Pko 20.03.2016

Eglise cath papeete 1Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°17/2016

Dimanche 20 mars 2016 –Dimanche des Rameaux et de la Passion – Année C

Humeurs

« Y-a-t-il mélange des genres ? »

Voici la transcription de l’interview, par Cybèle PRICHART du R.P. Jean-Pierre COTTANCEAU, Administrateur Apostolique de l’Archidiocèse de Papeete, au Journal de Polynésie 1ère, le mercredi 16 mars.

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Cybèle PRICHART :  Bonsoir Père COTTANCEAU, vous occupez la fonction d’Administrateur Apostolique du diocèse de Papeete, le diocèse qui recouvre toute la Polynésie sauf les Marquises. L’Association 193 parvient à mobiliser autour de la question du nucléaire. À la tête de l’Association : Père Auguste et de nombreux fidèles catholiques. Est-ce que l’Église s’associe pleinement à la cause de cette association ?

Père Jean-Pierre COTTANCEAU : S’associe à la cause, parce que la cause mérite un investissement clair de la part de l’Église. Tout ce qui concerne l’homme, - l’homme et la femme -, mérite un engagement clair de la part de l’Église. Donc je peux dire que nous sommes, nous aussi, soucieux d’écouter la voix des gens qui souffrent, et le sujet que nous avons vu précédemment, nous le montre clairement. Nous ne pouvons pas rester sourd à cette souffrance, à cette détresse. Et l’Église doit pouvoir faire entendre sa voix dans cette recherche de justice.

Cybèle PRICHART : Alors concrètement vous allez vous prononcer à travers des textes… de quelle manière vous allez-vous prononcer ?

Père Jean-Pierre COTTANCEAU : Alors, il y a actuellement au service du diocèse, une commission qui s’appelle « Justice et Paix » qui a en charge de mener la réflexion sur les grands thèmes qui agite la société de notre Polynésie. Alors, certainement que la question des conséquences du nucléaire prend aujourd’hui une place prépondérante. Et nous préparons un texte dans lequel l’Église exprimera officiellement son point de vue, l’Église de Polynésie exprimera officiellement son point de vue.

Cybèle PRICHART : L’Église protestante Maohi c’est toujours positionnée contre les essais. Vous, vous dite ce soir que les catholiques aussi ?

Père Jean-Pierre COTTANCEAU : Ah bien, je crois que c’est non seulement la voix du diocèse, mais c’est la voix de l’Église.

Cybèle PRICHART : Vous avez écrit qu’un prêtre n’est pas un chrétien comme les autres et qu’il ne peut afficher son opinion politique. La prise de position de Père Auguste est-elle politique selon vous ?

Père Jean-Pierre COTTANCEAU : Je crois que le Père Auguste – j’ai eu plusieurs entretiens avec lui – Il m’a soutenu, il m’a dit clairement que l’Association 193 n’était pas politique. Et il m’a fait part à plusieurs reprises de son souci de bien garder cette identité apolitique. Alors je crois, que cependant, l’Église catholique encourage les laïcs à prendre leur place dans ce combat qui consiste à être du côté de ceux qui souffrent, de ceux qui sont victimes de l’injustice. Mais je pense que la place du prêtre, pour moi, et selon la théologie de l’Église, la place du prêtre est plus comparable à celle de l’entraîneur, si vous voulez. Dans une équipe de foot vous avez les joueurs et vous avez l’entraineur. Le jour du match, l’entraineur ne joue pas au foot, mais il est celui qui insuffle, qui donne le courage, qui unifie l’équipe et qui donne les directives afin que l’équipe puisse gagner. Ce n’est qu’une comparaison, mais si vous voulez je pense que, là, on peut retrouver quelque chose de la place du prêtre.

Cybèle PRICHART : Vous l’encouragez plutôt à se mettre en retrait ou continuer son combat comme aujourd’hui ?

Père Jean-Pierre COTTANCEAU : Je crois qu’il a une fonction de rassembleur. Et c’est la, à mon avis, qu’il pourrait y avoir des problèmes, des difficultés. Le rassemblement dans l’Église doit permettre à l’Église de garder sa cohésion. Mais en même temps de faire en sorte que l’on puisse parler d’une seule voix lorsque nous abordons les thèmes tel que celui que nous abordons ce soir.

Cybèle PRICHART : Dernière question. Les Associations ne se sont pas sentis respectées lors du passage de François Hollande. Le Haut-Commissaire vous a appelé. Il s’est plaint d’un mélange des genres. Que lui avez-vous répondu ?

