Pko 5.11.2017

Eglise cath papeete 1Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°59/2017

Dimanche 5 novembre 2017 – 31ème Dimanche du Temps ordinaire – Année A

Les îles solidaires des pauvres de Tahiti !

Alors que Tahiti se gargarise à coût de grands projets et de subventions de solidarité envers les plus pauvres : inaugurations, poses de premières pierres, subventions aux associations en tous genres… et se laisse aller parfois à des propos quelque peu « néo-colonialistes » du genre : « La misère ce sont les gens des îles qui viennent “chez nous“… qu’ils retournent chez eux »… les îles, elles refusent le repliement sur soi en s’impliquant dans l’aide aux pauvres de Tahiti… et cela sans faire la « Une » des médias.

Ainsi, cette année, sur 5 935 kgs de canettes aluminium… les communes des îles (Apataki, Takapoto, Ua-Huka,…) nous ont envoyées 1 515 kgs  soit plus de 25% du total collecté…

Encore une fois l’adage qui prétend que les moins aisés sont les plus généreux se confirme !!!

À Tahiti, des particuliers, des snacks, des comités d’entreprise restent aussi mobilisés pour cette action… mais nous sommes loin de faire le plein… Et pourtant ça ne coûte rien !!!

Depuis le début de l’année, alors que les frais de santé pour nos amis de la rue s’élèvent à 539 617 xfp, l’action « Éco-solidaire » à rapporter 295 500 xfp pour un total de 5 870 kgs de canettes, soit près de 55% du total.

Merci les îles !!!

Merci à tous ceux qui sont mobilisés !!!

Bienvenu aux autres !!!

Opération Éco-solidarité

Des canettes pour nos amis de la rue !

01/07/2013… Lancement de l’opération ;

Canettes collectées : 1 935 962 canettes ;

Poids total : 25 167,5 kilos ;

Somme totale : 1 261 475 xfp ;

Dépenses de santé : 2 492 219 xfp ;

      soit un peu plus de 50% des frais de santé…

Laissez-moi vous dire…

L ‘Église protestante maohi a célébré les 500 ans de la Réforme protestante

Comment puis-je attirer la Miséricorde de Dieu ?

Il y a cinq siècles, le 31 octobre 1517, Martin Luther, un moine augustinien, s’oppose à la papauté et ébranle toute la chrétienté en affichant sur la porte de l’église du château de Wittenberg ses 95 thèses contre le trafic et le principe même des indulgences. Durant 3 ans l’opposition entre Martin Luther et le pape Léon X s’accentue progressivement. Pendant trois jours, le philosophe Cajétan, légat du pape, tente de convaincre le contestataire, mais celui-ci refuse de se rétracter. Martin Luther met en doute l’autorité du pape et tient la Bible pour seule source légitime d'autorité chrétienne. La rupture est consommée, il sera excommunié le 3 janvier 1521.

Localement l’événement a été commémoré avec grande générosité par l’Église Protestante Mao’hi. En 2015 le Synode avait souhaité que les jeunes protestants organisent cette grande célébration répartie sur quatre jours. L’objectif étant, comme le soulignait le Pasteur Taaroanui Taarii a Maraea, Président de l’Église : cette « célébration ne sera pas juste une commémoration historique. Il s’agit pour nous de voir quelle est l’intégration du protestantisme au sein de la population polynésienne ». Les jeunes protestants se sont pleinement investis dans leur mission du 28 au 31 octobre, grâce à eux l’Église peut connaître un regain d’unité.

Nous autres, catholiques, ici à la différence de nombreuses régions, nous avons regardé de loin l’événement. Et pourtant, nous devrions reconnaître que la Réforme déclenchée par Martin Luther a bien secoué l’Église catholique ! Nos rivalités passées avec les protestants ont été rudes, souvent violentes, voire criminelles.

Me revient une partie du discours du Pape Benoît XVI devant les représentants du Conseil de l’Église Évangélique en Allemagne, lorsqu’il était à Erfurt dans l’ancien couvent augustinien où Luther avait célébré sa première messe (en 1507).

« Pour Luther, la théologie n’était pas une question académique, mais la lutte intérieure avec lui-même, et ensuite c’était une lutte par rapport à Dieu et avec Dieu. Comment puis-je avoir un Dieu miséricordieux ?” Que cette question ait été la force motrice de tout son chemin, me touche toujours à nouveau profondément. Qui, en effet, se préoccupe aujourd’hui de cela, même parmi les chrétiens ? […] La plus grande partie des gens, même des chrétiens, tient aujourd’hui pour acquis que Dieu, en dernière analyse, ne s’occupe plus de nos péchés et de nos vertus. […] Et si on croit encore en un au-delà et en un jugement de Dieu, alors presque tous nous présupposons en pratique que Dieu doit être généreux, et, qu’à la fin, dans sa miséricorde, il ignorera nos petites fautes. […] nos fautes sont-elles vraiment si petites ? Le monde n’est-il pas dévasté à cause de la corruption des grands, mais aussi à cause de celle des petits, qui pensent seulement à leurs propres intérêts ? […] Non, le mal n’est pas une bagatelle. Et il ne pourrait être aussi puissant si nous mettions vraiment Dieu au centre de notre vie. La question : quelle est la position de Dieu à mon égard, comment je me situe moi devant Dieu ? - cette question brûlante de Luther doit devenir de nouveau, et certainement sous une forme nouvelle également notre question […] Je pense que c’est là le premier appel que nous devrions entendre dans la rencontre avec Martin Luther. » (Erfurt, le 23 septembre 2011)

