Pko 21.08.2016

Eglise cath papeete 1Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°47/2016

Dimanche 21 août 2016 – XXIème Dimanche du Temps ordinaire – Année C

Humeurs…

« Être est plus important qu’avoir »

Il n’est pas inutile, en cette période de rentrée scolaire, de se remémorer les paroles du pape François au sujet de l’éducation catholique qui font écho au Synode de 1989 : « Il faut mettre les enfants et les adolescents au centre du système éducatif, l'épanouissement des personnes et le bonheur des familles au cœur du développement économique, social, politique et culturel. » (Proposition E1) :

« L’identité catholique, c’est Dieu qui s’est fait homme !… On ne peut donc pas parler d’éducation catholique sans parler d’humanité… Éduquer chrétiennement, ce n’est pas seulement faire une catéchèse, ou faire du prosélytisme… Éduquer chrétiennement, c’est faire avancer les jeunes dans toutes les valeurs humaines, ce qui doit inclure la dimension de la transcendance », une dimension malheureusement rejetée par les modèles positivistes actuels.

Rappelons-nous aussi qu’« aujourd’hui, non seulement, les liens éducatifs se sont rompus, mais l’éducation est devenue trop sélective et élitiste. Seulement les personnes d’un certain niveau semblent avoir droit à une éducation. C’est une réalité mondiale honteuse, cette sélectivité humaine éloigne les hommes au lieu de les rapprocher : les pauvres et les riches, les cultures entre elles… Votre travail est de faire la même chose que Don Bosco : au temps des francs-maçons, il a fait une éducation d’urgence !… Il faut risquer l’éducation informelle, car l’éducation formelle s’est appauvrie, elle est techniciste, intellectualiste, ne parle que le langage de la tête. Il faut de nouveaux modèles, inclure les voies du langage du cœur, du langage des mains. Une éducation inclusive, pour que tous aient une place. » Et pour terminer : « Allez aux périphéries, cherchez les pauvres : ils ont l’expérience de la survie, de la faim, de l’injustice. C’est une humanité blessée. Et je pense que notre salut vient d’un homme blessé sur la Croix ».

Sommes-nous toujours sur cette voie ? Ou bien sommes-nous tentés par l’efficacité, la renommée au détriment de l’humain ? Les CED, notamment, ont été lancé par Mgr Michel en 1982 dans cette perspective… nous ne devons jamais l’oublier !!!

Parole à Frère Rémy Quinton – Directeur du CED.

« Un manque d’écoute et de dialogue de la part des autorités de l’enseignement catholique »

 

« Je suis ravi d’accueillir cette année des élèves de toute la Polynésie » explique Frère Rémy Quinton, directeur du CED de Nuku Hiva. « En revanche, je dois reconnaître que certains élèves nous viennent du CED de Makemo qui a fermé ses portes il y a peu. Une fermeture, nous a-t-on dit, liée à une baisse d’effectif. Je pense pour ma part qu’il faut s’interroger sur les vraies raisons de cette fermeture. Le manque d’élèves est le résultat d’une politique d’abandon ; c’est-à-dire d’un manque d’investissement en matériels et en personnels de la part de nos autorités catholiques de Tahiti. L’établissement de Makemo n’a pas été soutenu comme il aurait dû l’être par l’enseignement catholique. C’est tout à fait dramatique. Je ne suis pas véritablement inquiet pour notre établissement de Nuku Hiva, car nous avons de très bon résultats, cependant, il va falloir que les choses évoluent et que la direction de l’enseignement catholique qui pour l’heure manque de dialogue et d’écoute, nous laisse prendre les décisions qui nous concernent en termes de gestions de personnels et de matériels notamment dans les archipels éloignés. Qui mieux que les équipes pédagogiques et les parents d’élèves qui œuvrent sur place peut décider de ce qui doit être fait ? Mis à part cette question, nous sommes très satisfait d’accueillir cette année quinze jeunes filles au CED. Sept externes et huit internes. C’est dire si les jeunes femmes s’intéressent au monde agricole. Nous avons d’ailleurs constaté que de manière générale, les filles obtiennent de bons résultats, elles sont des candidates motivées et performantes. »

Propos recueillis par Marie Edragas.

© La Dépêche de Tahiti

Chronique de la roue qui tourne

Un rien qui vaut plus que tout

« Les plus belles choses ne coûtent rien. » Proverbe québécois

Force est de constater que la société de consommation d’aujourd’hui nous a fait oublier la valeur d’un « petit rien », la valeur de la gratuité, la valeur de toutes ces choses qui se donnent sans appauvrir le bienfaiteur. Que « joindre les deux bouts » s’avère être plus difficile qu’hier est un fait que nul ne peut nier. Mais l’homme, prétextant une difficulté « matérielle », a laissé son cœur s’endurcir, refusant même la gratuité. Un geste, une attention sont devenus des « produits » de luxe réservés pour une « clientèle » triée sur le volet, nos très très très proches. En maitrisant tous ces termes commerciaux, l’homme a oublié sa capacité à la gratuité…

L’homme a oublié l’importance d’aider celui qui se trouve dans la détresse.

L’homme a oublié l’importance de s’émouvoir de celui qui vit un malheur.

L’homme a oublié l’importance de crier pour celui qui souffre.

L’homme a oublié l’importance de sourire de compassion à celui dont les yeux se noient.

L’homme a oublié l’importance d’entendre même celui qui ne peut parler.

L’homme a oublié l’importance de voir celui que personne ne regarde.

L’homme a oublié l’importance de recueillir celui qui est rejeté.