Père Jean-Pierre COTTANCEAU : Alors, j’ai toujours favorisé le dialogue, tant avec le Père Auguste qu’avec le Haut-Commissaire. Et je lui ai exprimé mon avis, que la gestion du conflit concernant le Père Auguste relevait de l’Église. Cependant j’accueille quand même certaines de ses observations, lorsque ce dialogue devient difficile parce que le ton employé par l’un ou par l’autre devient - surtout je pense de la part de l’Association - devient irrespectueux.

Cybèle PRICHART : Vous appelez à la vigilance de ce côté là ?

Père Jean-Pierre COTTANCEAU : Je crois que si nous voulons garder l’esprit de l’Évangile nous devons rester respectueux de nos adversaires.

Cybèle PRICHART : Merci beaucoup, Père Cottanceau d’avoir accepté notre invitation ce soir.

La parole aux sans paroles – 28

Portrait d’homme - Hakamau

Tahiti, île de lumières… île de désillusions où les efforts ne sont pas toujours récompensés. Hakamau a quitté son île, Reao, plein de rêves et d’espoir. Aujourd’hui, impossible de quitter la rue.

D’où viens-tu ?

« De Reao, j’ai grandi là-bas avec ma maman. »

Et ton papa ?

« Je n’ai jamais vu mon papa, c’est un français. »

Et comment es-tu devenu SDF ?

« En 1990, je voulais devenir militaire. Ils ont payé mon billet d’avion pour venir à Tahiti. Mais quand je suis allé, ils ne m’ont pas pris, à cause de mon asthme. C’était difficile pour moi. J’ai cherché seulement du travail. »

Tu ne préfères pas retourner à Reao ?

« Le problème c’est que je n’ai pas de terrain là-bas, pour faire le coprah. Les terrains sont à mes cousins, mes taties, ils ont tout pris ! »

Tu as réussi à trouver du travail ici ?

« Oui, en 1997, j’ai trouvé du travail à la menuiserie, à Titioro. J’ai travaillé 12 ans là-bas. Après, en 2009, l’atelier a fermé. Je me suis retrouvé sans rien. J’habitais chez un tonton à Fautaua Val mais, comme je n’avais plus d’argent, il m’a chassé. »

Tu n’as pas d’autres proches qui pourraient t’accueillir ?

« Non. »

Et tu n’as rien trouvé un autre travail ?

« Non, pourtant j’ai cherché, j’ai cherché. Alors j’accepte les stages. Je viens de finir un à Huma Mero, à Arue. Stage de 3 mois. Et comme je suis reconnu travailleur handicapé, depuis mon opération du genou l’année dernière. Maintenant je ne peux plus rester debout longtemps ou porter quelque chose de lourd. C’est comme ça que j’ai eu le stage. »

Et maintenant ?

« C’est fini ! Je n’ai rien en ce moment ! »

Le plus dur dans la rue ?

« C’est pouvoir se baigner, c’est difficile. Moi, je vais à Taaone, au tuyau ou dans la mer. »

Et là, où dors-tu ?

« Je dors n’importe où mais je préfère être tout seul. »

Quelle solution pour que tu puisses sortir de la rue ?

« Il faut un travail pour avoir des sous, pour avoir une maison. »

Un dernier message ?

« Merci Seigneur de nous donner le goût de vivre. J’essaie d’aller tous les jours à la messe, c‘est important pour tenir le coup. »

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2016

La Miséricorde divine ouvre le cœur des affligés à l’espérance

Audience générale du mercredi 16 mars 2016 - pape François

« J’aime beaucoup quand les nations, les gouvernements ouvrent leur cœur et leurs portes » : le Pape François a évoqué le sort des réfugiés et des migrants d’aujourd’hui lors de l’audience générale, consacrée à la miséricorde et à la consolation. Il est revenu sur le livre du prophète Jérémie qui parle de « la miséricorde de Dieu » qui « se présente avec toute sa capacité de réconforter et d’ouvrir le cœur des affligés à l’espérance ». Dans sa catéchèse, le Pape a ainsi fait référence à l’actualité à plusieurs reprises, évoquant très clairement le sort des réfugiés qui tentent de rejoindre l’Europe.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans le livre du prophète Jérémie, on appelle les chapitres 30 et 31 « livre de la consolation », parce que la miséricorde s’y exprime avec toute sa capacité à réconforter et à ouvrir le cœur des affligés à l’espérance. Aujourd’hui, nous voulons nous aussi écouter ce message de consolation.

