ultime suite la logique du don, et non pas celle de l’observance. » Et « l’ultime demande sera : "tu as peu donné, ou tu as donné beaucoup ?" ». « C’est de cela que dépend la vie, pas des biens », a conclu le père Ronchi. Et il suffit de cinq pains donnés pour changer le monde : « Le miracle, ce sont les cinq pains et les deux poissons que l’Église naissante met dans les mains du Christ en s’y fiant, sans calculer, sans retenir quelque chose pour lui-même et pour sa propre cène. C’est peu, mais c’est tout ce qu’il a, c’est peu mais c’est toute la cène des disciples, c’est une goutte d’eau dans l’océan, mais cette goutte peut donner du sens et de l’espérance à la vie. »

© Radio vatican - 2016

L’U.F.C. Cathédrale au rassemblement au Sacré-Cœur d’Arue

Rassemblement diocésain de l’U.F.C. – 27 février 2016

Les femmes de la communauté paroissiale de la Cathédrale ont participé au rassemblement de l’U.F.C.… Elles nous racontent…

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En ce samedi 27 février 2016, il régnait une effervescence inhabituelle à la paroisse du Sacré-Cœur d’Arue .De très bon matin, dans les jardins de la paroisse, des femmes parées de belles robes et de magnifiques couronnes arrivaient de presque toutes les paroisses de l’île de Tahiti. Une petite équipe les attendait de pied ferme pour les diriger soit vers le petit déjeuner, soit vers leur emplacement défini par les responsables du bureau de l’U.F.C. À 8 heures, Madeleine, présidente de l’U.F.C. ouvrait la journée par un rappel du thème et souhaitait la bienvenue aux personnalités : notre Administrateur Apostolique, Père Jean-Pierre Cottenceau ; notre Archevêque émérite, Monseigneur Hubert Coppenrath ; le Président du pays, Monsieur Edouard Fritch ; le Maire d’Arue, Monsieur Philippe Schyle ; Madame la ministre Tea Frogier, et les femmes de différentes confessions religieuses qui ont bien voulu se joindre à la journée de l’Union des Femmes Catholiques.

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Une journée ensoleillée, où les différentes personnalités ont évoqué l’importance de la Femme au cœur de notre société. Notre Administrateur Apostolique a cité entre autres Aragon alors que le Président du Fenua s’est fait un devoir de chercher dans la Genèse et dans la lettre aux Philippiens des versets rappelant la place de la femme dans le couple, la famille et la société. Un moment plein d’humour ponctué par une animation improvisée du bureau, menée par notre dynamique Irmine.

Après la messe et le repas, la journée a continué, voyant se succéder les différentes paroisses jusqu’à notre passage vers 15h30. La Cathédrale avait pour thème : « La famille, atout pour la société, art de vivre ensemble » que nous avons concrétisé en mettant en avant l’importance de l’Amour. Hereiti a fait un magnifique tableau sur une banderole où on retrouve peint un couple avec des enfants, en arrière-plan une croix dorée. Elle a inscrit : « Famille, miroir de l’Église d’aujourd’hui ».Vairea a paré une multitude de ballons de tous les mots clés que nous avons trouvé. Les enfants du groupe ont offert les ballons à chaque enfant présent pendant notre passage sur scène. Bertie a clamé l’Amour dans saint Paul aux Corinthiens au chapitre 13.

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Pauline au synthé, Josie, Joseline, Vairea, Cécile, Marianne, Ritia, Apo, Arabella, Hereiti et Sylviane se sont données à cœur joie pour chanter et mimer cet hymne à l’Amour. Merci à chacun pour leur participation. Nous étions le plus petit groupe mais nous étions présents pour représenter la communauté paroissiale de la Cathédrale.

Ainsi ce confirme que les femmes de la paroisse de la Cathédrale sont bien présentes, actives et dynamiques !

Sylviane LENOIR

© Union des Femmes Catholiques - Cathédrale – 2016

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Les œuvres de Miséricorde en cinq questions

Petite explication

Lors du Jubilé de la miséricorde, le pape François appelle les chrétiens à réfléchir aux œuvres de miséricordes pour « réveiller notre conscience ». Explications.

