Pko 24.02.2019

Eglise cath papeete 1Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°09/2019

Dimanche 24 février 2019 – 7ème Dimanche du Temps ordinaire – Année C

Humeurs…

Retour dans les îles… vous avez dit !

Le grand discours toujours à la mode en Polynésie c’est « le retour dans les îles » pour éviter la précarisation à Tahiti !!! Mais entre le discours et les faits… beaucoup de vent !!! Nous en voulons pour exemple la situation suivante :

Une jeune femme, mère de deux enfants, originaire d’une île des Tuamotu, en situation de grande précarité et à la rue, se met en route pour préparer son retour dans son île et par la même occasion reprendre à ses côtés ses deux enfants…

En 2016, elle établit un dossier de demande d’aide au logement… Quelques mois plus tard, le 2 mai 2017, la commission administrative des aides au logement en habitat dispersé donne un avis favorable pour l’attribution d’une aide à cette jeune maman.

Un an plus tard (!!!), le 16 mai 2018, l’attribution d’un logement de type « Fare OPH » est notifiée par arrêté à l’intéressée. Petit « hic », cette attribution prévoit une contribution personnelle de 277 328 xfp… Notre jeune femme étant à la rue et sans revenus ne peut faire cet apport.

Qu’à cela ne tienne, aidée par la petite cellule juridique de l’Accueil Te Vai-ete, le 9 juillet 2018, elle envoie un courrier au Président de la Polynésie pour lui demander une remise gracieuse de cette participation personnelle… Réponse rapide du Président… le 16 juillet, il accuse réception du courrier et précise que la demande a été transmise au ministère du logement ainsi qu’à celui de la solidarité pour examen, précisant : « Vous serez directement informée de la suite qui lui sera réservée. »

Le temps passe… la « suite » n’arrive pas ! Le temps presse… en effet l’arrêté d’attribution prévoit que si dans les 5 mois après la notification à l’intéressée rien n’est mis en route, « la présente décision est caduque » ! soit le 15 octobre 2018…

Le 20 septembre nous envoyons un message au Président : « Pas de nouvelles ??? » réitéré le 1er octobre… cette fois-ci une réponse du secrétariat du cabinet : « Bonjour, nous accusons bonne réception de votre demande. Cordialement. » Puis silence radio !

L’échéance du 15 octobre passe… rien !!! Un nouveau courriel de notre part le 30 novembre : « Bonjour, vous accusé réception de notre courrier mais à ce jour pas l’ombre d’une réponse… Oui ??? Non ??? ou… ??? L’échéance de l’arrêté étant fin octobre… doit-on en conclure que l’attribution du fare est désormais nulle et non avenue ? » Aucune réponse !

Nous réitérons notre demande le 20 février 2019… pas l’ombre d’une réponse !!!

Que la demande de remise gracieuse ne puisse se faire… soit… mais pourquoi ne pas le dire… pourquoi ne pas répondre… Un refus, aurait permis à l’Accueil Te Vai-ete, non subventionné, de prendre cette somme en charge et ainsi offrir une chance de retour dans son île à cette jeune femme !!!

VOUS AVEZ DIT : « RETOUR AUX ÎLES » ???

Conclusion

Depuis plusieurs années le Pays court après des projets d’investissement (Hao, village tahitien…) sans grand succès… mais le seul investissement qui serait rentable dès la première année… personne n’y a pensé : installer des éoliennes avenue Pouvana’a a Oopa et place Tarahoi… Le vent produit par nos hommes politiques suffirait à lui seul à fournir en électricité écolo à toute la Polynésie !!!

Laissez-moi vous dire…

Lundi 25 février : Fin de vacances scolaires de février

Une pastorale adaptée aux jeunes

Très souvent les responsables en pastorale se désolent face à la défection des jeunes dans les paroisses. Beaucoup ont suivi la catéchèse jusqu’à la réception du sacrement de confirmation, puis … « bye bye… on reviendra peut-être pour une préparation au mariage… ! »

Rejoindre les jeunes dans leurs champs de préoccupation, leurs milieux de vie spécifiques n’est pas aisé. Il suffit de les écouter quand ils sont en bande ou de lire quelques-uns de leurs sms ou échanges sur Facebook.

-  Tu sais ça commence à m’gaver les cours de math, c’est chaudard

Nawak ce prof, ça me saoule, un jour j’vais l’déglinguer

-  Par contre la prof de bio est super fraîche, son cours c’est une vraie tuerie

Wesh ma gueule, elle est trop chanmé cette meuf. T’as vu comme elle est swag dans sa tenue.