Et le Pape François, le 31 octobre 2016, lors de son voyage à Lund en Suède, reconnaissait ce que la Réforme a apporté à l’Église : « Avec gratitude, nous reconnaissons que la Réforme a contribué à mettre davantage au centre la Sainte Écriture dans la vie de l’Église. À travers l’écoute commune de la parole de Dieu dans les Écritures, le dialogue entre l’Église catholique et la Fédération Luthérienne Mondiale, dont nous célébrons le 50ème anniversaire, a fait des progrès importants. » (Lund, 31 octobre 2016)

Dans un texte commun, diffusé le jour du cinq-centième anniversaire de la Réforme (31 octobre 2017), la Fédération luthérienne mondiale et le Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens ont affirmé « pour la première fois (que) les luthériens et les catholiques ont considéré la Réforme dans une perspective œcuménique » :

- Nous avons demandé pardon pour nos échecs et pour la manière dont les chrétiens ont blessé le Corps du Seigneur et se sont offensés mutuellement, […]  Nous nous engageons à continuer à cheminer ensemble […] en quête d’un consensus substantiel pour aplanir les différences subsistantes entre nous ».

- Nous reconnaissons que, si le passé ne peut être changé, son influence sur nous aujourd’hui peut être transformée […]. Il apparaît clairement que ce que nous avons en commun est bien plus grand que ce qui nous divise encore ».

D.S.

Note d’espérance :  la Déclaration commune de la Fédération Luthérienne Mondiale et du Conseil Pontifical pour l’unité des chrétiens, formule un souhait, face à la situation des couples mixtes catholiques/protestants qui souhaitent pouvoir communier dans les deux Églises : « Nous désirons ardemment que cette blessure […] soit guérie. C’est l’objectif de nos efforts œcuméniques, que nous voulons faire progresser, y compris en renouvelant notre engagement pour le dialogue théologique. »

© Cathédrale de Papeete - 2017

En marge de l’actualité…

L’évêque entouré de ses prêtres

Du lundi 23 au mercredi 25 octobre, les prêtres de notre diocèse se sont réunis en presbyterium à Tibériade autour de leur évêque Mgr Jean-Pierre Cottanceau. Des sujets d’actualité pour notre Église ont alimenté les échanges : le bilan pastoral de l’évêque et des prêtres, le ministère de Katekita et son avenir, la pastorale des personnes en prison, celle des jeunes et des vocations.

L’assemblée est de la plus haute importance. Le Code de droit canonique stipule que l’évêque diocésain dirige son diocèse « avec la coopération de son presbyterium », de sorte que la portion du peuple de Dieu confiée à l’évêque rassemblée dans l’Esprit Saint par le moyen de l’Évangile et de l’Eucharistie « constitue une Église particulière dans laquelle se trouve vraiment agissante l’Église du Christ, une, sainte, catholique et apostolique » (canon 369).

Cette définition d’un diocèse rappelle que dès les premiers temps de l’Église des éléments communs à toutes les communautés chrétiennes ont été jugé déterminants pour constituer une Église véritable : l’écoute des Écritures, la volonté de s’attacher à Jésus confessé comme Christ mort, ressuscité et donateur de l’Esprit, la célébration des sacrements (en particulier le baptême et l’eucharistie), les ministères hiérarchiques et les martyrs de la foi.

L’élément du témoignage retient l’attention. L’évangile de ce dimanche est particulièrement instructif. À tous, Jésus prévient contre la façon de faire des scribes et des pharisiens : « ils disent mais ne font pas », et ils aiment les places d’honneurs. Il donne aussi l’ordre à ses disciples de ne donner « à personne sur terre » le titre de « Rabbi », de « père » ou de « maître ». Car il n’y a « qu’un seul Père, celui qui est aux cieux », « qu’un seul maître, le Christ ».

Et « vous êtes tous frères » ! Cette parole de Jésus fonde l’affirmation bien connue du Concile Vatican II selon laquelle il existe entre tous les fidèles une véritable égalité quant à la dignité et à l’activité par laquelle tous coopèrent à l’édification du Corps du Christ, selon naturellement les états de vie choisis par chacun et ses fonctions au sein de la communauté.

Il reste que comme prêtres, que tous appellent « père », nous portons ce titre en ayant à l’esprit les paroles du Christ. Il est certain que nul d’entre nous ne souhaite prendre la place du Père. Il est non moins certain que ce titre attribue une responsabilité particulière parmi les fidèles. Avant d’être des « pères », nous sommes des frères et des serviteurs.