1° - Qu’appelle-t-on les œuvres de miséricorde ?

La tradition retient deux sortes d’œuvres d’amour (ou de miséricorde) : les corporelles et les spirituelles.

Les œuvres corporelles sont : vêtir celui qui est nu ; donner l’hospitalité ; visiter les malades et les prisonniers ; nourrir ceux qui ont faim ; donner à boire à ceux qui ont soif ; ensevelir les morts.

Les œuvres spirituelles sont également au nombre de sept : instruire les ignorants ; prier pour le prochain ; consoler les affligés ; reprendre les pécheurs ; supporter celui qui est à charge ; conseiller son prochain dans le doute ; pardonner les offenses.

2° - Quelle est la source de ces œuvres corporelles ?

Les six premières œuvres corporelles ont leur source dans le chapitre 25 de l’Évangile de saint Matthieu (31-46). Le texte de Matthieu, sans équivalent dans les autres évangiles, décrit le jugement final. Le Fils de l’homme placé sur son trône de gloire convoque toutes les nations et énonce le critère d’entrée dans son royaume : « Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venu me voir (…). Tout ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

L’ensevelissement des morts ne fait pas partie de cette liste. Il apparaît au cours du XIIe siècle. Cette septième œuvre de miséricorde a été ratifiée en 1220 par la collection canonique de Raymond de Peñafort.

3° - Quelle est l'origine des œuvres spirituelles ?

Elles reprennent diverses exhortations que l'on trouve dans le Nouveau Testament. Elles peuvent aussi être lues comme le déploiement sur le plan spirituel des œuvres corporelles. Un propos attribué à saint Jean Chrysostome († 407) résume cette perspective : « On ne compte pas dans l'Église que des pauvres de corps, dont le corps est affamé ou sans abri. Il y a aussi ceux qui sont pauvres spirituellement, privés de la nourriture de la justice, de la boisson de la connaissance de Dieu, du vêtement du Christ… Il y a les étrangers au cœur sans abri, d'autres au courage chancelant, les spirituellement aveugles, les sourds emmurés dans leur désobéissance, ceux qui souffrent de toutes sortes de maladies spirituelles, et qui sont si malades qu'ils ont peur de recevoir une nourriture spirituelle. »

4° - La liste des œuvres corporelles est-elle originale ?

Les œuvres, prises séparément, peuvent apparaître banales. On peut les retrouver dans d'autres textes anciens, qui en évoquent d'ailleurs d'autres. Leur originalité tient d'abord à l'ensemble qu'elles forment : la liste retenue renvoie à une anthropologie, à une conception de l'homme qui prend en compte les conséquences de sa finitude. Elle tient aussi au lien à la personne du Christ. Ces œuvres, formes particulières de l'accomplissement de la Loi juive, s'intègrent dans le mystère du salut chrétien.

Les œuvres de miséricorde sont à l'image de la miséricorde de Dieu. Elles sont à comprendre comme une manifestation de la radicalité évangélique. « Elles sont récapitulées par le second commandement, qui fait de l'agapè la règle de toutes les relations avec les autres. Aimer le prochain, c'est lui reconnaître une existence autonome, et lui permettre de la réaliser », écrit le P. Louis-Jean Frahier dans une étude approfondie sur le texte du Jugement dernier. En aimant selon la radicalité à laquelle obligent les six œuvres de miséricorde, le disciple provoque tout homme à aimer comme le Christ aime et à aimer le Christ dans le prochain ainsi servi.