-  Ouais trop dar elle est

-  Eh ! Arrêtez c’est trop badant vos histoires… Osef ! 1

(Sources : dictionnairedelazonewiktionnaire)

De tous temps les jeunes ont cherché à se singulariser dans leur langage propre, leur tenue, leur comportement, leurs attitudes face à la société… La jeunesse polynésienne semblerait globalement plus sage que certains jeunes européens, américains ou japonais. Mais la contamination demeure facile via smartphone avec accès libre au wifi, car 95% des lycéens auraient un compte Facebook. Tous les médias convergent vers les plateformes numériques. Les commerçants, les publicistes, les racoleurs et « prédateurs » ne se privent pas d’appâter les jeunes pour le meilleur comme pour le pire…

Avec un peu de retard l’Église prend sa place dans cet environnement numérique. L’évangélisation passe aussi par la communication digitale. C’est dans ce cadre qu’il faut songer à une certaine conversion pastorale, notamment pour rejoindre une bonne proportion des jeunes dans leur univers familier.

Dominique Soupé

________________________

1   Essai de traduction :

-  Tu sais ça commence à m’énerver les cours de math, c’est difficile (tuant)

N’importe quoi ce prof, ça me fatigue, un jour je vais le démonter

-  Par contre la prof de bio est trop bien, son cours est de grande qualité (a du succès)

Sûr mon pote, elle est formidable cette femme. Tu as vu comme elle a du style dans sa tenue.

-  Oui elle est très bien

-  Eh ! Arrêtez, c’est trop angoissant vos histoires… On s’en fout !

© Cathédrale de Papeete - 2019

En marge de l’actualité…

« Les hommes sont fait d’argile »

Ce dimanche, saint Paul dans la deuxième lecture tirée de sa lettre aux Corinthiens livre une belle réflexion sur la condition humaine. En comparant Adam « le premier homme » avec le Christ « l’être spirituel », Paul relève à la fois la distance qui les sépare autant que leur proximité : « Pétri d’argile, le premier homme vient de la terre, le deuxième homme, lui, vient du ciel ».

L’image de l’argile évoque bien la fragilité de la condition humaine qui ne cesse d’apparaître depuis que l’humanité existe. Dans la première lecture, David, qui n’est pas encore roi, affronte Saül qui est roi. La jalousie de ce dernier est telle qu’il cherche à tout prix à faire disparaître son rival. Dans l’évangile, Jésus dénonce les fausses fraternités qui consistent à ne faire du bien qu’à ceux qui nous en font.

Ce que Jésus demande paraît pourtant bien au-dessus de nos forces. Comment donc aimer ses ennemis ? Comment faire du bien à ceux qui nous détestent ? Comment tendre l’autre joue à celui qui nous a déjà frappé ? Comment donner son manteau à celui qui nous a déjà pris la tunique ? En somme, comment être miséricordieux comme le Père est miséricordieux ? Oui, « les hommes sont faits d’argile » dit saint Paul, que pouvons-nous donc espérer de l’homme ?

Un Père de l’Église nommé Tertullien, qui a vécu vers la fin du 2e siècle, a eu cette belle réflexion, toujours à propos de la condition humaine. Selon lui, l’homme a été créé à la ressemblance de celui qui devait s’incarner dans la même chair : « Représente-toi Dieu tout entier occupé à donner figure à l’œuvre de sa main : il y a appliqué son intelligence, son action, son conseil, sa sagesse et sa providence, et avant tout son affection. Car tout ce qui était imprimé dans ce limon, c’était la pensée du Christ, l’homme à venir ».

De là provient donc la proximité inattendue entre Adam et le Christ : le projet divin qui présida à la création de l’humanité, quand Dieu créait l’homme, Il pensait au Christ. Oui, même si nous sommes faits d’argiles, il y a bien quelque chose à espérer de nous. Le Fils, le Verbe de Dieu fut lui-même pétri d’argile. Mais lui vient du ciel, et s’il y a une espérance, c’est bien grâce à lui.

Père Vetea BESSERT, d.

© Archidiocèse de Papeete - 2019

Audience générale

Dieu nous aime comme personne sur terre

Le Pape a poursuivi sa catéchèse sur le Notre Père, mercredi 20 février, à partir d’extraits du Livre d’Isaïe (49, 14-16), insistant sur l’imperfection de l’amour terrestre, comparé à celui prodigué par Dieu.

Chers frères et sœurs, bonjour !

L’audience de ce jour se déroule en deux lieux. J’ai d’abord eu une rencontre avec les fidèles de Bénévent, qui étaient dans Saint-Pierre, et maintenant avec vous. Et ceci est dû à la délicatesse de la Préfecture de la Maison pontificale qui ne voulait pas que vous preniez froid : nous les remercions pour ce geste. Merci.

Nous continuons les catéchèses sur le « Notre Père ». Le premier pas de toute prière chrétienne est l’entrée dans un mystère, celui de la paternité de Dieu. On ne peut pas prier comme des perroquets. Soit tu entres dans le mystère, en étant conscient que Dieu est ton Père, soit tu ne pries pas. Si je veux prier Dieu mon Père, j’aborde un mystère. Pour comprendre dans quelle mesure Dieu est pour nous un père, nous pensons aux figures de nos parents, mais nous devons toujours, dans une certaine mesure, « les affiner », les purifier. C’est aussi ce que dit le Catéchisme de l’Église catholique, qui affirme ceci : « La purification du cœur concerne les images paternelles et maternelles, issues de notre histoire ».

