Pko 21.01.2018

Eglise cath papeete 1Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°04/2018

Dimanche 21 janvier 2018 – 3ème Dimanche du Temps ordinaire – Année B

Pontife secouriste

En visite officielle au Chili, le pape François était en route vers le nord du pays ce jeudi, quand une militaire est tombée de cheval sous ses yeux. Soucieux de son état de santé, il a stoppé le convoi pour lui porter assistance en attendant l'arrivée de l'ambulance.

Chargée de sécuriser le convoi qui transportait le souverain pontife ce jeudi au Chili, cette militaire n'a pu voir venir l'accident qui lui a valu une bénédiction. Le Pape François, en visite officielle pour trois jours dans le pays, défilait vers la ville d'Iquique, au nord, quand une femme a été éjectée par son cheval sous ses yeux. En voyant l'animal se cabrer et sa cavalière tomber violemment à terre, il a stoppé sa papamobile. Sur les images officielles, on voit François faire signe à son entourage de s'arrêter et de descendre du véhicule pour porter assistance à la policière désarçonnée. « Le cheval a pris peur à cause des cris de la foule et la policière a chuté. Le pape a vu cela et a demandé à s'arrêter », a expliqué le service de communication de la police chilienne. 

Entouré par une foule de policiers et garde du corps, le pontife est resté quelques minutes aux côtés de la policière, lui posant la main sur le visage et l'embrassant sur le front en attendant qu'une ambulance la prenne en charge. Rassuré, il a repris son chemin avant de s'envoler vers le Pérou, nouvelle étape de son voyage en Amérique latine rythmé par des sujets sensibles.

© LCI - 2018 

Laissez-moi vous dire…

18 au 25 janvier : Semaine de prière pour l’unité des chrétiens

L’action des laïcs chrétiens engage et compromet l’Église

Dans les années 1970 deux Volontaires à l’Aide Technique (VA.T.) faisaient le tour d’une île guidé par un vieux missionnaire catholique. De district en district, celui-ci commentait la visite : « Ne regardez pas de ce côté, ce ne sont que des “hérétiques” non catholiques ; regardez plutôt par là ce sont de fidèles et pieux catholiques… » Les deux V.A.T. qui suivaient les travaux du Concile Vatican II étaient consternés.

Il faut reconnaître que l’implantation du christianisme en Polynésie n’a pas été « un long fleuve tranquille ». Notre missionnaire héritait d’une histoire faite de rivalités et parfois de rudes combats notamment entre protestants et catholiques. Par bonheur des pasteurs éclairés ont contribué au dialogue œcuménique, comme Samuel RAAPOTO, premier Président de l’Église Evangélique autonome de Polynésie française, et Monseigneur Michel COPPENRATH, premier polynésien nommé archevêque de Papeete.

Si des progrès sont encore espérés au plan théologique, il faut constater que, dans beaucoup d’îles et de communautés, il n’y a plus de tensions entre protestants, catholiques et membres d’autres confessions. De nombreux événements – en particulier dans les petites îles – donnent lieu à des rassemblements œcuméniques où jeunes et anciens de toutes confessions paient de leur personne. Des prières communes sont organisées dans les familles. Dernièrement un diacre catholique me confiait : « Mon père était pasteur protestant. Quand je lui ai annoncé que je me préparais à devenir diacre permanent dans l’Église catholique, il m’a dit : “mon fils, si c’est le Seigneur qui t’appelle, je te donne ma bénédiction”. » On n’aurait guère imaginé cela il y a 50 ans !

À l’occasion de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens (18 au 25 janvier) il y a une très belle prière proposée cette année par les églises chrétiennes des Caraïbes : « Dieu notre Père, en Christ Tu nous as unis à Toi et les uns avec les autres. Par la puissance de l’Esprit Saint, libère-nous de tout ce qui nous empêche de manifester la pleine unité visible de ton Eglise. » (Source : www.unitechretienne.org)

La difficulté est là : lutter contre tout ce qui nous empêche de contribuer à l’unité. Car, vivant dans un monde de plus en plus individualisé, nous prenons l’habitude de juger le comportement des autres chrétiens, et plus spécialement celui des pasteurs, des prêtres, des diacres en fonction de critères personnels et sans aucunement remettre en cause nos propres comportements, nos manières d’agir, nos attitudes. Trop souvent, nous oublions que tout laïc chrétien, par ses actes, représente, engage et peut compromettre l’Église.

Qu’on le veuille ou non, par notre baptême, nous sommes engagés dans une démarche spirituelle suscitée par l’Esprit Saint. Si le monde nous reconnaît comme « chrétien(ne)s », il attend de nous que nous reflétions la pureté de l’Évangile ; en quelque sorte que nous soyons déjà « saints » !

C’est sur l’attitude des chrétiens qu’on juge l’Église.

Dominique Soupé

Suggestion : En cette semaine de l’unité, quels échanges pourrions-nous avoir avec tel ou telle collègue, voisin(e) d’une autre confession religieuse ?