Les œuvres de miséricorde se rapprochent du commandement de l'amour des ennemis, poursuit le théologien. « À travers lui, on comprend le mieux ce qu'il en est de l'agapè ou de la miséricorde : une initiative gratuite vers l'autre à travers laquelle se réalise ce qui est au fondement même des interdits du Décalogue, permettre à l'autre d'être reconnu et d'exister en tant qu'autre. » Cette initiative ne se limite pas à l'aumône mais est aussi un appel à la justice, à un engagement social et politique en faveur de l'éradication des injustices. « Nourrir les affamés, donner à boire aux assoiffés, visiter les malades, tout cela est en rapport avec les structures caritatives, avec les lois, les institutions, les organismes qui sont les rouages de la charité. Ainsi sont nés des hôpitaux, des réseaux et installations sociales », écrit le cardinal Schönborn, dans Nous avons obtenu miséricorde (Éd. Parole et Silence).

5° - Est-il nécessaire de pratiquer les œuvres d'amour pour obtenir le salut ?

Dans le texte de Matthieu 25, ceux qui n'ont pas posé les gestes requis à l'égard de ceux qui étaient dans le besoin sont déclarés « maudits » et voués au « feu éternel ». L'accès au salut semble donc bien passer par les œuvres qui sont des manières d'exprimer sa foi, d'en témoigner et de l'approfondir. « Plus nous nous plongeons dans la vie et la Passion de Jésus, dans sa mort et sa Résurrection, plus notre solidarité avec son amour s'approfondit, plus notre générosité se purifie, se perfectionne à l'égard de ceux que Jésus désigne comme “les moindres de ses frères”, ses frères et sœurs dans la misère », explique l'archevêque de Vienne.

Dans le même temps, la surprise qui saisit aussi bien les justes que les maudits (« Quand nous est-il arrivé de te voir affamé… ? ») dispense les croyants de tenir une comptabilité des œuvres accomplies ou omises : alors qu'ils peuvent comprendre par eux-mêmes la haute valeur morale des œuvres de miséricorde, il ne leur appartient pas de déterminer comment ce qu'ils font ou ne font pas à autrui atteint Jésus, le Fils de l'homme, qui s'identifie aux plus petits. Si la pratique des œuvres d'amour est nécessaire au salut, elle ne constitue pas pour autant une garantie pour l'entrée dans le Royaume de Dieu. Le jugement de qui est digne d'avoir part à ce Règne est une prérogative de Dieu seul, lui qui, comme l'exprime l'Écriture en diverses occasions, « sonde les cœurs et les reins ».

GREINER Dominique

© La Croix - 2016

Les cinq phrases marquantes du Pape François sur les femmes

Des œuvres de miséricorde

Les phrases « choc » sont une marque de fabrique du pape argentin. À l’occasion du dossier de La Croix sur les femmes dans l’Église, retour sur les cinq phrases les plus mémorables du Saint-Père à propos de la gent féminine.

► « Les femmes ont été les premières à croire »

3 avril 2013. Fraîchement élu, le pape François reprend le cycle de catéchèse pour l’Année de la foi, initiée par son prédécesseur Benoît XVI. Et il affirme avec insistance le « rôle primordial, fondamental » des femmes dans la compréhension de la foi.

Les « premières à croire » dont parle le Saint Père, ce sont les femmes qui, dans l’Évangile, découvrent les premières le tombeau vide du Christ au matin de la Résurrection. Devant ce tombeau, « les apôtres ont eu du mal à croire, mais pas les femmes », explique le nouveau pape.

Il souligne encore le rôle des femmes dans la transmission de la foi, aux débuts de l’Église et tout au long de son histoire. « C’est beau, c’est un peu la mission des femmes, des mamans, de donner ce témoignage ! », conclut-il.

► « La femme est la plus belle chose que Dieu ait créé »

À la fin du mois de juin 2014, le pape accorde une interview au journal italien Il Messaggero. Interrogé, entre autres, sur le rôle des femmes, il répond : « La femme est la plus belle chose que Dieu ait créé. L’Église est femme. “Église” est un mot féminin. Il n’y a pas de théologie possible sans cette féminité. » Avant de reconnaître la nécessité d’approfondir une « théologie de la femme », un vœu qu’il renouvellera à plusieurs reprises par la suite.