Parmi nous, personne n’a eu des parents parfaits, personne ; comme nous, à notre tour, nous ne serons jamais des parents ou des pasteurs parfaits. Nous avons tous des défauts, tous. Nos relations d’amour, nous les vivons toujours marquées par nos limites et aussi par notre égoïsme, et c’est pour cela qu’elles sont souvent polluées par des désirs de possession ou de manipulation de l’autre. C’est pourquoi, parfois, les déclarations d’amour se transforment en sentiments de colère ou d’hostilité. Mais regarde, ces deux-là s’aimaient beaucoup la semaine dernière, aujourd’hui ils se haïssent à mort : cela, nous le voyons tous les jours ! C’est pour cette raison, parce que nous avons tous des racines amères en nous, qui ne sont pas bonnes et qui parfois sortent et font du mal.

Voilà pourquoi, quand nous parlons de Dieu comme « père », tout en pensant à l’image de nos parents, surtout s’ils nous ont aimés, nous devons en même temps aller au-delà. Parce que l’amour de Dieu est celui du Père « qui est aux cieux », selon l’expression que Jésus nous invite à employer : c’est l’amour total qu’en cette vie nous goûtons seulement d’une manière imparfaite.

Les hommes et les femmes sont éternellement des mendiants d’amour – nous sommes des mendiants d’amour, nous avons besoin d’amour – ils cherchent un lieu où être enfin aimés, mais ils ne le trouvent pas. Combien d’amitiés et combien d’amours déçus dans notre monde ! Il y en a tant !

Le dieu grec de l’amour, dans la mythologie, est le plus tragique qui soit : on ne comprend pas s’il s’agit d’un être angélique ou d’un démon. La mythologie dit qu’il est le fils de Poros et de Pénia, c’est-à-dire de la ruse et de la pauvreté, destiné à porter en lui un peu de la physionomie de ces parents. À partir de là nous pouvons penser à la nature ambivalente de l’amour humain : capable de fleurir et de vivre de manière irrésistible à une heure du jour et aussitôt après de se faner et de mourir ; ce qu’il saisit lui échappe toujours plus (cf. Platon, Le Banquet, 203). Il y a une expression du prophète Osée qui cerne sans pitié la faiblesse congénitale de notre amour : « Votre fidélité, une brume du matin, une rosée d’aurore qui s’en va » (6,4). Voilà ce qu’est souvent notre amour : une promesse que l’on peine à maintenir, une tentative qui se dessèche et s’évapore aussitôt, un peu comme lorsqu’au matin le soleil se lève et qu’il emporte la rosée de la nuit.

Combien souvent nous, les hommes, avons-nous aimé de cette manière si faible et intermittente. Nous en avons tous l’expérience : nous avons aimé mais ensuite cet amour est tombé ou s’est affaibli. Désireux d’aimer, nous nous sommes ensuite confrontés à nos limites, à la pauvreté de nos forces : incapables de maintenir une promesse qui, aux jours de grâce, nous semblait facile à réaliser. Au fond, l’apôtre Pierre aussi a eu peur et a dû fuir. L’apôtre Pierre n’a pas été fidèle à l’amour de Jésus. Il y a toujours cette faiblesse qui nous fait tomber. Nous sommes des mendiants qui risquent en chemin de ne jamais trouver complètement ce trésor qu’ils cherchent depuis le premier jour de leur vie : l’amour.

Mais il existe un autre amour, celui du Père « qui est aux cieux ». Personne ne doit douter d’être le destinataire de cet amour. Il nous aime. « Il m’aime », pouvons-nous dire. Si même notre père et notre mère ne nous avaient pas aimés – une hypothèse historique – il y a un Dieu dans les cieux qui nous aime comme personne sur cette terre ne l’a jamais fait et ne pourra jamais le faire. L’amour de Dieu est constant. Le prophète Isaïe affirme : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. Car je t’ai gravée sur les paumes de mes mains » (49,15-16). Aujourd’hui, le tatouage est à la mode : « je t’ai gravé sur les paumes de mes mains ». J’ai fait un tatouage de toi sur mes mains. Je suis dans les mains de Dieu, comme cela, et je ne peux pas l’enlever. L’amour de Dieu est comme l’amour d’une mère qui ne peut jamais oublier. Et si une mère oublie ? « Moi, je n’oublierai pas », dit le Seigneur. Cela, c’est l’amour parfait de Dieu, nous sommes aimés par lui comme cela. Même si tous nos amours terrestres s’effritaient et qu’il ne reste que de la poussière dans nos mains, il y a toujours pour chacun de nous, ardent, l’amour unique et fidèle de Dieu.

Dans cette faim d’amour que nous éprouvons tous, ne cherchons pas quelque chose qui n’existe pas : cette faim est au contraire une invitation à connaître Dieu qui est père. La conversion de saint Augustin, par exemple, est passée par cette crête : le jeune et brillant orateur cherchait simplement chez les créatures quelque chose qu’aucune créature ne pouvait lui donner, jusqu’à ce qu’un jour il ait le courage d’élever son regard. Et ce jour-là il connut Dieu. Dieu qui aime.