© Cathédrale de Papeete - 2018

 

En marge de l’actualité…

Semaine de l’Unité

Du 18 au 25 Janvier nous est proposée comme chaque année la semaine de prière pour l’unité des Chrétiens. Oui, c’est un fait : l‘Église se présente divisée en face des nations ! Dans cette seule et unique Église du Christ sont apparues au cours des siècles des divisions qui demeurent, en même temps qu’un considérable appauvrissement, une pierre d’achoppement devant ceux qui ne croient pas. Faut-il baisser les bras et en prendre son parti ? Ce serait consacrer la victoire de la division sur l’unité, cette unité voulue par le Christ lui-même : « Qu’ils soient un pour que le monde croie » (Jn 17, 21). Les Chrétiens désunis peuvent donc prier et, par un commun effort, rendre témoignage et diminuer ainsi le scandale de leur séparation qui rend peu croyable la Parole annoncée. Tout ce qui est fait en faveur de l’union des Chrétiens est donc fait à l’avantage de la mission de l’Église.

Dans son exhortation apostolique « Église en Océanie », le Pape Jean Paul II nous dit à ce sujet : « Les pères du synode ont considéré la désunion des Chrétiens comme un grand obstacle à la crédibilité du témoignage de l’Église. Ils ont exprimé le désir, empreint de tristesse, que le scandale de la désunion ne continue pas et que de nouveaux efforts de réconciliation et de dialogue soient réalisés pour que la splendeur de l’Evangile puisse briller plus clairement.

Dans bien des territoires de mission de l’Océanie, les différences entre Eglises et communautés ecclésiales ont conduit dans le passé à la compétition et à l’opposition. Récemment, en revanche, les relations sont devenues plus positives et plus fraternelles. L’Église en Océanie a fait de l’œcuménisme sa grande priorité et elle a apporté aux activités œcuméniques nouveauté et ouverture d’esprit. L’œcuménisme a trouvé en Océanie un terrain fertile pour prendre racine, car dans beaucoup d’endroits, les communautés locales sont étroitement liées. Un désir encore plus fort de l’unité doit nous aider à garder ces communautés proches les unes des autres. Ce désir d’une communion plus intense dans le Christ a été manifesté au Synode par la présence de délégués fraternels des autres églises et communautés ecclésiales. Leurs contributions ont été encourageantes et utiles pour progresser vers l’unité voulue par le Christ.

Dans l’activité œcuménique, il est essentiel que les Catholiques acquièrent une meilleure connaissance de la doctrine de l’Église, de sa tradition et de son histoire, pour que, comprenant plus profondément leur foi, ils soient davantage capables de s’engager dans le dialogue. Il faut aussi un œcuménisme de la prière et de la conversion du cœur ».

Il nous revient, non seulement pendant cette semaine, mais tout au long de l’année, d’accueillir ces invitations pour que l’appel à l’Unité que nous adresse le Christ ne reste pas lettre morte.

+ Monseigneur Jean Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2018

Déclaration de la Conférence des Rabbins européens pour les 50 ans de « Nostra Ætate »…

Entre Jérusalem et Rome - כלל ופרט בין ירושלים לרומי

Le Grand Rabbin René Gutman, Grand Rabbin de Strasbourg, membre du Conseil permanent de la Conférence des Rabbins Européens1 et son représentant auprès du Conseil de l'Europe, nous a fait parvenir la Déclaration suivante (texte original en anglais). Ce texte, daté du I" du premier mois d'Adar 5776 [Mercredi 10 février 2016}, a été adopté par la Conférence des Rabbins Européens, et a ensuite été approuvé, à l'unanimité moins deux abstentions, le 8 mars 2016, par le Comité exécutif du Conseil des Rabbins Américains'. Nous exprimons à nouveau au Grand Rabbin Gutman toute notre reconnaissance et nous sommes heureux de pouvoir proposer cette Déclaration à nos lecteurs qui, nous n'en doutons pas, en mesureront toute l'importance.

Préambule 

Dans le récit biblique de la création, Dieu façonne un seul être humain comme géniteur de toute l'humanité. Ainsi, l'irrécusable message de la Bible est que tous les hommes appartiennent à une seule famille. Après le déluge et Noé, ce message se renforce avec la nouvelle étape de l'histoire, à nouveau inaugurée par une seule famille. Au commencement, la providence de Dieu s'exerce sur une humanité universelle, indifférenciée. 

Lorsque Dieu choisit Abraham, puis Isaac et Jacob, Il leur confie une double mission : fonder le peuple d'Israël appelé à recevoir en héritage, à former et à organiser une société modèle en terre promise, la terre sainte d'Israël, tout en étant source de lumière pour l'ensemble du genre humain.

Depuis, en particulier au lendemain de la destruction du Second Temple de Jérusalem par les Romains en l'an 70 de notre ère, nous Juifs avons connu persécution, puis exil, puis encore persécution. Et pourtant la Majesté d'Israël ne ment pas et son alliance éternelle avec le peuple d'Israël n'a pas cessé de se manifester : malgré les pires adversités, notre peuple a subsisté Après l'heure la plus sombre depuis la destruction de notre saint Temple de Jérusalem, lorsque six millions de nos frères ont été haineusement assassinés, tandis que les braises de leurs ossements s'éteignaient dans l'ombre des crématoires nazis, l'alliance éternelle de Dieu s'est une fois de plus manifestée : rassemblant ses forces, ce qui restait d'Israël a opéré un réveil miraculeux de la conscience juive. Des communautés se sont reconstituées dans la Diaspora et bien des Juifs ont répondu à l'appel retentissant au retour en terre d'Israël où a été édifié un État juif souverain.

