Pko 21.05.2017

Eglise cath papeete 1

Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°28/2017

Dimanche 21 mai 2017 – 6ème Dimanche de Pâques – Année A

Humeurs…

« La mesure de l’amour c’est d’aimer sans mesure »

Commentant, ce jeudi,  l’évangile de Jean (Jn 15,9-11) : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés » la Pape François résumait son homélie en disant : « La mesure de l’amour c’est d’aimer sans mesure » ! Parole qui résonne dans notre société qui ne semble plus avoir d’autre objectif que l’EGO.

Le Pape nous invite à retrouver les racines de l’Évangile… à redécouvrir que le vrai bonheur est dans un altruisme authentique dénué de toute recherche égoïste et intéressée.

Un certain nombre d’entre nous a effectué leur devoir de citoyen lors des élections présidentielles… et se profile déjà les élections parlementaires… Nous ne parlerons pas des motivations des candidats… mais de ce qui motivent nos choix, notre vote… le bien commun ? Le souci des autres ? Ou encore ce que je pourrais en tirer personnellement ?

Nous pleurons sur les dérives de nos élus, sur les magouilles des uns et promesses non tenues des autres… mais si mon vote est motivé par le profit que j’en escompte et non par le souci du bien-être de la société dans laquelle je vis… comment pourrait-il en être autrement ?

Il en va de même pour notre pratique religieuse… de plus en plus nous consommons la religion comme tout autre produit de la société de consommation. Nous voulons une messe et non une liturgie sans prêtre… nous demandons pour nos enfants le baptême, la communion, la confirmation… mais sans aucun effort de notre part pour participer à la vie paroissiale, ne serait-ce qu’en partageant l’eucharistie dominicale… Nous nous offusquons d’une Église pas toujours disponible à nos attentes immédiates… nous disant peut-être que nos  100 xfp de la quête du dimanche font de nous des actionnaires de la multinationale et que c’est par conséquent un droit d’obtenir ce que l ‘on exige…

Même nous ministres du culte… disciples par excellence de Jésus, nous en arrivons à parler de nos droits : vacances, repos hebdomadaires, vie privée…

Or l’Évangile ne nous parle pas de droit ou d’avantage acquis… mais uniquement d’Amour… aimer… aimer comme le Christ nous a aimés… et comment nous a-t-il aimés ? Sans mesure… au-delà du raisonnable… Si l’Église catholique a toujours encouragé la présence de croix avec le corps crucifié du Christ, ce n’est ni par dolorisme, ni par goût du macabre… mais pour que sans cesse nous ayons sous nos yeux, à l’esprit et dans nos cœurs la folie de l’Amour de Dieu… un Amour sans mesure…

Aujourd’hui, sous nos yeux, notre monde meurt pour laisser place à un nouveau monde… une mutation profonde est engagée… beaucoup de nos certitudes s’effondre… seul l’essentiel subsistera… C’est l’Amour… nous en sommes les gardiens, les porteurs…

Secouons-nous… Ne laissons pas les sirènes du matérialisme, de l’égocentrisme nous détourner de la seule valeur universelle, par delà le temps, par delà les cultures, par delà les générations: Aimer comme Christ nous a aimés ! Soyons des transmetteurs de l’Amour sans mesure !

Chronique de la roue qui tourne

Tout perdre

« La valeur de toutes les choses de la vie dépend des dispositions d'esprit de celui qui les possède. » Térence

Dans un monde où tout s’achète, tout se remplace, il est difficile de garder des valeurs. Cependant, il y a des choses que tout l’or du monde ne peut payer. Ainsi, si nous perdons le sens du devoir, nous n’aurons plus la valeur de l’honneur. Le monde d’aujourd’hui nous pousse à vivre superficiellement. À l’heure où tout file, difficile de donner du poids à notre présence et à notre parole donnée. Pourtant, ces notions portent tout le poids de notre existence. Que serons-nous sans elles ?

Si nous perdons le sens de l’espérance, nous n’aurons plus la valeur de l’avenir. Le monde d’aujourd’hui nous pousse à vivre au jour le jour, oubliant qu’aujourd’hui bâtit demain, oubliant que nous ne sommes qu’un maillon d’une longue chaine. Nous avons reçu pour qu’un jour, à notre tour, nous laissions un héritage. Mais, en désespérant aujourd’hui, nous condamnons l’avenir. Saurons-nous laisser autre chose qu’un monde de lamentations aux futures générations ?

En perdant le sens de la difficulté, nous perdons la valeur de la facilité. Devant la modernité, nous sommes tentés d’abandonner dès qu’une difficulté apparait, nous ne savons plus persévérer. Aujourd’hui, saurons-nous encore accepter « notre croix » et gravir notre Golgotha ?

En perdant le sens du « travail », nous perdons la valeur du mérite. Force est de constater que nous devenons « blasés ». Nous croyons que tout nous est dû, sans peine ni sueur. Saurons-nous apprécier l’effort récompensé autant que tout ce que nous recevons « gratuitement » ?

Si nous perdons le sens de soi, nous n’aurons plus la valeur de l’autre. Aujourd’hui nous avons tendance à laisser notre égo piétiner toute dignité humaine… personne ne s’en sort indemne… même pas notre humanité. Saurons-nous réapprendre à nous aimer… pour finalement aimer l’autre tout autant ?

En perdant les contrariétés, nous perdons la valeur du bonheur.

Il faut de tout pour faire la vie ! Elle s’exprime autant dans nos rires que dans nos larmes !