L’expression “aux cieux” ne veut pas exprimer un éloignement, mais une diversité radicale de l’amour, une autre dimension de l’amour, un amour qui ne se lasse pas, un amour qui durera toujours, ou plutôt qui est toujours à portée de main. Il suffit de dire : « Notre Père qui es aux cieux » et cet amour vient. C’est pourquoi ne craignez pas ! Aucun d’entre nous n’est seul. Même si, par malheur, ton père terrestre t’avait oublié et que tu aies de la rancœur contre lui, l’expérience fondamentale de la foi chrétienne ne t’est pas refusée : celle de savoir que tu es l’enfant bienaimé de Dieu et que rien dans la vie ne peut éteindre son amour passionné pour toi.

© Libreria Editrice Vaticana – 2019

Journée de l’Union des Femmes catholiques

La femme au cœur du salut

Samedi 23 février s’est tenue à la paroisse Sainte Thérèse de Papeete la « Journée diocésaine de l’Union des Femmes Catholiques ». Pour prolonger cette journée voici ce que disait le Cardinal Jorge Bergoglio devenu Pape François au sujet de rôle de la femme dans l’Église et la société. Ces propos sont tirés d’une conversation avec le rabbin Abraham Skorka, et rapporté dans le livre « Le ciel et la terre »

José Bergoglio : Dans le catholicisme, par exemple, beaucoup de femmes dirigent une liturgie de la Parole, mais elles ne peuvent pas exercer le sacerdoce car dans le christianisme c’est Jésus, un homme, qui est le Grand prêtre. Et selon la tradition théologique, tout ce qui est sacerdotal doit passer par l’homme. La femme a une autre fonction dans le christianisme, dont Marthe est le reflet. Elle est celle qui accueille la société, celle qui porte, la mère de la communauté. La femme a le don de la maternité, de la tendresse ; si toutes ces richesses ne s’intègrent pas, la communauté religieuse se transforme en une société non seulement machiste, mais également austère, dure et mal sacralisée.

Le fait que la femme ne puisse pas exercer le sacerdoce, ne veut pas dire qu’elle vaut moins que l’homme. Dans notre conception, en réalité, la Vierge Marie est supérieure aux apôtres. Selon un moine du IIème siècle, parmi les chrétiens il y a trois dimensions de la femme : Marie, comme mère du Seigneur, l’Église et l’âme. La présence féminine dans l’Église n’a pas beaucoup été soulignée car la tentation du machisme n’a pas permis de donner de la visibilité au rôle qui revient aux femmes de la communauté.

Abraham Skorka : Le christianisme assume la fonction sacerdotale de la Bible juive. Le sacerdoce passe de manière patriarcale, la condition juive des personnes passe par la voie matriarcale : si la mère est juive, son enfant est juif. Dans notre credo aussi le sacerdoce était exercé par l’homme, mais aujourd’hui nous avons des maîtres (le mot « rabbin » signifie maître). Une femme qui connaît la Torah, peut donc enseigner et répondre à des questions sur comment on doit prier sur la base de la loi juive.



José Bergoglio : Quand nous parlons de l’Église, nous catholiques, nous utilisons le féminin. Le Christ épouse l’Église, une femme. L’endroit qui reçoit le plus d’attaques, qui est le plus visé, est toujours le plus important. L’ennemi de la nature humaine – Satan – opère surtout là où se joue le salut, au lieu même de la transmission de la vie, et la femme – comme lieu existentiel – s’est avéré être, à travers l’histoire, la cible privilégiée. Elle a été victime de manipulations, d’abus, d’esclavage, a été reléguée au second plan, mais dans les Écritures il y a des cas de femmes héroïques qui nous transmettent ce que Dieu pense d’elles, comme Ruth, Judith…

Ce que je voudrais ajouter, c’est que le féminisme, comme philosophie unique, ne rend pas service à celles qu’il dit représenter, parce qu’il place les femmes sur un plan de lutte revendicatrice alors que la femme est beaucoup plus que cela. La campagne des féministes des années vingt a obtenu ce qu’elles voulaient et ça s’est arrêté là ; mais une philosophie féministe constante ne donne pas non plus à la femme la dignité qu’elle mérite. De manière caricaturale, je dirais que cette philosophie court le risque de se transformer en un machisme en jupons.

(Traduction Isabelle Cousturié).

© Aleteia - 2019

Rencontre sur la protection des mineurs dans l’Église

Ils m’ont traité de menteur !

« Ce n’est pas facile d’écouter les témoignages, a dit le cardinal Luis Antonio G. Tagle, archevêque de Manille. J’ai entendu tant de témoignages, mais je ne pourrai jamais dire : « Je m’y suis habitué », non, jamais. Les témoignages ouvrent aussi mes plaies. Tant de fois nous n’affrontons pas nos blessures, mais à ce moment les témoignages sont des prophéties au niveau personnel, au niveau de la foi. Pour moi, c’est un moment difficile, mais c’est un moment de grâce, de renouveau. » Voici le texte du premier témoignage.