La double obligation du peuple juif - être lumière pour les nations et assurer son propre avenir en dépit de la haine et de la violence du monde - s'est révélée infiniment difficile à remplir. Malgré d'innombrables obstacles, la nation juive a transmis nombre de bénédictions à l'humanité, aussi bien dans le domaine des sciences, de la culture, de la philosophie, de la littérature, de la technologie et du commerce qu'en matière de foi, de spiritualité, d'éthique et de morale. Il s'agit, là encore, de retombées de l'éternelle alliance de Dieu avec le peuple juif.

La Shoah constitue indiscutablement le nadir historique des relations entre nous autres Juifs et nos voisins non juifs d'Europe. Du continent nourri par le Christianisme pendant plus d'un millénaire a surgi un cruel et funeste rejeton qui a massacré six millions de nos frères, dont un million et demi d'enfants, avec une précision industrielle. Nombre de ceux qui ont participé à ce crime des plus odieux en exterminant des familles et des communautés entières avaient été élevés dans des familles et des communautés chrétiennes.

En même temps, tout au long de ce millénaire, même en des périodes très sombres, on a vu se lever, parmi les fidèles comme parmi les dirigeants, des personnes héroïques, fils et filles de l'Église catholique, qui ont lutté contre la persécution des Juifs en leur portant assistance aux heures les plus noires.

Après la seconde guerre mondiale, une nouvelle ère de coexistence pacifique et de reconnaissance a commencé à émerger dans les pays d'Europe occidentale et de nombreuses confessions chrétiennes se sont mises à construire des ponts et à pratiquer la tolérance. Les communautés religieuses ont revisité leur rejet historique de l'autre, lançant ainsi des décennies de fructueuse interaction et coopération. De plus, si nous, Juifs, avions obtenu notre émancipation politique depuis un siècle ou deux, nous n'étions cependant pas encore pleinement acceptés en tant que membres à part entière des nations au sein desquelles nous vivions. À la suite de la Shoah, on a enfin estimé évidente et naturelle l'émancipation des Juifs dans la Diaspora et le droit pour le peuple juif de vivre en nation souveraine sur sa terre.

Au cours des sept décennies qui ont suivi, les communautés juives et leurs chefs spirituels ont peu à peu reconsidéré les relations du Judaïsme avec les fidèles et les dirigeants des autres communautés religieuses.

Un tournant – Nostra Ætate

Voici cinquante ans, vingt ans après la Shoah, l'Église catholique a, avec sa Déclaration Nostra Ætate (§4), engagé un processus d'introspection qui a progressivement conduit à expurger de la doctrine de l'Église toute hostilité envers les Juifs et à faire ainsi grandir la confiance entre nos communautés religieuses respectives.

Parmi ces nombreux héros de l'histoire, citons deux exemples : l'abbé Bernard de Clairvaux, pendant les Croisades, et le cardinal Jules-Géraud Saliège de Toulouse, pendant la Seconde Guerre mondiale. Quand, au cours des Croisades, un moine de son ordre cistercien commença à exhorter les Allemands à tuer les Juifs avant de livrer la guerre aux Musulmans, l'Abbé Bernard de Clairvaux s'y opposa personnellement. Comme l'écrit le rabbin Ephraïm de Bonn, « Un bon prêtre, du nom de Bernard, grand personnage et maître de tous les prêtres, qui connaissait bien leur religion, leur dit : ... “C'est à tort que mon disciple a incité à massacrer les Juifs, car le Livre des Psaumes dit à leur sujet : 'Ne les tue pas, de peur que mon peuple n'oublie'”. Tous voyaient dans ce prêtre l'un de leurs saints et, selon notre enquête, rien ne dit qu'il ait accepté des pots de vin pour parler favorablement d'Israël. En l'entendant, nombre d'entre eux cessèrent de chercher à nous faire mourir ». (Sefer Zekhirah).

Le présent chapitre porte essentiellement sur le quatrième paragraphe de Nostra Ætate, qui traite tout particulièrement des relations de l'Église catholique avec les Juifs. Pour rendre la lecture moins fastidieuse, nous ferons désormais simplement référence à Nostra Ætate, même si, tout au long de notre exposé, c'est surtout à son paragraphe 4 que nous renvoyons.

À cet égard, le pape Jean XXIII a été à l'origine d'une transformation dans les relations entre Juifs et Catholiques autant que dans l'histoire même de l'Église. Il a joué un rôle courageux en sauvant des Juifs pendant l'Holocauste et c'est en reconnaissant la nécessité de revenir sur « l'enseignement du mépris » qu'il a contribué à vaincre la résistance au changement et en fin de compte facilité l'adoption du paragraphe 4 de Nostra Ætate.