La chaise masquée

© Nathalie SH – P.K.0 – 2017

Vers un surplus de présence

En marge de l’actualité du mercredi 17 mai 2017

Le temps de Pâques continue de répandre les bienfaits de la Résurrection du Christ dans nos communautés. Les célébrations eucharistiques avec les lectures dessinent une progression : de la Résurrection du Christ à l’événement de la Pentecôte qui marquent les commencements de l’Église.

Revécu tous les ans, ce mouvement peut nous apparaître évident, ne suscitant qu’un intérêt secondaire par rapport à ce qui se joue réellement. En fait, une écoute attentive des discours d’adieux de Jésus que saint Jean nous a transmis révèle quelque chose qui devrait attirer sérieusement notre attention : la première communauté des disciples est traversée par de profondes angoisses et par de terribles interrogations concernant son avenir.

C’est en cela que les dernières paroles de Jésus ont une valeur éminemment cruciale non seulement pour les disciples mais pour toutes les générations de croyants. En résumé, Jésus va mourir, il va rejoindre son Père et, dès lors, la communauté survivra-t-elle à son départ définitif ?

Au dernier soir de sa vie, Jésus donne à ses disciples toutes les clés qui vont leur permettre de dépasser les angoisses de son absence. Dans ses discours d’adieux, il opère un renversement aux implications à la fois inattendues et extraordinaires.

D’une part, la mort sur la croix ne signifie pas l’échec de sa mission, mais au contraire, le dévoilement total de la révélation divine, l’expression ultime de l’amour du Père et du Fils pour l’humanité. D’autre part, la Croix ne signifie pas la fin de la communauté des disciples. Elle ouvre une période d’abondance, un surplus de présence.

L’évangile de dimanche (Jn 14,15-21) relate le don de l’Esprit de vérité, le Défenseur. Avec l’Esprit, la présence de Dieu transcende les limites d’espace et de temps qui restreignaient l’action du Jésus terrestre. Désormais, la communauté vivra de sa présence partout et toujours.

Tout croyant de toute époque est placé dans la capacité d’accueillir le Jésus pascal et d’en témoigner devant le monde. Connaître le Père par l’action de l’Esprit, garder les commandements du Christ et l’aimer attestent l’authenticité de l’événement pascal et fondent l’unité de foi de la communauté des croyants.

+ Mgr Jean Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2017

La Parole aux sans paroles 75

Portrait d’un bénévole du vendredi - Yann

Biochimiste de formation, Yann a travaillé avec les plus grandes firmes pharmaceutiques. À Tahiti depuis 4 mois pour suivre sa compagne, oncologue à l’hôpital, il a choisi de découvrir le « pays » et de donner de son temps pour aider et connaître les Polynésiens.

Comment es-tu devenu bénévole pour le Truck de la Miséricorde ?

« Je suis venu voir Père Christophe, j’ai proposé ma candidature. »

Pourquoi ?

« Parce que je n’ai plus du tout d’activité et que les journées étaient bien longues. Et je ne pensais pas rester sans rien faire. Et puis, auparavant, j’ai fait de l’humanitaire à Madagascar pendant 6 ans. Et je voulais apporter, ici aussi, une aide. »

Quel est ton ressenti par rapport aux tournées ?

« C’est une action qui est très bien, le fait d’aller au-devant des personnes qui travaillent la nuit. C’est une démarche qui est active et qui est très bien perçue parce que, dès que le Truck arrive, les personnes viennent très facilement. Je crois qu’il y a eu un travail de terrain, des liens se sont créés. »

Le contact a été facile ou avais-tu, quand même, des appréhensions ?

« Je n’avais pas trop d’appréhensions. C’est vrai que c’est un monde que je ne connaissais pas du tout. Je me suis dit que j’allais m’adapter et suivre le mouvement pour savoir comment intégrer l’équipe. »

Et depuis, tu viens toutes les semaines ?

« Oui, et avec grand plaisir ! Tout se passe très bien ! Et l’équipe est très sympathique ! J’ai été étonné de l’accueil et de la qualité des relations qui se sont établies. Les personnes viennent volontiers, se font assez facilement dépister. Je m’attendais à beaucoup plus de réticences, beaucoup plus de freins. Il n’y en a pas ! Il y a une belle relation ! Mais c’est le fruit d’un travail de longue haleine, je pense. »

L’événement qui t’a le plus marqué ?

« Ce qui m’a beaucoup étonné, c’est de voir des hommes se prostituer. Les ra’era’e, ça ne m’a pas surpris. Je trouve que c’est bien accepté ! Mais pour les hommes ? J’ai demandé pourquoi. Et j’ai appris que parfois les familles demandaient à ces personnes de se prostituer pour des raisons pécuniaires, pour faire vivre la famille. J’ai trouvé difficile pour ces jeunes-là… de se sacrifier, en fait ! »

Ton plus beau souvenir ?

« C’est de voir que tout se passe dans une belle harmonie, que les gens sont confiants. Dès que le Truck s’arrête quelque part, on voit les gens affluer en toute confiance. Je pense que les barrières sont tombées. »

Tu me disais que ça faisait 4 mois que tu es sur le territoire. C’est ton premier séjour ?

« Non, c’est le deuxième. J’étais venu une première fois pour un remplacement qu’effectuait ma compagne.  Là, on lui a demandé de revenir pour un poste vacant. C’est un contrat pour une année. »

Tu pensais découvrir Tahiti de cette manière-là ?