L’homme a oublié l’importance de défendre celui qui est vulnérable.

L’homme a oublié l’importance de tendre la main à celui qui demande du secours.

L’homme a oublié l’importance d’être la béquille de celui qui chancelle.

L’homme a oublié que ce sont ses actions pour l’autre qui font de lui un Homme !

Vaste programme me direz-vous ! Pourtant, tout commence par un petit pas… vers l’autre !

Un petit rien qui vaut plus que tout !

La chaise masquée

© Nathalie SH – P.K.0 – 2016

Rentrée des classes

En marge de l’actualité du mercredi 17 août 2016

À l’heure où vient de sonner la « rentrée des classes » pour les petits et les grands, mesurons d’abord la chance que nous avons de pouvoir envoyer nos enfants à l’école. Certes, tout n’est pas parfait, mais confrontés à ces imperfections, pensons d’abord à ces pays où beaucoup d’enfants n’ont pas la chance d’être scolarisés pour raison de guerre, de pauvreté, d’immigration, à ces pays où les enfants doivent faire parfois le ventre vide plusieurs kilomètres à pied pour rejoindre une école où le matériel pédagogique, les tables et les bancs font cruellement défaut…

L’école est d’une importance capitale pour l’éducation des enfants. Elle permet le développement ordonné des facultés intellectuelles, elle introduit à l’histoire et au patrimoine culturel hérité des générations précédentes, elle ouvre les enfants au sens des valeurs indispensables à la vie en société, elle prépare à la vie professionnelle. Lieu de rencontre entre élèves d’origine sociale et de caractère différents, elle est le lieu où peut naître un esprit de camaraderie qui forme à la compréhension mutuelle et à l’acceptation de la différence. Selon les mots du Concile Vatican II en sa déclaration sur l’Éducation Chrétienne (n°5), l’école « constitue comme un centre où se rencontrent pour partager les responsabilités de son fonctionnement et de son progrès, familles, maîtres, groupements de tous genres créés pour le développement de la vie culturelle, civique et religieuse, la société civile et enfin toute la communauté humaine. »

Cependant, n’oublions pas que les parents sont les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants. Ils ont à promouvoir leur éducation totale, personnelle et sociale. Ainsi, aux côtés des parents, l’école se présente comme une institution sociale qui répond aux besoins de formation et d’éducation de la personne. Le lien entre parents et école est donc d’importance, étant sauves les prérogatives de chacun. C’est à ce prix que pourra être menée à bien cette tâche d’éducation que familles, parents et société veulent donner à ces enfants qui seront les adultes de demain.

+ R.P. Jean Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete – 2016

La parole aux sans paroles – 49

Portrait d’homme : Jean

Orphelin à la suite d’un cyclone, Jean n’a pas à rougir de son parcours. Bien sûr, il a chuté, bien sûr, il s’est trompé, mais il a toujours assumé et s’est relevé à chaque fois. Courageux et déterminé, ce passage dans la rue deviendra vite qu’une page de son histoire.

D’où viens-tu ?

« Je viens des Tuamotu, d’Anaa en fait. J’ai grandi là-bas jusqu’à mes 15 ans et je suis venu ici. »

Tu as grandi avec tes parents ?

« Mes parents sont décédés lors d’un cyclone, le cyclone Orama. Moi, j’ai survécu. Donc j’ai grandi avec ma grand-mère, c’est elle en fait qui m’a reconnu. »

Raconte-moi ton enfance ?

« Ben, je suis allé au collège, puis au lycée. J’ai eu mon CAP et BEP. Et j’ai décidé de venir vivre dans la rue. J’ai connu Père Christophe comme ça. Parce qu’en arrivant, j’avais perdu tous mes papiers. Donc j’étais allé le voir pour tout refaire. Sinon, ici, je connais tout le monde. Après, j’ai réussi à avoir un endroit à Paea. Mais je reviens quand même donner un coup de main à mes amis ici. »

Dans quelle branche est ton CAP ?

« Construction. »

Que s’est-il passé pour que tu sois dans la rue ?

« J’ai fait des mauvais choix mais que j’assume. »

À quel âge es-tu arrivé dans la rue ?

« Plus de 20 ans. 27 ans, je crois. »

Le plus dur dans la rue ?

« Le plus difficile dans la rue, c’est de trouver à manger quand tu as faim. Le plus difficile, c’est de survivre. Et pour ça, il faut manger. »

Comment tu t’en sors quand c’est comme ça ?

« Et ben, je vais à la pêche. Je me débrouille. »

Qu’est-ce qu’il faudrait pour te faire sortir de la rue ? Un travail ?

« J’ai déjà trouvé au travail. Je travaille chez Vaxelaire. Je m’occupe des morts. À chaque décès, je m’occupe de la fabrication de caveaux funéraires. »

Et ça va, ça se passe bien ?

« Oui, ça me plait. C’était mon ancien travail et là j’ai eu mon contrat à vie. Ça me plait carrément ! »

Que fais-tu encore dans la rue ?

« Tu sais, c’est ici que j’ai grandi, c’est ici que j’ai appris à survivre. Alors je reviens de temps en temps par là. »

Mais, en ce moment, où dors-tu ?

« À l’OTAC. »

Et chez toi, à Paea ?

« Je rentre des fois. Comme je suis tout seul dans ma vie ! »

Et partir dans les îles, retourner à Anaa, ça ne te tente pas

« Si ! Mais je travaille maintenant. Donc j’attends d’avoir un congé et j’y retournerai. »

Et revoir ta grand-mère ?

