Pko 22.07.2018

Eglise cath papeete 1Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°37/2018

Dimanche 22 juillet 2018 – 16ème Dimanche du Temps ordinaire – Année B

Humeurs…

« Une Polynésie plus solidaire et équitable ! »

« Vous n’êtes pas un poids pour nous. Vous êtes la richesse sans laquelle nos tentatives pour découvrir le visage du Seigneur sont vaines ». (Pape François au SDF à Rome – 28 avril 2015)

Cette semaine, le groupe Tavini Huiraatira de l’Assemblée de Polynésie a interpellé le Gouvernement en posant une question orale au sujet de sa politique vis-à-vis des SDF.

Nous aurons, dans nos prochaines éditions du P.K.0, l’occasion de revenir sur la réponse du Gouvernement… pour l’heure, nous relèverons brièvement quelques éléments :

Le nombre de SDF

2015 : 450 sdf dans la ville (Collectif Te ta’i vevo)…

2017 : 750 sdf dans la ville (Gouvernement)…1

2018 : « Environ 750 personnes sdf dans la grande agglomération, entre Mahina et Punaauia… dont environ 120 concentrés à Papeete selon les statistiques de l’ISPF »

Conclusion : 630 SDF répartis sur les 5 autres communes (630/5 = 126) soit en moyenne plus de SDF dans les autres communes qu’à Papeete … ils ont émigrés de la ville vers l’extérieur… c’est Mr le Maire de Papeete qui doit être heureux !!!

Projet Raimanutea

Un projet pour accueillir 70 personnes SDF… 20 en nuit et 50 en journée… avec 32 personnes intervenantes !!! du moins dans le projet que nous avons sous les yeux !!!

2017 : 80 millions… en investissement

2018 : 440 millions !!! en investissement… 2017 x 5,5 ?

Et le mystère !

Reste le mystérieux « Centre de jour Te Vaiete ».

« J’ai pensé au Centre de jour TE VAIETE qui pourrait être rénové avec le concours d’associations d’insertion, du CFPA ou du RSMA. »… suivi d’un petit clin d’œil à Mr le Maire !

Nous connaissons d’un côté le « Centre de jour » de l’Association Te Torea et de l’autre l’« Accueil Te Vai-ete » mais de « Centre de jour Te Vaiete » !!!

Mystère… un projet qui absorberait ou remplacerait l’Accueil Te Vai-ete ? En aucun cas l’idée de faire taire le « fou du roi » et ses propos impertinents !

SOS

L’Accueil Te Vai-ete recherche un local pour d’environ 300 m2 sur un ou deux niveaux…

Liberté… liberté chérie !!!

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1 Recensement 2017 ISPF provisoire : 145 à 148 SDF !

Laissez-moi vous dire…

Juillet-août : temps de répit, de méditation

Face à un monde violent, antichrétien… que faire ?

Chaque jour les médias nous apportent un lot d’horreurs, de violences, d’actions et même de créations « artistiques » christianophobes. Notre pays - réputé paradisiaque ! – n’est pas épargné. Alors, que faire ?

Certains portent plainte, d’autres lancent des pétitions ou alimentent des « blogs » pour la défense des valeurs chrétiennes. On peut également « faire l’autruche », se mettre des œillères ou un casque anti-bruit pour ni voir, ni entendre ce qui peut déranger notre quiétude, notre doux angélisme ronronnant.

Saint Paul recommande dans la lettre aux Éphésiens : « Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable (…) Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Évangile de la paix, et ne quittant jamais le bouclier de la foi, qui vous permettra d’éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais.

Prenez le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu.

En toute circonstance, que l’Esprit vous donne de prier et de supplier : restez éveillés, soyez assidus à la supplication pour tous les fidèles. » (Éphésiens 6, 11.14-18)

Effectivement, toutes et tous nous pouvons choisir de lutter contre le Mal et le Tentateur en utilisant l’arme de la prière. En cette période de vacances on peut prendre davantage de temps pour s’arrêter et prier davantage. Occasion de sortir notre Bible et d’alimenter notre prière en prenant l’un des 150 psaumes bibliques ; en eux on trouve « d’admirables trésors de prières, en eux se tient caché le mystère de notre salut » (Constitution Dei Verbum n°15, Concile Vatican II).

La prière des Psaumes est une source inépuisable pour rejoindre le cœur de Dieu. Jésus connaissait parfaitement les Psaumes puisque c’est la prière quotidienne de tout juif pratiquant. La Vierge Marie nous a donné un magnifique exemple de sa connaissance des Psaumes lorsqu’elle exulte de joie en présence de sa cousine Elisabeth : Magnificat ! Reprenant les mots de plusieurs psaumes, Marie laisse éclater sa joie en louant le Seigneur.

Les Psaumes alimentent la prière de l’Église. Les moines et moniales les psalmodient à longueur de journée ; les prêtres et consacrés en sont pétris grâce à la prière du bréviaire. Nous-mêmes, qui assistons régulièrement aux messes dominicales, devrions connaître -au moins en partie- les 80 psaumes que l’Église a réparti dans la liturgie dominicale.