« Non, je ne pensais pas. Je découvre un autre Tahiti. Bon, c’est sûr que c’est un phénomène que l’on retrouve partout dans le monde. Mais, ici, les ra’era’e sont bien admis dans la société, je pense. Non, en venant, je pensais plus aux îles, à la mer. Je ne pensais pas m’inclure dans une équipe pour travailler la nuit. C’est-à-dire que j’ai frappé à beaucoup de portes pour proposer mes services. Je suis allé à la ligue contre le cancer, je suis allé dans un dispensaire, je suis allé à la mairie d’Arue. J’ai attendu longtemps et personne ne m’a sollicité, à part Père Christophe. Je suis allé à la Croix Rouge et maintenant je suis bénévole aussi là-bas, tous les jours, principalement en matinées. Avec les intempéries, il y a une grosse demande. Heureusement, les dons ont afflué. Donc, on trie le linge, on va chercher des dons alimentaires. Cet après-midi, on est allé décharger un immense container qui est arrivé des Marquises. Les marquisiens ont bien œuvré. De ce container, on a chargé une camionnette et un camion. »

Un dernier message aux gens qui ne connaissent pas le milieu de la prostitution ?

« Je pense qu’on n’a pas à avoir d’appréhensions, qu’il ne faut surtout pas avoir de préjugés. Il faut être ouvert à tout être humain. Et porter secours à son prochain, c’est un geste qu’on devrait faire spontanément. »

© Accueil Te Vai-ete - 2017

Audience générale du mercredi 17 mai 2017

Marie-Madeleine est une Apôtre de l’espérance

Le Pape François a poursuivi ses catéchèses sur le thème de l’Espérance. Au cours de l’audience générale place Saint-Pierre, le Souverain pontife est revenu sur la figure de Marie-Madeleine, la première qui a vu le Christ ressuscité. Marie-Madeleine, que Jésus a appelé par son nom est une apôtre de l’Espérance a rappelé le Saint-Père.

Chers frères et sœurs, bonjour !

En ces semaines, notre réflexion évolue, pour ainsi dire, dans l’orbite du mystère pascal. Aujourd’hui, nous rencontrons celle qui, selon les Évangiles, vit la première Jésus ressuscité : Marie-Madeleine. Le repos du sabbat était à peine terminé. Le jour de la passion, il n’y avait pas eu de temps pour compléter les rites funèbres ; c’est pourquoi, en cette aube remplie de tristesse, les femmes vont à la tombe de Jésus avec les onguents parfumés. La première à arriver, c’est elle : Marie de Magdala, une des disciples qui avaient accompagné Jésus depuis la Galilée, se mettant au service de l’Église naissante. Dans son trajet vers le tombeau, se révèle la fidélité de tant de femmes qui sont dévouées pendant des années aux allées des cimetières, en souvenir de quelqu’un qui n’est plus là. Les liens les plus authentiques ne sont même pas détruits par la mort : il y a ceux qui continuent d’aimer même si la personne aimée s’en est allée pour toujours.

L’Évangile (cf. Jn 20,1-2. 11-18) décrit Madeleine en mettant tout de suite en évidence que ce n’était pas une femme aux enthousiasmes faciles. En effet, après sa première visite au tombeau, elle rentre déçue dans le lieu où les disciples se cachaient ; elle rapporte que la pierre a été déplacée de l’entrée du tombeau, et sa première hypothèse est la plus simple qui se puisse formuler : quelqu’un a dû enlever le corps de Jésus. Ainsi, la première annonce que porte Marie n’est pas celle de la résurrection, mais celle d’un vol perpétré par des inconnus pendant que tout Jérusalem dormait.

Ensuite les Évangiles racontent un second voyage de Madeleine vers le tombeau de Jésus. Elle était têtue, elle ! Elle y est allée, elle y est retournée… parce qu’elle n’était pas convaincue ! Cette fois-ci, son pas est lent, très lourd. Marie souffre doublement : avant tout de la mort de Jésus et puis de l’inexplicable disparition de son corps.

C’est pendant qu’elle se penche près de la tombe, les yeux pleins de larmes, que Dieu la surprend de la manière la plus inattendue. L’évangéliste Jean souligne combien sa cécité était persistante : elle ne s’aperçoit pas de la présence de deux anges qui l’interrogent, et elle n’a même pas de soupçon en voyant l’homme derrière elle, qu’elle prend pour le gardien du jardin. Et en fait, elle découvre l’événement le plus bouleversant de l’histoire humaine lorsqu’elle est finalement appelée par son nom : « Maria ! » (v.16).

Qu’il est beau de penser que la première apparition du Ressuscité – d’après les Évangiles – s’est produite de manière aussi personnelle ! Qu’il y a quelqu’un qui nous connaît, qui voit notre souffrance et notre déception et qui s’émeut pour nous, et qui nous appelle par notre nom. C’est une loi que nous trouvons sculptée dans de nombreuses pages de l’Évangile. Autour de Jésus, il y a beaucoup de personnes qui cherchent Dieu ; mais la réalité la plus prodigieuse est que, bien avant, il y a tout d’abord Dieu qui se préoccupe de notre vie, qui veut la soulager et, pour faire cela, il nous appelle par notre nom, reconnaissant le visage personnel de chacun. Tout homme est une histoire d’amour que Dieu écrit sur cette terre. Chacun de nous est une histoire d’amour de Dieu. Dieu appelle chacun de nous par son nom : il nous connaît par notre nom, il nous regarde, nous attend, nous pardonne, est patient envers nous. C’est vrai ou ce n’est pas vrai ? Chacun de nous fait cette expérience.