R.P. Vetea BESSERT

© Archidiocèse de Papeete - 2017

Les arbres dans la Bible…

La vigne au carrefour du divin et de l’humain

Signe de la magnificence de la Création pour Noé, lié aux réjouissances à Cana, le vin donne à pressentir quelque chose de la fête définitive de Dieu avec l’humanité.

La vigne n'est pas un arbre tel qu'on l'entend communément. C’est plutôt une liane ligneuse, intermédiaire entre les plantes herbacées et les arbres, dont l’aire de répartition correspond aux régions de climat tempéré et de type méditerranéen. Deux de ses espèces sont les plus répandues :

- la vitis vinifera, à l’origine de la plupart des cépages de grand renom, tels le merlot, le cabernet, le sauvignon, le pinot etc....

- la vitis berlandieri : après la crise du phylloxéra qui détruisit le vignoble européen à la fin du XIXe siècle, cette vigne d’origine américaine contribua à sa reconstitution en fournissant aux cépages réputés des porte-greffes résistant à ce puceron ravageur et tolérants aux sols calcaires.

Plante grimpante, elle peut atteindre des dimensions impressionnantes, escaladant les roches, tapissant des murs, couvrant une pergola, habillant un toit..., ce qui faisait dire à Pline l’Ancien que les pampres croissent sans fin !

Dans l’Antiquité, l’escalier qui montait aux combles du temple de Diane à Éphèse provenait – disait-on ‒d’un seul cep ; les colonnes du temple de Junon à Métaponte étaient en bois de vigne…

La vigne remonte aux origines

Elle tient une bonne place dans la Bible, citée près de 150 fois. En Palestine, à chaque vignoble, il n'était pas rare d’associer des figuiers, pour avoir à la fois des figues et du vin. La vigne poussait couramment en haute treille, ce qui se reflétait dans le langage par des expressions telles que demeurer sous sa vigne ou son figuier[1].

Elle est constitutive de l’histoire des humains : parmi les différentes essences envisagées au Jardin de l’Éden, d'anciennes représentations chrétiennes ont vu une vigne derrière l’arbre de la connaissance du bien et du mal[2] ; par la suite, après le déluge, au départ d’une nouvelle page de l’humanité, l’Écriture présente Noé comme le premier vigneron, le premier à planter une vigne[3]Il découvre le vin qu’il vient de produire, il le goûte, le savoure… Il en est enivré. Euphorique, il jubile. Le vin lui fait sentir la magnificence de la Création purifiée et rénovée par les eaux du ciel[4] : il est porteur d’une dimension festive ; il est un signe privilégié de l’avènement du Salut : il donne à pressentir quelque chose de la fête définitive de Dieu avec l’humanité.

C’est pourquoi, dans l’Ancien Testament, il est compté parmi les rituels du sabbat, de la pâque et des noces. Et, dans la continuité avec les événements vétérotestamentaires, le vin de Cana, par sa profusion, manifeste la gloire du Seigneur[5], l’abondance de sa prodigalité pour sa pauvre créature qu’est l’homme. En signant le miracle, Jésus indique que l’heure messianique a sonné, que la fête de Dieu avec son peuple, le don de lui-même aux hommes a commencé.

Le symbolisme de la vigne et du vin chez les anciens Grecs

« La recherche de l’histoire des religions évoque volontiers, comme pendant préchrétien de l’histoire de Cana, le mythe de Dionysos, le dieu qui aurait découvert la vigne et qui passe également pour avoir transformé l’eau en vin »[6],.le dieu de la métamorphose et de la régénération de tout ce qui vit. Le vin était son sang, élixir de vie et breuvage d’immortalité. Lui-même était don du vin[7] … mais aussi instigateur des plaisirs de la fête et de ses débordements. Le culte qui lui est dédié laisse entrevoir que le vin joue dans la Grèce ancienne un rôle qui va au-delà de la simple consommation :

- il symbolise la présence du divin[8] : flirter avec le vin et son ivresse, n’était-ce-ce pas une manière de se laisser inspirer par la divinité, d’en rapprocher tant soit peu ce monde, définitivement inaccessible depuis la tromperie de Prométhée[9] ? S’identifiant à son dieu, le « fidèle » devenait lui-même « un Dionysos », le vin consommé favorisant cette interpénétration progressive.

- il joue un rôle médiateur dans la convivialité et revêt un caractère nettement social. Le cadre le plus approprié est le symposion[10], réunion exclusivement masculine à fort caractère aristocratique.

Les codes iconographiques à partir desquels les peintres ont construit et symbolisé l’image du symposion le présentent plus religieux que profane : image du bonheur éternel pour les fidèles des mystères dionysiaques ?

Philon d’Alexandrie a réinterprété « l’histoire du vin » en la démythologisant[11], en la conduisant à sa vérité cachée. Le vrai dispensateur du vin, dit-il, est le Logos divin. C’est lui qui nous libère du pouvoir ambigu de ce breuvage, source d’extase mais aussi d'ivresse et de délire mystique chez Dionysos, capable de faire communier l'homme au divin ou, au contraire, de le rabaisser au rang d'un animal. En effet, il transforme le mythe, porte à son accomplissement la vision qu’il contient, et dispense la joie, la douceur et l’allégresse du vin véritable.

