Pko 25.12.2017

Eglise cath papeete 1Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°69/2017

Lundi 25 décembre 2017 – Solennité de la Nativité du Seigneur – Année B

2017… Où trouver la crèche de l’Enfant Dieu ?

Noel cathedrale 2017

Si Noël était aujourd’hui ? Si Noël était à Tahiti ce 25 décembre 2017… Où les bergers trouveraient-ils l’enfant emmailloté ? Dans une belle maison en niau tressé comme nos magnifiques crèches le représente souvent ? Certainement pas !

La crèche de l’Enfant-Dieu serait probablement un carton le long d’un de nos trottoirs, avec le petit enfant emmailloté dans un vieux pareu, exposé au vent et à la pluie !

L’Enfant-Dieu serait probablement l’objet de regards méprisants de la part des passants voyant ce couple assis sur un carton, faisant leurs commentaires moralisateurs, éventuellement en jetant de haut une petite pièce !

L’Enfant-Dieu serait vraisemblablement chassé de là par quelques mutoi aux ordres de l’autorité rappelant l’arrêté : « Pas là avant 22h et après 5h ! »

Probablement, comme il y a 2000 ans, l’Enfant-Dieu ne trouverait pas place dans nos jolies demeures… il se retrouverait à la rue… Ses premiers adorateurs et protecteurs seraient ces S.D.F. qui nous font honte, « plaie ou verrue au milieu de la ville » comme se plaisent à nous le rappeler les gens bien !

Il n’y aurait pas d’Hérode pour chercher à le mettre à mort… mais le roi « Ego » qui se tapit au fond de nos cœurs cherchant toujours à avoir plus au détriment de ceux qui n’ont rien !

« Chassez ces pauvres que je ne saurai voir ! » C’est là qu’est l’Enfant-Dieu, celui que nous chanterons dans la nuit de Noël mais que nous ne voulons surtout pas voir hors de nos églises bien parées !

Si vraiment en ce Noël 2017, tu cherches l’Enfant-Dieu… Regarde là où tu ne veux pas voir ? Regarde là où cela te dérange ? Là où tu te sens mal à l’aise… Il est là, regarde bien ! Il t’attend… il te tend les bras et te dit « Tu ne veux pas de moi… je te fais honte… mais, Moi, je t’aime »

Joyeux Noël à tous !

Vœux de Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU…

Vœux de Noël de Sainte Année

Ouvrir son cœur à la Bonne Nouvelle

Frères et Sœurs, c’est avec plaisir que je m’adresse à vous pour vous souhaiter un Joyeux Noël et vous présenter mes meilleurs vœux de bonne et heureuse année 2018. Mais que peuvent signifier ces vœux de Noël pour tous ceux et celles confrontés à la maladie, à la précarité, à la solitude, à la peur du lendemain et au rejet ? Quelle pourrait être cette bonne nouvelle qui engendre lumières, guirlandes et ce parfum de fête qui flotte dans nos rues et jusque dans les yeux des enfants ? Ce n’est rien d’autre que la naissance d’un enfant dans une étable, né dans une famille humble et modeste…  Accueillir cet enfant avec Marie et Joseph, c’est accueillir la vie dans sa forme la plus simple et la plus belle, cette vie qui fait irruption sans aucune considération de richesse, de classe sociale, de race ou de niveau intellectuel… La naissance d’un enfant est en effet un moment privilégié dans une famille, car elle ouvre un avenir, elle est une victoire de la vie, elle est (ou elle devrait être) un fruit de l’amour.

La naissance du Christ Jésus dans la crèche de Bethleem est tout cela… mais elle est plus encore : elle donne à chacun et chacune d’entre nous une dignité incomparable puisque Dieu se fait homme. Désormais, même le plus petit, le plus pauvre, le dernier se voit revêtu de cette dignité qui trouve son origine dans l’amour que Dieu porte à notre humanité. Désormais, tout ce qui touche et concerne l’humain touche et concerne Dieu ! Et blesser l’Homme, c’est blesser Dieu !

Cette naissance nous dit enfin où chercher Dieu : ni dans de riches palais, de luxueuses maisons, ni en des lieux inaccessibles aux pauvres et aux humbles, mais dans une crèche où Dieu se fait petit, faible, fragile comme l’est un nouveau-né… un lieu où les bergers peuvent le trouver simplement car il est venu habiter chez eux…

Accueillir l’enfant de Noël, c’est ouvrir son cœur à cette Bonne Nouvelle que le Christ Jésus vient nous annoncer et qui nous concerne tous : l’amour est plus fort que la mort, et seul l’amour

l’amour peut nous aider à surmonter nos faiblesses, nos divisions, nos doutes, nos replis sur nous-mêmes… Depuis Noël et la naissance du Christ, nous savons que Dieu marche à nos côtés comme il ne l’avait jamais fait avant, qu’il se fait l’un de nous sur cette terre pour que nous trouvions en lui la force d’aimer, de pardonner, de partager, la confiance pour accueillir la vie qu’il nous offre.