► « Les femmes sont comme les fraises sur un gâteau : il en faut toujours plus ! » 

C’est l’une de ces phrases à la tournure surprenante dont le pape François a le secret, et qui ont fait son succès médiatique. Dans les médias d’ailleurs, cette sortie fait mouche une fois de plus. Et pourtant, le message est on ne peut plus sérieux : le pape veut plus de théologiennes.

Le 5 décembre 2014, le pape prononce un discours devant la Commission théologique internationale, et regrette que les femmes soient « encore peu nombreuses » en son sein, bien que leur nombre soit passé de deux à cinq (sur trente) quelques mois plus tôt.

Aux 25 autres membres de la Commission, il conseille de « tirer le meilleur profit » de « l’apport spécifique des femmes à l’intelligence de la foi ». « En vertu de leur génie féminin, insiste encore le Saint Père, les théologiennes peuvent relever certains aspects inexplorables de l’insondable mystère du Christ ».

► « Je suis convaincu de l’urgence d’offrir des espaces aux femmes dans la vie de l’Église »

Le 7 février 2015, le pape prononce un discours à l’occasion de l’Assemblée plénière du conseil pontifical de la culture, qui s’interroge sur le « regard féminin », et le rôle des femmes dans l’Église.

Après avoir fait l’éloge de « la réciprocité dans l’équivalence et la différence » entre l’homme et la femme, « de façon à satisfaire véritablement la plénitude de la personne », le pape appelle à « une présence féminine plus capillaire et incisive dans les communautés, afin que nous puissions voir beaucoup de femmes impliquées dans les responsabilités pastorales ».

► « Un monde où les femmes sont marginalisées est un monde stérile »

Le 8 mars 2015, Journée de la femme, le pape termine son Angelus par un salut à « toutes les femmes qui chaque jour essayent de construire une société plus humaine et accueillante ». Le Saint Père voit dans cette journée « l’occasion de confirmer l’importance des femmes et la nécessité de leur présence dans la vie, dans la société ».

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© La Croix – 2015

Pierre Favre, un visage inattendu de la Miséricorde

Des œuvres de miséricorde

Pendant le Carême, « La Croix » explore chaque semaine deux œuvres de miséricorde, l’une corporelle, l’autre spirituelle. Ce week-end, « assister les malades », avec Pierre Favre, l’ancien chanteur du groupe de rock Les Garçons Bouchers.

Il a été l’une des icônes du rock alternatif français des années 1990. Crâne dégarni, barbe fournie, le visage constellé de tatouages mi-chrétiens mi-punks et une chemise à fleurs jaune détrempée par la pluie… Que peut-il bien faire là dans cette salle paroissiale de l’église Sainte-Jeanne-d’Arc de Toulon où l’attendent une quinzaine de types en galère, loin de l’atmosphère surchauffée des salles de concert et plateaux de télé auxquels il était habitué ?

À 55 ans, Pierre Favre, Pierrot Sapu de son ancien nom de scène lorsqu’il était le chanteur des Garçons Bouchers, est pourtant pleinement à son aise aux côtés d’Henri, sans-abri, qui traîne ses difficultés de foyer en foyer. Ou encore de Fati, qui souffre de problèmes psychiatriques.

Assister ceux qui souffrent

Aussi étrange que cela puisse paraître, l’ancien « bouffeur de curés » est depuis quinze ans bénévole à temps plein au Secours catholique. Ce jour-là, tandis qu’un autre bénévole les filme, caméra au poing, Pierre Favre, qui n’a pas abandonné la musique ni perdu son charisme de leader, entraîne dans une danse un peu chaotique ce groupe hétéroclite pour finaliser le clip de leur collectif « La parole des sans-voix ».

Prêter sa voix aux sans-voix, assister ceux qui souffrent est devenu sa raison de vivre, confie-t-il d’une voix douce qui tranche avec sa carrure imposante. Lui-même atteint du sida, Pierre Favre a vu sa vie basculer en accompagnant jusqu’à la fin sa femme, Géraldine, frappée par la même maladie, disparue en 2001 à l’âge de 32 ans.