On trouve des Psaumes pour toutes les situations et toutes les circonstances de notre vie. C’est une véritable école de prière : Psaumes de détresse (Ps 21, Ps 27, PS 58) ; Psaumes de louange (Ps 112, Ps 148, Ps 149, Ps 150) ; Psaume de demande (Ps 15) ; Psaumes de désir (Ps 41, Ps 62) ; Psaume de confiance (Ps 22) ; Psaumes de sagesse (Ps 31, Ps 36) …

Certes tous les psaumes ne sont pas faciles à comprendre, mais arrêtons-nous sur ceux qui nous aident à « élever notre âme vers Dieu ». À petits pas, jour après jour, verset après verset, strophe après strophe on entre dans l’intimité de Dieu. Tout comme Jésus, en prière, entrait dans l’intimité de son Père, progressivement, portés par l’Esprit Saint, unis au Christ, nous dialoguons avec notre Père.

Mais n’oublions pas : c’est avant tout le Seigneur qui nous parle… Alors marquons des temps de silence pour laisser place au Seigneur.

Dominique Soupé

Remarque personnelle : Un ouvrage m’a beaucoup aidé à entrer dans la prière avec les Psaumes, celui du Père Noël Quesson (ancien curé de la cathédrale d’Angers) : 50 Psaumes pour tous les jours, Jalons pour la prière et la méditation quotidiennes, Droguet & Ardant, Angers 1978 [réédité plusieurs fois]. Trois approches sont proposées : une première lecture avec Israël pour nous replacer dans le contexte biblique, littéraire et historique (exégétique) ; une seconde lecture avec Jésus ; et une troisième lecture avec notre temps.

Il existe, bien entendu, d’autres ouvrages pour entrer plus avant dans la méditation par les psaumes.

© Cathédrale de Papeete - 2018

En marge de l’actualité…

« On a gagné ! »

Oui, difficile d’ignorer cette victoire des Bleus ! Difficile aussi d’ignorer l’enthousiasme, la ferveur populaire qui ont secoué, motivé et enthousiasmé les foules, depuis les Champs Élysées jusqu’à Papeete ! Il vaut la peine de se demander ce que signifie cet embrasement populaire, ce qu’il révèle, ce qu’il exprime. Faire rêver les gens, les rassembler de tous horizons, les faire bouger ensemble, les faire regarder dans une même direction… Le déclencheur ? Une équipe et son entraineur qui remportent la coupe du monde, alors qu’au début de cette coupe du monde, seuls 8 % des Français croyaient en leur victoire ! Cela n’a pas empêché nos joueurs de mener à bien leur projet, preuve que le soutien d’une majorité n’est pas un obstacle pour réussir, du moment que ceux qui mènent ce projet y croient !

Et c’est précisément parce qu’ils y ont cru jusqu’au bout que nos « Bleus » ont remporté la victoire, devenant ainsi un symbole de ce qu’est capable d’accomplir une équipe soudée, solidaire, déterminée. L’acteur Omar Sy dans une lettre publiée dans le journal « Le Parisien » évoque ces joueurs en qui il voit des « porteurs de beaucoup de symboles : l'unité, la diversité, l'espoir, l'ambition, la jeunesse ». Beaucoup l’ont compris qui se sont rassemblés pour vivre et fêter cet évènement à l’unisson des cœurs, et qui pour un temps, ont fait voler en éclat les séparations liées aux appartenances communautaristes, idéologiques ou sociales. Ces joueurs, cette équipe ont donné à voir ce qu’il était possible de faire lorsqu’on laissait de côté les doutes et les divisions, la conduite « le pied sur le frein » et qu’on s’ouvrait à la vertu du dépassement de soi, de la confiance en soi, de l’effort et de la primauté du travail en équipe…

Et Dieu, dans tout ça ? Le magazine sportif « L’Equipe » de Mars 2017 évoque ce témoignage d’Olivier Giroud : « Il m'arrive de prier en plein match. Parfois, tout ne va pas comme tu voudrais, tu sollicites l'aide de Jésus. Ça me fait du bien pour me reconcentrer, me focaliser sur l'essentiel. Lui parler me permet de faire le vide. Ça ne dure que quelques secondes, mais ça m'aide à évacuer ma frustration »… signe qu’aucune activité humaine, même le sport, n’est étrangère au domaine de la Foi. Le Christ ne donne pas la victoire au score, certes, mais il est présent dans la vie des joueurs qui le lui demandent.