C’est donc avec cette conviction de foi que je vous présente mes souhaits de joyeux Noël et de bonne et heureuse année 2018. Ma pensée va vers vos familles, mais également vers ceux qui sont malades, vers ceux qui sont seuls, vers ceux qui sont loin de leur foyer en ce temps de fête familiale, vers ceux qui souffrent de la misère économique et humaine, qui vivent des situations de division dans leur foyer… vers ceux et celles qui sont en prison.

À tous, je souhaite de grandir en humanité, je souhaite beaucoup d’amour à donner, à recevoir et à partager. Je demande au Seigneur d’écarter de nos cœurs tout ce qui avilit et détruit et de faire grandir ce qu’il y a de beau en chacun. Je lui demande aussi pour vous la santé du corps, de l’esprit. Je lui demande enfin de faire germer en chacun les semences de paix, de réconciliation et de solidarité qui nous permettront de bâtir ensemble cette année 2018 encore plus belle et plus fraternelle.

Que la naissance du Christ Jésus redonne à chacun espérance, et réveille en nous le désir et la force pour servir et aimer, afin que Noël ne soit pas seulement un jour dans l’année, mais chaque fois que nous ouvrons nos mains et nos cœurs pour partager cette joie que le Seigneur fait briller en nous.

Joyeux Noël et Bonne, heureuse et sainte année à tous.

© Archidiocèse de Papeete - 2017

Conte de Noël…

Un enfant est né

« On ne gagne pas les cœurs des pécheurs par la violence. » (Charles Péguy, Dieu Parle, Poésie Religieuse)

« Celui qui reconnaît un roi sous un déguisement le traite bien différemment que celui qui ne voit devant lui que la figure d’un homme ordinaire et le traite en conséquence... Les sens méprisent les simples pièges, mais le cœur adore cette majesté royale quelle que soit la forme sous laquelle elle apparaît et plus son déguisement est humble, plus le cœur est transpercé par l’amour. Comment décrire ce que ressent le cœur quand il perçoit la parole divine de Dieu si amenuisée, si pauvre, si prostrée ? Ah! La pauvreté, l’humilité de Dieu réduit à reposer sur la paille dans une crèche, pleurant et tremblant et broyant le noble cœur de Marie. » (Jean-Pierre de Caussade, Le sacrement du moment présent, Christus 191, juillet 2001)

Dieu, après avoir créé les êtres humains, chercha par tous les moyens possibles de gagner leur cœur. D’abord, il s’occupa de créer chacun et chacune, seconde par seconde : autrement ils seraient tous retournés au néant. C’est évident ! Comme nous savons tous, la création n’est pas comme si Dieu nous donnait une chiquenaude initiale, et nous laissait aller par le moyen de nos propres forces ; c’est bien plus comme si Dieu nous soufflait constamment dans l’existence, comme fait un enfant quand il gonfle un ballon. Si bien que si Dieu retenait son souffle pour une fraction de seconde, ce serait la fin de notre existence ! Ainsi, comme je disais, Dieu continua à donner la vie aux humains. Mais il fit beaucoup plus que cela : il insuffla en eux un instinct social pour les amener à rechercher les autres et à éviter la solitude ; il s’attrista avec eux quand ils étaient tristes et se réjouit avec eux quand ils se réjouissaient. Bref, il s’efforça par tous les moyens de gagner leur affection par sa bonté. Hélas, il échoua misérablement dans tous ses efforts. Le seul résultat qu’il récolta de ses peines fut que bien des humains en eurent peur ; d’autres le détestèrent, et seule une poignée montra quelque amour réel pour lui.

Et cela, vraiment, étonna Dieu. C’est pourquoi il demanda à son Fils et à son Esprit leur opinion sur ce problème. Ensemble, ils n’arrivaient pourtant pas plus à comprendre quoi que ce soit à cet état de fait. Cela surprit Dieu encore plus, car les deux autres « parts de lui-même » avaient vraiment l’habitude de tout comprendre. En conséquence, Dieu sentit qu’il ne lui restait qu’une seule option : il devait convoquer une assemblée générale de son personnel angélique et lui présenter toute l’affaire. C’est exactement ce qu’il fit.

Naturellement les anges furent pris par surprise par cette invitation. Ce n’est pas tous les jours qu’ils étaient ainsi tous convoqués à siéger : ils étaient des milliards ! Ainsi se présen- tèrent-ils à la salle des congrès avec des esprits bouillonnant de curiosité. Lorsque Dieu les eut informés du problème, ils firent de leur mieux pour l’aider. Un par un ils se levèrent, et chacun à son tour suggéra diverses explications du refus des humains à ne pas bien répondre à l’amour de Dieu. Ils suggéraient aussi divers moyens pour l’aider à gagner le cœur des humains. Peut-être que si Dieu leur donnait un peu plus de ceci ou de cela, on ne sait jamais... la réponse à l’amour de Dieu serait-elle meilleure ?

