ILS SE TAISAIENT

Pere vetea docteur en droit 1L’évangile de ce dimanche rapporte la leçon d’humilité que Jésus donne à ses apôtres tandis qu’« ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand » (Mc 9,30-37). À la question que Jésus pose : « De quoi discutiez-vous en chemin ? », le texte rapporte que les disciples « se taisaient », devinant sans aucun doute que le sujet de leur discussion ne pouvait plaire à leur Maître.

De fait, Jésus prend la chose très au sérieux. S’étant assis (geste traditionnel qui annonce une parole solennelle), Jésus appelle les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »

Cet évangile résonne dans nos communautés à un moment où le pape François pointe du doigt le cléricalisme dans l’Eglise comme source d’abus d’autorité et de pouvoir. Dans sa Lettre au Peuple de Dieu du 20 août dernier, le pontife a invité les fidèles à trouver des moyens efficaces pour guérir ce mal.

Selon ses mots, le cléricalisme est une attitude qui « annule non seulement la personnalité des chrétiens, mais tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale que l’Esprit Saint a placée dans le cœur de notre peuple ». En 2016, dans une lettre précédente, François précisait déjà que l’un des grands méfaits du cléricalisme est d’oublier que « la visibilité et la sacramentalité de l’Eglise appartiennent à tout le peuple de Dieu et pas seulement à quelques élus et personnes éclairées ».

En écho, l’édition du journal La Croix du 30 août propose des pistes de réflexion pour aider à corriger le cléricalisme. Parmi celles-ci, il y a le fait de mettre les ministres ordonnés et les laïcs à leur juste place et de rappeler l’égalité de tous devant le baptême.

Tel est bien déjà ce que Jésus inspire fortement dans l’évangile de ce dimanche. Le fait d’appartenir au groupe des disciples et, plus encore, à celui des Douze ne signifie pas l’entrée dans une élite privilégiée en raison d’une science particulière ou de pouvoirs supérieurs.

En réalité, le cléricalisme n’est pas une tentation propre aux clercs. Il s’agit d’une tentation humaine dans la mesure où tout individu est tenté d’abuser de son pouvoir, qu’il soit d’ordre politique, professionnel ou autre, pour enfermer la liberté de l’autre. Et tout individu porte ce désir non avoué d’appartenir à une classe d’élus. Il y a parfois bien lieu de se taire et de reconnaître souvent notre incapacité à servir notre prochain tandis que nous nous servons de lui.

B.V.