Accompagner sa femme jusqu’à la fin

Après avoir connu la rue, abusé de l’alcool et de toutes sortes de drogues, il contracte le virus à la fin des années 1980, contaminé comme Géraldine, qu’il rencontre en 1987, par un partenaire antérieur.

« Je n’ai eu que deux relations avant de la connaître et je l’ai attrapé… Je n’étais pourtant pas un coureur de jupons », soupire-t-il. À cette époque, il pensait, comme tant d’autres personnes, que le sida ne concernait que les homosexuels. « Tout ce qu’on savait alors, c’est que la maladie était mortelle et qu’il nous restait peu de temps à vivre », se souvient-il.

Dès le début des années 1990, il voit la santé de sa femme se détériorer. Une encéphalite due au VIH provoque en elle des troubles psychiatriques. Son système immunitaire progressivement détruit, Géraldine contracte d’autres maladies, la tuberculose, un cancer de l’utérus.

Vivre le don gratuit

La jeune femme devient de plus en plus dépendante de lui. Pierre Favre lui donne lui-même ses traitements, la maquille régulièrement lorsqu’elle finit par perdre ongles et cheveux. « J’étais devenu un expert, relève-t-il, un sourire en coin. C’était important pour elle de rester coquette jusqu’à la fin. »

Il l’assiste ensuite sur son lit d’hôpital. « Je suis progressivement passé de l’accompagnement d’une personne malade à celui d’une personne en fin de vie. Ce furent de grands moments de tendresse. Lorsqu’on lave une personne, qu’on l’aide à manger, qu’on l’habille tous les jours, on vit le fameux agapè, le don gratuit. On est en communion. L’amour entre deux êtres est décuplé. »

Parfois, Géraldine ne le reconnaît plus. Un jour où elle recouvre sa lucidité, elle lui dit cette phrase : « Pierrot, tu es bon. » En racontant ce souvenir, Pierre détache chaque mot, comme pour mieux le raviver. « Elle m’avait tendu un miroir qui me montrait qui j’étais vraiment. »

« J’ai appris sur le tas mon but dans la vie »

Peu avant sa mort, Pierre Favre tatoue sous son œil droit le prénom de « Géraldine », le « i » surmonté d’un cœur rouge. « Pour moi, c’était un geste d’amour. Elle, au fond, savait que c’était un adieu. » Le soir des funérailles de sa femme, il lit une prière, Adoro te devote, dans un livre qu’un prêtre lui a laissé. À ce moment-là, chaque mot fait sens pour lui.

Peu de temps après, il ressent le besoin de se confesser et se rend dans une église. Là, en une heure et demie, il « vide son sac de trente années » auprès d’un prêtre. Et décide bientôt de se mettre au service des personnes défavorisées au Secours catholique, non loin d’un village du Var où il habite toujours.

« Il se trouve que j’ai un petit charisme pour les écouter. Finalement, j’ai appris sur le tas ce pourquoi j’étais fait, mon but dans la vie », confie ce veuf qui se livre facilement, se demandant s’il n’y était tout de même pas « un peu prédestiné », lui qui est né à l’Hôtel-Dieu de Lyon et a grandi rue de la Charité…

Aider les malades de cœur, de corps ou d’âme

L’injustice de la maladie aurait pu le tourner contre le monde entier. Mais Pierre Favre assure n’en avoir jamais voulu à personne. « Il faut bien mourir de quelque chose », remarque-t-il, les yeux rieurs.

Aujourd’hui, il aide ceux qui sont malades de cœur, de corps ou d’âme. « Je parle peu de Dieu avec eux. Ils sont tellement accaparés par leurs problèmes qu’ils n’ont pas le temps d’y penser. Je me contente de les accompagner. Parfois certains disparaissent hélas, sans qu’on sache ce qu’ils sont devenus. »

L’ancien drogué témoigne aussi de son expérience pour mettre en garde les jeunes junkies qu’il rencontre. Le souvenir de sa femme, ancré dans le cœur comme sur sa peau, n’est jamais bien loin.