Et Jésus l’appelle : « Marie ! » : la révolution de sa vie, la révolution destinée à transformer l’existence de tous les hommes et toutes les femmes, commence par un nom qui résonne dans le jardin du tombeau vide. Les Évangiles nous décrivent le bonheur de Marie : la résurrection de Jésus n’est pas une joie donnée au compte-goutte, mais une cascade qui investit toute la vie. L’existence chrétienne n’est pas tissée de bonheurs douillets, mais de vagues qui emportent tout. Vous aussi, essayez de penser, en ce moment, avec le bagage de déceptions et d’échecs que chacun de nous porte dans son cœur, qu’il y a un Dieu proche de nous qui nous appelle par notre nom et nous dit : « Relève-toi, arrête de pleurer parce que je suis venu te libérer ». C’est beau, cela.

Jésus n’est pas quelqu’un qui s’adapte au monde, en tolérant qu’en lui perdurent la mort, la tristesse, la haine, la destruction morale des personnes… Notre Dieu n’est pas inerte, mais notre Dieu – je me permets ce terme – est un rêveur : il rêve de la transformation du monde et il l’a réalisée dans le mystère de la résurrection.

Marie voudrait embrasser son Seigneur, mais lui, il est désormais orienté vers son Père céleste, tandis qu’elle est envoyée apporter l’annonce à ses frères. Et ainsi cette femme qui, avant de rencontrer Jésus, était la proie du malin (cf. Lc 8,2), est maintenant devenue apôtre de la nouvelle et de la plus grande espérance. Que son intercession nous aide à vivre, nous aussi, cette expérience : à l’heure des larmes et à l’heure de l’abandon, écouter Jésus ressuscité qui nous appelle par notre nom et, le cœur plein de joie, aller annoncer : « J’ai vu le Seigneur ! » (v.18). J’ai changé de vie parce que j’ai vu le Seigneur ! Maintenant, je suis différent d’avant, je suis une autre personne. Je suis changé parce que j’ai vu le Seigneur. C’est cela notre force et c’est cela notre espérance. Merci.

© Libreria Editrice Vaticana - 2017

Conférence de presse de retour de Fatima – Pape François

« De quoi est-ce que je parlerai désormais avec quiconque ? De la paix »

Voici notre traduction intégrale de l’échange du pape avec les journalistes présents à bord. Au menu notamment : la protection des mineurs, le cléricalisme, Medjugorje, Donald Trump, le dialogue avec la fraternité Saint-Pie X et le dialogue avec les chrétiens évangéliques.

Pape François : Avant tout, bonsoir. Merci. Et je voudrais répondre au plus grand nombre possible de questions, alors nous allons faire les choses un peu rapidement. Je n’aime pas quand nous en sommes à la moitié et qu’on vient me dire que c’est l’heure du snack… ; mais faisons les deux ensembles. Merci.

Fátima Campos Ferreira, Radiotelevisione portoghese : Vous êtes venu à Fatima en pèlerin pour canoniser Francesco et Giacinta pendant le centenaire des apparitions. À partir de ce point historique, que reste-t-il maintenant pour l’Église et pour le monde entier ? Et puis, vous recevrez bientôt au Vatican, le 24 mai, le président des États-Unis, Donald Trump. Qu’est-ce que le monde peut attendre de cette rencontre, et qu’en attendez-vous ?

Pape François : Que Fatima a un message de paix, c’est certain. Et apporté à l’humanité par trois grands communicateurs qui avaient moins de 13 ans. Ce qui est intéressant. Que je suis venu en pèlerin, oui. Que la canonisation a été quelque chose qui, au début, n’était pas au programme parce que le procès du miracle était en cours, mais tout d’un coup les expertises ont été toutes positives et le procès s’est accéléré… Les choses se sont passées ainsi. Pour moi, cela a été une très grande joie. Qu’est-ce que le monde peut en attendre ? La paix. Et de quoi est-ce que je parlerai désormais avec quiconque ? De la paix.

Fátima Campos Ferreira : Que reste-t-il maintenant de ce moment historique pour l’Église et pour le monde ?

Pape François : Un message de paix. Et je voudrais dire une chose qui m’a touché le cœur. Avant de m’embarquer, j’ai reçu quelques savants de différentes religions qui faisaient des études dans l’Observatoire du Vatican, de Castel Gandolfo. Il y avait même des agnostiques et des athées. Et un athée m’a dit : « Je suis athée » – il ne m’a pas dit de quelle ethnie ni d’où il venait. Il parlait anglais, je ne le savais pas et je ne le lui ai pas demandé – « Je vous demande une faveur : dites aux chrétiens d’aimer davantage les musulmans ». C’est un message de paix.

Fátima Campos Ferreira : C’est ce que vous direz à Trump ?

[il sourit]

Miguel Aura : Alors, Sainteté, à Fatima vous vous êtes présenté comme « l’évêque vêtu de blanc ». Jusqu’à maintenant, cette expression s’appliquait plutôt à la vision de la troisième partie du secret, à saint Jean-Paul II et aux martyrs du XXème siècle. Que signifie maintenant votre identification avec cette expression ?