Travailler à la vigne du Seigneur

Je suis la vraie vigne[12] : dans l’intimité de la dernière Cène, Jésus nous livre cette parole réconfortante qui nous arrache à la finitude de l’existence et répond à l’attente profonde de notre cœur :

a) cette vigne, c’est lui et c’est la sienne :

- par son Incarnation en effet, le Fils de Dieu s’est fait l’un des nôtres, s’est laissé planter dans notre terre. Il est entré dans la vigne. Il s’est identifié à elle. Lui-même vit en elle ;

- par sa mort et sa résurrection, il a rassemblé en un seul corps les enfants de Dieu dispersés[13] qui, par lui et avec lui, sont tous la vigne. Ils lui sont désormais indissolublement unis, et leur vocation consiste à « demeurer » dans la vigne.

b) la vigne, c’est nous aussi avec lui, dans la mesure où :

- nous acceptons de reproduire la vie de don du Christ et de parler le langage de la croix. La vigne ne peut plus être arrachée[14] (…) mais aura toujours besoin d’être nettoyée, purifiée[15] afin de porter du fruit : tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde afin qu’il en porte davantage[16]. Dieu ne se satisfait pas d’un don à moitié. Aussi purifie-t-il les siens grâce à la contradiction et aux difficultés qui sont le pendant, pour les arbres, de l’émondage : « Bien sûr, cette taille et cet émondage te font mal ! Mais quelle fraîcheur ensuite dans les fruits, quelle maturité dans les œuvres »[17] !

- nous nous laissons regénérer par la sainte eucharistie : Isaïe et la tradition prophétique enseignent que Dieu attend de sa vigne des raisins et un vin de qualité[18]. Dans l’intimité du Cénacle et lors du discours de la vigne, Jésus fait « discrètement allusion au vin nouveau, celui auquel renvoie déjà Cana et que désormais il donnera : le vin issu de sa passion, de son amour qui va jusqu’au bout[19] (…) de son amour qui se donne sur la Croix. Cet amour est le vin nouveau délectable qui prend part aux noces de Dieu avec les hommes (…) Ainsi, le fruit que nous pouvons et devons porter en tant que sarments avec le Christ et en vertu de lui, le fruit que le Seigneur attend de nous est l’Amour qui accepte avec lui le mystère de la Croix, l’Amour qui nous fait participer à son don de soi » dans l’eucharistie[20]. Si là, nous demeurons unis à lui, alors nous aussi nous porterons du fruit : non plus le vinaigre de l’autosuffisance ou de l’amertume envers l’œuvre de Dieu, mais le bon vin de la joie de Dieu et de l’amour envers le prochain.

Devenez ce que vous recevez ! (saint Augustin)

Bertrand Cauvin, expert forestier

Abbé Patrick Pégourier

© Opus Dei - 2017

[1] Cf. 1 M 14, 12 ; Mi 4, 4 ; Za 3, 10.

[2] Cf. Gn 2, 17.

[3] Gn 9, 20.

[4] Cf. Gn 9, 8-10.

[5] Jn 2, 11.

[6] Benoît XVI, Jésus de Nazareth, 8.2. La vigne et le vin.

[7] Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, III, 62.

[8] Cf. Euripide, Le Cyclope, v. 503-510 et 519-529.

[9] Cf. Hésiode, La Théogonie, 535-560.

[10] Ce terme renvoie étymologiquement au fait de boire en compagnie. Même si souvent on a l’habitude de le traduire comme « banquet », sa signification est assez différente. En fait, le banquet au sens strict était composé de deux phases : celle de la consommation des aliments, et le symposion, centré sur le vin que l’on mélangeait avec de l’eau, pour tempérer ses effets, autour duquel s’organisait la conversation : on chantait de la poésie et l’on pratiquait des jeux de société. Le symposion est le principe de sociabilité grecque par excellence : « Buvons ! À quoi bon attendre les lampes ? Il ne reste qu’un doigt de jour. Apporte de grandes coupes…, car le vin, le fils de Zeus et de Sémélé l’a donné aux hommes pour oublier leurs chagrins. Verse un mélange d’un pour deux, remplis jusqu’au bord, et qu’une coupe chasse l’autre » ! (Alcée, frag. 336). Quelques décennies après, Euripide fait proclamer Dionysos « maître des gais banquets tout fleuris de couronnes, dont l’apanage est de conduire les chœurs au son des flûtes, de rire et d’endormir nos soucis quand le jus du raisin brille au festin sacré et que, dans les fêtes où l’on s’orne de lierre, le cratère verse aux convives le sommeil » (Les Bacchantes, 375-385).

[11] Théologien juif (– 13 av. J.-C. à 45/50 ap. J.-C.). En résumé : 1. le Logos imprègne l’univers et la raison humaine (cf Fuir et découvrir, sur Gn 16, 6-14, n. 10) ; il permet de discerner le divin. 2. il est possible de développer sa parenté spirituelle avec Dieu en cherchant consciemment à lui ressembler, non par “sortie de soi” dans l’extase, mais en lui permettant de se révéler au-dedans de soi (cf. id. 166). 3. le sage peut donc absorber du vin sans perdre la sagesse ou – paradoxalement – en s’enivrant d’une “ivresse sobre”, ivresse divine plus sobre que la sobriété elle-même, qui produit surtout la joie et le repos de l’âme (Cf. De la plantation, n. 150, 156, 166). Cf. aussi Benoît XVI, op. cit., ibid.

