Pko 28.06.2020

Eglise cath papeete 1

Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°30/2020

Dimanche 28 juin 2020 – Solennité de Saints Pierre et Paul Apôtres – Année A

Humeurs…

Hivaura s’en est allée !

C’est un visage bien connu des alentours du Marché qui s’en est allé mardi vers la maison du Père. On ne la verra plus sur son fauteuil discutant, riant malgré sa jambe en moins…

Originaire de Niau, elle s’était battue avec ténacité pour obtenir son Fare OPH dans son île. Avec son époux attentionné et travailleur, ils s’y étaient installés, vivant d’un peu d’agriculture, de pêche et de son indemnité.

En 2017, pour raison de santé, ils durent revenir à Tahiti définitivement… La galère… pas de logement ou des logement d’aide provisoire,… souvent ils dormirent à même le sol autour du Marché…

Hiva restait une battante… pour certain une « casse-pied »… dans la réalité une femme consciente de sa dignité et des droits qui vont avec… Elle fut cette petite épine dans la chair de notre société qui nous empêche de nous replier sur nous-même… de nous enfermer dans notre égoïsme…

Merci Hivaura d’avoir été sur notre chemin… Merci Hivaura d’avoir bien souvent forcé ma porte pour revendiquer ce à quoi tu avais droit : une oreille attentive, une aide…

Merci Hivaura pour tes éclats de rire, pour ton souci des autres… Merci d’avoir été !

Toute notre amitié et nos condoléances à Didier, son époux.

« La vie, le malheur, l'isolement, l'abandon, la pauvreté, sont des champs de bataille qui ont leurs héros ; héros obscurs plus grands parfois que les héros illustres. »

Victor Hugo 1802 - 1885

Laissez-moi vous dire…

Lundi 29 juin 2020 : Fête des saints Pierre et Paul
D’après-vous… peut-on faire confiance aux sondages ?

Demain, 29 juin, nous fêterons les Apôtres piliers de l’Église, Pierre et Paul. À cette occasion l’Évangile proposé nous montre Jésus utilisant la technique des sondages : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » (Matthieu 16,13)

Le recours aux sondages est utilisé dans de nombreux domaines : publicité, économie, marketing, santé, retraites, architecture, politique, éducation… Chaque type de sondages donne lieu à la création d’un panel, groupe de personnes ciblées et représentatif de la population concernée que l’on interroge régulièrement par divers moyens (courrier, téléphone, démarcheurs-enquêteurs, site web). Il vous est sans doute arrivé d’être interrogé dans les rues de Papeete par des enquêteurs sur l’embellissement de la ville, vos radios préférées, vos intérêts en matière de loisirs…

Le sondage par Internet (en anglais Computer-Assisted Web Interviewing) est l’outil le plus utilisé, car il est le moins onéreux et souvent le plus rapide. Mais dans quelle mesure peut-on faire confiance aux sondages ? On se souvient du fiasco et de la cacophonie des instituts de sondage à l’occasion des dernières élections présidentielles en France !

En effet, suivant les questions posées, la manière de les poser, l’ordre dans lequel on les pose on peut biaiser les résultats du sondage. L’analyse des réponses collectées peut varier d’un Institut à l’autre. La présentation des conclusions peut également conduire à des interprétations plus ou moins fiables. Ce sont surtout les sondages d’opinions qui sont difficiles à interpréter car la sincérité des personnes interrogées n’est pas toujours évidente à cerner.

Le 21 janvier 2019, suite à la demande du Collectif des “Gilets citoyens”, a été créée une Assemblée Citoyenne, sur le modèle irlandais imaginé en 2015. Cette Assemblée est devenue “Convention Citoyenne pour le climat”, constituée de 150 citoyens tirés au sort selon les méthodes de sélection d'échantillons représentatifs utilisées lors de la réalisation de sondages. Objectif proposé : réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre, dans un esprit de justice sociale.

Les résultats de cette Convention – largement médiatisés et commentés- ont abouti à 149 propositions transmises le 21 juin dernier à la Ministre de la Transition écologique et solidaire. Charge maintenant aux Parlementaires de décider quoi faire de ces propositions ! Sachant, bien entendu, que le Sénat et l’Assemblée Nationale, sont loin de constituer un panel représentatif de la société française.

Dans l’Église Catholique, il est rare de faire appel à la technique des sondages pour en assurer le « gouvernement ». Habituellement ce sont les évêques qui sont consultés. Rappelons-nous comment a fonctionné le Concile Vatican II, il n’a pas toujours été simple d’obtenir un accord de tous les évêques du monde sur certaines questions dites « fondamentales ». Souvenons-nous du synode sur l’Océanie (novembre-décembre 1998) tous les fidèles d’Océanie ont été invités à répondre à un questionnaire dénommé « Instrumentum Labori (Instrument de Travail) ». Mgr Michel a organisé de nombreuses réunions pour permettre à chacun(e) de s’exprimer. Un rapport a été transmis au Secrétariat du Synode. Et en novembre-décembre 1998 tous les évêques d’Océanie se sont retrouvés à Rome pour débattre et se mettre d’accord sur des propositions spécifiques à l’Océanie destinées au Pape Jean-Paul II.

Revenons à Jésus. Au final, c’est Pierre qui résume « l’opinion » des Apôtres : « Tu es le Christ le Fils du Dieu vivant ! » (Matthieu 16,16) Il n’empêche qu’au fil des siècles, il n’y a pas toujours eu unanimité autour du successeur de Pierre. Les grands malheurs d’Église que nous connaissons : schismes, sectes, divisions de toutes sortes viennent de divergences d’opinions, d’interprétations… et surtout d’un manque d’humilité et de volonté d’UNITE. La célébration de la fête de Pierre et Paul nous dit l’unité de l’Église telle que l’Esprit Saint la conçoit. Mais une Unité difficile parce qu’elle est à la fois divine et humaine !