Dans son assertion la plus cruciale, la plus concrète et, pour l'Église, la plus spectaculaire, Nostra Ætate reconnait qu'on ne saurait attribuer la moindre responsabilité de la Crucifixion aux Juifs qui n'y ont été ni directement ni personnellement mêlés. Les réflexions et explications du pape Benoît XVI à ce sujet sont particulièrement remarquables.

En outre, se fondant sur les Écritures chrétiennes, Nostra Ætate affirme que l'élection d'Israël par Dieu, qu'il appelle « le don de Dieu »ne saurait être révoquée : « Dieu [ ... ] ne se repent ni des dons qu'il fait ni des appels qu'il envoie ». Le texte stipule que « les Juifs ne doivent pas être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits »Plus tard, en 2013, le pape François a développé ce thème dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium : « Dieu continue à œuvrer dans le peuple de la première Alliance et fait naître des trésors de sagesse qui jaillissent de sa rencontre avec la Parole divine. »

Nostra Ætate a également frayé la voie à l'établissement par le Vatican de relations diplomatiques plénières avec l'État d'Israël en 1993. En établissant ces relations, l'Église catholique a montré qu'elle rejetait vraiment l'image faisant apparaître le peuple juif comme un peuple condamné à errer jusqu'à la parousie. Cette étape historique a facilité, en 2000, le pèlerinage en Israël du pape Jean-Paul II, lequel a aussi marqué avec éclat l'avènement d'une nouvelle ère dans les relations entre Juifs et Catholiques. Depuis, les deux autres papes ont également effectué de semblables visites d'État.

Avec vigueur, Nostra Ætate « déplore les haines, les persécutions, et les manifestations d'antisémitisme qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs » et en fait un devoir religieux. C'est la raison pour laquelle le pape Jean-Paul II a affirmé à maintes reprises que l'antisémitisme était « un péché contre Dieu et contre l'humanité »Devant le mur occidental de Jérusalem, il a prononcé cette prière : « Dieu de nos pères, tu as choisi Abraham et sa descendance pour que ton Nom soit apporté aux peuples : nous sommes profondément attristés par le comportement de ceux qui, au cours de l'histoire, les ont fait souffrir, eux qui sont tes fils et, en te demandant pardon, nous voulons nous engager à vivre une fraternité authentique avec le peuple de l'Alliance. »

Le pape François a récemment dénoncé une nouvelle forme d'antisémitisme, envahissante et même à la mode, en confiant à une délégation du Congrès juif mondial : « Attaquer les Juifs est de l'antisémitisme, mais s'en prendre directement à l'État d'Israël est aussi de l'antisémitisme. Il peut y avoir des désaccords politiques entre les gouvernements ou en matière politique, mais l'État d'Israël a parfaitement droit à l'existence, dans la sécurité et la prospérité. »

Enfin, Nostra Ætate exhorte à encourager « la connaissance et l'estime mutuelles » et à engager « des dialogues fraternels ». En 1974, le pape Paul VI a réagi à cette exhortation en créant la Commission pontificale pour les relations religieuses avec le Judaïsme ; en réponse à cet appel, la communauté juive a régulièrement rencontré des représentants de l'Église.

Nous applaudissons à l'œuvre des papes, des responsables ecclésiaux et des chercheurs qui ont participé avec passion à ces évolutions, notamment des partisans résolus du dialogue judéo-catholique dont le travail collectif, à la fin de la seconde guerre mondiale, a enclenché une dynamique qui a conduit à Nostra Ætate. Les principaux jalons ont été le Concile Vatican II, la création de la Commission pontificale pour les relations religieuses avec le judaïsme, la reconnaissance du Judaïsme comme religion vivante fondée sur une alliance éternelle, la prise en compte de la Shoah et de ses antécédents et l'établissement de relations diplomatiques avec l'État d'Israël. Les articles théologiques des chefs de la Commission pour les relations religieuses avec le Judaïsme constituent une bonne partie des documents d'Église qui ont suivi Nostra Ætate, ainsi que les écrits de nombreux autres théologiens.

Dans sa récente réflexion sur Nostra Ætate, « Les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables »la Commission pontificale souscrit sans ambiguïté à l'idée que les Juifs prennent part au salut de Dieu, en qualifiant cette idée de « mystère divin insondable ». Elle proclame aussi que « l'Église catholique ne conduit et ne promeut aucune action missionnaire institutionnelle spécifique en direction des Juifs ». Certes, l'Église catholique n'a pas renoncé à rendre témoignage devant les Juifs, mais elle a fait preuve de compréhension et de tact envers les sensibilités juives les plus profondes et pris ses distances avec un prosélytisme actif auprès des Juifs.

Une illustration frappante de la transformation de l'attitude de l'Église à l'égard de la communauté juive est la récente visite du pape François à une synagogue, qui fait de lui le troisième pape à accomplir ce geste hautement significatif. Nous nous faisons l'écho de ses propos : « D'ennemis et étrangers, nous sommes devenus amis et frères. J'espère que la proximité, la compréhension et le respect mutuel entre nos deux communautés vont continuer à grandir. »

Ces prises de position et actes bienveillants forment un contraste saisissant avec les siècles d'enseignement du mépris et d'hostilité omniprésente et ouvrent un chapitre des plus encourageants dans le processus épique de transformation sociétale.