Pierre Wolf-Mandroux, envoyé spécial à Toulon (Var)

© La Croix - 2016

Commentaire des lectures du dimanche

Frères et sœurs, bonjour !

En ce cinquième dimanche de Carême, l’Évangile nous présente l’épisode de la femme adultère (cf. Jn 8, 1-11), que Jésus sauve de la condamnation à mort. On est frappé par l’attitude de Jésus : nous n’entendons pas des paroles de mépris, nous n’entendons pas des paroles de condamnation, mais seulement des paroles d’amour, de miséricorde, qui invitent à la conversion. « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus ! » (v. 11). Eh !, frères et sœurs, le visage de Dieu est celui d’un père miséricordieux, qui a toujours de la patience. Avez-vous pensé, vous, à la patience de Dieu, la patience qu’il a avec chacun de nous ? Telle est sa miséricorde. Il a toujours de la patience, de la patience avec nous, il nous comprend, nous attend, il ne se fatigue pas de nous pardonner si nous savons revenir à lui avec le cœur contrit. « Grande est la miséricorde du Seigneur », dit le Psaume.

Ces derniers jours, j’ai pu lire le livre d’un cardinal — le Cardinal Kasper, un théologien de valeur, un bon théologien — sur la miséricorde. Et ce livre m’a fait beaucoup de bien, mais ne croyez pas que je fais de la publicité pour les livres de mes cardinaux ! Il n’en est pas ainsi ! Mais il m’a fait beaucoup de bien, beaucoup de bien... Le Cardinal Kasper disait que ressentir la miséricorde, ce mot change tout. C’est ce que nous pouvons ressentir de mieux : cela change le monde. Un peu de miséricorde rend le monde moins froid et plus juste. Nous avons besoin de bien comprendre cette miséricorde de Dieu, ce Père miséricordieux qui a une telle patience... Souvenons-nous du prophète Isaïe, qui affirme que même si nos péchés étaient rouges écarlates, l’amour de Dieu les rendra blancs comme neige. C’est beau, la miséricorde ! Je me souviens, à peine devenu évêque, en l’année 1992, est arrivée à Buenos Aires la Vierge de Fatima et l’on a fait une grande messe pour les malades. Je suis allé confesser, lors de cette messe. Et presque à la fin de la messe, je me suis levé, je devais administrer une confirmation. Est venue à moi une femme âgée, humble, très humble, elle avait plus de quatre-vingts ans. Je l’ai regardée et je lui ai dit : « Grand-mère — parce que chez nous, nous appelons ainsi les personnes âgées : grand-mère — vous voulez vous confesser ? ». « Oui ! », m’a-t-elle dit. « Mais si vous n’avez pas péché... ». Et elle m’a dit : « Nous avons tous péché... ! ». « Mais peut-être le Seigneur ne les pardonne pas... ». « Le Seigneur pardonne tout ! », m’a-t-elle dit : sûre d’elle. « Mais comment le savez-vous, vous, Madame ? ». « Si le Seigneur ne pardonnait pas tout, le monde n’existerait pas ». Il m’est venue l’envie de lui demander : « Dites-moi, Madame, vous avez étudié à la Grégorienne ? », parce que cela est la sagesse que donne l’Esprit Saint ; la sagesse intérieure vers la miséricorde de Dieu. N’oublions pas cette parole : Dieu ne se fatigue jamais de nous pardonner, jamais ! « Eh, mon père, quel est le problème ? ». Eh, le problème est que nous, nous nous fatiguons ! Nous ne voulons pas ! Nous nous fatiguons de demander pardon ! Lui ne se fatigue pas de pardonner, mais nous, parfois, nous nous fatiguons de demander pardon. Ne nous fatiguons jamais, ne nous fatiguons jamais ! Lui est le Père plein d’amour qui toujours pardonne, qui a ce cœur de miséricorde pour nous tous. Et nous aussi apprenons à être miséricordieux avec tous. Invoquons l’intercession de la Vierge qui a eu entre ses bras la Miséricorde de Dieu fait homme.

[Angélus du dimanche 17 mars 2013]

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