Dominique SOUPÉ

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Note : La composition sociologique de la Convention est conçue pour refléter celle de la société Française dans son ensemble. Ainsi, elle compte 51 % de femmes et 49 % d'hommes. La composition de la convention représente également « 6 tranches d’âge, conforme à la pyramide des âges de la population française […] 6 niveaux de diplômes, reflétant la structure de la population française. […]. Il est précisé que “26 % des citoyens sont sans diplôme ou détenteurs d’un niveau brevet”. Enfin, la composition de la convention représente la diversité des catégories socio-professionnelles et types de territoires en France, avec notamment « cinq représentants des Outre-Mer ».

Un collège des garants nommés par le président du Cese, le président du Sénat et le président de l'Assemblée nationale valide la représentativité des citoyens tirés au sort.

Les membres de la Convention se sont répartis en cinq groupes intitulés : Se nourrir (alimentation et agriculture) ; Se loger (habitat et logement) ; Travailler et produire (emploi et industrie) ; Se déplacer (aménagement et transports) ; Consommer (modes de vies et de consommation). [Source : www.conventioncitoyennepourleclimat.fr]©

Cathédrale de Papeete – 2020

Regard sur l’actualité…

Anti-création

En ces temps où il est souvent question du respect et de la sauvegarde de la création, préoccupation qui concerne aussi notre Fenua à juste titre, voici un texte d’une étudiante américaine que l’on pourrait qualifier de « pessimiste ». Il reprend la forme du texte de la création que nous trouvons dans la Bible, au premier chapitre du livre de la Genèse.

« Au commencement, la Terre existait,

et la Terre était bonne et belle.

Les Hommes se dirent :

  1. Qu’il y ait des maisons dans les plus beaux endroits.

   Et la terre fut recouverte de béton, d’asphalte et d’acier

   tandis que disparaissaient les plantes et les prés.

Le second jour, les Hommes virent les eaux

qui couraient sur la surface de la terre.

Et ils se dirent :

  1. Que se mêlent les eaux cristallines aux eaux résiduelles.

Et il en fut ainsi. Les ruisseaux furent contaminés

et les mers ne furent plus que pourriture.

Le troisième jour, les Hommes regardèrent les forêts

qui poussaient en dehors des villes. Et ils se dirent :

  1. Coupons les arbres, et utilisons leur bois

   pour produire de l’aggloméré et du papier journal.

Et il en fut ainsi. Les bois et les forêts furent rasés, et la terre devint déserte.

Le quatrième jour, les Hommes contemplèrent les animaux qui se promenaient sur le sol. Et ils se dirent :

  1. Il est dangereux que ces bêtes jouissent de liberté.

   Faisons un parc, et chassons pour notre plaisir !

Et il en fut ainsi.

Et les espèces s’éteignirent

et disparurent de la surface de la Terre.

Le cinquième jour, les Hommes humèrent le vent

 Et ils se dirent :

  1. Que se mêle l’air pur aux fumées des usines et des moteurs.

Et il en fut ainsi.

L’air fut contaminé de vapeurs nocives et devint irrespirable.

Le sixième jour, les Hommes se regardèrent les uns les autres

et ils se rendirent compte

qu’ils ne parlaient pas la même langue,

et ils commencèrent à se craindre les uns les autres.

Ils se haïrent et ils se dirent :

  1. Faisons des armes puissantes pour dominer

   et détruire le voisin avant qu’il ne nous extermine.

Et il en fut ainsi.

Et la Terre s’illumina du feu de la guerre.

Le septième jour, la Terre redevint belle et magnifique

parce que les Hommes avaient disparu de sa face ! »

Au-delà de la solution « radicale » évoquée par ce poème, (disparition de l’Homme !) n’y aurait-il pas une autre façon d’envisager l’avenir : nous rappeler la responsabilité que Dieu nous confia : cultiver et garder cette création, et voir ce que chacun peut faire concrètement pour cela ?

+ Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete – 2020

​Audience générale

David nous enseigne à tout faire entrer dans le dialogue de Dieu

Le Pape François a poursuivi ce mercredi sa catéchèse sur le thème de la prière, revenant en particulier sur la prière du roi David dans l'Ancien Testament. Une figure qui nous rappelle la puissance de la prière à travers l'histoire.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans notre itinéraire de catéchèse sur la prière, nous rencontrons aujourd'hui le roi David. Élu de Dieu depuis sa jeunesse, il est choisi pour une mission unique, qui revêtira un rôle central dans l'histoire du peuple de Dieu et de notre foi elle-même. Dans les Évangiles, Jésus est appelé plusieurs fois “fils de David”; en effet, comme lui, il naît à Bethléem. Selon les promesses, c'est de la descendance de David, que vient le Messie : un Roi totalement selon le cœur de Dieu, en parfaite obéissance au Père, dont l'action réalise fidèlement son plan de salut (cf. Catéchisme de l'Église catholique, n.2579).

L'histoire de David commence sur les collines autour de Bethléem, où il fait paître le troupeau de son père, Jessé. Il est encore un jeune garçon, le dernier de nombreux frères. Au point que lorsque le prophète Samuel, sur ordre de Dieu, se met à la recherche du nouveau roi, il semble presque que son père ait oublié son fils le plus jeune (cf. 1 S 16, 1-13). Il travaillait au grand air : nous l'imaginons comme l'ami du vent, des sons de la nature, des rayons du soleil. Il a une seule compagnie pour réconforter son âme : la lyre; et pendant les longues journées de solitude, il aime jouer et chanter pour son Dieu. Il jouait aussi avec une fronde.