La rencontre s’éternisa, mais sans résultats. Il était bien évident que les anges étaient éberlués. Toutes leurs explications et suggestions sonnaient creux, et Dieu s’en aperçut. En conclusion, devait-il décréter l’ajournement de la rencontre et abandonner – pour le moment du moins, l’espoir de résoudre ce problème, celui de sa relation avec les humains ?

Pourtant, juste au moment où il allait passer à l’acte, il remarqua qu’un seul de tous les anges présents n’avait pas parlé. C’était Ultimel, le moindre de tous les anges en brillance intellectuelle et force spirituelle, et par conséquent le dernier de tous les anges dans la hiérarchie céleste... ce qui, peut-être, expliquait pourquoi il était le favori de Dieu. Puisque Ultimel était pratiquement une nullité en termes de splendeur ontologique, les autres anges n’étaient pas jaloux de son statut spécial auprès de Dieu. Au contraire, tous aimaient beaucoup Ultimel. Ainsi, quand Dieu lui donna la parole, chacun écouta très volontiers, même s’ils ne s’attendaient pas à ce qu’il dise quoi que ce soit d’important.

Ultimel n’y alla pas par quatre chemins comme les autres anges avaient fait avant lui. Il plongea tout droit au cœur du sujet. « Seigneur, demanda-t-il, pourquoi suis-je votre favori ? Pourquoi votre cœur va-t-il droit vers moi ? Je vais vous dire pourquoi. C’est parce que je suis le plus faible de tous les anges, le moins puissant. Et ainsi, pour une raison ou pour une autre – peut-être comprenez-vous pourquoi - mais je n’en suis moi-même pas certain – peut-être êtes-vous attiré par mon impuissance, mon besoin absolu de vous, ma vulnérabilité. »

En entendant cela, les trois personnes de la Trinité et tous les anges se penchèrent en avant, écoutant avec grand intérêt ces propos. Tout cela leur semblait du « neuf ».

« Eh bien, continua Ultimel, les humains réagissent exactement comme vous - cela ne devrait pas, en y réfléchissant, vous surprendre puisque vous les avez faits à votre image et ressemblance – et ainsi leurs cœurs sont attirés vers les gens apparemment impuissants ou vulnérables. »

Dieu était fasciné par Ultimel et son analyse de la situation.

« Tu as certainement raison dans ce que tu dis, répondit-il à Ultimel, mais pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi les humains agissent-ils de cette façon, selon toi ? »

« Eh bien, Seigneur, répondit l’ange, je ne peux ici que lancer une hypothèse : la voici. Chez les humains, le pouvoir est en général très mal utilisé. Voyez ce qu’il devient dans les mains des méchants et des égoïstes. Ainsi, et ça n’est pas une surprise, le pouvoir est détesté. S’il n’est pas détesté, il est craint, même quand on s’en sert avec amour. Les humains vont plus facilement aux enfants dans le besoin qu’aux maîtres débonnaires. Ainsi, Seigneur, dans leur relation avec vous, les humains ont la même réaction. Ils sont incapables de sentir la caresse de votre toute-puissante bonté, ils ne voient que le pouvoir derrière la bonté. Ils sont subjugués par votre toute-puissance, quelles que soient vos intentions d’amour. L’amour qui est au cœur de cette toute-puissance leur échappe. Bref, Seigneur, votre infinie bonté se perd derrière le masque du pouvoir. »

Durant tout le discours d’Ultimel, le monde céleste avait écouté avec une attention soutenue. Ni les trois Personnes divines, ni aucun des anges n’avaient jamais imaginé que le pouvoir, même doublé d’amour, pouvait avoir de si tristes effets. Pourtant la manière par laquelle Ultimel avait attiré leur attention sur ce fait, leur avait soudain révélé que l’amour et le pouvoir devaient prendre des voies différentes de celles qu’elles avaient prises jusque-là. Ainsi l’amour aurait au moins la chance d’être reconnu pour ce qu’il était.

Tout naturellement, grâce à son intelligence éminemment perspicace, Dieu fut le premier parmi tous ceux qui étaient là à saisir la valeur de l’analyse d’Ultimel. Aussitôt, lui vint une idée splendide, une idée que seul Dieu pouvait avoir. Il se tourna vers son Fils et lui dit : « Écoute-moi : tu iras auprès des humains comme un enfant dans le besoin. Quand ils te verront comme un faible bébé dans une mangeoire, comme un enfant réclamant le lait de sa mère, peut-être alors en viendront-ils à croire que je les aime. »

À ce plan, le Fils adhéra totalement. Ainsi le Verbe s’est fait chair – la chair d’un pauvre enfant.

Et depuis ce jour, rien ne fut jamais comme avant.

© Jésuite.org - 2011