« Elle est décédée maintenant. Elle est décédée en 2007, dans mes bras. Pour moi, elle a été la meilleure des mamans ! »

Ton plus beau souvenir de la rue ?

« Le beau souvenir que j’ai, c’est le plus grand repas offert par Père Christophe. C’était à Noël, en 2008. »

Si tu pouvais changer une chose à ta vie…

« La seule chose que je voudrais changer, c’est d’arrêter la drogue. C’est la seule chose que je veux enlever de ma vie. Je suis en train d’y arriver tout doucement. »

Avec l’aide de Père ?

« Père est carrément le plus bon des papas ! Même s’il me tire les oreilles ! (Rires) »

Un dernier message ?

« Soyez courageux dans la vie mes amis. Faites la prière tous les matins. Et vivez votre vie avec le sourire ! »

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2016

La miséricorde du Christ nous invite au contact avec l’autre

Audience générale du mercredi 17 août 2016

C’est sur le miracle de la multiplication des pains que le Pape François a développé sa catéchèse lors de l’audience générale de ce mercredi 17 août 2016. Un miracle en forme de témoignage de la miséricorde du Christ, et qui invite les chrétiens à rester au contact des hommes et des femmes de notre temps pour leur offrir un signe concret de miséricorde.

La miséricorde, instrument de communion (cf. Mt 14, 13-21)

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, nous voulons réfléchir sur le miracle de la multiplication des pains. Au début du récit qu’en fait Matthieu (cf. 14, 13-21), Jésus vient de recevoir la nouvelle de la mort de Jean-Baptiste et il traverse le lac en barque à la recherche d’« un endroit désert, à l’écart » (v. 13). Mais les gens comprennent et le précèdent à pied de sorte qu’« en débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades. » Jésus était comme cela : toujours avec compassion, pensant toujours aux autres. On est impressionné par la détermination de la foule qui craint d’être laissée seule, comme abandonnée. Après la mort de Jean Baptiste, prophète charismatique, elle se fie à Jésus, de qui ce même Jean avait dit : « Celui qui vient après moi est plus fort que moi » (Mt 3,11). Ainsi, les gens le suivent partout, pour l’écouter et lui amener les malades. Et en voyant cela, Jésus est ému. Jésus n’est pas froid, il n’a pas un cœur froid. Jésus est capable de s’émouvoir. D’un côté, il se sent lié à cette foule et ne veut pas qu’elle s’en aille ; de l’autre, il a besoin de moments de solitude, de prière, avec le Père. Il passe très souvent la nuit en priant son Père.

Ce jour-là aussi, le maître se consacra donc à la foule. Sa compassion n’est pas un vague sentiment ; au contraire, il montre toute la force de sa volonté d’être proche de nous et de nous sauver. Jésus nous aime tellement ; il veut être proche de nous.

Vers le soir, Jésus se préoccupe de donner à manger à toutes ces personnes, fatiguées et affamées et il prend soin de ceux qui le suivent. Et il veut y impliquer ses disciples. Il leur dit en effet : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (v.16). Et il leur montra que les quelques pains et poissons qu’ils avaient, avec la force de la foi et de la prière, pouvaient être partagés pour tout le monde. Jésus fait un miracle, mais c’est le miracle de la foi, de la prière, suscité par la compassion et par l’amour. Ainsi Jésus « rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. » (v.19) Le Seigneur va à la rencontre des nécessités des hommes, mais il veut faire participer chacun de nous concrètement à sa compassion.

Maintenant, arrêtons-nous sur le geste de bénédiction de Jésus : « Il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna » (v.19). Comme on le voit, ce sont les mêmes signes que Jésus a accomplis lors de la dernière Cène ; et ce sont aussi les mêmes que tous les prêtres accomplissent quand ils célèbrent la Sainte Eucharistie. La communauté chrétienne naît et renaît continuellement de cette communion eucharistique. Vivre la communion avec le Christ est par conséquent tout autre chose que de rester passifs et étrangers à la vie quotidienne ; au contraire, cela nous insère toujours plus dans la relation avec les hommes et les femmes de notre temps, pour leur offrir le signe concret de la miséricorde et de l’attention du Christ. Tandis qu’elle nous nourrit du Christ, l’Eucharistie que nous célébrons nous transforme aussi peu à peu en Corps du Christ et boisson spirituelle pour nos frères. Jésus veut rejoindre tout le monde, pour porter à tous l’amour de Dieu. C’est pourquoi il fait de chaque croyant un serviteur de la miséricorde. Jésus a vu la foule, il a été saisi de compassion pour elle et il a multiplié les pains ; il fait la même chose avec l’Eucharistie. Et nous, croyants qui recevons ce pain eucharistique, nous sommes poussés par Jésus à apporter ce service aux autres, avec sa compassion même. Voilà le parcours.

Le récit de la multiplication des pains et des poissons se conclut par la constatation que tous ont été rassasiés et par le ramassage des morceaux qui restaient (cf. v.20). Quand, avec sa compassion et son amour, Jésus nous donne une grâce, nous pardonne nos péchés, nous embrasse, nous aime, il ne fait pas les choses à moitié, mais complètement. Comme cela s’est passé ici : tous ont été rassasiés. Jésus remplit notre cœur et notre vie de son amour, de son pardon, de sa compassion. Jésus a donc permis à ses disciples d’exécuter son ordre. Ainsi, ils connaissent la voie à parcourir : rassasier le peuple et le garder uni, c’est-à-dire être au service de la vie et de la communion. Invoquons donc le Seigneur, pour qu’il rende toujours son Église capable de ce service saint, et pour que chacun de nous puisse être un instrument de communion dans sa propre famille, dans son travail, dans sa paroisse et dans les groupes auxquels il appartient, un signe visible de la miséricorde de Dieu qui ne veut laisser personne dans la solitude et dans le besoin, afin que descendent la communion et la paix parmi les hommes et la communion des hommes avec Dieu, parce que cette communion est vie pour tous.