David est donc avant tout un pasteur : un homme qui prend soin des animaux, qui les défend quand le danger arrive, qui pourvoit à leur subsistance. Quand David, par la volonté de Dieu, devra se préoccuper du peuple, il n'accomplira pas des actions très différentes de celles-ci. C'est pour cette raison que, dans la Bible, l'image du pasteur revient souvent. Jésus se définit lui aussi comme “le bon pasteur”, son comportement est différent de celui du mercenaire ; Il offre sa vie en faveur des brebis, il les guide, il connaît le nom de chacun d'entre elles (cf. Jn 10,11-18).

David a beaucoup appris de son premier métier. Ainsi, quand le prophète Nathan lui reprochera son très grave péché (cf. 2 Sam 12, 1-15), David comprendra immédiatement qu'il a été un mauvais pasteur, qu'il a dérobé à un autre homme l'unique brebis qu'il aimait, qu'il n'est plus un humble serviteur, mais un malade de pouvoir, un braconnier qui tue et dérobe.

Un deuxième trait caractéristique présent dans la vocation de David est son âme de poète. De cette petite observation, nous déduisons que David n'a pas été un homme ignorant, comme cela peut arriver à des individus obligés de vivre longtemps isolés de la société. Il est en revanche une personne sensible, qui aime la musique et le chant. La lyre l'accompagnera toujours : parfois pour élever à Dieu un hymne de joie (cf. 2 Sam 6,16), d'autre fois pour exprimer une plainte, ou pour confesser son propre péché (cf. Ps 51,3).

Le monde qui se présente à ses yeux n'est pas une scène muette : son regard saisit, derrière le déroulement des choses, un mystère plus grand. La prière naît précisément de là : de la conviction que la vie n'est pas quelque chose qui nous glisse dessus, mais un mystère stupéfiant, qui suscite en nous la poésie, la musique, la gratitude, la louange, ou bien la plainte, la supplique. Quand cette dimension poétique manque à une personne, disons, quand la poésie manque, son âme est boiteuse. La tradition veut donc que David soit le grand artisan de la composition des psaumes. Ceux-ci contiennent souvent, au début, une référence explicite au roi d'Israël, et à certains des événements plus ou moins nobles de sa vie.

David a donc un rêve : celui d'être un bon pasteur. Quelquefois il réussira à être à la hauteur de cette tâche, d'autres fois moins ; ce qui est cependant important, dans le contexte de l'histoire du salut, est qu'il est la prophétie d'un autre Roi, dont il est seulement l'annonce et la préfiguration.

Regardons David, pensons à David. Saint et pécheur, persécuté et persécuteur, victime et bourreau. David a été tout cela. Et nous aussi, nous enregistrons dans notre vie des traits souvent opposés ; dans la trame de la vie, tous les hommes pèchent souvent d'incohérence. Il n'y a qu'un fil rouge, dans la vie de David, qui donne une unité à tout ce qui arrive : sa prière. Elle est la voix qui ne s'éteint jamais. David saint, prie ; David pécheur, prie ; David persécuté, prie ; David persécuteur, prie. David bourreau, prie, lui aussi. C'est le fil rouge de sa vie. Un homme de prière. C'est la voix qui ne s'éteint jamais : qu'elle prenne le ton de la joie, ou celui de la plainte, c'est toujours la même prière, seule la mélodie change. Et en agissant ainsi, David nous enseigne à tout faire entrer dans le dialogue avec Dieu : la joie comme la faute, l'amour comme la souffrance, l'amitié comme la maladie. Tout peut devenir une parole adressée au “Toi” qui nous écoute toujours.

David, qui a connu la solitude, n'a en réalité jamais été seul ! Et au fond, c'est la puissance de la prière, chez tous ceux qui lui font place dans leur vie. La prière t'ennoblit, et David est noble parce qu'il prie. Mais c'est un bourreau qui prie, il se repent et la noblesse revient grâce à la prière. La prière nous ennoblit : celle-ci est en mesure d'assurer la relation avec Dieu, qui est le vrai compagnon de route de l'homme, au milieu des mille épreuves de la vie, bonnes ou mauvaises : mais la prière doit toujours être présente. Merci, Seigneur. J'ai peur, Seigneur. Aide-moi, Seigneur. Pardonne-moi, Seigneur. La confiance de David est si grande que, quand il était persécuté et qu'il a dû fuir, il ne laissa personne le défendre : « Si mon Dieu m'humilie ainsi, Il sait pourquoi », car la noblesse de la prière nous laisse entre les mains de Dieu. Ces mains remplies de plaies d'amour : les seules mains sûres que nous ayons.

© Libreria Editice Vaticana - 2020

Catéchèse

Nouveau directoire de la Catéchèse : rendre l’Évangile toujours actuel !

Le conseil pontifical pour la Promotion de la Nouvelle Évangélisation a rendu public ce jeudi le nouveau Directoire pour la catéchèse. Il succède au Directoire catéchétique général de 1971 et au Directoire général pour la catéchèse de 1997. Ce long document a été approuvé par le Pape François le 23 mars dernier.