Pape François : Oui, dans la prière. Ce n’est pas moi qui l’ait faite, c’est le sanctuaire qui l’a faite. Mais moi aussi, je me suis demandé, pourquoi ont-ils dit cela ? Et il y a un lien, à propos du blanc : l’évêque vêtu de blanc, la Vierge Marie vêtue de blanc, l’aube blanche de l’innocence des enfants après le baptême… Il y a un lien, dans cette prière, sur la couleur blanche. Je crois – parce que ce n’est pas moi qui l’ai faite – je crois que, de manière littéraire, on a cherché à exprimer par le blanc ce désir d’innocence, de paix : innocence, ne pas faire de mal à l’autre, ne pas faire la guerre…

Miguel Aura : Y a-t-il une révision de l’interprétation du message ?

Pape François : Non. Cette vision… je crois que le cardinal Ratzinger, à cette époque préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, a expliqué tout cela clairement. Merci.

Claudio Lavagna : Bonjour, Saint-Père. Hier, vous avez demandé aux fidèles d’abattre tous les murs. Et pourtant, le 24 mai, vous rencontrez un chef d’État qui menace de construire des murs : il est un peu contraire à votre parole, mais il a aussi, semble-t-il, des opinions et des décisions différentes de vous sur d’autres sujets, par exemple sur la nécessité d’agir à l’égard du réchauffement mondial ou sur l’accueil des migrants. Voilà, à la veille de cette rencontre, quelle opinion vous êtes-vous faite des politiques qu’a adoptées jusqu’ici le président Trump sur ces thèmes, et qu’attendez-vous d’une rencontre avec un chef d’État qui semble penser et agir à l’opposé de vous ?

Pape François : Mais la première question est – mais je peux répondre aux deux – je n’émets jamais de jugement sur une personne sans l’écouter. Je crois que je ne dois pas le faire. En parlant entre nous, des choses sortiront : je dirai ce que je pense, il dira ce qu’il pense. Mais jamais, jamais je n’ai voulu émettre un jugement sans entendre la personne. Et la seconde est ce que je pense…

Claudio Lavagna : Que pensez-vous en particulier sur ces sujets comme l’accueil des migrants…

Pape François : Mais cela, vous le savez bien !

Claudio Lavagna : La seconde, en fait, est : qu’attendez-vous d’une rencontre avec un chef d’État qui pense le contraire de vous ?

Pape François : Il y a toujours des portes qui ne sont pas fermées. Il faut chercher les portes qui sont au moins un peu ouvertes, pour entrer et parler sur les choses communes et aller de l’avant. Pas à pas. La paix est artisanale : elle se fait tous les jours. Le respect de l’autre, dire ce que l’on pense, mais avec respect, marcher ensemble… Quelqu’un pense d’une certaine façon : le dire, être très sincère dans ce que chacun pense.

Claudio Lavagna : Espérez-vous qu’il assouplisse ses décisions après…

Pape François : Ceci est un calcul politique que je ne me permets pas de faire. Même sur le plan religieux, je ne suis pas prosélyte. Merci.

Elisabetta Piqué, « La Nación »Merci, avant tout, pour ce voyage bref et très intense. Nous voulions vous demander : aujourd’hui, c’est le centenaire des apparitions de la Vierge de Fatima, mais c’est aussi un anniversaire important d’un fait de votre vie, qui a eu lieu il y a 25 ans, lorsque le nonce Calabresi vous a dit que vous alliez être évêque auxiliaire de Buenos Aires : quelque chose qui a signifié la fin de votre exil à Cordoba et un grand changement dans votre vie. La question est la suivante : avez-vous jamais lié ce fait qui a changé votre vie avec la Vierge de Fatima ? Et si, ces jours-ci où vous avez prié devant elle, vous avez pensé à cela et ce que vous pouvez nous raconter. Merci.

Pape François : Les femmes savent tout ! [il rit]. Je n’ai pas pensé à la coïncidence ; seulement hier, pendant que je priais devant la Vierge Marie, je me suis aperçu qu’un 13 mai j’avais reçu l’appel téléphonique du nonce, il y a 25 ans. Oui. Je ne sais pas… j’ai dit : « Mais, regarde ! »… Et j’ai un peu parlé de cela avec la Vierge, je lui ai demandé pardon pour toutes mes erreurs, et aussi un peu du mauvais goût dans le choix des gens… [il rit]. Mais hier je m’en suis aperçu.

Nicolas Senèze : Merci, Saint-Père. Nous rentrons de Fatima, lieu pour lequel la Fraternité Saint Pie X a une grande dévotion. On parle beaucoup d’un accord qui donnerait un statut officiel à la Fraternité dans l’Église. Certains ont même imaginé que cette annonce pouvait être faite aujourd’hui. Vous-même, Sainteté, pensez-vous que cet accord sera possible à brève échéance ? Et quels sont encore les obstacles ? Et quel est pour vous le sens de cette réconciliation ? Est-ce que ce sera le retour triomphal de fidèles qui montreront ce que signifie être vraiment catholique, ou autre chose ?