Évaluation et réévaluation 

Au début, un bon nombre de dirigeants juifs doutaient de la sincérité des gestes d'ouverture de l'Église envers la communauté juive, en raison de la longue histoire de l'antijudaïsme chrétien. Avec le temps, on s'est clairement aperçu que les transformations de l'attitude et des enseignements de l'Église sont non seulement sincères mais de plus en plus profondes et que nous entrons dans une ère de tolérance grandissante, de respect mutuel et de solidarité entre les membres de nos confessions respectives.

Le Judaïsme orthodoxe - par le biais de l'Union orthodoxe américaine et du Conseil des Rabbins d'Amérique - faisait déjà partie du Comité juif international pour les consultations interreligieuses (IJCIC) institué à la fin des années 60 pour représenter officiellement le monde juif dans ses relations avec le Vatican. La création d'une Commission bilatérale du Grand Rabbinat d'Israël et du Saint-Siège, entrée en fonction en 2002 sous la présidence du Grand Rabbin de Haïfa, le rabbin She'ar Yashuv Cohen, a tourné une nouvelle page dans les relations du Judaïsme orthodoxe avec l'Église catholique. Les déclarations publiques des treize réunions de cette commission bilatérale (tenues une fois par an alternativement à Rome et à Jérusalem) évitent soigneusement les questions liées aux principes doctrinaux fondamentaux et abordent plutôt un large spectre de défis scientifiques et sociaux contemporains, en soulignant les valeurs communes tout en respectant les divergences de vue des deux traditions religieuses.

Catholiques et Juifs reconnaissons les uns comme les autres que notre fraternité ne saurait faire disparaître d'un coup de balai nos différences doctrinales ; elle renforce cependant une authentique bienveillance mutuelle envers les valeurs essentielles que nous partageons et qui, si elles ne s'y limitent pas, englobent la vénération de la Bible hébraïque.

Les divergences théologiques entre le Judaïsme et le Christianisme sont profondes. Les articles fondamentaux de la foi chrétienne axés sur la personne de Jésus considéré comme le Messie et l'incarnation de la deuxième personne d'une Trinité divine créent une séparation irréductible avec le Judaïsme. L'histoire du martyre juif dans l'Europe chrétienne offre un témoignage tragique de la ferveur et de la ténacité avec lesquelles les Juifs ont résisté à des croyances incompatibles avec leur foi immémoriale et éternelle qui requiert une fidélité absolue à la Torah, qu'elle soit écrite ou orale. En dépit de ces profondes différences, certaines des plus hautes autorités du Judaïsme ont affirmé que les Chrétiens gardaient un statut particulier parce qu'ils adorent le Créateur du ciel et de la terre qui a libéré le peuple d'Israël de l'esclavage d'Égypte et exerce sa providence sur toute la création.

Les divergences doctrinales sont primordiales et ne peuvent être ni discutées, ni négociées ; leur sens et leur importance relèvent des délibérations internes des différentes communautés religieuses. Le Judaïsme, dont les traits spécifiques découlent de la Tradition qu'il a reçue et qui remonte aux jours de ses glorieux prophètes et en particulier à la Révélation du Sinaï, demeurera pour toujours fidèle à ses principes, à ses lois et à ses éternels enseignements. De plus, nos discussions interreligieuses s'inspirent des profondes intuitions de grands penseurs juifs tels que le rabbin Joseph Ber Soloveitchik, le rabbin Lord Emmanuel Jakobovits et bien d'autres qui ont éloquemment soutenu que l'expérience religieuse est d'ordre privé et ne peut souvent être vraiment comprise que dans le cadre de sa propre communauté de foi.

Les divergences doctrinales et notre inaptitude à comprendre véritablement le sens et les mystères de nos credos respectifs n'empêchent pas et ne sauraient empêcher une sereine collaboration en vue de l'amélioration du monde que nous partageons et de la vie des enfants de Noé. À cette fin, il est essentiel que nos communautés religieuses continuent à se rencontrer, à mieux se connaître et à établir des relations de confiance.

Le chemin à parcourir 

En dépit de nos divergences théologiques irréconciliables, nous, Juifs, considérons les Catholiques comme nos partenaires, des alliés proches, des amis et des frères dans notre recherche commune d'un monde meilleur jouissant de la paix, de la justice sociale et de la sécurité.

De par notre vocation à être lumière pour les nations, nous nous sentons appelés à favoriser l'aspiration de l'humanité à la sainteté, à la moralité et à la piété. Au fur et à mesure que le monde occidental se sécularise, il abandonne nombre de valeurs morales communes aux Juifs et aux Chrétiens. La liberté religieuse se trouve ainsi de plus en plus menacée, aussi bien par les forces du sécularisme que par celles de l'extrémisme religieux. C'est pourquoi nous cherchons à entretenir un partenariat avec la communauté catholique en particulier et les autres communautés religieuses en général, afin d'assurer l'avenir de la liberté religieuse, de soutenir les principes moraux liés à la religion, et spécialement le caractère sacré de la vie et le sens de la famille traditionnelle, et de « cultiver la conscience religieuse et morale de la société ».