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

Qui sont les catholiques athées ?

Blog de Jean-Claude Guillebaud, journaliste, écrivain et essayiste

La douceur des vacances – ce pas de côté – vous invite au calme. Profitons-en. Essayons de comprendre au lieu de nous abandonner à la seule indignation. C’est pourtant cette dernière qui d’abord m’habita en découvrant début août les diatribes de l’extrême droite contre le pape. De Marion Maréchal-Le Pen à Marine Le Pen, en passant par Robert Ménard ou Gilbert Collard, tous ont invectivé le pape François – et sur quel ton ! –, coupable d’avoir observé que dans « presque toutes les religions » il y avait des fondamentalistes. « Et nous en avons aussi », osa-t‑il ajouter dans l’avion qui le ramenait de Cracovie !

Quoi ? Mettre sur le même plan les barbares musulmans et les chrétiens ou les juifs ! Sur les réseaux sociaux, c’est une haine toute nue qui s’exprima aussitôt, avec des hashtags injurieux du genre #GrosCon et ou #PasMonPape. Un détail trahit l’inculture de nos justiciers. La diatribe de Robert Ménard, qui comparait le pape à ces « bobos des beaux quartiers », fut publiée sur le site Boulevard Voltaire. De quoi rire ! Ménard, volontiers donneur de leçons en matière de défense de la chrétienté, a peut-être oublié que ­Voltaire n’a cessé de dénoncer le fanatisme dans toutes les religions.

En réalité, on voit réapparaître au cœur de l’extrême droite française un courant de pensée qu’il faut bien qualifier de catholicisme athée. L’expression se réfère à une formule de Charles Maurras, fondateur de l’Action française : « Je suis athée, mais catholique. » Maurras voulait dire par là que le message évangélique ne l’intéressait pas, mais qu’il voyait dans l’Église une institution garante de l’ordre social.

Dans les années 1920, Mussolini, créateur du fascisme italien, déclarait lui aussi qu’il respectait dans l’Église « la plus grande force conservatrice de l’histoire ». En gros, non au christianisme, mais oui à l’Église ; non à l’Évangile, mais oui à ce que Bernanos appelait « l’esprit clérical ». Je ne cite pas ce dernier par hasard. Et pas seulement parce que j’ai fait de la relecture de son œuvre dite de combat mon devoir de vacances, mais parce que ce grand chrétien, après sa rupture avec ­Maurras, ne cessa de combattre ce cléricalisme conservateur et belliqueux.

Il a vu les évêques espagnols bénir les soudards franquistes pendant la guerre d’Espagne. Dans les Grands Cimetières sous la lune, il dira magnifiquement son refus douloureux de ce catholicisme. Entre 1938 et 1945, alors que Bernanos et les siens séjournent au Brésil, il revient à plusieurs reprises sur la médiocrité de cet « esprit clérical », qui en mettant l’ordre social en avant devient « le sournois intermédiaire du mauvais riche ».

Nos compatriotes, sans le savoir, reprennent aujourd’hui à leur compte le catholicisme athée de Maurras. Ils se montrent aussi peu concernés que lui par le message évangélique. L’ironie cinglante de Bernanos, par-dessus les décennies, leur est donc adressée. Dans Scandale de la vérité (1939), voici ce qu’il dit de ces chrétiens peu évangéliques : « Ils croiraient volontiers que le Christ est mort uniquement pour la sécurité des propriétaires, le prestige de tous les hauts fonctionnaires et la stabilité des gouvernements. » Soixante-dix-sept ans après, voilà qui nous parle…

© La Vie - 2016

Les trois leçons des martyrs

Lecture du Cardinal Angelo Scola sur le Moyen-Orient – 27 janvier 2016

Il n’existe qu’un mot pour dire ce qui arrive aux chrétiens au Moyen-Orient : martyre. Le témoin désarmé démasque le contre-témoignage du djihadiste et met à nu le virus qui a détruit des pays entiers, de la Syrie à l’Irak  : la recherche de la victoire à tout prix, par l’anéantissement de l’autre. L’Europe, distraite, trop longtemps repliée sur son propre narcissisme, se découvre, aujourd’hui, impuissante.

« L’histoire de l’Église, la véritable histoire de l’Église, est l’histoire des saints et des martyrs : les martyrs persécutés ». C’est en ces termes que le pape François rappelait récemment, avec une force singulière, tout le « cas sérieux » de l’existence chrétienne : le témoignage auquel chaque baptisé est appelé, même devant la persécution, même – si Dieu le lui demande – jusqu’à l’effusion du sang. C’est une réalité, prévue sans ambages dans le discours missionnaire du chapitre 10 de l’Évangile de Matthieu, et confirmée par 2 000 ans d’histoire. Mais la toucher de la main aujourd’hui parmi les réfugiés d’Erbil, comme j’ai pu le faire en juin dernier à l’invitation des patriarches Béchara Raï et Louis Sako, est une expérience qui reste gravée dans la mémoire et dans le cœur. Elle confère une lumière nouvelle pour regarder les événements tragiques du Moyen-Orient – les flammes d’une guerre qui ne semble pas s’apaiser – et leurs retombées sur une Europe trop apathique et repliée sur elle-même, qui ne semble que récemment se réveiller de la torpeur dans laquelle elle a sombré.