Intervention de Mgr Fisichella

La publication d’un Directoire pour la catéchèse représente un événement heureux pour la vie de l’Église. Pour ceux qui se consacrent à l’engagement de la catéchèse, en effet, elle peut marquer une provocation positive, car elle permet de vivre la dynamique du mouvement catéchétique qui a toujours eu une présence significative dans la vie de la communauté chrétienne. Le Directoire de la Catéchèse est un document du Saint-Siège confié à toute l’Église. Il a fallu beaucoup de temps et d’efforts pour aboutir, après une vaste consultation internationale, à sa conclusion. Aujourd’hui, c’est l’édition officielle en italien qui est présentée. Cependant, les traductions sont déjà prêtes soit en espagnol (édition pour l’Amérique latine et l’Espagne), en portugais (édition pour le Brésil et le Portugal), en anglais (édition pour les États-Unis et le Royaume-Uni), en français et en polonais. Le Directoire s’adresse principalement aux évêques, premiers catéchistes du peuple de Dieu, car ils sont les premiers responsables de la transmission de la foi (cf. n.114). Avec eux sont impliquées les Conférences épiscopales, avec leurs commissions de catéchèse respectives, afin de partager et d’élaborer un projet national souhaité qui pourra soutenir le parcours individuel des diocèses (voir n.413). Cependant, les plus directement impliqués dans l’utilisation du Directoire restent les prêtres, les diacres, les personnes consacrées et les millions de catéchistes qui offrent quotidiennement leur ministère dans les différentes communautés avec générosité, effort et espérance. Le dévouement avec lequel ils travaillent, particulièrement dans un moment de transition culturelle comme celui-ci, est le signe tangible de combien la rencontre avec le Seigneur peut transformer un catéchiste en véritable évangélisateur.

Depuis le Concile Vatican II, l’édition présentée aujourd’hui est donc le troisième Directoire. La première publiée en 1971, sous le nom de Directoire catéchétique général, et la seconde de 1997, Directoire général pour la catéchèse, ont marqué les cinquante dernières années de l’histoire de la catéchèse. Ces textes ont joué un rôle majeur. Ils ont été d’une aide précieuse pour faire franchir une étape décisive au parcours catéchétique, notamment en renouvelant la méthodologie et la demande pédagogique. Le processus d’inculturation qui caractérise la catéchèse et qui en particulier, surtout à notre époque, requiert une attention toute particulière a nécessité la rédaction d’un nouveau Directoire.

L’Église est confrontée à un grand défi au cœur de la nouvelle culture, celui de la rencontre avec le numérique. Porter l’attention sur un phénomène qui s’impose globalement, oblige les responsables de formation à ne pas tergiverser. Contrairement au passé, où la culture était limitée au contexte géographique, la culture numérique quant à elle est affectée par la mondialisation en cours et en détermine son développement. Les outils créés au cours de cette décennie manifestent une transformation radicale des comportements qui affectent principalement la formation de l’identité personnelle et les relations interpersonnelles. La rapidité avec laquelle le langage change et, avec lui les relations comportementales, permet d’entrevoir un nouveau modèle de communication et de formation qui affecte inévitablement aussi l’Église dans le monde complexe de l’éducation. La présence des diverses expressions ecclésiales dans le vaste monde d’Internet est certainement un fait positif, mais la culture numérique va beaucoup plus loin. Elle touche radicalement la question anthropologique décisive dans tous les contextes formatifs, comme celui de la vérité et de la liberté. Le fait de poser déjà cette question rend nécessaire la vérification de l’adéquation de la proposition de formation et ce, d’où qu’elle vienne. Elle devient cependant une comparaison essentielle pour l’Église en vertu de sa « compétence » sur l’homme et de sa prétention à la vérité.

Peut-être, rien que pour cette prémisse, un nouveau Directoire pour la catéchèse devenait nécessaire. Avec l’ère numérique, vingt ans sont comparables, sans exagération, à au moins un demi-siècle. D’où l’exigence de rédiger un Directoire qui prenne en considération avec un grand réalisme le nouveau qui sans cesse apparaît, avec la tentative d’en proposer une lecture qui impliquerait la catéchèse. C’est pour cette raison que le Directoire présente non seulement les problèmes inhérents à la culture numérique, mais suggère également les voies à suivre pour que la catéchèse devienne une proposition qui trouve un interlocuteur capable de la comprendre et de voir une adéquation avec son propre monde.

Il existe cependant une raison plus d’ordre théologique et ecclésial qui a convaincu de rédiger ce Directoire. L’invitation à vivre de plus en plus la dimension synodale ne peut nous faire oublier les derniers synodes que l’Église a vécus. 2005, celui sur l’Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l’Église ; 2008 sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église ; 2015 sur la vocation et la mission de la famille dans l’Église et dans le monde contemporain ; 2018 sur les Jeunes, la foi et le discernement vocationnel. À l’évidence, les constantes reviennent dans toutes ces assemblées qui touchent étroitement au thème de l’évangélisation et de la catéchèse comme on peut tout aussi bien le constater dans les documents qui les ont suivis. Plus précisément, il est juste de se référer à deux événements qui complètent l’histoire de cette dernière décennie en matière de catéchèse : le Synode sur la nouvelle évangélisation et la transmission de la foi en 2012, avec l’Exhortation apostolique du Pape François Evangelii gaudium, et le vingt-cinquième anniversaire de la publication du Catéchisme de l’Église catholique, tous deux touchent directement la compétence du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation.

L’évangélisation occupe la première place dans la vie de l’Église et dans l’enseignement quotidien du Pape François. Il ne pouvait en être autrement. L’évangélisation est la tâche que le Seigneur ressuscité a confiée à son Église pour être la proclamation fidèle de son Évangile dans le monde de tous les temps. Ignorer cette condition préalable équivaudrait à faire de la communauté chrétienne l’une des nombreuses associations dignes d’intérêt, fortes de ses deux mille ans d’histoire, mais pas l’Église du Christ. Le point de vue du Pape François, entre autres, s’inscrit dans une forte continuité avec l’enseignement de Saint Paul VI dans Evangelii nuntiandi de 1975. Tous deux ne font que se référer à la richesse née de Vatican II qui, en matière de catéchèse, a trouvé son point focal dans la Catechesi tradendae (1979) de saint Jean-Paul II.