En tant que peuple ayant souffert de persécution et de génocide tout au long de notre histoire, nous ne connaissons que trop bien le danger réel qui menace de nombreux Chrétiens au Moyen Orient et ailleurs, là où ils sont persécutés et menacés de violence et de mort par ceux qui invoquent le nom de Dieu en vain, en semant violence et terreur.

Nous invitons l'Église à se joindre à nous pour intensifier notre combat contre les nouveaux barbares de notre génération, à savoir les rejetons radicaux de l'Islam, qui mettent en danger notre société mondialisée et n'épargnent pas les très nombreux Musulmans modérés. Ils menacent la paix du monde en général et les communautés juive et chrétienne en particulier. Nous appelons toutes les personnes de bonne volonté à joindre leurs forces pour lutter contre ce mal.

Malgré leurs profondes divergences théologiques, Catholiques et Juifs partagent la foi en l'origine divine de la Torah et en la rédemption finale ; ils ont aussi, aujourd'hui, la conviction que les religions doivent recourir à la droiture morale et à la formation religieuse - et non à la guerre, à la coercition ou à la pression sociale - pour exercer une influence et inspirer les esprits.

Nous nous abstenons habituellement d'exprimer nos attentes concernant la doctrine des autres confessions religieuses. Toutefois, certaines doctrines causent une réelle souffrance ; les doctrines, rites et enseignements chrétiens qui témoignent d'attitudes négatives à l'égard des Juifs et du Judaïsme inspirent et alimentent vraiment l'antisémitisme. C'est pourquoi, pour développer les relations amicales et les causes communes instaurées au lendemain de Nostra Ætate, nous invitons toutes les communautés chrétiennes qui ne l'ont pas encore fait à suivre l'exemple de l'Église catholique et à extirper l'antisémitisme de leur liturgie et de leurs enseignements, à mettre un terme au prosélytisme envers les Juifs et à œuvrer en faveur d'un monde meilleur, la main dans la main avec nous, les Juifs.

Nous cherchons à approfondir notre dialogue et notre partenariat avec l'Église afin de renforcer notre compréhension mutuelle et atteindre peu à peu les objectifs décrits plus haut. Nous nous efforçons de trouver de nouveaux moyens susceptibles de nous permettre d'améliorer le monde, ensemble : marcher dans les voies de Dieu, nourrir ceux qui ont faim et vêtir ceux qui sont nus, apporter la joie aux veuves et aux orphelins, un refuge aux persécutés et aux opprimés, et mériter ainsi Ses bénédictions. 

Traduction française de Cécile Le Paire.

© 2017

Idée…

Rémi BRAGUE : « Ne me faites pas dire : “La terre ne ment pas” »

Dans « Sur la religion » (Flammarion), ce spécialiste de la philosophie médiévale fait l'apologie de la foi  et du catholicisme en particulier. Rencontre avec un érudit éclairé et éclairant. Esprit tiède, passe ton chemin ! L'iconoclaste Rémi Brague est de retour, et il n'a pas la plume dans sa poche. Dans son nouveau livre, le philosophe et médiéviste, historien des religions à la connaissance encyclopédique, auteur de plus de vingt essais, n'hésite pas à prendre la société à rebrousse-poil en se faisant apologiste de la religion et du christianisme en particulier. Dans cet ouvrage dense, à la fois érudit et trépidant, Rémi Brague plonge dans les textes sacrés pour en tirer la substantifique moelle et surtout les replacer dans une perspective sociale en soulignant leur impact toujours contemporain. « N'ayez pas peur ! » lance le professeur à l'humour incisif à propos de la religion qui reste, pour lui, une boussole de vie et oriente son regard sur le monde. Un regard original, si peu « socialement correct », et teinté d'ironie mordante. Réjouissant. [Propos recueillis par Jérôme Cordelier]

Le Point : Notre besoin de religion, dont vous parlez dans votre livre, est-il toujours d'actualité ?

Rémi Brague : Ce besoin perdure chez l'homme moderne. Ce n'est pas moi qui le dis, mais Sartre. De toute façon, il faut un point de référence extérieur. Pour moi, il s'appelle Dieu. Pour d'autres... Nous ne vivons pas dans un âge de non-religion. Bien au contraire, nous croulons sous le religieux, même s'il ne s'agit pas de religions qui s'avouent comme telles : la religion de la terre, des droits de l'homme, de la Shoah, celle dont parle Alain Besançon dans ses « Problèmes religieux contemporains » (Éditions de Fallais). Ces religions, elles aussi, ont leurs radicaux. Ainsi, ces extrémistes de l'écologie pour lesquels la meilleure chose que l'homme pourrait faire est de se sacrifier afin que la Terre puisse s'épanouir et produire du vivant. C'est une thèse assez répandue. J'ai même retrouvé un texte dans lequel le jeune Flaubert rêve d'une nature libérée de l'homme.

Le Point : Que pensez-vous du succès du livre « Homo deus » ?

Rémi Brague : Il m'est difficile d'exprimer une opinion, parce que je ne l'ai pas lu. Mais son succès signifie que le rêve d'Auguste Comte sur la religion de l'humanité reste encore vivace un siècle et demi plus tard. L'auto-idolâtrie a un bel avenir devant elle. D'autant que maintenant on peut passer à une réalisation pratique avec le rêve d'un homme amélioré, voire immortel, ce qui rendrait inutile la reproduction sexuée. Freud avait dit que le crétin qui prétendrait abolir la différence des sexes gagnerait le gros lot : nous sommes en plein dedans !