Saint Maxime le Confesseur, reprenant une expression paulinienne (1 Co 2,16), affirme qu’avoir « la pensée du Christ » signifie penser selon le Christ, mais surtout « Le penser en toutes choses » : tel est le sens de l’Incarnation, tel est le génie du christianisme. Que signifie alors avoir la pensée (la mens) du Christ devant ce qui se passe au Moyen-Orient ? Je crois que cela signifie, avant même toutes les considérations géopolitiques, économiques ou stratégiques, se trouver devant une simple constatation : sur ces terres, c’est un martyre qui se consume. Ce fait, que nous avons du mal à regarder en face, a une importance énorme, j’en suis convaincu, non seulement pour l’Église, mais aussi pour une compréhension plus profonde à la fois des racines de la conflictualité persistante au Moyen-Orient, et de l’impuissance dans laquelle se débat l’Occident. La pensée du Christ est un principe qui explique le réel, tout le réel, et il me semble qu’elle nous confie ici au moins trois leçons.

Un trésor précieux

La première concerne la place du martyre dans la vie de l’Église. Ce n’est pas ici le lieu de récapituler la longue histoire du christianisme oriental : d’autres l’ont fait de façon excellente, y compris dans ce numéro d’Oasis. Mais c’est un fait que se sont entrecroisés ces dernières décennies dans cette région du monde deux phénomènes particulièrement tragiques : d’un côté, la tentative de construire des États plus homogènes, en absorbant et « normalisant » les minorités ethnico-religieuses ; de l’autre, un retour du fondamentalisme islamiste qui, à partir des années 1960, a réintroduit un langage religieux et des pratiques discriminatoires qui semblaient désormais définitivement dépassés. On pouvait difficilement imaginer qu’au début du XXIe siècle, on allait recommencer à parler de jizya, l’impôt sur les non-musulmans, qui heurte toute conception moderne d’égalité des droits et des devoirs ! Et pourtant, c’est arrivé, bien avant que l’EIIL ne devienne un phénomène médiatique. Puis l’effondrement de beaucoup d’États du Moyen-Orient, ratifié par les révoltes de 2011, a enclenché la dernière, radicale, étape : de la discrimination on est passé à la persécution ouverte, qui a contraint des populations entières à abandonner en toute hâte leurs maisons pour ne pas être massacrées.

Il appartiendra aux historiens de prononcer un jugement sur ce processus de longue durée, dans lequel certainement les communautés chrétiennes ont commis des erreurs d’appréciation. Mais ce qui frappe le plus aujourd’hui, ce sont les faits dans leur crudité : « Pensons à nos frères égorgés sur la plage de Libye ; pensons à ce jeune garçon brûlé vif par ses camarades parce que chrétien ; pensons à ces migrants qui sont jetés à l’eau en haute mer parce que chrétiens ; pensons à ces Éthiopiens, assassinés parce que chrétiens ».

Ces épisodes provoquent avant tout notre foi, à chacun de nous ; ils insufflent une nouvelle vigueur à la tension vers la sainteté en nous incitant à sortir de nous-mêmes. Personnellement, quand j’ai visité les camps de réfugiés d’Erbil, j’ai été impressionné par les conditions de dénuement radical dans lesquelles les réfugiés chrétiens – et des autres minorités persécutées – sont contraints à vivre après avoir dû, en quelques heures, abandonner leur ville, leur maison, leur travail devant l’avancée hostile des terroristes. Et pourtant, dans une situation si difficile, à la limite du tolérable, j’ai vu en eux une dignité admirable. Mais ce qui, plus que tout, continue à m’interroger et à me provoquer, c’est la foi extraordinaire qui anime leur espérance, même face à un avenir qui apparaît comme en suspens.

Notre perspective limitée ne nous permet pas de mesurer l’effet de ces témoignages, à l’intérieur et au dehors de l’Église. Nous ne savons qu’une seule chose, avec certitude : c’est un trésor trop précieux pour être dilapidé. C’est là justement le motif pour lequel la décision d’instaurer une journée des nouveaux martyrs du Moyen-Orient me semble particulièrement urgente. Sans renier les spécificités de chaque rite et des autres Églises et communautés chrétiennes qui vivent dans la région, cette commémoration pourrait assumer la forme d’une journée commune aux différentes confessions chrétiennes, pour célébrer la mémoire des martyrs modernes qui, dans la diversité de leur appartenance, paient de leur vie leur fidélité au Christ de nos jours et au Moyen-Orient. Une telle journée serait en outre une occasion providentielle pour demander pardon pour les divisions entre les chrétiens, divisions qui ont même entraîné dans le passé des conflits sanglants entre les différentes communautés. C’est l’œcuménisme du sang dont parle si souvent le pape François. La tragédie qui frappe la région pourrait alors devenir une occasion propice pour surmonter ce qui sépare et rechercher ce qui unit ; ainsi, même le mal de la persécution pourrait se muer et devenir un bien, le bien d’une plus grande unité.