Pape François : Mais j’écarterais toute forme de triomphalisme, non ? Il y a quelques jours, la « feria quarta » de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, leur session – ils l’appellent « feria quarta » parce qu’elle se fait le mercredi – a étudié un document et le document ne m’est pas encore parvenu, l’étude du document. C’est la première chose. Deuxièmement, les rapports actuels sont fraternels. L’année dernière, je leur ai donné l’autorisation à tous pour la confession, et aussi une forme de juridiction pour les mariages. Mais avant, aussi, les problèmes, les cas qu’ils avaient – par exemple – qui devaient être résolus par la Congrégation pour la Doctrine de la foi, la même Congrégation les traitait. Par exemple, des abus : les cas d’abus, ils les apportaient chez nous ; aussi pour la Pénitencerie apostolique ; y compris pour la réduction à l’état laïque d’un prêtre, ils l’apportent chez nous… Il y a des rapports fraternels. Avec Mgr Fellay, j’ai une bonne relation, j’ai parlé plusieurs fois… Je n’aime pas précipiter les choses. Marcher, marcher, marcher et ensuite on verra. Pour moi, ce n’est pas un problème de vainqueurs et de vaincus, non. C’est un problème de frères qui doivent marcher ensemble, en cherchant la formule pour faire des pas en avant.

Tassilo Forchheimer : Saint-Père, à l’occasion de l’anniversaire de la Réforme, les chrétiens évangéliques et catholiques peuvent-ils faire un autre bout de chemin ensemble ? Y aura-t-il la possibilité de participer à la même table eucharistique ? Il y a quelques mois, le cardinal Kasper a dit que l’on pourrait effectuer un pas en avant dès cette année…

Pape François : De grands pas en avant ont été faits. Pensons à la première Déclaration sur la justification : depuis ce moment, le chemin ne s’est pas arrêté. Le voyage en Suède a été très important, parce que c’était justement le début [des célébrations] et aussi une commémoration avec la Suède. Là aussi, important pour l’œcuménisme du chemin, à savoir cheminer ensemble avec la prière, avec le martyre et avec les œuvres de charité, avec les œuvres de miséricorde. Et là, la Caritas luthérienne et la Caritas catholique ont signé un accord pour travailler ensemble : c’est un grand pas ! Mais on attend des pas, toujours. Vous savez que Dieu est le Dieu des surprises. Nous ne devons jamais nous arrêter, toujours aller de l’avant. Prier ensemble, témoigner ensemble, faire les œuvres de miséricorde ensemble, ce qui consiste à annoncer la charité de Jésus-Christ, annoncer que Jésus-Christ est le Seigneur, l’unique Sauveur, et que la grâce ne vient que de lui… Et sur ce chemin, les théologiens continueront d’étudier, mais il faut marcher. Avec un cœur ouvert aux promesses…

Mimmo Muolo : Bonsoir, Sainteté. Je vous pose une question au nom du groupe italien. Hier et aujourd’hui, à Fatima, nous avons vu un grand témoignage de foi populaire, avec vous ; la même que celle que l’on rencontre aussi, par exemple, dans d’autres sanctuaires mariaux comme Medjugorje. Que pensez-vous de ces apparitions – s’il y a eu des apparitions – et de la ferveur religieuse qu’elles ont suscitée, vu que vous avez décidé de nommer un évêque délégué pour les aspects pastoraux ? Et si je peux me permettre une seconde question, dont je sais qu’elle vous tient beaucoup à cœur aussi, outre qu’à nous, les Italiens : je voudrais savoir, les ONG ont été accusées de collusion avec les passeurs trafiquants d’hommes. Qu’en pensez-vous ? Merci.

Pape François :  Je commence par la seconde. J’ai lu dans le journal que je feuillette le matin qu’il y avait ce problème, mais je ne connais pas encore les détails. Et c’est pourquoi je ne peux pas émettre un avis. Je sais qu’il y a un problème et que les enquêtes avancent. Je souhaite qu’elles se poursuivent et que toute la vérité se fasse.

La première ? Medjugorje. Toutes les apparitions ou les apparitions supposées appartiennent à la sphère privée, elles ne font pas partie du Magistère public ordinaire de l’Église. Medjugorje : une commission présidée par le cardinal Ruini a été faite. C’est Benoît XVI qui l’a faite. Moi, à la fin de l’année 2013 ou au début de 2014, j’ai reçu le résultat du card. Ruini. Une commission de bons théologiens, évêques et cardinaux. Des bons, bons, bons. Le rapport Ruini est très, très bon. Ensuite, il y a eu quelques doutes à la Congrégation pour la Doctrine de la foi et la Congrégation a jugé opportun d’envoyer à chacun des membres du congrès, de cette « feria quarta » toute la documentation, y compris les choses qui semblaient contre le rapport Ruini. J’ai reçu la notification ; je me souviens que c’était un samedi soir, en fin de soirée. Cela ne m’a pas semblé juste : c’était comme de mettre aux enchères – pardonnez-moi l’expression – le rapport Ruini, qui était très bien fait. Et le dimanche matin le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi a reçu de moi une lettre dans laquelle je lui demandais de dire qu’au lieu de les envoyer à la « feria quarta », on m’envoie à moi, personnellement, les opinions. Ces opinions ont été étudiées et toutes soulignent la densité du rapport Ruini.

Oui, principalement il faut distinguer trois choses. Sur les premières apparitions, quand [les « voyants »] étaient jeunes, le rapport dit plus ou moins qu’il faut continuer d’investiguer. À propos des apparitions actuelles supposées, le rapport a des doutes. Moi, personnellement, je suis plus « méchant » : je préfère la Vierge Mère, notre Mère, et non la Vierge chef de bureau télégraphique qui envoie tous les jours un message à telle heure… celle-ci n’est pas la maman de Jésus. Et ces apparitions supposées n’ont pas beaucoup de valeur. Et ceci, je le dis en tant qu’opinion personnelle. Mais qui pense que la Vierge Marie dit : « Venez demain à telle heure et je dirai un message à tel voyant » ? Non. [Dans le rapport Ruini on] distingue les deux apparitions. Et troisièmement, le véritable noyau du rapport Ruini : le fait spirituel, le fait pastoral, les gens qui vont là-bas et se convertissent, les gens qui rencontrent Dieu, qui changent de vie… Pour cela, il n’y a pas de baguette magique et ce fait spirituel et pastoral ne peut être nié. Maintenant, pour voir les choses avec toutes ces données, avec les réponses que m’ont envoyées les théologiens, on a nommé cet évêque – bien, bien, parce qu’il a de l’expérience – pour voir comment va la partie pastorale. Et à la fin, on dira quelque chose.