La catéchèse doit donc être intimement liée à l’œuvre d’évangélisation et ne peut en être séparée. Elle doit assumer en soi les caractéristiques mêmes de l’évangélisation, sans tomber dans la tentation de s’y substituer ou de vouloir imposer ses prémisses pédagogiques à l’évangélisation. Dans cette relation, la primauté appartient à l’évangélisation et non à la catéchèse. Cela nous permet de comprendre pourquoi à la lumière d’Evangelii gaudium, ce Directoire se qualifie pour soutenir une « catéchèse kérygmatique ».

Le cœur de la catéchèse est l’annonce de la personne de Jésus-Christ, qui dépasse les limites de l’espace et du temps pour se présenter à chaque génération comme la nouveauté offerte pour atteindre le sens de la vie. Dans cette perspective, un aspect fondamental est indiqué et que la catéchèse doit faire sienne : la miséricorde. Le kérygme est une annonce de la miséricorde du Père envers le pécheur non plus considéré comme une personne exclue, mais comme un invité privilégié au banquet du salut qui consiste au pardon des péchés. Si vous le souhaitez, c’est dans ce contexte que prend force l’expérience du catéchuménat comme expérience du pardon offert et de la nouvelle vie de communion avec Dieu qui s’ensuit.

Cependant, la centralité du kérygme doit être comprise dans un sens qualitatif non temporel. Il nécessite en effet d’être présent dans toutes les phases de la catéchèse et dans chaque catéchèse. C’est la « première annonce » qui continue de se faire parce que le Christ est l’unique nécessaire. La foi n’est pas quelque chose d’évident qui se récupère en cas de besoin, mais un acte de liberté qui engage toute la vie. Le Directoire fait donc sienne la centralité du kérygme qui s’exprime au sens trinitaire comme un engagement de toute l’Église. La catéchèse, telle qu’exprimée par le Directoire, se caractérise par cette dimension et par les implications qu’elle apporte à la vie des gens. Toute catéchèse, dans cet horizon, acquiert une valeur particulière qui s’exprime dans l’approfondissement constant du message évangélique. La catéchèse, en somme, a pour but de faire connaître l’amour chrétien qui conduit ceux qui l’ont accueilli à devenir des disciples évangélisateurs.

Le Directoire s’articule autour de plusieurs thèmes qui ne font que renvoyer à l’objectif de fond. Une première dimension est la mystagogie qui se présente à travers deux éléments complémentaires : tout d’abord, une mise en valeur renouvelée des signes liturgiques de l’initiation chrétienne ; de plus, la maturation progressive du processus de formation dans lequel toute la communauté est impliquée. La mystagogie est une voie privilégiée à suivre, qui n’est pas facultative dans le chemin catéchétique, elle reste un moment obligatoire, car elle permet d’entrer de plus en plus dans le mystère qui est cru et célébré. C’est la conscience de la primauté du mystère qui conduit la catéchèse à ne pas isoler le kérygme de son contexte naturel. La proclamation de la foi est encore une annonce du mystère de l’amour de Dieu qui devient homme pour notre salut. La réponse ne peut aller au-delà de l’accueil du mystère du Christ en soi pour éclairer le mystère de son expérience personnelle (cf. GS 22).

Une autre nouveauté du Directoire est le lien entre évangélisation et catéchuménat dans ses différentes significations (cf. n.62). Il est urgent de réaliser la « conversion pastorale » pour libérer la catéchèse de certaines chaînes qui empêchent son efficacité. Premièrement, on peut l’identifier dans le schéma scolaire, selon lequel la catéchèse de l’Initiation chrétienne est vécue sur le paradigme de l’école. Le catéchiste remplace l’enseignant, la salle de classe est remplacée par le catéchisme, le calendrier scolaire est identique à celui de la catéchèse… Deuxièmement, il y a la mentalité selon laquelle on vit la catéchèse pour recevoir un sacrement. Il est évident qu’une fois l’initiation terminée, le vide pour la catéchèse est créé. Troisièmement, c’est l’instrumentalisation du sacrement par la pastorale, dans lesquels les temps du sacrement de la Confirmation sont établis par la stratégie pastorale pour ne pas perdre le petit troupeau de jeunes encore présents en paroisse au détriment du sens que le sacrement a en soi dans l’économie de la vie chrétienne.

Le Pape François a écrit « qu’annoncer le Christ signifie montrer que croire en lui et le suivre n’est pas seulement une chose vraie et juste, mais aussi quelque chose de beau, capable de combler la vie d’une splendeur nouvelle et d’une joie profonde, même dans les épreuves. Dans cette perspective, toutes les expressions d’authentique beauté peuvent être reconnues comme un sentier qui aide à rencontrer le Seigneur Jésus. (…) Il est donc nécessaire que la formation dans la via pulchritudinis soit insérée dans la transmission de la foi » (EG 167). Cette dimension d’une valeur particulièrement innovante pour la catéchèse peut être exprimée par la voie de la beauté avant tout pour nous permettre de connaître le grand héritage de l’art, de la littérature et de la musique que possède chaque Église locale. En ce sens, on comprend pourquoi le Directoire a placé la voie de la beauté comme l’une des « sources » de la catéchèse (cf. n° 106-109).