Plus encore, le « dicastère » (sorte de ministère au Vatican) pour les Laïcs, la famille et la vie vient de publier le 1er Juin 2018 un document ayant pour objet les perspectives chrétiennes sur le sport et la personne humaine. Dans le message d’introduction à ce document, le Pape François écrit : « Le sport est un lieu de rencontre où les personnes de tout niveau, de toute condition sociale s’unissent pour obtenir un résultat commun. Dans une culture dominée par l’individualisme… le sport est un environnement privilégié autour duquel les personnes se rencontrent sans distinction de race, sexe, religion ou idéologie… Nous savons comment les nouvelles générations regardent et s’inspirent des sportifs ! C’est pourquoi la participation de tous les sportifs… est nécessaire, pour que ceux qui font partie du monde du sport soient un exemple de vertus comme la générosité, l’humilité, le sacrifice, la constance et l’allégresse ». La façon dont les foules et les médias ont acclamé les « Bleus » et leur victoire laisserait elle à penser que notre Saint Père a vu juste ?

+ Monseigneur Jean-Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2018

Sport

Du pain et des jeux

Une rue déserte et silencieuse, des drapeaux à de nombreuses fenêtres, puis, tout-à-coup une clameur qui semble provenir de partout et de nulle part à la fois. Que se passe-t-il donc dans mon quartier en cette chaude soirée de juillet ? En un instant je réalise que la France a dû marquer un but dans un match du Mondial de football 2018 ! Pas besoin de radio ou de télévision pour suivre le jeu des deux équipes ; il suffit de tendre l’oreille. Et puis, à la fin du match remporté par les Bleus, soudain la rue s’anime ; des voitures passent en klaxonnant, des drapeaux sont agités, des enfants et leurs parents grimés de tricolore sur les joues envahissent les trottoirs. Tout le monde se congratule, s’embrasse, commente. Chacun se révèle soudainement un expert en technique footballistique, en pronostics infaillibles. C’est, ma foi, un beau spectacle, une image bienfaisante que cette liesse populaire partagée, ces rires, ces embrassades qui tranchent avec la morosité habituelle des gens qui se croisent sans se voir, le portable vissé à l’oreille, apparemment affairés, regardant obstinément le sol comme s’ils cherchaient un objet perdu. A vrai dire, ils cherchent effectivement quelque chose qu’ils ont perdu depuis l’âge candide de leur enfance : la joie de vivre et l’insouciance, le regard chargé de tendresse de leur prochain qui leur est devenu si lointain. Pendant quelques semaines, le foot ou le cyclisme, le tennis ou la natation – pratiqués par d’autres qu’eux, loin d’eux – vont leur tenir lieu de vie par procuration. Leur ego national et chauvin en sera flatté ou blessé, selon les résultats obtenus. Si c’est la victoire au bout, ce sera un délire indescriptible, une grande réconciliation nationale qui, tel un soufflé, retombera bientôt pour laisser place à la morosité ambiante, au racisme ordinaire, aux revendications syndicales et à la réalité des mouvements sociaux.

Il y a un homme qui, en son temps, avait bien compris ce processus. Il était poète satirique et s’appelait Juvénal. Il a vécu dans l’empire romain d’environ 47 à 128. Il est l'auteur de seize œuvres poétiques rassemblées dans un livre unique et composées entre 90 et 127, les Satires. Détestant Rome, ou plutôt ce qu'elle est devenue, il fait de ses contemporains une peinture acerbe et sans pitié. C'est un monde sur lequel « difficile est saturam non scribere » (« il est difficile de ne pas écrire la satire »). Selon lui, la Rome impériale s'est en effet transformée en une ville gigantesque, monstrueuse scène de théâtre remplie de bouffons qui s'ignorent et d'aigrefins, un lupanar. Les vrais Latins doivent s’exiler dans de lointaines provinces ou, comme Juvénal, se poster aux carrefours et hurler de rire au passage, par exemple, d’un castrat, ancien esclave enrichi, qui peine à porter sa bague, tant la pierre en est lourde ! Ce poète-philosophe a fait le constat suivant qui est que les souverains s’achètent la paix sociale en nourrissant et en amusant leurs peuples. – Comment ne pas constater que durant les grandes compétitions sportives, l’unité nationale se reconstruit et que la cote d’amour des politiciens remonte ; jusqu’à la victoire finale qui s’accompagne d’une explosion de joie populaire, surtout dans les quartiers les moins favorisés ?

Est-ce à dire qu’il faut supprimer les épreuves sportives au prétexte qu’elles fournissent des alibis à l’action des gouvernements en place ? Certes non ! Mais il conviendrait de réfléchir à ce que représentent les « jeux » de jadis et ceux d’aujourd’hui pour la conscience nationale et à s’en inspirer pour refonder un sentiment d’unité et de fierté populaire. Le sport est une activité saine, épanouissante, incitant à l’effort et au dépassement personnel. Il s’accompagne aussi d’un état d’esprit que certains appellent le fair play, tandis que d’autres parlent d’un esprit sportif, ce qui est équivalent et consiste à reconnaître la valeur des autres en même temps que ses propres insuffisances. J’aime qu’avant et après des compétitions, les équipes se saluent, et que celle qui a perdu le reconnaisse et l’admette. J’aime que le public applaudisse aux exploits de son équipe aussi bien qu’à ceux de l’équipe adverse. J’aime que noirs et blancs se mêlent dans la même communion et cohésion exigées par le sport. – En quelque sorte, le sport inculque des valeurs qui devraient se prolonger hors des stades ou piscines. En 1998, lorsque la France avait remporté la coupe du Mondial, qui ne se souvient du merveilleux élan de fraternité qui s’en est suivi ? Pendant quelques semaines, l’équipe « black, blanc, beur » nous a fait rêver à un avenir de société réconciliée, juste et fidèle à la devise de notre pays « Liberté, égalité, fraternité ». Hélas, cette embellie n’a pas résisté au temps. Les mêmes discriminations humaines ont repris le dessus. Dans les stades, particulièrement, d’odieuses insultes ont fusé, des quolibets, des injures racistes ont souillé les joueurs de couleur ; à l’Assemblée Nationale, des propos vulgaires et inadmissibles ont été proférés à l’encontre de la ministre de la justice, etc. La liste serait longue à établir de ces faits qui ont rompu la trêve sportive du Mondial 1998.