[12] Jn 15, 1.

[13] Jn 11, 52.

[14] Cf. parabole des vignerons homicides : Mt 21, 33-43.

[15] Cf. Benoît XVI, op. cit., ibid.

[16] Jn 15, 2.

[17] J. Escriva, Chemin, 701.

[18] Cf. Le chant de la vigne, Is 5, 1-4. Cf. aussi 24, 7-9.

[19] Jn 13, 1.

[20] Benoît XVI, op. cit., ibid.

Le choix de la vie…

« Perdre le savoir de la mort, c’est perdre notre humanité »

Le décès serait aujourd'hui caché, dénaturé. C'est ce qu'affirme l'essayiste Robert Redeker dans son dernier ouvrage, « L'Éclipse de la mort »Un phénomène auquel contribue le trans-humanisme, qu'il dénonce.

La Vie : « L’Éclipse de la mort », le thème de votre dernier livre, est pour vous une éclipse de la vie...

Robert Redeker : En effet. Nous voulons que nos corps soient en pleine forme, dans la beauté de l'âge. Nous ne supportons pas qu'ils s'autodétruisent plus rapidement qu'ils ne se régénèrent. Nous vénérons les corps du sportif et du top-modèle, figés dans une interminable jeunesse. Comme nous n'acceptons qu'un idéal, nous avons perdu le rapport à la chair telle qu'elle est. Le cadavre devient une insulte. On le cache autant que possible. Je connais beaucoup de personnes d'un certain âge qui n’ont jamais vu de leur vie le corps d'un mort autrement que comme mise en spectacle à la télévision, en boucle, lorsque survient un attentat. Ce phénomène, à son tour, contribue à déréaliser la mort, créant toujours plus d'angoisse.

La Vie : Vous avez des paroles fortes contre la crémation. Aujourd'hui, de plus en plus de personnes font pourtant ce choix. Peut-on l'expliquer uniquement par des motifs hygiénistes, comme vous le faites ?

Robert Redeker : Il est vrai qu'il ne s'agit pas de l'unique raison. Mais elle n'est jamais mise en lumière, alors qu'elle est fondamentale, La crémation est liée à l'horreur que nous avons de la décomposition de la matière. Sa faveur actuelle témoigne d'une révolte esthétique contre la mort, Par ailleurs, elle peut s'expliquer par une forme d'attirance pour le néant, Dans notre société moderne, c'est la perfection ou le néant. Il n'y a pas d'entre-deux. Nous sommes dans la civilisation du quitte ou double, du noir ou blanc. Nous refusons tout état intermédiaire, d'un être ou d'une vie, qui n'est pas comme nous l'imaginons.

La Vie : Votre livre invite à se réjouir de la mort. C'est une drôle d'idée...

Robert Redeker : Perdre le savoir de la mort c'est perdre notre humanité pour devenir de simples robots. La mort, en effet, nous apporte beaucoup. Le jésuite théologien Pierre Teilhard de Chardin raconte, dans la Nostalgie du front, son expérience de la guerre de 1914-1918. Malgré l'horreur, il y a vu le ciel qui s'ouvrait. Que l'on soit athée ou croyant, la rencontre de la mort ouvre à l'âme humaine des perspectives qu'elle ignore. Avoir des descendants et des ascendants, choses impossibles sans la mort, entraîne un certain rapport au temps, à l'éducation, à la transmission. La mort permet d 'explorer des profondeurs et des recoins de l'âme humaine qui nous resteraient inconnus sans elle.

La Vie : Quelle vision de la mort porte selon vous le trans-humanisme ?

Robert Redeker : Les trans-humanistes s'imaginent que l'on peut devenir immortel sans mourir, alors que toutes les métaphysiques nous ont appris qu'il est nécessaire de passer par l'étape de la mort pour parvenir il l'immortalité. Ils voudraient également que la vie immortelle soit la réitération indéfinie de ce que nous sommes en train de vivre chaque jour. Une promesse finalement très décevante ! Le psychanalyste Jacques Lacan disait que nous n'acceptons de vivre que parce que nous savons que cette histoire a une fin. L'immortalité telle que l'envisagent les trans-humanistes serait la continuation à l'infini de la vie telle que nous avons à la supporter sans espoir de sa transmutation en une vie délivrée du mal, une vie d'une autre nature, comme serait la vie éterneIle promise par le christianisme. Autrement dit, ce serait un enfer, puisque l'enfer se caractérise justement par le fait qu'on ne peut pas en sortir.

La Vie : Que penser des chatbols, aussi appelés « agents conversationnels », utilisés par certains individus pour continuer à dialoguer avec leurs morts ?