Premier témoignage

Tout d’abord, je voudrais remercier la Commission de m’avoir permis de m’adresser à vous aujourd’hui, ainsi que le Saint-Père pour tout le soutien et l’assistance qu’il nous a donnés ces derniers moments. Ils me demandent de parler de la douleur suite aux abus sexuels. Tout le monde sait que l’abus sexuel laisse une conséquence énorme pour toutes les personnes. Je crois donc qu’il ne vaut pas la peine de continuer à en parler parce que les conséquences sont évidentes, à tous égards, et demeurent pour le reste de leur vie.

Je voudrais plutôt parler de moi-même comme catholique, de ce qui m’est arrivé et de ce que je voudrais dire aux évêques. Pour un catholique, la chose la plus difficile est de pouvoir parler d’abus sexuels, mais une fois que l’on prend courage à aller raconter – dans notre cas, je parle de moi – la première chose que j’ai pensé était : je vais tout raconter à la Sainte Mère Église, où ils vont m’écouter et me respecter. La première chose qu’ils ont faite était de me traiter de menteur, de me tourner le dos et dire que moi et d’autres étions des ennemis de l’Église. Il s’agit d’un modèle qui non seulement s’est produit au Chili, mais s’est passé dans le monde entier, et cela doit cesser.

Je sais qu’ils sont là parlant de mettre un terme à ce phénomène et comment l’empêcher de se produire à nouveau et comment réparer tous ces dommages. D’abord, le pardon faux, le pardon forcé, ne fonctionne pas. Les victimes ont besoin d’être considérées, respectées, soignées et réparées. Vous devez guérir les victimes, vous devez être avec elles, vous devez les croire, vous devez les accompagner. Vous êtes les docteurs des âmes et pourtant, à de rares exceptions près, vous vous êtes convertis, dans certains cas, en meurtriers des âmes, en assassins de la foi. Quelle terrible contradiction. Je me demande ce que Jésus pense, ce que Marie pense, quand elle voit ses propres pasteurs, être ceux qui trahissent les brebis. Je vous demande, s’il vous plaît, de coopérer avec la justice, de prendre particulièrement soin des victimes, que ce qui se passe au Chili, c’est-à-dire ce que fait le Pape au Chili, se répète comme un modèle dans d’autres pays du monde.

Nous voyons chaque jour la pointe de l’iceberg, quand l’Eglise a voulu dire que c’est fini, les cas continuent à émerger, pourquoi ? Parce que vous procédez comme quand vous voyez un cancer, vous devez traiter tout le cancer, ne pas enlever la tumeur, vous devez faire la chimiothérapie, vous devez faire la radiothérapie, vous devez faire des traitements. Ce n’est pas enlever la tumeur et c’est fini. Je vous demande d’entendre ce que le Saint-Père veut faire, de ne pas accepter de la tête et faire autre chose après, tout ce que je demande, c’est que, et je le demande au Saint-Esprit, qu’il aide à rétablir la confiance dans l’Église, que ceux qui ne veulent pas entendre l’Esprit Saint et ceux qui veulent continuer à couvrir, qu’ils s’en aillent de l’Église, pour céder la place à d’autres qui veulent une nouvelle Église, une Église renouvelée et une Église absolument exempte d’abus sexuels.

Je confie tout cela à la Vierge, au Seigneur pour que tout cela devienne une réalité. Mais nous ne pouvons pas continuer ce crime, de couvrir ce fléau d’abus sexuels dans l’Eglise. J’espère que le Seigneur et Marie vous éclaireront, et qu’une fois pour toutes, nous collaborerons avec la justice, et nous extirperons ce cancer de l’Eglise, parce qu’ »il » veut en finir avec l’Eglise. Et c’est ce que veut le démon. Je vous remercie.

© Aleteia - 2019

Théologie

Henri de Lubac et la célèbre Mère Saint Jean

L’Osservatore Romano en italien du 10 février 2019, rapporte le soutien apporté au grand théologien français et cardinal Henri de Lubac, s.j. (1896-1991) par la Prieure générale des Ursulines de l’Union Romaine, Mère Saint-Jean, à un moment décisif. La reconnaissance de sa théologie se traduisit plus tard par sa nomination en tant qu’expert du concile, et c’est en 1983 qu’il sera créé cardinal par Jean-Paul. Voici le texte français du père Jacques Servais s.j., recteur de la Casa Balthasar de Rome, fondée en 1990 sous le patronage du cardinal J. Ratzinger.