Jérémie s’adresse aux Israélites qui ont été déportés en terre étrangère et annonce à l’avance leur retour dans leur patrie. Ce rapatriement est le signe de l’amour infini de Dieu Père qui n’abandonne pas ses enfants, mais qui prend soin d’eux et les sauve. L’exil avait été une expérience dévastatrice pour Israël. Leur foi avait vacillé parce qu’en terre étrangère, sans le temple, sans le culte, après avoir vu leur pays détruit, il était difficile de continuer à croire en la bonté du Seigneur. Cela me fait penser à l’Albanie voisine : comment, après tant de persécution et de destruction, elle a réussi à se relever dans la dignité et la foi. Les Israélites en exil avaient souffert comme cela.

Nous aussi, nous pouvons parfois vivre une sorte d’exil, quand la solitude, la souffrance ou la mort nous font penser que Dieu nous a abandonnés. Combien de fois avons-nous entendu ces mots : « Dieu m’a oublié » : ce sont des personnes qui souffrent et se sentent abandonnées. Et combien de nos frères vivent en ce moment-même une situation réelle et dramatique d’exil, loin de leur patrie, le regard encore perdu dans les décombres de leur maison, la peur au cœur et souvent, malheureusement, avec la souffrance d’avoir perdu des êtres chers. Dans ces cas-là, on peut se demander : où est Dieu ? Comment est-il possible que tant de souffrance puisse s’abattre sur des hommes, des femmes et des enfants innocents ? Et quand ils cherchent à entrer quelque part ailleurs, on leur ferme la porte. Et ils sont là, à la frontière, parce que beaucoup de portes et de cœurs sont fermés. Les migrants d’aujourd’hui, qui souffrent du froid, sans nourriture, et qui ne peuvent pas entrer, ne se sentent pas accueillis. J’aime beaucoup entendre cela, lorsque je vois les nations, les gouvernants qui ouvrent leur cœur et ouvrent leurs portes.

Le prophète Jérémie nous donne une première réponse. Le peuple exilé pourra revoir sa terre et recommencer à faire l’expérience de la miséricorde du Seigneur. C’est la grande annonce de la consolation : Dieu n’est pas non plus absent aujourd’hui, dans ces situations dramatiques ; Dieu est proche et il fait de grandes œuvres de salut pour ceux qui se confient en lui. Il ne faut pas céder au désespoir mais continuer d’être certains que le bien est vainqueur du mal et que le Seigneur essuiera toute larme et nous libèrera de toute peur. C’est pourquoi Jérémie prête sa voix aux paroles d’amour de Dieu pour son peuple :

« Je t’aime d’un amour éternel, aussi je te garde ma fidélité. De nouveau je te bâtirai, et tu seras rebâtie, vierge d’Israël. De nouveau tu prendras tes tambourins de fête pour te mêler aux danses joyeuses » (31,3-4).

Le Seigneur est fidèle, il n’abandonne pas à la désolation. Dieu aime d’un amour sans fin, que pas même le péché ne peut freiner, et grâce à Lui, le cœur de l’homme se remplit de joie et de consolation.

Le rêve consolant du retour dans la patrie se poursuit dans les paroles du prophète qui dit, s’adressant à ceux qui retourneront à Jérusalem : « Ils viennent, criant de joie, sur les hauteurs de Sion : ils affluent vers les biens du Seigneur, le froment, le vin nouveau et l’huile fraîche, les génisses et les brebis du troupeau. Ils auront l’âme comme un jardin tout irrigué ; ils verront la fin de leur détresse » (31,12).

Dans la joie et la reconnaissance, les exilés reviendront à Sion, montant sur la montagne sainte vers la maison de Dieu et ils pourront ainsi élever à nouveau des hymnes et des prières au Seigneur qui les a libérés. Ce retour à Jérusalem et à ses biens est décrit avec un verbe qui veut dire, littéralement : « affluer, couler ». Le peuple est vu, dans un mouvement paradoxal, comme un fleuve en crue qui coule vers les hauteurs de Sion, remontant vers la cime de la montagne. Une image audacieuse pour dire combien la miséricorde du Seigneur est grande !

La terre que le peuple avait dû abandonner était devenue la proie d’ennemis, désolée. Maintenant, en revanche, elle reprend vie et refleurit. Et les exilés eux-mêmes seront comme un jardin irrigué, comme une terre fertile. Israël, ramené dans sa patrie par son Seigneur, assiste à la victoire de la vie sur la mort et de la bénédiction sur la malédiction.