Il est insultant pour le peuple de constater, comme Juvénal en son temps, qu’il suffirait de fournir aux hommes de quoi manger et se divertir pour calmer leurs légitimes revendications et aspirations. C’est infantile de réduire les populations à la satisfaction d’un ventre plein et de quelques distractions télévisées. Il faut, au contraire, élever le niveau moyen des individus pour qu’ils aspirent à un peu plus que du sport en chambre accompagné de pizzas. La tradition biblique nous a deuis longtemps fait passer cette leçon fondamentale : כי לא על חלחם לבדו יחיה האדם כי על כל מוצא פי יהוה יחיה האדם « Car ce n’est pas seulement de pain que l’homme vit, mais de tout ce qui sort de la bouche de l’Eternel » (Deutéronome 8,3). Et la Mishna a renforcé cet enseignement : אם אין קמח אן תורה ואם אין תורה אין קמח, « S’il n’y a pas de farine, il n’y a pas de Torah ; mais s’il n’y a pas de Torah, il n’y a pas de farine ». Du pain et des jeux ? Oui, mais pas seulement, ou bien alors, craignons de construire une société à la Aldous Huxley et son « Meilleur des Mondes ».

Shabbath shalom à tous et à chacun,

Daniel Farhi.

© Facebook – Farhi Daniel – 2018

Éthique

« Je me demande comment les enfants survivent au chagrin » (Christian BOBIN)

Le 11 juin 2018, lors de l’ouverture de la journée de sensibilisation à la lutte contre les abus sexuels dans l’Église organisée par la Corref, sœur Véronique Margron (op), s’est adressé aux 130 supérieur(e)s majeur(e)s de congrégations religieuses présents en appelant à « œuvrer à une Église enfin plus sûre ». Après avoir souligné l’importance d’entendre le chagrin « si particulier, insupportable, qui ne s’efface ni ne s’apaise vraiment » des victimes d’abus sexuels, la présidente de la Corref à fait référence aux trois points d’attention « qui ont motivé notre volonté de vous proposer ce temps de sensibilisation, d’écoute, d’échanges sur un sujet si grave et lourd… » La vérité, « Nous avons maintenant l’obligation de veiller à tenir un langage de vérité et à renoncer à toute langue de bois comme à ce que les sociologues nomment la “culture de docilité” dans l’Église catholique. » ; la foi, « Les adultes abuseurs ont volé Dieu à leurs victimes. Comment croire encore que Dieu est réellement bon ? proche ? un Dieu qui me veut du bien ? Comment croire qu’il est vivant lui qui est apparu absent lors du drame. » ; l’Église et ce lent et douloureux travail, pour les victimes, afin de « se réapproprier les Écritures, les sacrements, la vie de l’Église… ».

« Je me demande comment les enfants survivent au chagrin. »

Christian Bobin, Le Christ aux coquelicots

Voilà ce dont il s’agit pour nous aujourd’hui. Entendre ce chagrin si particulier, insupportable, qui ne s’efface ni ne s’apaise vraiment. Un chagrin du fond de l’âme et du corps et une grande colère.

Il s’agit donc des abus sexuels commis par des membres de l’Église, par des membres de nos instituts religieux, plus d’hommes que de femmes, mais des femmes aussi. Il s’agit aussi d’abus dont des membres de nos instituts ont été les victimes. Des abus qualifiés bien improprement de pédophilie. Terminologie pernicieuse. Car chacune et chacun de nous ici aime les enfants. Pour aimer en vérité les enfants, comme d’ailleurs pour pouvoir aimer cet enfant que nous sommes toujours, comme l’écrivait avec tant de passion Françoise Dolto, il faut s’écarter de toute confusion. Aussi est-il plus correct de parler de « pédoclastie ». Analogie avec l’iconoclastie qui est le fait de briser, de détruire, les images religieuses. La pédoclastie c’est alors briser l’enfance, la détruire. Prendre la mesure du séisme provoqué, c’est voir combien nous sommes à l’opposé d’une affection, voire d’une amitié (philia) avec les enfants.