Une dernière dimension offerte par le Directoire se trouve dans l’aide qu’il apporte à s’insérer progressivement dans le mystère de la foi. Cette connotation ne peut être déléguée à une seule dimension de foi ou de catéchèse. La théologie explore le mystère révélé avec les outils de la raison. La liturgie célèbre et évoque le mystère de la vie sacramentelle. La charité reconnaît le mystère du frère qui tend sa main. La catéchèse, de la même manière, nous introduit progressivement à accueillir et à vivre globalement le mystère dans notre existence quotidienne. Le Directoire adopte cette vision lorsqu’il demande d’exprimer une catéchèse qui sait prendre soin de maintenir uni le mystère, tout en l’articulant par différentes phases d’expression. Le mystère, pris dans sa réalité profonde, requiert le silence. Une véritable catéchèse ne sera jamais tentée de tout dire sur le mystère de Dieu, elle devra au contraire introduire au chemin de la contemplation du mystère en faisant du silence sa conquête.

Le Directoire présente donc la catéchèse kérygmatique non pas comme une théorie abstraite, mais plutôt comme un instrument à forte valeur existentielle. Cette catéchèse trouve sa force dans la rencontre qui permet d’expérimenter la présence de Dieu dans la vie de chacun. Un Dieu proche qui aime et qui suit les événements de notre histoire parce que l’incarnation du Fils l’engage directement. La catéchèse doit impliquer tout le monde, catéchiste et catéchisé, à vivre cette présence et à se sentir impliqué dans l’œuvre de miséricorde. Bref, une catéchèse de ce genre permet de découvrir que la foi est vraiment la rencontre avec une personne, bien avant d’être une proposition morale et que le christianisme n’est pas une religion du passé, mais un événement du présent. Une expérience comme celle-ci favorise la compréhension de la liberté personnelle, car elle semble être le fruit de la découverte d’une vérité qui nous rend libres (cf. Jn 8,31).

La catéchèse qui donne la primauté au kérygme est l’opposé de toute imposition, même si c’est une évidence à laquelle il n’est pas permis d’échapper. Le choix de la foi, en effet, avant de considérer le contenu auquel adhérer avec son consentement, est un acte de liberté parce qu’on découvre qu’on est aimé. Dans ce contexte, il est bon d’examiner attentivement ce que le Directoire propose quant à l’importance de l’acte de foi dans sa double articulation (cf. n.18). Pendant trop longtemps, la catéchèse a concentré ses efforts sur la diffusion des contenus de la foi et sur la pédagogie, laissant malheureusement de côté le moment le plus déterminant, celui de l’acte de choisir la foi et d’y donner son propre assentiment.

Nous espérons que ce nouveau Directoire pour la Catéchèse sera une aide et un soutien réel pour le renouveau de la catéchèse dans son unique processus d’évangélisation que l’Église ne se lasse pas de mener depuis deux mille ans, afin que le monde puisse rencontrer Jésus de Nazareth, le Fils de Dieu fait homme pour notre salut.

© Libreria Editrice Vaticana - 2020

Société

Le vandalisme des statues, expression d’une enquête de pureté illusoire

Dans le sillage des manifestations pour l’égalité raciale, des phénomènes de vandalisme de statues et de monuments historiques se sont multipliés ces dernières semaines.

Colbert, Churchill, Ulysses Grant, Charles de Gaulle, ou encore saint Junipero Serra, évangélisateur de la Californie au temps de la colonisation espagnole… La liste des personnalités dont les statues ont fait l’objet de dégradations ces dernières semaines, notamment aux États-Unis en marge du mouvement Black Lives Matter mais aussi désormais en Europe, ne cesse de s’allonger. Si les travaux des historiens permettent progressivement d’affiner et de nuancer l’image de certaines personnalités dont la posture héroïque en certaines circonstances peut masquer de réels préjugés racistes et de graves responsabilités dans des exactions coloniales, le vandalisme souvent gratuit et aveugle entretient ressentiment et violence symbolique et n’aide pas les institutions à mener un honnête travail d’aggiornamento.

Loris Chavanette, historien et spécialiste de la Révolution française, n’est pas surpris par ces phénomènes, mais il est « choqué » par la radicalité des mouvements de vandalisme, notamment aux États-Unis, en Angleterre et en France. Après les exactions de la Révolution française avait émergé la préoccupation de préserver le patrimoine, une notion qui s’est ensuite étendue en France aux XIXe et XXe siècle avec un certain consensus social, mais à laquelle certains activistes semblent désormais hostiles par principe.

La revendication communautaire, une « prison intérieure »

L'historien reconnaît l’importance de combattre le racisme et les inégalités sociales, mais il dénonce « cette manie de la caricature outrancière, des postures moralistes et d’un certain manichéisme qui va à contre-courant de toute réflexion complexe. On a tendance à projeter des idées d’aujourd’hui sur le passé », ce qui constitue un anachronisme. Le risque est de « confondre tout », de commettre des contresens absolus, comme lorsque les statues de Victor Schœlcher et de Charles de Gaulle sont vandalisées par des personnes qui ne connaissent pas leur action historique. La médiatisation offerte facilement par les réseaux sociaux risque d’encourager les vandales qui peuvent tirer facilement une certaine aura en mettant en scène leurs actions, parfois relayées avec complaisance par leur entourage mais aussi par certains médias.

Il faut donc relancer le dialogue entre les cultures, afin de « contrer la présence trop despotique du communautarisme dans nos sociétés ». « Certaines personnes vivent dans une prison intérieure, ne se définissent qu’en fonction de leur lieu d’origine ou de leur couleur de peau. Il faut dépasser ces barrières, ces frontières ». L’une des évolutions possibles et réalistes serait de mieux intégrer des personnes de couleur dans la mémoire historique, par exemple avec des statues de figures reconnues comme Alexandre Dumas, « non pas dans une logique de face-à-face, de guerre, de bataille, mais au contraire dans un sens pédagogique pour enseigner l’histoire dans toute sa complexité ». D'ores et déjà, le fait que de nombreux lieux publics portent par exemple les noms de Martin Luther King et de Nelson Mandela permet de poser des repères significatifs afin de se battre contre « toute forme d’intolérance », d’où qu’elle provienne.