C’est ainsi que le peuple est fortifié et consolé par Dieu. Ce mot est important : consolé ! Les rapatriés reçoivent la vie d’une source qui les irrigue gratuitement.

À ce point, le prophète annonce la plénitude de la joie et proclame, toujours au nom de Dieu : « Je change leur deuil en joie, les réjouis, les console après la peine » (31,13).

Le psaume nous dit que, quand ils retournèrent dans leur patrie, leur bouche était pleine de rires ; c’est une telle joie ! C’est le don que le Seigneur veut faire à chacun de nous aussi, avec son pardon qui convertit et réconcilie.

Le prophète Jérémie nous a donné l’annonce, présentant le retour des exilés comme un grand symbole de la consolation offerte au cœur qui se convertit. Le Seigneur Jésus, pour sa part, a porté à son accomplissement ce message du prophète. Le véritable et radical retour de l’exil et la lumière réconfortante après l’obscurité de la crise de la foi, se réalise à Pâques, dans l’expérience pleine et définitive de l’amour de Dieu, un amour miséricordieux qui donne la joie, la paix et la vie éternelle.

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

L’A.C.A.T. dénonce les violences policières en France

Un rapport qui dénonce les risques d’impunité des forces de l’ordre

Même si nous sommes loin de ce que le rapport de l’A.C.A.T. signale… la Polynésie n’est pas exempte d’abus… notamment à l’égard des marginaux…

L’ACAT a publié ce lundi 13 mars 2016 un rapport d’enquête sur les violences policières en France ces dix dernières années. Intitulé « L’ordre et la force », ce rapport fait état de graves défaillances dans les enquêtes administratives et judiciaires effectuées à la suite de plaintes pour violences policières.

En outre, les recherches menées par l’ACAT mettent en lumière le lourd bilan humain de l’utilisation de certaines armes et techniques d’interpellation. Selon Aline Daillère, responsable France à l’ACAT, « Si les violences policières sont relativement rares au regard du nombre d’interpellations quotidiennes, leur fréquence est loin d’être anodine, et les victimes se comptent par dizaines. Aujourd’hui, les forces de l’ordre françaises jouissent d’une relative impunité lorsqu’elles sont responsables de violences qui violent les principes de proportionnalité et de nécessité. »

Les faits de violences policières donnent très rarement lieu à des sanctions effectives. Dans plus de 90% des cas étudiés par l’ACAT, les agents des forces de l’ordre n’ont pas été condamnés. Obtenir justice est souvent un parcours du combattant. Lorsque les agents sont condamnés, les sanctions sont faibles au regard d’autres condamnations pénales prononcées en France. Les dégâts causés par différentes armes intermédiaires, comme le Flashball ou le Taser, sont importants.

Au moins 39 personnes ont été grièvement blessées et un homme est mort à la suite de tirs de lanceurs de balles de défense depuis 2005, dont 12 mineurs. Certains gestes d'immobilisation utilisés par les forces de l’ordre sont parfois mortels, comme le plaquage ventral ou le pliage. L’ACAT a recensé 8 décès depuis 2005 dus à ces techniques. Ce lourd bilan humain impose que des réformes soient engagées pour encadrer plus strictement ces armes et gestes.

Selon l’ACAT, le ministère de l'Intérieur fait preuve d’une opacité flagrante concernant les violences commises par ses agents. Aucun chiffre n’est rendu public sur le nombre de personnes blessées ou tuées lors d’opérations de police ou de gendarmerie, et aucune donnée exhaustive n’est publiée sur l’utilisation des armes ou le nombre de plaintes contre des agents des forces de l’ordre pour des faits de violences. Pour lutter contre les violences illégales commises par les forces de l’ordre, de nombreuses mesures doivent être prises par les autorités françaises.

L’ACAT demande notamment la création d’un organe d’enquête indépendant, l’interdiction des lanceurs de balles de défense et la publication annuelle de chiffres relatifs à l’usage de la force par les policiers et gendarmes : sur les utilisations d’armes, les sanctions disciplinaires pour des faits de violences et le nombre de personnes blessées ou tuées dans le cadre d’opérations de police ou de gendarmerie. Ce rapport est le fruit d’une enquête de grande ampleur menée durant 18 mois, basée sur l’analyse de 89 cas d’utilisation de la force par la police ou la gendarmerie ayant eu lieu entre 2005 et 2015. Il s’inscrit dans le cadre du lancement d’une campagne de long terme intitulée « Violences policières : brisons le silence ».