Le piège des mots est déjà souvent celui de la pensée. « Mal nommer un objet c’est ajouter au malheur de ce monde, car le mensonge est justement la grande misère humaine, c’est pourquoi la grande tâche humaine correspondante sera de ne pas servir le mensonge »[1].

Par-dessus le marché, commis par des prêtres ou religieux, c’est aussi de Dieu dont il s’agit. Un Dieu qui se trouve aussi brisé, lui le Dieu dont les entrailles saignent quand les plus pauvres ou vulnérables, dont les enfants, sont trahis jusqu’au fond de leur âme comme de leur corps.

Voilà alors qui introduit une double mémoire traumatique. Celle dont parle si bien Muriel Salmona, psychiatre qui se bat en faveur des victimes, afin que l’amnésie traumatique – qu’elle a amplement théorisée – soit reconnue par la justice.

Citons-la un instant : « La mémoire traumatique, trouble de la mémoire implicite émotionnelle, est une conséquence psycho-traumatique des violences les plus graves se traduisant par des réminiscences intrusives qui envahissent totalement la conscience (flash-back, illusions sensorielles, cauchemars) et qui font revivre à l’identique tout ou partie du traumatisme, avec la même détresse, la même terreur et les mêmes réactions physiologiques, somatiques et psychologiques que celles vécues lors des violences. Anhistorique, non-intégrée, hypersensible, elle est déclenchée par des sensations, des affects, des situations qui rappellent, consciemment ou non, les violences ou des éléments de leur contexte, et ce jusqu’à des dizaines d’années après le traumatisme. Elle s’apparente à une bombe prête à se déclencher à tout moment, transformant la vie en un terrain miné… »

Trois points d’attention pour ouvrir cette journée, et qui ont motivé notre volonté de vous proposer ce temps de sensibilisation, d’écoute, d’échanges sur un sujet si grave et lourd.

Nos instituts, à partir des leurs intuitions fondatrices, ont tous des règles de vie, des constitutions dont la finalité est de nous tourner vers l’Évangile par un chemin particulier. Ce simple constat me parait faire écho à ce que le philosophe Paul Ricœur nomme le tournant de l’interdiction, non pas d’abord pour interdire ou pénaliser, mais pour fournir des repères, pour rendre à la conscience ses droits, pour ériger une digue qui rend possible les amours, pour manifester le lien qui doit exister entre la loi morale et le droit et signifier à l’homme qu’il n’a pas le droit d’avoir tout pouvoir sur l’autre. Faut-il nous rappeler ici que la foi chrétienne peut être d’autant plus pervertie que le sentiment de toute-puissance propre aux agresseurs peut s’appuyer sur la célèbre sentence de saint Augustin : « Aime et fais ce que tu veux »[2], en s’appuyant sur saint Paul pour dénier la loi : nous ne sommes plus soumis à la loi puisque « Le Christ est la fin de la loi » (Rm 10, 4)[3]

La vérité

La transparence, dont je ne suis pas une adepte par ailleurs, est pourtant ici indispensable. Pendant des décennies, elle n’a pas été le critère d’action de l’Église qui voulait au contraire cacher ces actes. Renforcé de plus par une culture de nos instituts vécus comme des familles où le réflexe premier est de protéger les siens et de les croire, parfois envers et contre tout. Nous avons maintenant l’obligation de veiller à tenir un langage de vérité et à renoncer à toute langue de bois comme à ce que les sociologues nomment la « culture de docilité » dans l’Église catholique.

Cette vérité qui nous rendra libre (Jean 8,32) et qui suppose courage et cohérence. Qui nous fera tout mettre en œuvre pour protéger les innocents et les personnes vulnérables, et pour éviter tout ce qui pourrait leur nuire[4]. Une exigence qui doit aller de pair avec le discernement, avec la vertu de prudence afin de se garder de tout amalgame et d’un soupçon généralisé qui peut devenir fou et tuer aussi des personnes dans leur réputation, dans le regard des autres, dans l’estime d’eux-mêmes, parfois jusqu’à alors décider de mourir.

Exercice éthique, exercice de responsabilité, aussi délicat qu’indispensable.

La foi et l’Église

Les adultes abuseurs ont volé Dieu à leurs victimes. Comment croire encore que Dieu est réellement bon ? proche ? un Dieu qui me veut du bien ? Comment croire qu’il est vivant lui qui est apparu absent lors du drame. Comment encore reconnaître l’Église comme fiable ? Approcher sans crainte ni confusion de la table eucharistique ? Comment prier le Père, quand ceux que l’Église désigne pères ont semé le malheur et la destruction par leurs mensonges (c’est pour ton bien, c’est parce que je t’aime davantage) comme l’antique serpent de Genèse 3. Tous ces éléments, si douloureux pour les victimes, leur demandent un très long et incertain voyage de retour vers la vie qui se tient en Dieu. Lent et douloureux travail pour se réapproprier les Écritures, les sacrements, la vie de l’Église… pour ne plus avoir peur. Pour tenter, pas à pas, refaire confiance.

La vie est longue à revenir me disait un jour une victime, qui parlait enfin plus de 30 ans après les faits.