Mimmo Muolo : Sainteté, merci aussi pour la bénédiction à mes concitoyens qui vous remercient : ils l’ont vue et sont très contents.

Pape François : Merci

Joshua McElwee : Merci, Saint-Père. Ma question : la dernière membre de la Commission pour la protection des mineurs, qui a été abusée par un prêtre, a donné sa démission en mars. Madame Marie Collins a dit qu’elle devait donner sa démission parce que les officiels au Vatican ne mettaient pas en œuvre les conseils de la Commission que vous-même, Saint-Père, avez approuvés. J’ai deux questions. Qui a la responsabilité ? Et que faites-vous, Saint-Père, pour garantir que les prêtres et les évêques au Vatican mettent en œuvre vos recommandations, conseillées par votre Commission ?

Pape François : Vrai. Marie Collins m’a bien expliqué la chose. J’ai parlé avec elle : c’est une femme bien. Elle continue de travailler dans la formation avec les prêtres sur ce point. C’est une femme bien qui veut travailler. Elle a prononcé une accusation et elle a un peu raison. Pourquoi ? Parce qu’il y a beaucoup de cas en retard, parce qu’ils s’accumulaient… Et puis, en cette période, il a fallu faire la législation pour cela : que doivent faire les évêques diocésains ? Aujourd’hui, dans presque tous les diocèses, il y a le Protocole à suivre dans ces cas-là : c’est un grand progrès. Ainsi, les dossiers sont bien faits. C’est un pas. Un autre pas : il y a peu de personnes, il faut plus de personnes capables de cela et la Secrétairerie d’État est en train de chercher, ainsi que le card. Müller, pour présenter neuf personnes. L’autre jour, deux ou trois de plus ont été admis. On a changé le directeur du Bureau disciplinaire qui était bien, il était très bien mais il était un peu fatigué : il est retourné dans sa patrie pour faire le même travail avec son épiscopat. Et le nouveau – c’est un Irlandais, Mgr Kennedy – est une personne très bien, très efficace, rapide et cela aide beaucoup.

Et puis il y a une autre chose. Parfois les évêques envoient ; si le protocole va bien, cela va aussitôt à la « feria quarta » et la « feria quarta » étudie et décide. Si le protocole ne va pas bien, il doit être renvoyé et il faut le refaire. C’est pourquoi on pense aux aides continentales, ou deux par continent : par exemple, en Amérique latine, un en Colombie et un autre au Brésil… Ce serait comme des pré-tribunaux, ou tribunaux continentaux. Mais c’est en train d’être planifié. Et puis, cela va bien : la « feria quarta » l’étudie et on enlève l’état clérical au prêtre qui retourne dans son diocèse et présente un recours. Avant, c’était cette même « feria quarta », qui avait prononcé la sentence, qui étudiait le recours, mais c’est injuste. Et j’ai créé un autre tribunal et j’ai mis à sa tête une personne incontestable : l’archevêque de Malte, Mgr Scicluna, qui est un des plus forts contre les abus. Et dans ce second tribunal – parce que nous devons être justes – celui qui présente un recours a le droit d’avoir un défenseur. Si celui-ci approuve la première sentence, le cas est fini. Il reste seulement [la faculté d’écrire] une lettre, demandant la grâce au pape. Je n’ai jamais signé de grâce. Nous avançons tels que se présentent les choses. Marie Collins, sur ce point, avait raison ; mais nous aussi nous étions sur le chemin. Mais il y a deux mille cas accumulés ! Merci.

Joana Haderer, Agencia portoghese «Lusa» : Presque tous les Portugais se disent catholiques, presque 90 pour cent ; mais la manière dont la société s’organise et les décisions qu’elle prend très souvent sont contraires aux orientations de l’Église. Je me réfère au mariage homosexuel et à la dépénalisation de l’avortement. Dans peu de temps commencera aussi le débat sur l’euthanasie. Comment est-ce possible ?

Pape François : Je crois que c’est un problème politique. Et que la conscience, y compris la conscience catholique, n’est pas, parfois, d’une totale pertinence de l’Église et que, derrière cela, il manque une catéchèse adaptée, une catéchèse humaine… À savoir que le Catéchisme de l’Église catholique est un exemple de ce qu’est une chose sérieuse et adaptée. Je crois que manquent la formation et aussi la culture. Parce que c’est étrange : dans certaines régions – je pense à l’Italie et en partie à l’Amérique latine – il y a beaucoup de catholiques, mais il y a des anticléricaux… qui « mange du curé » [il rit]. C’est un phénomène qui se présente parfois et…

Joana Haderer, Agencia portoghese «Lusa» : Cela vous préoccupe-t-il ?