Le 29 juin 1952, Henri de Lubac recevait du P. Janssens, Général de la Compagnie de Jésus, une lettre dans laquelle celui-ci faisait sien le jugement « des théologiens nombreux, qualifiés par leur science et leur bienveillance » estimant que ses ouvrages contenaient « plusieurs erreurs » visées par l’Encyclique Humani generis. Dès 1950, des mesures sévères ont été prises à son égard. Notre jésuite veut obtenir quelques éclaircissements sur le fond comme sur les faits, mais en vain : le P. Général qui l’a fermement soutenu au début de l’affaire du Surnaturel mais a fait retirer du commerce son Corpus mysticum, se dérobe toujours. Constatant l’iniquité de la situation, le P. André Ravier, supérieur de la province lyonnaise depuis 1951, cherche à l’aider. Des confrères résidant à Rome, le P. René Arnou, professeur à l’Université Grégorienne, le P. Stanislas Lyonnet, professeur à l’Institut Biblique, et le P. Irénée Hausherr, professeur à l’Institut Oriental, trouvent un prétexte pour le faire venir dans la Cité éternelle : une série de leçons sur l’Église à des jeunes religieuses. Tous trois, à des titres différents, sont liés d’amitié avec la célèbre Prieure générale des Ursulines de l’Union Romaine. C’est à elle qu’ils demandent de fournir au P. de Lubac l’occasion de venir à Rome et elle va lui ouvrir généreusement les portes de son couvent et rendre possible l’entrevue espérée avec le P. Général.

Mère Marie de Saint-Jean Martin est une figure de premier plan de l’Institut qu’elle dirige depuis 1926 et une personnalité influente dans les milieux romains. Dans les années trente un dicton courait dans Rome : « Il n’y a dans toute la Ville que trois hommes : Pie XI, Mussolini et la Mère Saint-Jean ». Elle désirait, expliquera plus tard dans son Mémoire le P. de Lubac, « se faire pardonner de s’être d’abord laissée circonvenir contre moi par quelques prêtres intégristes ». Mieux informée sur son compte, comme elle possède ses entrées au Vatican elle se propose de lui obtenir une audience auprès du Saint-Père. La règle interdit aux jésuites de s’adresser directement au Pape. Aussi le P. Arnou, se faisant l’interprète de son ami, la remercie de sa pensée : « Le P. de Lubac y serait très sensible. Mais il vient surtout pour voir notre Père Général et parler longuement, à cœur ouvert, avec lui. Si, après ces conversations, le Père Général juge opportun que le P. de Lubac voie le St Père, il sera plus normal que lui-même le demande ».

Peu après, le 13 janvier 1953, le P. de Lubac confirme personnellement la requête : « Le Père Lyonnet m’écrit que vous voulez bien m’inviter à donner à vos religieuses du “3ean” quelques conférences sur l’Église ». Et sans dire que les maisons romaines de la Compagnie lui sont fermées, il ajoute : « Je vous serais reconnaissant si vous pouviez me loger : le P. Lyonnet me dit que ce serait le plus pratique ». La réponse, positive, ne tarde pas et pour mieux rendre possible les conversations en question, Mère Saint-Jean l’invite non seulement à venir instruire ses sœurs tertiaires mais à satisfaire un autre vieil ami, le P. Hubert du Manoir, en lui donnant un chapitre sur Marie de l’Incarnation et Marie dans un des nombreux volumes de son encyclopédie Maria(1954). Ainsi va-t-il loger pendant quelques semaines, à partir du 29 janvier, dans la maison généralice de la via Nomentana 234. De santé fragile et, de plus, éprouvé par l’épreuve récente, il n’arrive pas à tenir lui-même les leçons demandées. « En fait, écrira-t-il à son provincial, c’est le Père Le Landais qui les donne, parlant sur mes notes, car, après un essai loyal, j’ai dû me reconnaître incapable de ce léger effort ».

« Je ne fais rien ici », rétorque-t-il un jour à la Mère Saint-Jean qui se félicite de sa présence et l’assure de la prière qu’il a modestement demandée. Le lendemain la Supérieure lui fait parvenir un long message, dont les archives du couvent ont conservé une copie unie à la correspondance dont on cite ici des extraits. « L’acte de confiante simplicité que vous avez bien voulu faire hier en demandant ma pauvre prière m’est allé droit au cœur », lui confie-t-elle, « et me décide à vaincre une timidité qui m’aurait gardée silencieuse jusqu’au bout si votre humble Charité ne vous l’avait inspiré. Si je prie pour vous, mon Père : oh ! de toute mon âme. J’ai su de source tout à fait sûre, dès l’événement par lequel Notre-Seigneur a montré jusqu’où Il était sûr de votre amour pour Lui, comment vous aviez su accepter l’épreuve, et quelle édification votre obéissance et votre humilité avaient donnée autour de vous, même à des Universitaires. Et cela, je me suis accordé la joie profonde de l’écrire au Saint-Père après avoir demandé conseil à un « Père grave » de la Compagnie [de Jésus] ». Toutes les sœurs, ajoute-t-elle, ressentent sa présence dans la maison comme une grâce que le Bon Dieu leur a ménagée. Et elle le prie, pour terminer, de vouloir « bénir cette maison et agréer l’expression vraie de [sa] vénération en Notre-Seigneur et Notre-Dame ».