Le patrimoine religieux particulièrement visé

L’historien Christophe Dickès, pour sa part, relie le phénomène contemporain des vandalismes de statues à « l’iconoclasme » qui s’est déployé sous des formes très diverses dans l’histoire, du conflit sur les icônes sous l’Empire byzantin jusqu’aux exactions de Daech, en passant par les totalitarismes nazi et communiste. Le patrimoine religieux fut souvent en première ligne dans ces destructions, et il l’est encore aujourd’hui.

« On peut en effet craindre que les églises et les statues religieuses soient l’objet de destruction, car l’Église a participé de ce mouvement colonial, reconnaît Christophe Dickès. Mais en face de l'image de la statue de la Vierge qui a été caillassée dans le Gard, je préfère garder l’image de cette foule qui, autour de Notre-Dame, pleurait de voir son patrimoine s’envoler en fumée. Il y a dans cette image de Notre-Dame le symbole que nous avons un patrimoine qui est aussi un patrimoine religieux, sacré pour les catholiques, qui représente quelque chose, une prière, un lien entre la terre et le Ciel », souligne-t-il. Il s'inquiète tout de même de la multiplication des vandalismes et profanations d’églises en France, mais aussi par exemple au Chili où les manifestants d’extrême-gauche associent l’Église catholique à un pouvoir institutionnel qu’ils combattent.

Une quête de pureté illusoire,

souvent révélatrice d’un manque de culture

« Le déboulonnage des statues, c’est l’expression d’une forme de pureté, d’une volonté de pureté », avertit Christophe Dickès, qui estime que le travail des historiens doit pouvoir se poursuivre en sortant des schémas simplistes du « dominant-dominé ». « L’Histoire est complexe, on ne peut la réduire à une vision binaire. Il ne faut pas faire preuve d’ignorance, il ne faut pas être ignare. L’ignorant ne sait pas, l’ignare ne veut pas savoir. Je crois que lorsqu’on en arrive à déboulonner la statue de Victor Schœlcher, qui est un symbole de la lutte contre l’esclavage, sous le seul prétexte qu’il est blanc, c’est un autre racisme. C’est le début d’une forme de conflit permanent, car dans le passé, selon nos représentations, on trouvera toujours un motif pour déboulonner les statues, et c’est un vrai problème », souligne-t-il.

« Notre passé est riche, et il ne faut pas l’effacer d’un trait : nous avons des racines et nous devons les respecter : c’est ce que l’on appelle la civilisation », insiste-il, rejoignant un thème cher au Pape François : le respect des racines et de la filiation, en gardant la mémoire des ombres et des lumières des générations précédentes. Ce sont ces leçons du passé, dont il faut prendre conscience avec reconnaissance et lucidité, qui permettent de construire le présent et l’avenir.

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Commentaire

 

Les Apôtres Pierre et Paul sont devant nous comme témoins. Ils ne se sont jamais fatigués d’annoncer, de vivre en mission, en chemin, de la terre de Jésus jusqu’à Rome. Ici, ils en ont témoigné jusqu’à la fin, en donnant leur vie comme martyrs. Si nous allons aux racines de leur témoignage, nous les découvrons témoins de vie, témoins du pardon et témoins de Jésus.

Témoins de vie. Et pourtant leurs vies n’ont pas été nettes et linéaires. Les deux étaient de nature très religieuse : Pierre, disciple de la première heure (cf. Jn 1,41), Paul également « acharné à défendre les traditions des pères » (Ga 1,14). Mais ils firent d’énormes erreurs : Pierre en vint à renier le Seigneur, Paul à persécuter l’Église de Dieu. Tous les deux furent mis à nu par les questions de Jésus : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » (Jn 21,15) ; « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » (Ac 9,4). Pierre fut peiné par les questions de Jésus, Paul aveuglé par ses paroles. Jésus les appela par leurs noms et changea leur vie. Et après toutes ces aventures, il leur fit confiance, il fit confiance à deux pécheurs repentis. Nous pourrions nous demander : pourquoi le Seigneur ne nous a pas donné deux témoins d’une grande intégrité, au casier judiciaire vierge, à la vie sans tâches ? Pourquoi Pierre, quand il y avait Jean ? Pourquoi Paul, et non pas Barnabé ?

Il y a un grand enseignement en cela : le point de départ de la vie chrétienne n’est pas le fait d’être digne ; avec ceux qui se croyaient bons, le Seigneur n’a pas pu faire grand-chose. Quand nous nous considérons meilleurs que les autres, c’est le début de la fin. Le Seigneur n’accomplit pas des prodiges avec celui qui se croit juste, mais avec celui qui se sait être dans le besoin. Il n’est pas attiré par notre talent, ce n’est pas pour cela qu’il nous aime. Il nous aime comme nous sommes et il cherche des personnes qui ne se suffisent pas à elles-mêmes, mais qui sont disposées à lui ouvrir leur cœur. Pierre et Paul ont été ainsi, transparents devant Dieu. Pierre le dit tout de suite à Jésus : « je suis un homme pécheur » (Lc 5, 8). Paul a écrit être « le plus petit des Apôtres, pas digne d’être appelé Apôtre » (1Co 15, 9). Dans la vie, ils ont conservé cette humilité jusqu’à la fin : Pierre crucifié la tête en bas, parce qu’il ne se croyait pas digne d’imiter son Seigneur ; Paul toujours attaché à son nom qui signifie “petit”, et qui oublie celui qu’il a reçu à la naissance, Saul, nom du premier roi de son peuple. Ils ont compris que la sainteté n’est pas dans l’élévation de soi, mais dans l’abaissement de soi : elle n’est pas une ascension dans le classement, mais le fait de confier chaque jour sa propre pauvreté au Seigneur qui accomplit de grandes choses avec les humbles. Quel a été le secret qui les a fait aller de l’avant dans les faiblesses ? Le pardon du Seigneur.