Robert Redeker : Les chatbots, inventés pur Norbert Wiener, mathématicien américain et père de la cybernétique, sont trompeurs. En donnant l'impression de lire le journal intime du défunt, ils font croire que la personne décédée est encore vivante. C'est une fausse idée de la survie matérielle. Mais dans la virtualisation, on peut voir aussi des aspects positifs. Les espaces mémoriels en Iigne, par exemple, nous aident à négocier à nouveau avec la mort. Il y a un mois et demi, mon meilleur ami, gynécologue obstétricien de profession, est mort. Des centaines de ses patientes lui ont créé un cimetière virtuel, avec des hommages très touchants. Nous devrions pouvoir trouver une ré-articulation de notre rapport à la mort à l'intérieur même de la technologie, sans tomber dans le trans-humanisme.

La Vie : Il y a peu, le débat sur l'euthanasie est revenu sur le devant de la scène, notamment avec le témoignage de l'écrivaine Anne Bert, atteinte de la maladie de Charcot. En quoi l'euthanasie est-elle pour vous « une négation de la mort » ?

Robert Redeker : L'euthanasie transforme la mort en un événement, technique. Elle marque aussi le triomphe de la volonté. Arrivée au bout de sa vie, la personne ne supporte plus ses souffrances et fait de la mort un choix, alors qu'elle est par définition un événement naturel que ni la technique ni la volonté ne peuvent décider, pas même par compassion, ni même par bonté. Il me semble qu'il faut s'en tenir à une pratique qui laisse venir la mort sans la donner, conjuguant ainsi l'obligation d'atténuer les souffrances du malade avec l'interdiction de tuer.

© La Vie - 2017

La mort fait partie de la vie

Entretien avec Tugdual Derville

Tugdual Derville est le délégué général d’Alliance Vita et fondateur de SOS Fin de vie. En ce 2 novembre, fête des morts, il revient sur la récente campagne de son association intitulée « Anticipons, avant de mourir ». L’occasion pour lui d’aborder le tabou qu’est devenu la mort dans nos sociétés contemporaines.

Valeurs actuelles : Alliance Vita a récemment lancé une campagne intitulée « Anticipons avant de mourir ». Pourquoi cette initiative ?

Tugdual Derville : Parce que le sujet de la mort est toujours brûlant, et majeur. Nous essayons toujours d’aborder avec les Français les questions de société sensibles, en toute délicatesse, et surtout en vérité. Or, la mort est le sujet tabou par excellence. En général, on parle assez peu de sa propre mort... Alliance VITA a pourtant montré, avec notre première grande enquête de rue « Parlons la mort », que l’évoquer provoque souvent des conversations « essentielles », à la fois paisibles, fraternelles et bienfaisantes. À l’approche de ce 2 novembre 2017, nos quelque mille volontaires sont à nouveau allés à la rencontre des Français en leur posant cette fois une question apparemment étonnante : « Qu’aimeriez-vous faire avant de mourir ? » L’accueil du public a été excellent, souvent même chaleureux. En quelques heures, nous avons recueilli près de 5 000 verbatim. Ils confirment que nous avons besoin de nous projeter dans notre finitude pour mesurer la valeur de la vie, et désirer davantage le bon, le bien et le beau. C’est finalement l’amour qui sort gagnant d’une conversation sur la mort.

Valeurs actuelles : Dans votre campagne, vous citez Hannah Arendt dans une phrase étonnante : « La mortalité est le cachet de l’humanité ». Comment ça ?

Tugdual Derville : À l’heure où le courant de pensée trans-humaniste nous fait miroiter l’immortalité terrestre, qui est le grand fantasme contemporain de toute-puissance, il est essentiel de nous resituer comme des « mortels ». Cette façon de cadrer ou recadrer nos vies dans des limites, de les situer dans le temps, la géographie et de l’Histoire (conception, naissance, filiation, mort…) nous humanise. La conscience de ces bornes nous ouvre à la créativité, à la relation, à la transmission… En nous inscrivant dans la chaîne humaine, elle nous fait réfléchir sur le sens que nous voulons donner à notre vie… Steve Jobs, quand il se savait gravement malade, a eu la sagesse d’affirmer que la mort était aussi – malgré son caractère dramatique et scandaleux – une condition sine qua non de la régénération de l’Humanité… À l’inverse, ceux qui alimentent l’illusion d’une immortalité terrestre contribuent à une vision sclérosée, mécaniste et « déshumanisée » de notre condition.

Valeurs actuelles : La mort a disparu (sauf virtuellement) de l’espace public depuis quelques années… Pourquoi la ramener ainsi dans le débat ?

Tugdual Derville : Parce que parler de la mort donne paradoxalement des forces de vie ! La mort fait partie de la vie. Évoquer « l’heure de notre mort » c’est immédiatement vouloir laisser une trace positive pour le reste de l’humanité, se situer en héritier tout en considérant ce que nous voulons léguer aux générations futures. La conscience de la mort nous ouvre à la fraternité universelle. Elle met les puissants et les faibles sur un pied d’égalité. C’est pourquoi nous plaidons pour le renouvellement des rites de deuils, trop systématiquement escamotés alors qu’ils sont indispensables à la consolation…

Valeurs actuelles : Vous parlez notamment, toujours dans cette campagne, des « directives anticipées » que 86% des Français n’auraient pas encore rédigées. De quoi s’agit-il ?