Alors avant tout les écouter. Et écouter encore. Laisser pénétrer leurs mots, ouvrir nos oreilles autant que nos intelligences et nos cœurs. Entendre leur peine, leur souffrance indicible, leur colère, leur déception, leurs questions criantes et leurs espérances.

Quelle parole tranchante comme le glaive saura déchirer un obscurantisme moral, un idéalisme aveugle et meurtrier, une fraternité dévoyée ? Quelle parole tranchante dans nos propres communautés pour reconnaître notre implication dans les effets du mal et rompre avec nos réactions encore trop souvent défensives.

En fin de compte, quelle lecture spirituelle pouvons-nous faire de la situation présente ?

Quelles conversions et quels actes indispensables pour tenter de réparer ce qui peut l’être, afin que ces enfances brisées puissent à nouveau croire en la vie, en un Dieu de douceur – espérons-le de tout cœur, et un jour peut-être si nous avons tous œuvré pour la vérité et la justice, à une Église enfin plus sûre.

© Documentation catholique – 2018

Témoignage

« Je partageais la pauvretés des autres »

Dans une interview accordée à L’Osservatore Romano en italien du 18 juillet 2018, le cardinal Toribio Ticona Porco, créé par le pape François lors du consistoire du 28 juin dernier, raconte sa vie sur le haut plateau de Bolivie, où il manquait de tout : route, nourriture, électricité, confort. Il a connu le pape François « quand il était archevêque de Buenos Aires ». « Je le considère comme un grand ami, affirme le cardinal. Nous avions beaucoup d’estime l’un pour l’autre. »

Zenit : Comment avez-vous accueilli la nouvelle que le pape avait l’intention de vous inclure dans le Collège des Cardinaux ?

Cardinal Toribio : C’était une surprise incroyable, je ne m’y attendais pas du tout. Je me l’explique simplement : étant resté l’un des rares évêques « campesino » et comme la Parole de Dieu s’accomplit dans les plus petits, j’ai reçu la pourpre. D’autre part, je reconnais que c’est une grande responsabilité pour ma personne et pour l’Église. En Bolivie, il y a des archevêques et des évêques qui pouvaient être créés cardinaux avant moi, mais le Seigneur en a voulu ainsi et je suis devenu le troisième cardinal dans l’histoire du pays, après José Clemente Maurer, un Rédemptoriste d’origine allemande, et Julio Terrazas Sandoval, le premier né en Bolivie, également religieux de la Congrégation du Très Saint Rédempteur.

Zenit : À quand remonte votre amitié avec Jorge Mario Bergoglio ?

Cardinal Toribio : Je l’ai connu quand il était archevêque de Buenos Aires. Je le considère comme un grand ami. Nous avions beaucoup d’estime l’un pour l’autre. Notre première rencontre a eu lieu pendant les voyages que je faisais dans la capitale argentine pour évangéliser mes campesinos. Chaque année, en effet, je me rendais en mission à Buenos Aires et dans ses environs, où vivent environ deux millions d’émigrants boliviens.

Zenit : Vous avez été maire de votre communauté. Quel souvenir avez-vous de cette expérience ?

Cardinal Toribio : Dans les années 1970, le régime militaire m’a nommé maire de Chacarilla, un village à trois mille huit cent cinquante mètres d’altitude, où se trouvait une importante mine de cuivre. Environ sept cents demandeurs d’emploi sont venus y habiter, augmentant la population d’origine aymara, descendante des Pacajaques. On y parlait donc deux langues : l’aymara et l’espagnol. Je me souviens que c’était une région très pauvre et qu’elle était peuplée précisément parce qu’il y a avait cette mine qui appartenait à une société asiatique. Il y avait beaucoup de problèmes et de tensions, parce que les propriétaires tentaient de ne pas payer d’impôts.

Zenit : Combien de temps êtes-vous resté à cette fonction de premier citoyen ?

Cardinal Toribio : Pendant quatorze ans. Quand on m’a nommé maire, j’étais déjà prêtre, alors quand les jours de fête je finissais de prononcer le discours officiel, je courais me changer pour célébrer la messe. À mon arrivée, il n’y avait qu’une petite église dédiée à Notre-Dame du Rosaire. Elle était si petite que les enfants la remplissaient. J’ai décidé de l’agrandir, parce que c’était un problème d’y célébrer les mariages et les baptêmes : les gens ne pouvaient y entrer. J’ai demandé de l’aide et les mineurs ont collaboré à la construction en donnant l’équivalent de deux jours de salaire. D’un autre côté, je n’ai jamais gardé d’argent pour moi. Ce que je recevais était destiné à la construction de l’église et de la mairie. Je partageais aussi la pauvreté des autres, je vivais dans le campement des mineurs, parce qu’il n’y avait pas de presbytère pour le curé de la paroisse. Nous étions ma mère, mon frère, et moi, dans une pièce. On dormait par terre, chacun dans un coin.

Zenit : La pauvreté a toujours été votre compagnie ?