La vraie victoire

Et pourtant, la leçon que les chrétiens orientaux livrent au monde n’est pas une simple affaire intra-ecclésiale. Elle a aussi des enseignements politiques très concrets à offrir, qui permettent d’identifier de manière plus profonde le virus qui a détruit des pays entiers, de la Syrie à l’Irak. D’où vient en effet cette maladie ? De la recherche de la victoire à tout prix, à travers la domination et l’anéantissement de l’adversaire. Aujourd’hui au Moyen-Orient, c’est toute une agitation frénétique, conclure des alliances, les défaire, appeler au secours de toujours nouveaux protecteurs étrangers, en une surenchère de violence qui finit par s’alimenter elle-même. Et pourtant, on n’a jamais vu aussi clairement qu’aujourd’hui que cette voie ne conduit qu’à la mort et à la destruction. Le processus de « déshumanisation » qui s’ensuit investit tout d’abord celui qui est « religieusement différent », mais il ne s’arrête pas là. Après les non-musulmans, c’est le tour des musulmans d’autres confessions (sunnites contre chiites, et inversement), puis des musulmans « déviants », enfin de tous ceux qui ne peuvent exhiber une parfaite orthopraxie, selon un schéma d’intolérance progressive déjà souvent manifesté.

Face à un tel projet, les martyrs d’aujourd’hui disent clairement « Non ! ». Ceci n’est pas la voie pour le Moyen-Orient. Plus d’homogénéité ne signifie pas moins de conflits, parce qu’il y aura toujours quelqu’un de « plus fondamentaliste que moi », qui cherchera à me plier à son credo. Et ce n’est pas cela, la victoire à atteindre, même sur le plan temporel. La victoire authentique, en effet, c’est la Pâque, c’est le Christ ressuscité qui accepte de porter sur lui le péché du monde et, par son obéissance, détruit le corps du péché (cf. Rm 6,6). Une victoire de portée universelle qui embrasse même celui qui ne croit pas.

Ce faisant, le martyr démasque en sa racine même le contre-témoignage du djihadiste, de l’homme-bombe, en montrant où se situe l’erreur de tout fondamentalisme : dans la prétention de pouvoir briser le binôme inséparable de vérité-liberté. Mais il ne le démasque pas seulement : il guérit aussi, et répare. Si de fait l’homme-bombe pense pouvoir imposer sa vérité sans tenir compte de la souffrance de ses victimes, par contre le martyr, lui, en souffrant ce que devait souffrir le coupable, ôte au mal son « irréparabilité ». Il y a donc dans cette histoire de martyre une importance culturelle et politique de la Croix glorieuse qui attend encore d’être pleinement mise en valeur. Et ceci entre autres pourrait suggérer une manière nouvelle de présenter ce point capital de la foi chrétienne, depuis toujours motif de scandale. Car aujourd’hui aussi, la logique de la Croix glorieuse reste la seule capable d’illuminer à fond les choix politiques. Et les martyrs le témoignent, non par des mots, mais dans les faits.

Changer de pas

Mais l’épreuve si dure que traversent les communautés chrétiennes orientales met aussi impitoyablement en lumière l’abdication de l’Occident. Tandis que les États-Unis contribuaient activement à la déstabilisation de l’Irak, l’Europe, elle, a donné la preuve de toute son impuissance en Syrie. Trahissant sa mission historique de défendre la liberté et ce que l’on appelle les « valeurs européennes » qu’elle voudrait à présent opposer au terrorisme, l’Union a préféré regarder ailleurs. Prise par son propre narcissisme, elle a ignoré le conflit, à l’exception de quelques actions humanitaires sur les frontières, elle a fait semblant de ne pas voir la montée rapide de la haine sectaire, les centaines de milliers de morts et les millions de déplacés, et elle s’est réveillée uniquement lorsque les colonnes de réfugiés ont commencé à se presser sur ses frontières.

Maintenant, c’est l’urgence, et l’urgence n’est jamais bonne conseillère, parce qu’elle confond des phénomènes différents : les réfugiés, qui proviennent en grande partie du Moyen-Orient, et les migrants partis pour des raisons économiques, originaires d’autres pays, et pour qui doivent valoir des logiques différentes, encore que dans le respect absolu de la dignité de chaque personne. En dépit de tous les retards, de toutes les fermetures, il semble que quelque chose commence finalement à bouger au niveau politique, pour passer d’une gestion au jour le jour à une vision structurelle, avec la claire conscience que le processus est trop vaste pour pouvoir être dominé. Mais en ce qui concerne les réfugiés, leur accueil, qui est un devoir, reste de toute façon une solution de repli : le véritable objectif à long terme – les évêques orientaux ne se lassent pas de le répéter – est de faire de nouveau du Moyen-Orient une région vivable pour tous, une région où il soit possible de projeter un avenir.

Comme on l’a rappelé de plusieurs côtés, ceci requiert probablement dans l’immédiat une action plus courageuse pour arrêter l’agresseur injuste. En effet, « arrêter l’agresseur injuste est un droit de l’humanité, mais aussi un droit de l’agresseur, d’être arrêté pour ne pas faire du mal ». Il faudra aussi prendre acte que dans beaucoup de cas, les années de guerre ont porté des blessures si profondes entre les différentes communautés qu’il sera difficile d’imaginer dans l’immédiat de reprendre un chemin ensemble. Et il faudra commencer à parler du droit au retour pour les réfugiés.