© Radio Vatican - 2016

Commentaire des lectures du dimanche

Au centre de cette célébration, qui apparaît si festive, il y a la parole que nous avons entendue dans l’hymne de la Lettre aux Philippiens : « Il s’est abaissé » (2, 8). L’abaissement de Jésus.

Cette parole nous révèle le style de Dieu et, en conséquence, ce que doit être celui du chrétien : l’humilité. Un style qui ne finira jamais de nous surprendre et de nous mettre en crise : on ne s’habitue jamais à un Dieu humble !

S’abaisser est avant tout le style de Dieu : Dieu s’abaisse pour marcher avec son peuple, pour supporter ses infidélités. On le voit bien en lisant l’histoire de l’Exode : quel abaissement pour le Seigneur que d’écouter tous ces murmures, ces lamentations ! Ils étaient dirigés contre Moïse, mais au fond, ils allaient contre Lui, leur Père, qui les avait fait sortir de la condition d’esclavage et les guidait sur le chemin à travers le désert jusqu’à la terre de la liberté.

En cette Semaine, la Semaine Sainte, qui nous conduit à Pâques, nous irons sur ce chemin de l’abaissement de Jésus. Et seulement ainsi, elle sera « sainte » aussi pour nous !

Nous entendrons le mépris des chefs de son peuple et leurs tromperies pour le faire tomber. Nous assisterons à la trahison de Judas, un des Douze, qui le vendra pour trente deniers. Nous verrons le Seigneur arrêté et emmené comme un malfaiteur ; abandonné des disciples ; traîné devant le sanhédrin, condamné à mort, battu et outragé. Nous entendrons que Pierre, le « roc » des disciples, le reniera par trois fois. Nous entendrons les cris de la foule, incitée par les chefs, qui demande que Barabbas soit libre, et que lui soit crucifié. Nous le verrons raillé par les soldats, couvert d’un manteau de pourpre, couronné d’épines. Et puis, le long de la Via dolorosa et sous la croix, nous entendrons les insultes des gens et des chefs, qui se moquent de son être de Roi et de Fils de Dieu.

C’est le chemin de Dieu, le chemin de l’humilité. C’est la route de Jésus, il n’y en a pas d’autre. Et il n’existe pas d’humilité sans humiliation.

En parcourant jusqu’au bout cette route, le Fils de Dieu a assumé la « condition de serviteur » (cf. Ph 2, 7). En effet, humilité veut dire aussi service, veut dire laisser de la place à Dieu se dépouillant de soi-même, « se vidant », comme dit l’Écriture (v. 7). Cela – se vider ‑ est l’humiliation la plus grande.

Il y a un autre chemin, contraire au chemin du Christ : la mondanité. La mondanité nous offre le chemin de la vanité, de l’orgueil, du succès… C’est l’autre chemin. Le malin l’a proposé aussi à Jésus, durant les quarante jours dans le désert. Mais Jésus l’a repoussé sans hésitations. Et avec lui, seulement avec sa grâce, avec son aide, nous aussi nous pouvons vaincre cette tentation de la vanité, de la mondanité, non seulement dans les grandes occasions, mais dans les circonstances ordinaires de la vie.

Ce qui nous aide et nous réconforte en cela, c’est l’exemple de beaucoup d’hommes et de femmes qui, dans le silence et de façon cachée, chaque jour renoncent à eux-mêmes pour servir les autres : un parent malade, un ancien seul, une personne avec un handicap, un sans-abri…

Pensons aussi à l’abaissement de tous ceux qui, en raison de leur comportement fidèle à l’Évangile, sont discriminés et paient de leur personne. Et pensons à nos frères et sœurs persécutés parce que chrétiens, les martyrs d’aujourd’hui – il y en a beaucoup ‑ : ils ne renient pas Jésus et supportent avec dignité des insultes et des outrages. Ils le suivent sur son chemin. Nous pouvons parler en vérité d’« une nuée de témoins » : les martyrs d’aujourd’hui (cf. He 12, 1).

Durant cette Semaine, nous aussi, mettons-nous résolument avec eux sur cette route de l’humilité, avec beaucoup d’amour pour Lui, notre Seigneur et Sauveur. Ce sera l’amour qui nous guidera et nous donnera la force. Et là où il est, Lui, nous serons nous aussi (cf. Jn 12, 26).

[Homélie du Pape François - Dimanche 29 mars 2015]

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