Cardinal Toribio : Je suis né très pauvre, je n’ai jamais connu mon père. Je n’ai fait que l’école primaire. Avant d’entrer au séminaire, j’ai travaillé comme cireur de chaussures, mineur, mécanicien et charpentier. Les missionnaires belges payèrent mes études pendant mes années de séminaire. Ces missionnaires formèrent l’Association de la jeunesse ouvrière catholique et, pour les adultes, la Ligue des travailleurs catholiques, que j’ai dirigée. Dans la première phase, les Belges me payaient, puis les évêques allemands. Pourtant, je n’ai jamais étudié l’allemand. Quand la mine de cuivre ne fut plus rentable pour la propriété, ils ont décidé de la fermer, alors Chacarilla se dépeupla et je suis parti en Belgique étudier au Centre International de Formation Catéchétique et Pastorale « Lumen Vitae » à Bruxelles, tenu par les Jésuites. Et j’appris aussi le français.

Zenit : Quel souvenir avez-vous en particulier de votre expérience à la prélature de Corocoro ?

Cardinal Toribio : En avril 1986, Jean-Paul II me nomma évêque auxiliaire du diocèse de Potosí. Puis, le 4 juin 1992, il m’a transféré à la prélature de Corocoro. Là, le problème était les distances et l’altitude, parce qu’on arrivait jusqu’à cinq mille mètres au-dessus du niveau de la mer. Dans ces sommets, il y avait un prêtre italien, Antonio Galbioni. C’était un missionnaire infatigable. Il restait des jours sans manger et dormir pour annoncer l’Évangile. En tant que prélat, j’ai visité toutes les communautés. Je l’appelais la grande paroisse des pauvres de langue aymara ou de langues ancestrales de nos ancêtres quechua. J’ai toujours essayé d’évangéliser en utilisant un langage compréhensible pour ceux que j’avais devant moi. J’adaptais mes propos selon que je devais parler aux enfants, aux adultes ou aux ouvriers.

Zenit : Une activité pastorale donc pas simple ?

Je me réveillais à 4 ou 5 heures du matin et je me rendais tous les jours dans deux ou trois paroisses pour célébrer la messe, les mariages, les baptêmes. Il y a eu des problèmes et des difficultés qui ont mis ma vie en danger à plusieurs reprises. Je me souviens très bien qu’un jour, en regardant un fleuve de mon véhicule tout-terrain, le niveau de l’eau a submergé la voiture. Je me suis sauvé en grimpant sur le toit. À ce moment-là, j’ai senti la main de Dieu dans ma vie, parce que je pouvais mourir. Il y a cinq ans aussi, alors que je voyageais avec la jeep, un camion m’a jeté hors de la route. Je ne suis pas mort par miracle. Chaque fois que je m’en souviens et que je rencontre le pape, il me dit : « Tu n’es pas encore mort ? Tu ne dois pas manger du chat ». Parce que dans ma vie, j’ai mangé aussi du chat. Un autre problème de ma prélature était l’altitude, à laquelle mon organisme s’est habitué. J’ai d’ailleurs un cœur plus grand que la normale. Cela m’a permis, lorsque je suis venu à Rome pour une visite ad limina, d’arriver en un instant au sommet des jardins du Vatican où a été installé la Vierge de Copacabana, très vénérée en Bolivie.

Zenit : À quelle urgence êtes-vous confronté aujourd’hui pour annoncer l’Évangile dans votre pays ?

Cardinal Toribio : Il faut évangéliser la culture, parce que je remarque un certain syncrétisme. Je vois qu’il y a une partie de la société qui est religieuse et l’autre pas. Avant, dans la prélature de Corocoro, il y avait les missionnaires espagnols. Ils sont partis, mais s’est posé le problème du manque de clergé local pour que l’Église bolivienne soit autonome. Pendant ma permanence, j’ai ordonné vingt-sept prêtres nés en Bolivie pour la prélature. Un petit nombre, compte tenu des distances et de la grandeur du territoire. C’est pourquoi j’ai toujours essayé de former des catéchistes indigènes. Quand j’y étais, on arriva à cinq cents catéchistes, si bien que dans chaque communauté les Aymares étaient présents. J’ai été critiqué pour cela. On m’accusait de former une autre Église, différente de l’Église universelle. D’un autre côté, il n’y avait même pas de religieuses pour m’aider, parce que quand j’en demandais aux supérieurs, ils me répondaient qu’ils ne pouvaient pas les envoyer à cause de l’altitude.

Avec une traduction d’Océane Le Gall – Zenit.org

© Osservatore romano – 2018

 

[1] Brice Parain, philosophe et ami d’Albert Camus.

[2] Homélies sur la première épître de saint Jean VII, 7-8BA 76, p. 303-305. Nous savons pourtant que cette sentence ne peut être comprise comme un déni de la loi. Celui qui aime vraiment, n’est pas au-dessus de la loi, mais se réfère à elle pour ne pas verser dans des dérives fusionnelles, aliénantes.