Le Point : Dans votre ouvrage, vous revenez sur le discours polémique de Benoît XVI à Ratisbonne pour vous faire l'avocat du catholicisme face à l'islam. Vous écrivez : « L'islam constitue une réaction au christianisme, qu'il croit dépasser et souhaite remplacer. Du point de vue de l'histoire des idées, on peut considérer la dogmatique islamique comme une réponse à certains aspects du dogme chrétien... » Provocation ?

Rémi Brague : Je veux justement montrer que le discours de Ratisbonne n'était pas polémique. S'il l'était, il ne viserait pas l'islam. Il porte sur un thème presque obsédant chez Benoît XVI : la foi et la raison ont besoin l'une de l'autre. L'islam, le pape n'en parle qu'en passant. Maintenant, vous dites que je me fais l'avocat du catholicisme, c'est très juste car je me livre à une apologie, terme qui, à l'origine, signifie défense, et non éloge. Mais je ne vois pas en quoi mes propos sont provocateurs. Ils n'ont rien de révolutionnaire. À sa fondation, l'islam a dû se définir par rapport aux religions présentes sur le marché: le judaïsme, le christianisme et le manichéisme, qu'il ne faut pas oublier.

Le Point : En fait-on actuellement en France trop ou pas assez sur la laïcité ?

Rémi Brague : Ni l'un ni l'autre. La laïcité n'a pas à être ouverte ou fermée : elle signifie la neutralité de l'État en matière de religion. Ce que la papauté a demandé aux empereurs depuis le XIème siècle, soit dit en passant. La séparation des Églises et de l'État, c'est la rupture d'une coopération, pas la déchirure d'une unité - celle-ci n'a jamais existé. Aujourd'hui, en France, certains voudraient que l'État fasse en sorte que la société civile soit laïque ; or l'État n'a pas à être pour ou contre une religion, ni même pour ou contre la religion. Ce n'est pas son affaire.

Le Point : D'une manière générale, avons-nous perdu le sens du sacré ?

Rémi Brague : Si c'était le cas, cela ne me gênerait pas trop, parce que ce n'est pas une notion chrétienne. Le sacré est païen. Ce qui est chrétien, c'est la sainteté. Le sacré est une notion ambiguë, une force qui attire et repousse ; il est pur et impur. Tout peut être sacré. La patrie, une vache, la propriété - « inviolable et sacrée » dans la Déclaration de 1789 - ou les droits de l'homme. La nation a été sacrée, comme la race. Et on a vu ce que cela a donné. De « sacré », on a même fait un juron. Ce n'est pas toujours positif.

Le Point : Une époque comme la nôtre qui désacralise à tout-va, cela doit vous plaire alors ?

 Je n'ai pas envie de déboulonner une statue, mais, quand certains le font, cela ne me dérange pas... Pour Lénine, je suis d'accord ; pour le général Lee, je demande plus de vérité historique. Toutes les statues ne doivent pas avoir le même statut. Regardez Clemenceau ! À force de le glorifier, on a oublié qu'il avait fait tirer sur la foule pendant les grèves de 1905 ou qu'il a refusé l'offre de paix avec l'Allemagne en 1917... Je regarde toujours toute forme de sacralisation d'un œil modéré. En passant devant le Panthéon, il m'arrive de sourire : ce temple de l'autocélébration de l'humanité à travers certains de ses spécimens sélectionnés... Souvenons-nous que Marat y fut !

Le Point : Vivons-nous dans une société amnésique ?

Rémi Brague : Non, car l'amnésie est une maladie involontaire. Il y a dans notre société une volonté d'oublier. Ce n'est pas la même chose. Volonté paradoxale, car il faut savoir ce que l'on veut oublier. C'est l'effet Erostrate, le toquard qui, voulant se faire un nom, met le feu au temple d'Artémis à Éphèse, une des Sept Merveilles du monde. Le roi a eu la bêtise d'interdire que l'on prononce son nom ; et c'est pourquoi tout le monde l'a retenu, jusqu'aujourd'hui... Nous voulons oublier le passé, mais on ne cesse de ranimer des blessures qui seraient ensevelies dans un bienheureux oubli. Et nous vivons dans des sociétés qui, parfois, se fabriquent des mémoires artificielles. Par exemple, l'influence maure sur l'Espagne est très gonflée, comme vient de le démontrer le professeur Serafin Fanjul dans « Al-Andalus, l'invention d'un mythe » (L'Artilleur). Mérimée a été jusqu'à attribuer des monuments baroques du XVIIe siècle au génie arabe...

Le Point : Pour vous, quel est le pire des maux de notre société ?

Rémi Brague : Le mensonge. Le refus d'appeler par leur nom les choses, le déni de réalité... Le mensonge est partout à notre époque. Ce qui me navre le plus, ce sont ces tentatives ridicules pour changer la langue. Elles en disent beaucoup sur une société qui veut réduire des fractures réelles par une manipulation magique.