Tugdual Derville : Il s’agit d’un dispositif prévu par la loi, dès 2005, et renforcé par la loi fin de vie révisée en 2016. Toute personne peut écrire des « consignes » concernant sa prise en charge médicale, pour le cas où elle serait incapable de s’exprimer, et également désigner une « personne de confiance » pour être son porte-parole dans ces circonstances. La loi a renoncé à donner à ces directives un caractère « opposable » : le médecin n’est pas tenu de les appliquer en situation d’urgence, ou si elles sont « manifestement inappropriées ou non conformes à la situation médicale ». Heureusement, car ce serait absurde !

Valeurs actuelles : Pour quelles raisons serait-ce absurde ?

Tugdual Derville : Le patient ne peut pas être « prescripteur » pour lui-même, de surcroît par anticipation. Il n’en a pas la compétence ; et cela réduirait le rôle de son médecin à un exécutant, voire, dans le pire des cas, à un exécuteur… Car certains voudraient s’emparer des directives anticipées pour en faire le Cheval de Troie de l’euthanasie et du suicide assisté. Il faut redire aux Français que nous n’avons jamais à devoir choisir entre « souffrir et mourir » : il est essentiel pour être bien soigné d’être soulagé de ses douleurs et correctement accompagné par des soins palliatifs. La loi sur la fin de vie précise que les directives anticipées sont « contraignantes ». Le médecin est tenu d’en prendre connaissance et d’en tenir compte, en n’y dérogeant qu’exceptionnellement… Selon nous, des directives anticipées correctement formulées peuvent être précieuses quand elles ne se substituent pas à la relation de confiance entre soignants et soigné, et au dialogue quotidien avec ses proches. Mais ce dispositif est encore trop méconnu, et surtout très peu utilisé. Il faut avouer qu’il est difficile, voire impossible, de se l’approprier seul…

Valeurs actuelles : Vous diffusez donc votre propre guide des directives anticipées. Quel est son intérêt ? Comment peut-on l’utiliser ?

Tugdual Derville : Inéluctablement, nous pensons qu’un système de directives anticipées va être intégré au dossier médical partagé, actuellement expérimenté dans 9 départements… Autant proposer dès maintenant un dispositif adapté, simple et sécurisant. C’est pourquoi nous avons édité ce livret explicatif (le guide VITA des directives anticipées). Il comprend un formulaire appropriable par chacun. Nous venons de lancer sa diffusion dans une centaine de centres villes ; il est aussi téléchargeable sur le site de notre service d’aide SOS fin de vie. Une personne en bonne santé peut juste signer la charte que nous proposons : elle récuse à la fois l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie, en demandant des traitements « proportionnés », et, s’il le faut, des soins palliatifs. Une personne déjà gravement malade pourra être plus précise sur les traitements qu’elle souhaite accepter ou refuser (par exemple trachéotomie, gastrostomie…). Et chacun peut ajouter des mentions utiles sur sa position concernant les dons d’organes, les personnes qu’elle souhaite revoir, et même sa religion… Notre démarche offre à chacun le maximum de chances d’être respecté dans les moments ultimes de sa vie.

Valeurs actuelles : Vous évoquez évidemment l’euthanasie qui est un sujet à venir probablement… Pourquoi ne pas laisser les gens décider de leur sort finalement ?

Tugdual Derville : Consentir à l’imprévisible de la mort est la seule façon de ne pas s’en faire complice. L’interdit de tuer reste fondateur de toute vie en société digne de l’humanité. C’est l’interdit sécurisant par excellence, spécialement précieux pour ceux qui sont fragiles. Il est d’ailleurs valable pour soi-même : dans la douloureuse « crise suicidaire », répertoriée par les psychiatres, cet interdit de tuer peut constituer la toute dernière barrière protégeant le désespéré du passage à l’acte... Devant la mort, la même alternative entre toute-puissance et humanité se présente à nous.

Dès que je m’arroge le droit de « décider de mon sort », se glisse par ailleurs la question du « devoir mourir » pour ne pas « peser » sur autrui ou ne pas « coûter ».

On le constate en Belgique ou en Hollande dans certaines familles : chacun est vite soumis aux pressions sociales multiples, aux conditionnements parfois insidieux et violents qui poussent vers la sortie les personnes très âgées ou dépendantes... S’il y a un tabou qui mérité d’être protégé à propos de la mort, c’est cet interdit de tuer. Lui aussi est une limite. Lui aussi ouvre à la créativité pour prendre soin, ne jamais abandonner une personne, ne jamais décréter quiconque « inutile ».… Cet interdit se décline : ne pas s’arroger le pouvoir de décider entre la mort et la vie ; ne pas non plus faire injonction à quelqu’un (soignant, proche) de le décider pour autrui. Comme le dit souvent le cancérologue Xavier Mirabel, conseiller médical d’Alliance VITA, acharnement thérapeutique et euthanasie sont les deux faces d’une même tentation de toute puissance. Le point d’équilibre à trouver n’est pas dans « la vie à tout prix ». Il est dans le consentement à la mort comme à la vie.