Toutefois, pour que toute initiative puisse avoir quelque chance de succès, il est absolument prioritaire d’élaborer une sorte de « Plan Marshall », qui garantisse la possibilité de choisir de rester sur place ou d’y revenir ; exactement comme il en fut en Europe à la fin de la Seconde Guerre mondiale, alors qu’un continent en ruines trouva en quelques années la voie pour renaître de ses cendres. Le pouvoir énorme que la technologie nous accorde porte avec lui une capacité préoccupante de destruction, dont le Moyen-Orient fait aujourd’hui l’amère expérience. Mais il offre aussi la possibilité d’inverser des situations qui semblent irrémédiablement compromises. Parce que, comme l’écrit le pape François dans son encyclique Loué sois-tu (n. 13) « le Créateur ne nous abandonne pas, jamais il ne fait marche arrière dans son projet d’amour, il ne se repent pas de nous avoir créés. L’humanité possède encore la capacité de collaborer pour construire notre maison commune ».

© Urbi et orbi - 2016

France, bénis tes prêtres et protège ta jeunesse !

Billet de Laurent Stalla-Bourdillon – aumônier des parlementaires

Au matin du 26 juillet, en la fête de sainte Anne et de saint Joachim, le couple dont l’alliance donna naissance à la Vierge Marie, le père Jacques, âgé de 86 ans, se rendait à l’église.

Il marchait vers l’église de Saint Étienne-du-Rouvray, pour la messe du matin. Une petite église sous le patronage du premier témoin de l’amour du Christ jusqu’à la mort, saint Étienne. À l’heure de s’approcher de l’autel, c’est-à-dire de recevoir l’offrande d’amour que Jésus fit de sa vie, amour sans mesure pour que les hommes trouvent la vie, le Père Jacques revêtait les ornements de la messe :

-  Son aube, signe de son baptême et de la promesse de la vie éternelle,

-  Son étole, signe de la royauté du Christ,

-  Sa chasuble, signe du sacerdoce du Christ qui offre tout au Père des Cieux.

La prière de la messe est une prière pour tout le genre humain ! Personne n’est exclu de la prière du prêtre : il célèbre l’amour de Dieu pour toute la famille humaine ! Il renouvelle le sacrifice que Jésus a fait librement de sa propre vie, par amour pour les pécheurs.

À ce même instant deux jeunes, dont l’un a grandi et vécu dans le périmètre de cette église, entraient pour réaliser un autre sacrifice et devenir deux jeunes assassins.

Quelle ignorance coupable les a conduit à entrer dans cette église pour y commettre l’irréparable ?

Au soir du 26 juillet 2016, la France est sous le choc. Alors que les plaies des monstrueux attentats de Paris et de Nice sont encore béantes, plusieurs questions se posent. Pourquoi égorger un prêtre ? N’est-ce pas là un acte rituel par excellence ? Dans quelle religion sommes-nous ? Oserons-nous poser la question ? Il ne s’agit pas d’incriminer les religions traditionnelles pour lesquelles notre société moderne n’a finalement que peu de considération. Il s’agit de comprendre les mécanismes sacrificiels intrinsèques au genre humain. Le sens religieux de l’homme dégénère quand on ne s’occupe pas de lui. Il y a donc dans le cas présent un grave déficit d’éducation religieuse. L’éducation religieuse ne consiste pas à apprendre des doctrines, mais à écouter les désirs et les aspirations de son cœur. C’est là que Dieu nous parle. Ces jeunes hommes deviennent la proie facile d’idéologies religieuses perverses. Elles enseignent l’affirmation de soi par la haine et le sacrifice de l’autre : donner la mort pour se prouver sa force. Ce 26 juillet, dans une église de France, un homme a été égorgé. C’était un prêtre. Un prêtre fait librement le sacrifice de soi (et non des autres) pour donner la vie. Ces jeunes assassins pensaient purifier la terre de mécréants, mais c’est l’offrande du prêtre qui purifiait leur cœur. Tous les trois ont franchi la porte de la mort. Le Seigneur seul sera leur juge.

Nous ne pourrons corriger les visions dégénérées du religieux de tant et tant de jeunes qu’en travaillant avec persévérance à partir d’une foi joyeuse et lumineuse. Mais quand nous déciderons-nous à honorer la dimension religieuse de l’être humain ? Quand nos sociétés sécularisées et athées, fascinées par l’idéologie du progrès et de l’argent, cesseront-elles de décréter l’absurdité des religions ? La jeunesse ne reçoit plus aucun enseignement de nature à l’aider à se comprendre dans la profondeur de l’âme et de ses aspirations.

Cette jeunesse radicalisée aux thèses islamistes a cru pouvoir rattraper son retard. La chose était donc simple : il faut se tuer pour tuer, trouver ainsi sa vengeance et glorifier Dieu. Le sacrifice de soi glorifiera la divinité pourvu qu’il occasionne la mort d’innocents… Il n’y a de telles pathologies religieuses que lorsque la raison déserte et abandonne sa responsabilité.

Qui viendra s’opposer et corriger ces doctrines ? Quels enseignants sont formés à comprendre les mécanismes religieux de l’âme humaine ? Nos écoles, dans le silence froid de la laïcité, ont exclu « Dieu » de l’horizon de l’existence humaine. Toute personne peut dégénérer faute d’avoir appris le sens de sa vie. Sans une reprise en main rapide, la perversion religieuse se répandra. Ces jeunes fanatiques font du meurtre de personnes innocentes mais qu’ils jugent coupables, l’apogée de leur piété. Les responsables politiques ne pourront longtemps s’acquitter de leur responsabilité par quelques tweets de condamnation. Ils devront eux aussi s’engager et travailler à mieux comprendre la nature spirituelle de l’homme.

France, protège ta jeunesse ! Il y a quelques décennies encore, tu savais enseigner que seul le sacrifice de soi donne la vie. France, bénis tes prêtres et protège ta jeunesse !