Sur quoi le P. de Lubac lui répond, tout confus : « Votre charité est si grande et si ingénieuse, qu’elle me surprend toujours par de nouveaux bienfaits ». – « Les petites gâteries que notre cher malade refuse absolument de recevoir chez nous, votre autorité souriante les lui a imposées avec une merveilleuse efficacité ! », s’exclamera quelques semaines plus tard le P. d’Ouince, lui donnant quelques nouvelles de sa santé après son retour à Paris. – Peu avant celui-ci, le 15 mars, le P. de Lubac peut encore lui remettre un exemplaire de sa Méditation sur l’Église, l’ouvrage qui, mis longuement à l’écart, avait dû attendre, pour pouvoir être imprimés, le verdict d’une super-censure de la Compagnie. (« Heureux peut-être au fond de lui-même d’avoir la main forcée » par des censeurs extrêmement élogieux, lit-on dans le Mémoire du théologien, le P. Janssens n’osa pas en fin de compte mettre son veto à la publication ; « un scandale aurait pu s’ensuivre »). Il est surtout content d’avoir pu voir enfin, et par deux fois, le P. Janssens, dans des conditions qu’il lui était impossible d’espérer. « Je n’ai pas cherché à voir beaucoup de monde, mais je suis très heureux, très consolé dans le Seigneur, de mes entretiens avec le T. Rd Père Général », lui écrit-il de Paris. « Votre charité à mon égard ne s’est pas seulement montrée inventive et infiniment délicate : elle avait besoin, pour se réaliser, d’une grande hardiesse de vues. Car je n’avais rien, bien au contraire, qui pût vous incliner à m’accueillir de cette façon et à me faire une telle confiance ».

Dans le climat d’opposition à la « Nouvelle Théologie » qui imprégnait en particulier l’enseignement imparti dans les institutions ecclésiastiques romaines, il fallait de fait du courage et de la lucidité pour apporter un soutien, fût-il discret, à celui qui en était considéré comme le chef de file. La confiance que Mère Saint-Jean lui accordait, n’était pourtant autre chose à ses yeux qu’un témoignage obligé de gratitude. « Ne parlez pas de “hardiesse de vues” nécessaire pour vous accueillir », répartit-elle : « Non, vraiment non, elle ne l’était pas. Je vous ai mal dit, sans doute, car j’étais gauche à force de respect en votre présence, comment Notre-Seigneur avait bien voulu me donner les moyens de connaître un peu, de comprendre beaucoup l’épreuve qu’Il a permise pour vous parce qu’Il savait comment vous l’accepteriez par amour pour Lui. À cause de cette connaissance, bien qu’elle fût rudimentaire, et de cette compréhension que je crois pouvoir qualifier de profonde, je vous ai été tout de suite reconnaissante d’avoir bien voulu accepter notre humble hospitalité, et ma reconnaissance n’a fait que s’accroître à mesure que vous avez daigné me témoigner la confiance, à laquelle je n’avais aucun droit, de me permettre quelque élargissement de connaissance des faits. Je suis trop maladroite, mon Père, pour vous avoir montré tout ce que Dieu a mis dans mon âme à votre sujet ; mais puisque vous voulez bien prendre notre Ordre dans votre prière, je m’estime, nous nous estimons trop récompensées du très peu que nous avons osé faire pour que vous puissiez le savoir. Et au Ciel, nous nous dédommagerons de la gaucherie de la Mère Générale de l’Union Romaine des Ursulines en présence du très vénéré Père Henri de Lubac ».

Pour ce dernier, les années 1952-1953 comptent parmi les plus douloureuses. Il est talonné par la censure ecclésiastique. L’écrit lui-même, bien inoffensif, sur Marie de l’Incarnation et la Sainte Vierge qui lui a été demandé durant son séjour romain, est trouvé « gravement hétérodoxe ». Devant ce surprenant verdict, le P. de Lubac exprime sa perplexité à Mère Marie Vianney Boschet, l’archiviste qui lui a apporté une aide précieuse pour sa mise au point : « Je me suis donc trouvé fort embarrassé, d’autant plus que cette expérience, s’ajoutant à d’autres, me donnait le sentiment presque invincible que toute autre formule signée de moi, pourrait donner lieu à des reproches analogues. C’est pourquoi j’ai d’abord envisagé de vous laisser le soin de faire vous-même une nouvelle conclusion, et d’assumer la responsabilité de la publication ». Cherchant conseil auprès du P. Hausherr sur la façon de répondre aux critiques, la Mère Vianney ne reçoit qu’une directive lapidaire : « Ne pas discuter les idées, dire que vous n’avez pas compris ». Faisant allusion aux mésaventures de cette plaquette le P. de Lubac contera, dans son Mémoire, le dénouement de l’affaire : « Il fallut divers pourparlers, des concessions de mots et des explications sans intérêt pour la sortir de l’impasse. Le réviseur de l’ouvrage collectif, qui n’était pas au courant, me demanda de supprimer ces lignes, qu’il avait repérées comme des hors-d’œuvre ; il me fallut lui dire qu’elles m’étaient imposées ».