Redécouvrons-les donc témoins du pardon. Dans leurs chutes, ils ont découvert la puissance de la miséricorde du Seigneur qui les a régénérés. Dans son pardon, ils ont trouvé une paix et une joie irrépressibles. Avec ce qu’ils avaient fait, ils auraient pu vivre dans la culpabilité : combien de fois Pierre aura repensé à son reniement ! Combien de scrupules pour Paul qui avait fait du mal à tant d’innocents ! Humainement ils avaient échoué. Mais ils ont rencontré un amour plus grand que leurs défaillances, un pardon si fort qu’il guérit même leurs sentiments de culpabilité. C’est seulement quand nous expérimentons le pardon de Dieu que nous renaissons vraiment. De là on repart, du pardon ; là nous nous retrouvons nous-mêmes : dans la confession de nos péchés.

Témoins de vie, témoins de pardon, Pierre et Paul sont surtout témoins de Jésus. Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Il demande : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? ». Les réponses évoquent des personnages du passé : « Jean le Baptiste, Élie, Jérémie ou l’un des prophètes ». Des personnes extraordinaires, mais toutes mortes. Pierre, au contraire, répond : « Tu es le Christ » (cf. Mt 16,13. 14. 14. 16). Le Christ, c’est-à-dire le Messie. C’est une parole qui ne désigne pas le passé, mais l’avenir : le Messie est celui qui est attendu, la nouveauté, celui qui apporte dans le monde l’onction de Dieu. Jésus n’est pas le passé, mais le présent et l’avenir. Il n’est pas un personnage éloigné dont on se souvient, mais il est Celui que Pierre tutoie : Tu es le Christ. Pour le témoin, plus qu’un personnage de l’histoire, Jésus est la personne de la vie : il est le nouveau, non pas le déjà vu ; la nouveauté de l’avenir, non pas un souvenir du passé. Donc, le témoin n’est pas celui qui connaît l’histoire de Jésus, mais celui qui vit une histoire d’amour avec Jésus. Parce que le témoin, dans le fond, annonce seulement ceci : que Jésus est vivant et qu’il est le secret de la vie. Nous voyons en fait Pierre qui, après avoir dit : Tu es le Christ, ajoute : « le Fils du Dieu vivant ! » (v.16). Le témoignage naît de la rencontre avec Jésus vivant. Également, au centre de la vie de Paul, nous trouvons la même parole qui déborde du cœur de Pierre : le Christ. Paul répète ce nom continuellement, presque quatre cent fois dans ses lettres ! Pour lui, le Christ n’est pas seulement le modèle, l’exemple, le point de référence : il est la vie. Il écrit : « pour moi, vivre c’est le Christ » (Ph 1,21). Jésus est son présent et son avenir, au point qu’il juge le passé comme ordure devant la grandeur de la connaissance du Christ (cf. Ph 3,7-8).

Frères et sœurs, devant ces témoins, demandons-nous : “Est-ce que je renouvelle tous les jours la rencontre avec Jésus ?”. Peut-être sommes-nous des curieux de Jésus, nous nous intéressons aux choses de l’Église ou aux nouvelles religieuses. Nous ouvrons des sites et des journaux et nous parlons des choses sacrées. Mais de cette façon, on en reste aux que disent les gens, aux sondages, au passé, aux statistiques. Ça n’a pas d’importance pour Jésus. Il ne veut pas de reporter de l’esprit, encore moins de chrétiens de couverture ou de statistiques. Il cherche des témoins qui chaque jour disent : “Seigneur, tu es ma vie”.

En rencontrant Jésus, en expérimentant son pardon, les Apôtres ont témoigné d’une vie nouvelle : ils n’ont pas épargné leurs efforts, ils se sont donnés eux-mêmes. Ils ne se sont pas contentés de demi-mesures, mais ils ont assumé l’unique mesure possible pour celui qui suit Jésus : celle d’un amour sans mesure. Ils se sont “offerts en sacrifice” (cf. 2Tm 4,6). Demandons la grâce de ne pas être des chrétiens tièdes, qui vivent de demi-mesures, qui laissent refroidir l’amour. Retrouvons dans le rapport quotidien avec Jésus et dans la force de son pardon nos racines. Jésus, comme à Pierre, nous demande aussi : “Qui suis-je pour toi ?” ; “m’aimes-tu ?”. Laissons ces paroles entrer en nous et allumer le désir de ne pas nous contenter du minimum, mais de viser plus haut, pour être nous aussi témoins vivants de Jésus.

Aujourd’hui, on bénit les Palliums pour les Archevêques Métropolitains nommés l’année dernière. Le Pallium rappelle la brebis que le Pasteur est appelé à porter sur les épaules : c’est le signe que les Pasteurs ne vivent pas pour eux-mêmes, mais pour les brebis ; c’est le signe que, pour la posséder, la vie, il faut la perdre, la donner. Selon une belle tradition, une Délégation du Patriarcat œcuménique, que je salue avec affection, partage avec nous la joie de ce jour. Votre présence, chers frères, nous rappelle que nous ne pouvons-nous épargner, pas même sur le chemin vers la pleine unité entre les croyants, dans la communion à tous les niveaux. Parce qu’ensemble, réconciliés par Dieu et nous étant pardonnés mutuellement, nous sommes appelés à être témoins de Jésus par notre vie.

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