Le Point : Et le meilleur ?

Rémi Brague : Plus difficile à dire. Il y a quand même des gens qui osent dire la vérité, au sens de la vertu grecque de parrhesia - affirmer sans trembler ce que l'on a sur le cœur. Et il y a aussi tous ceux qui se battent pour prolonger une terre qu'on n'a pas inventée, qui nous héberge, qu'on cultive avec de l'huile de coude. Tout ce qui reste de rapport à la terre dans la manufacture, la préservation de l'environnement, le travail me plaît. Mais n'allez pas me faire dire : « La terre ne ment pas »...

© Le Point - 2018

Commentaire des lectures du dimanche

« Lève-toi, va à Ninive, la grande ville païenne, proclame le message que je te donne sur elle. » « Frères, je dois vous le dire : le temps est limité. (…) Car il passe, ce monde tel que nous le voyons. » « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » Ces trois extraits des lectures du jour ont un point commun : l’appel à bouger, à changer, à vivre une transformation, l’appel à la conversion. L’histoire de Jonas est bien connue, ici nous avons l’essentiel contenant l’envoi en mission de Jonas, l’exécution de sa mission et le résultat, la repentance, la conversion de toute une ville ! Cette histoire nous apprend à considérer la volonté de Dieu, les appels de Dieu, le péché de l’homme et le désir de Dieu de sauver l’homme. Il y a aussi l’urgence d’entendre la parole de Dieu appelant à la conversion, l’urgence d’écouter cette Parole qui touche le cœur et rappelle ce qu’est la vraie vie, la vie dans l’amour et la vérité.

 

Dans la deuxième lecture le thème semble le plus développé : « … que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme, ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui ont de la joie, comme s’ils n’en avaient pas, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien… » Quel sens donner à ces paroles paradoxales ? On peut comprendre que quand nous sommes dans le quotidien de la vie, nous avons à vivre un certain détachement intérieur, pour rejoindre Dieu en profondeur, rejoindre la vie de Dieu, la vie éternelle qui s’offre à nous. Cela n’interdit pas d’être à ce que nous vivons, d’être présent aux autres, mais cela permet de considérer que la vraie vie est pleinement avec Dieu. La vraie vie ? Nous n’avons qu’une seule vie, et c’est aujourd’hui, ici et maintenant que je la vis ! La vie ici et maintenant s’arrête apparemment avec la mort physique, objective. Mais nous, croyants en Jésus Christ ressuscité, nous avons foi en l’autre vie, la vie en plénitude, la vie avec Dieu. La conversion nous fait déjà entrer dans cette autre vie, elle nous fait déjà goûter à cette vie en plénitude, la conversion vient en quelque sorte marquer notre mémoire pour toujours, imprimer la marque de Dieu en nous.

L’évangile de Marc nous dit : « Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait : Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » Jésus, le Fils de Dieu incarné, annonce la proximité du règne de Dieu. Qui d’autre que Lui peut l’annoncer en vérité ? Jésus est lui-même le règne de Dieu, venu dans la chair, proche, semblable aux hommes, l’Emmanuel, Dieu avec nous. Que demande-t-il ? La conversion et la foi. Par conversion, il faut comprendre le retour à Dieu, le retour par un chemin (car chacun a le sien) de repentance, de reconnaissance de sa misère, de sa confiance dans le pardon de Dieu, un chemin sur lequel on décide de marcher, d’avancer, de progresser, malgré les obstacles intérieurs et extérieurs. Sur le chemin de conversion, c’est la foi en la vérité de l’Évangile qui permet d’avancer coûte que coûte. Cette parole de Jésus est pour tous les êtres humains, elle a vocation à rejoindre l’humanité entière.

Dans la deuxième partie de l’Évangile, Jésus s’adresse directement à quatre personnes, leur demandant de le suivre, « Venez à ma suite » leur dit-il. Nous avons là l’origine de l’appel au sacerdoce et à la vie religieuse pour que le plus grand nombre donne foi à l’Évangile et entre dans un chemin de conversion. Ce court Évangile nous montre l’origine de l’Église ! 2000 ans après, les hommes, les chrétiens ont toujours à se repentir, à écouter la Parole de Dieu, à se convertir, à croire à l’Évangile, et, j’ajoute, à prier pour l’unité ! Unité dont la source est à l’intérieur de chaque croyant, unité intime avec Dieu, qui permet de devenir artisan d’unité dans le monde. La semaine de prière pour l’unité s’achève aujourd’hui, en tant qu’évènement du calendrier ecclésial. En vérité, cette prière ne doit pas cesser, si nous chrétiens entendons le message de Jonas, de Paul et des premiers apôtres par qui nous entendons la parole de Jésus : « … le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » Dans les temps troublés, confus, complexes que nous traversons, au-delà du nécessaire dialogue œcuménique avec nos frères séparés, nous savons que le dialogue interreligieux, en particulier avec les musulmans, est tout aussi important. Les lectures de la messe nous donnent à voir un fil rouge, l’urgence de la conversion, qui conduit au salut, à la vie avec Dieu ! A nous de le suivre…

Fr. Robert Arcas ocd (Couvent de Paris)

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