Les bonnes relations nouées avec Mère Saint-Jean ne s’interrompront pas au fil des années. Plusieurs autres lettres l’attestent. En mars 1958, le P. de Lubac doit retourner à Rome, pour peu de jours, et il vient de nouveau « frapper en pèlerin » à la porte du Généralat. C’est le P. Claude Mondésert qui sert cette fois d’intermédiaire (en guise de remerciement notre jésuite rédigera, en collaboration avec lui, une autre brochure à l’intention des Ursulines : L’esprit de sainte Angèle). L’« hospitalité toute charitable » reçue de nouveau au couvent restera gravée dans sa mémoire. Si ces jours furent pour lui « comme une oasis, très réconfortante », c’est aussi parce qu’ils marquèrent un tournant dans sa vie. « Depuis mon séjour à Rome, peut-être par l’effet de votre prière, il m’est venu, indirectement, un encouragement paternel du Saint-Père, et je suis heureux de pouvoir vous le dire ». Mère Saint-Jean, qui était proche de Pie XII, a-t-elle effectivement contribué, par ce qu’il qualifie de « courage intrépide », au changement d’attitude à l’égard du P. de Lubac à partir des années soixante ? L’histoire ne nous le dira probablement pas. Il reste que cette femme remarquable avait su discerner chez le jésuite non seulement la sainteté d’une vie toute donnée à l’Église, mais la justesse de ses intuitions théologiques et spirituelles. En souvenir de ses interventions efficaces, à l’abri des regards, il n’est que juste de rendre témoignage, comme le fait celui-ci, à un « cœur plein de charité, de miséricorde pour ceux qui souffrent, et d’amour de la Sainte Église ».

Jacques Servais

© Osservatore Romano - 2019

Commentaire des lectures du dimanche

 

Dans son Discours sur la Montagne, aussitôt après les Béatitudes Jésus nous livre tout un enseignement sur l’amour-charité, et spécialement sur l’amour des ennemis : ennemis personnels ou ennemis du groupe auquel on appartient. Et il précise ce qu’il entend par aimer ses ennemis. Cela va très loin, et pourtant cela tient en trois mots :

  • Faire du bien à ceux qui nous haïssent,
  • Souhaiter du bien à ceux qui nous maudissent,
  • Prier pour ceux qui nous maltraitent, c’est-à-dire parler d’eux avec Dieu qui les aime eux aussi, qui a pour eux des trésors de patience et toujours un petit bout de soleil.

Puis Jésus, après ces consignes sur l’amour sans frontières, en vient à parler de la non-violence, de la joue qu’il faut tendre, du manteau qu’il faut laisser prendre et des deux mille pas qu’il faut faire, c’est-à-dire du quart d’heure qu’il faut accepter de perdre avec un homme dans la joie ou la peine, avec ses frères en communauté, sous le regard de Jésus.

Là les difficultés redoublent. Volontiers nous dirions : « Ce n’est pas réaliste ! », et nous sommes tentés de repasser après Jésus pour préciser, mettre en place ou relativiser son message paradoxal. Instinctivement nous nuançons : « Cela dépend des circonstances… Il faut voir dans chaque cas ! ». Et c’est vrai en un sens ; mais Jésus ne vend pas son Évangile au détail ni au rabais : c’est un nouveau style de vie qu’il veut inculquer, un nouveau regard sur la vie, les événements, les personnes et sur Dieu même.

Il s’agit en effet d’inverser nos réflexes ordinaires : réflexe du talion, qui nous fait rendre le mal pour le mal, la violence pour un oubli, l’agressivité pour un manque d’égards ; réflexe de l’égalitarisme, du donnant-donnant, du « rien pour rien », qui nous fait guetter en tout la récompense immédiate et mesurable.

Face au précepte que nous a laissé le Seigneur, nous prenons conscience du peu de place que tient dans notre cœur la gratuité, la vraie, celle qui ne sera connue de personne hormis Dieu.

L’amour vrai consiste à faire vivre. C’est toujours une initiative, un amour qui commence le premier. Et c’est bien ainsi d’ailleurs que procède l’amour de Dieu, comme le souligne Jésus : « Aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour. Votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants ».

Jésus ose parler de récompense. Mais où est, alors, la gratuité ? La gratuité demeure entière, car la récompense dont parle Jésus n’est pas un nouvel avoir, mais un supplément d’être. Nous ne pouvons pas ne pas la vouloir de toutes nos forces, car elle consiste à « êtres fils du Très-Haut ». Plus nous aimons Dieu pour lui-même, et plus nous sommes confortés dans notre autonomie de fils. Plus nous aimons nos frères pour eux-mêmes, plus grandit en nous la ressemblance à notre Père. Cette ressemblance n’est pas une récompense à laquelle nous pourrions renoncer, mais le sens et le but de notre vie sur terre. C’est même l’amorce en nous de la vie éternelle.

Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.

© Asso. carmel.org - 2013