© La Vie - 2016

Commentaire des lectures du dimanche

La porte étroite et la porte fermée

Dans l’évangile d’aujourd’hui, le Christ continue de nous présenter les exigences du Royaume de Dieu. Les gens voulaient savoir combien de personnes seraient sauvées. Jésus refuse de répondre à cette question et renvoie chacun à sa responsabilité personnelle. Dieu « veut que tous soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » (1Tm 2,4), mais la participation à la vie du Royaume dépend de nous. C’est nous qui, au cours de notre vie, choisissons d’entrer ou de rester à l’extérieur.

« Luttez pour entrer par la porte étroite », nous dit le Christ. Évitez de vivre une vie chrétienne incolore, inodore et insipide… il n’est pas suffisant d’être baptisé, de faire sa première communion, pour entrer dans la vie du Royaume. Les adversaires de Jésus s’imaginaient qu’ils pouvaient entrer simplement parce qu’ils étaient « fils ou fille d’Abraham », ou encore parce qu’ils avaient entendu Jésus prêcher, ou qu’ils avaient mangé avec lui…

La porte est ouverte et l’entrée est libre. Il n’est pas besoin de payer de taxes spéciales, de donner des pots de vin. Cependant, la porte est étroite et, utilisant une image bien connue au Moyen Orient, « le chameau qui a trop de bagages ne peut la traverser ».

Pour emprunter cette porte étroite, il faut mettre la parole de Dieu en pratique : « Soyez de ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique ! » (Jc 1,22) « Vous serez mes amis si vous faites ce que je vous commande » (Jn 15, 14).

Matthieu dans son évangile nous dit que pendant notre vie, nous avons le choix entre deux routes... la route de la facilité et de l’égoïsme et la route étroite qui conduit à la vie. La route étroite est celle où nous aidons à notre voisin dans le besoin (parabole du bon samaritain), où nous ne jugeons pas les autres parce que le jugement ne nous appartient pas (« Que celui qui est sans péché lance la première pierre »), où nous pardonnons non pas sept fois, mais soixante-sept fois sept fois, où nous sommes conscients des souffrances des autres (« J’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire, j’était nu et vous m’avez vêtu, j’était malade et en prison et vous êtes venus me visiter… »).

Nous savons très bien qu’il est difficile de parler d’engagement sérieux sans y mettre le prix… il n’y a pas d’amour véritable sans cette capacité de nous sacrifier pour les autres. Je pense aux parents qui ont un enfant handicapé dans la maison ; à celui ou celle qui garde un père ou une mère âgée ou un membre de la famille qui souffre d’une maladie débilitante; au bénévole qui consacre des heures chaque semaine pour visiter les personnes seules ; au jeune couple qui veut construire un amour solide et durable. Tout cela demande de l’abnégation, du don de soi et des sacrifices sans nombre.

Le Christ est exigeant mais il donne un sens nouveau à notre vie. « Je suis venu pour que vous ayez la vie et que vous l’ayez en abondance. »

Ce qui caractérise notre société moderne est la tendance à choisir ce qui est le plus facile. Cela malheureusement ne favorise pas toujours l’amour. Les exigences du Royaume de Dieu semblent sévères mais elles nous garantissent « une vie en abondance ».

Le texte de ce matin parle d’abord de la porte étroite, mais il nous rappelle aussi que cette porte ne restera pas ouverte indéfiniment. À un certain moment, elle se fermera. Le salut est possible pour chacun de nous, mais il nous faut agir maintenant et nous engager aujourd’hui dans la construction du Royaume. « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre cœur. » (Ps 95, 8) L'invitation à entrer est urgente, le temps presse, demain il sera trop tard... c'est dès aujourd'hui qu'il faut profiter du temps qui nous est donné.

Au moment de croiser le seuil d’entrée, aucun titre, aucun mérite, ne pourra servir de mot de passe, aucune appartenance de race ou de société ne pourra acheter le portier... Une seule chose compte : notre manière de vivre aujourd'hui.

Il faut ici revoir les étonnants tableaux et sculptures du Moyen Age, représentant le Jugement dernier : combien de nobles, de religieux, d'évêques et même de papes se retrouvent devant la porte fermée !

Oui, un jour, pour moi aussi, le temps sera écoulé, « il sera trop tard ». Combien de temps me reste-t-il ? Il faudrait que nous vivions chaque jour, comme si c'était le dernier.

Le Seigneur nous renvoie à nos responsabilités : c'est nous, dès maintenant, par notre manière de vivre, qui programmons, pour ainsi dire, le Jugement final. Aujourd’hui, le soleil s’est levé et Dieu nous offre une autre journée. Mais nous devons nous rappeler qu’un jour le soleil se lèvera pour la dernière fois sur notre petit monde terrestre. Lorsque ce jour arrivera, la porte se refermera.

On n'entre pas dans la vie de Dieu comme ça, sans s'en rendre compte pour ainsi dire. Il faut le vouloir. Il faut se battre pour y arriver : « Luttez pour entrer par la porte étroite ». Ce n'est pas l'appartenance à un groupe, à une race, à une famille, ni la pratique de quelques rites, qui peuvent nous donner une illusoire assurance... C'est l'engagement de tout notre être, de tous nos instants, à la suite de Jésus.

Dans le vestibule d’une petite église italienne, on peut lire la réflexion suivante : « Si aujourd’hui, devant le tribunal, on t’accusait d’être chrétien, est-ce qu’on trouverait suffisamment de preuves pour te condamner ? »

© Cursillo