[3] Traduction TOB. Il ne faut pas perdre de vue en effet le pendant de ce verset : « Enlevons-nous par la foi toute valeur à la Loi ? Bien au contraire : nous confirmons la Loi ! » (Rm 3, 31). Par ailleurs, soumis aux tentations, c’est par la loi que Jésus répond au diable.

[4] Les abus sexuels dans l’Église, Un appel à changer de regard, Hans Zollner, in Études, 2016/9 Septembre, p. 29 à 40.

Commentaire des lectures du dimanche

C’est comme si Jésus lui-même était renouvelé dans son propre zèle apostolique ! Dimanche dernier, le Seigneur a envoyé les Douze en mission. Il leur a en quelque sorte donné part à sa propre activité salutaire, en leur conférant l’autorité sur les esprits impurs et la capacité de réaliser des guérisons. Il les a invités aussi à mener une vie qui ressemble à la sienne, dans la pauvreté et l’itinérance, autant de moyens qui laissent le cœur libre pour annoncer la bonne nouvelle du Royaume. Aujourd’hui les apôtres sont de retour auprès du Maître et lui rendent compte de leur activité : « Ils lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné ». Et la conséquence de cette annonce faite à Jésus, l’épisode suivant dans l’Évangile – nous n’en entendons que le début – c’est que Jésus enseigne une grande foule.

Et surtout, l’Évangile nous révèle la source profonde de cette activité apostolique : si Jésus se met à enseigner longuement les foules, c’est parce qu’il est « saisi de compassion envers eux ». Il ne s’agit pas là d’un sentiment superficiel, mais d’une expérience qui saisit toute la personne de Jésus, c’est comme un flot qui jaillit du plus profond de son être et déborde de son cœur, dans ses actes et ses paroles. En quoi les foules que Jésus et les apôtres rencontrent sont-elles ainsi dignes de compassion ? « Elles étaient comme des brebis sans berger », c’est-à-dire qu’elles n’avaient personne pour les guider sur le chemin de la vie, sur le chemin de la vie avec Dieu. Jésus repère que là est la plus grande misère que l’humanité peut connaître. Lui dont l’existence tout entière, à chaque pas et à chaque souffle, est communion intime, totale, avec le Père, ressent avec violence ce qu’il en est d’une vie qui n’est pas en lien avec Dieu, et qui ne peut ainsi accomplir sa vocation profonde.

Ressentons-nous avec une douleur comparable – non pas au niveau des sentiments superficiels, mais au niveau de notre cœur profond – le fait que tant de personnes, en apparence, n’accueillent pas Dieu comme le centre de leur vie ? Cela peut stimuler notre propre zèle apostolique, notre propre désir d’annoncer la bonne nouvelle du salut de Dieu en Jésus-Christ. Ressentons-nous avec une douleur comparable, surtout, le fait que nous-mêmes, dans notre propre vie, nous n’accueillons peut-être pas autant le Seigneur qu’il le désire ? Comment cela est-il possible ? Peut-être que, dans notre vie, nous expérimentons quelque chose de ce dont saint Paul parle aux Éphésiens. Dans notre propre vie, n’y a-t-il pas le Juif et le païen, une partie de notre cœur fidèle à l’alliance de Dieu et une partie de notre cœur qui préfère demeurer attachée aux idoles et tourner le dos aux appels de Dieu ?

N’éprouvons-nous pas parfois que notre cœur est divisé, partagé par un mur de la haine, qui fait s’opposer en nous le vieil homme attaché à ses convoitises et l’homme nouveau baptisé dans le Christ ? C’est déjà une première grâce de s’en rendre compte, aussi humiliant que cela puisse être. Ce doit surtout être l’occasion de nous livrer toujours plus à l’œuvre de miséricorde du Seigneur. Qu’il purifie notre cœur en lui donnant sa paix ; qu’il brise en nous ce mur de la haine qui nous rend capable de nous retourner contre nous-mêmes ; qu’il unifie notre cœur en en faisant une seule réalité, « par son sang », « par sa chair crucifiée », c’est-à-dire par sa vie entière offerte pour notre salut.

Prenons le temps, pendant ces semaines où peut-être un changement de rythme nous est offert en quelque manière, de venir avec confiance nous présenter devant le Seigneur, à l’écart, avec lui, comme il y invite les apôtres. Demandons-lui la grâce qu’il nous fasse voir ce qui en nous, en des petites comme en des grandes choses de notre vie, constitue encore des divisions intérieures dans notre cœur. Donnons-lui ainsi l’occasion d’être saisi de compassion envers nous, afin qu’il puisse exercer son œuvre de miséricorde et de salut dans notre vie.

Est-ce bien clair pour nous ? il ne s’agit pas de nous faire plaindre ou de nous faire dorloter parce que nous ne nous sentirions pas bien. Il s’agit de nous livrer à la force et à la douceur du Seigneur, qui nous donne, « dans un seul Esprit, accès auprès du Père » qui désire que nous vivions dans la paix avec lui et avec toute personne.

Fr Anthony-Joseph de Sainte Thérèse de Jésus, ocd

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