© Valeurs actuelles - 2017

 

Commentaire des lectures du dimanche

Ils agissent toujours pour être remarqués

Les textes du 31e dimanche nous parlent de mauvais exemples, de fausses images, de recherche de promotion, de corruption, d’abus de pouvoir : des thèmes que nous connaissons bien. Nous n’avons qu’à lire les journaux et regarder la télévision pour nous rendre compte que la Parole de Dieu s’applique aussi à notre monde d’aujourd’hui.

La corruption des dirigeants à tous les niveaux de gouvernement, l’abus de pouvoir des riches et des puissants qui imposent leur loi et ne recherche que leur intérêt, l’irresponsabilité de certains groupes religieux vis-à-vis les victimes de pédophilie, la cupidité et l’avidité des banques et des systèmes financiers qui provoquent des crises économiques à répétition, les nombreux scandales de certains représentants politiques... tout cela a créé une crise de confiance sans précédent dans l’histoire de nos institutions.

L'autorité de Jésus est exclusivement une autorité de service et de la libération

Comment pouvons-nous amener les jeunes à résoudre leurs différents de façon pacifique lorsqu’ils voient chez les adultes les tactiques violentes utilisées pour régler les problèmes, lorsqu’ils constatent le dénigrement systématique et les campagnes de salissage lors des élections aux postes publiques, lorsqu’ils se rendent compte de la cupidité et du « greed » sans limite qui règnent dans les gouvernements et dans les entreprises. Comment pouvons-nous convaincre les jeunes d’exercer leur responsabilité sociale et d’avoir de la compassion envers les autres lorsqu’un grand nombre d’adultes abusent régulièrement de leur pouvoir pour s’en mettre plein les poches et que la corruption semble la seule façon d’atteindre le premier rang dans les sports, en politique ou dans les affaires.

La recherche du pouvoir et de la richesse, la course aux honneurs et aux privilèges, ne sont pas seulement des abus du temps de Jésus. Aujourd’hui, il n'est plus question « de phylactères, et de franges très longues », mais de marque de voiture, de style de vie extravagant, d’avions privés, de bateau de plaisance, de résidences d’un luxe fantaisiste. Cette richesse excessive, étalée au grand jour, devient une insulte pour les milliards de pauvres de la planète. Le désir de paraître devient alors le but de la vie. Suite à ces abus, on comprend un peu la révolte des « indignés » contre Wall Street et contre le système financier actuel.

Jésus appelle les gens qui agissent pour être remarqués : « des hypocrites », « des acteurs ». Il invite à enlever les masques et à cesser de jouer la comédie. La vie n’est pas une halloween permanente !

Un évêque italien, Mgr. Tonfino Bello disait aux prêtres de son diocèse : « Dans chaque paroisse, il devrait y avoir bien en vue un grand tablier comme symbole du service que les chrétiens doivent rendre aux autres. Le tablier est le seul vêtement liturgique mentionné par Jésus. S. Jean nous dit que le soir du Jeudi Saint, pendant la première eucharistie, le Seigneur se mit un tablier et il commença à laver les pieds de ses apôtres ! »

Dans la seconde lecture d’aujourd’hui, on nous donne l’exemple de S. Paul qui aime et sert sa communauté de Thessalonique. Ce très beau texte nous fournit un remarquable portrait du vrai pasteur : Il est « plein de douceur, comme une mère avec ses nourrissons ». Il est rempli d'« affection » pour eux, voulant leur donner « non seulement l'Évangile » mais tout ce qu'il est lui-même. Il peine et se fatigue nuit et jour pour ne pas être à charge des autres.

Jésus nous dit aussi dans l’évangile de ce dimanche : Arrêtez de vous donner des titres ronflants : « Pour vous ne vous faites pas donner de titres, ne cherchez pas de passe-droit, d'avantages personnels ». Ces titres risquent de créer une apparence trompeuse, derrière laquelle se cache souvent un vide abyssal

L'autorité de Jésus est exclusivement une autorité de service et de la libération : il pardonne, il guérit, il remet debout, il donne une deuxième chance, il ouvre un avenir. Cela permet d’avancer dans la joie. « Je vous dis cela pour que votre joie soit complète ». (Jn 15, 11) Il suffit de regarder s'épanouir ceux et celles qui rencontrent Jésus : la Samaritaine, Zachée, Marie-Madeleine, les aveugles, les lépreux...

C’est en pratiquant l’autorité de service proposée par le Christ que nous donnerons une image positive de Dieu aux gens autour de nous.

« Les scribes et les pharisiens agissent pour se faire remarquer des gens. Ils portent de larges phylactères et de longues franges. Ils aiment occuper le premier divan dans les festins et les premiers sièges dans les synagogues, à recevoir les salutations sur les places publiques. » Mais pour vous, il ne doit pas en être ainsi : « Si quelqu'un veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur, et si quelqu'un veut être le premier parmi vous, qu'il soit votre esclave. C'est ainsi que le Fils de l'Homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20, 25-28).

© Cursillo – 2017