Pape François : C’est clair que cela me préoccupe. C’est pourquoi je dis au prêtres – vous l’aurez lu – « fuyez le cléricalisme ». Parce que le cléricalisme éloigne les gens. « Fuyez le cléricalisme » et j’ajoute : « c’est une peste dans l’Église ». Mais il y a aussi un travail de catéchèse, de sensibilisation, de dialogue, jusqu’aux valeurs humaines. Merci. Et priez pour moi, n’oubliez pas.

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

Commentaire des lectures du dimanche

« Soyez toujours prêts à rendre compte de l'espérance qui est en vous »

Au moment où S. Jean écrit son évangile, les disciples de Jésus se trouvent dans une situation très pénible. On se moque d’eux, on les chasse des synagogues, on les persécute. Le Christ leur promet alors l’Esprit Saint qui sera avec eux pour toujours et qui sera la source de l’espérance que Pierre mentionne dans la 2e lecture d’aujourd’hui. Devant l’agressivité des adversaires, il invite au témoignage et à la non-violence : « Soyez toujours prêts rendre compte de l’espérance qui est en vous. Mais faites-le avec douceur et respect. » (1 P 3, 15-16)

Notre espérance vient de la révélation du Seigneur : « Vous êtes aimés de Dieu, l’Esprit Saint habite en vous, je vous accompagne tous les jours et votre vie ne se termine pas au cimetière ». Si nous témoignons de cette espérance, les gens autour de nous ne manqueront pas de s’interroger sur notre façon de vivre.

C’est par notre façon d’agir que nous provoquons chez les autres les questions sur l’espérance qui nous habite.

« Rendez compte de l’espérance qui est en nous ! » Et Pierre ajoute : « Faites-le avec douceur et respect ». Il ne s'agit pas de provoquer la controverse, de faire du prosélytisme mais de rendre témoignage.

J’ai retrouvé un bel exemple de ce témoignage d’espérance dans les chroniques de la conquête d’Amérique latine. Au XVIIIe siècle, dans la cour d’une prison du Brésil, un prêtre, qui a été condamné à mort parce qu’il s’était opposé au trafic d’esclaves, était sur le point d’être fusillé. Comme on doit faire les choses en bonne et due forme, même lorsqu’il s’agit d’un meurtre barbare commit par l’État, le capitaine en charge demande au prisonnier s’il avait un dernier désir avant de faire face au peloton d’exécution. Le prêtre surprit l’officier et les soldats en répliquant : « Oui,  j’aimerais jouer un dernier air de flûte avant de mourir ». L’officier lui accorda cet ultime désir et les sept soldats, ses compatriotes, chargés de le mettre à mort, se mirent en position de repos. Mais très vite, ce prêtre jouant de la flûte avant d’être fusillé créa une situation insupportable pour ses bourreaux. C’était tellement absurde d’entendre ce condamné à mort jouer tranquillement de la flute. L’officier lui enleva l’instrument de musique, lui banda les yeux et donna l’ordre de faire feu ! Le prêtre mourut sur le coup.

Quel genre d’espérance donne à un condamné à mort le courage de jouer de la flûte avant de mourir ?... « Rendez compte de l’espérance qui est en vous, mais faites-le avec douceur et respect ! »

L’une des réalités qui revient le plus souvent sur nos écrans de télévision, nos ordinateurs, nos jeux électroniques, c’est la violence : la guerre et le terrorisme, la torture, le massacre d’innocents, les enfants et les femmes victimes d’abus sexuels, les violences conjugales, les enfants-esclaves obligés de travailler dix-douze heures par jour. On n’en finit plus de dresser le bilan des victimes innocentes et cela dans un monde qui se dit civilisé et qui s’est donné des chartes des droits de la personne, des droits des enfants, des droits des handicapés, des droits de la femme, des droits des prisonniers, etc. Le cœur humain ne contient pas seulement des bons sentiments. Il cache aussi l’agressivité, la cupidité, les bassesses de toutes sortes, les orages et les coups de tonnerre meurtriers d’un grand nombre d’entre nous.

Les personnes douces sont un cadeau de Dieu et un bienfait pour notre monde. Elles brisent la spirale infernale dans laquelle s’enferme notre univers de violence. Quand le respect et la douceur sont présents dans une famille, dans une communauté, dans une institution, la paix et l’harmonie se portent bien.

La douceur et le respect ne sont pas seulement des comportements de gens bien élevés, elles sont aussi des vertus évangéliques. Dès le début de son ministère public, Jésus proclame : « Heureux les doux... heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils et filles de Dieu. » Et il ajoute : « Apprenez de moi qui suis doux et humble de cœur ». On connaît le respect avec lequel il traitait les enfants, les femmes, les malheureux, les malades, les exclus, les pécheurs.

La douceur et le respect évitent les chicanes, les incompréhensions, les méfiances, les violences. Elles créent un climat de confiance et désamorcent bien des esprits belliqueux.

Je termine avec l’exemple d’un évêque africain qui donna abri à une femme qui avait commis l’adultère. Le sorcier du village responsable de faire exécuter la sentence de mort pour ce genre de délie se présenta chez l’évêque qui refusa de lui remettre la femme condamnée. Le sorcier accusa alors l’évêque d’être immoral et de ne pas respecter les lois de sa tribu. L’évêque lui répondit : « C’est vrai que je suis immoral par rapport à nos lois. C’est que, vois-tu, mon Dieu est plus humain que le tien »

C’est par notre façon d’agir que nous provoquons chez les autres les questions sur l’espérance qui nous habite.

« Soyons toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en nous. Mais faisons-le avec douceur et respect. »

© Cursillo - 2017